Genève 2 Que va-t-il en sortir ?
La conférence dite Genève 2 se déroule en ce moment à Montreux.
Les prise de positions et les éléments qui sont rendus publics constituent une façade, une interface médiatique qui ne reflètent pas forcement les réalités des échanges. Parce que celles-ci sont particulièrement destinées aux opinions intérieures des pays principalement engagés dans les évènements sanglants qui accablent la Syrie.
D’autant plus que d’intenses campagnes de propagande, sous couvert d’informations et d’analyses, ont été développées dans les pays occidentaux, de manière particulièrement lourde en France, afin de justifier des interventions militaires contre le régime légitime de la Syrie.
Il est vraisemblable que les véritables échanges se déroulent entre les USA et la Russie. Avec des positions sans doute différentes des postures publiques.
Il est donc nécessaire d’analyser plutôt les rapports de forces réels et les évolutions prévisibles de diverses options pour savoir ce qu’il peut sortir de Genève 2.
Analyse Genève 2
Il faut rappeler d’abord que cette conférence est à l’initiative de la diplomatie russe. Qui a d’abord convaincu Assad d’envoyer une représentation à cette nouvelle confrontation dont on ne peut pas dire qu’elle soit totalement diplomatique, étant donné le ton employé par Kerry et son attitude générale, d’entrée de jeu.
Objectivement Kerry a devant lui un dossier très complexe au Moyen Orient. L’impression générale est qu’il n’est pas à hauteur. En dehors d’une question de personne, cela est typique de la difficulté des USA de passer d’une diplomatie basée sur une supériorité militaire écrasante à une diplomatie d’équilibre des forces.
Quel intérêt pour Kerry de manipuler ouvertement Ban Ki Moon et de le faire apparaitre comme totalement soumis aux intérêts américains afin d’éliminer l’Iran, dont le président Rouhani se trouve par ailleurs à Davos en train de tisser des liens commerciaux avec le monde entier ? Où on aura notamment remarqué ses relations avec Abe le premier ministre japonais qui est soucieux de sécuriser son approvisionnement en gaz naturel et pétrole. L’Iran n’en est que plus présent de fait, étant donné son poids incontournable dans les dossiers syriens et libanais.
A quoi rime l’exigence du départ de Assad, si on n’est pas capable de l’imposer par la force et dans un contexte d’avancées militaires de l’armée syrienne, tandis que les groupes armés apparaissent de plus en plus comme ce qu’ils sont, c’est à dire des islamistes extrémistes qui ne sont pas contrôlés par l’Otan ?
Une exigence aussi forte suppose, de plus, que l’on dispose d’une solution crédible pour un nouveau gouvernement qui devrait prendre en charge un pays ravagé après le départ d’Assad. Celle-ci ne peut être représentée par la délégation de l’opposition présente à Montreux, d’un niveau très faible et dont la question de la représentativité même est posée dans le cadre de cette conférence.
La propagande des médias occidentaux, particulièrement lourde en France, présentant Assad comme un dictateur massacrant son peuple, le Hezbollah comme une organisation terroriste et donc l’Iran comme soutenant le terrorisme, comme l’a fait Kerry à Montreux, si elle a pu être crédible au début, ne l’est absolument plus aujourd’hui.
Rappelons qu’il y a peu l’administration Obama et un leader démocrate se sont opposés à l’examen, au congrès, de nouvelles sanctions contre l’Iran proposées dans une démarche initiée par le Lobby sioniste [aux USA le lobby sioniste est matérialisé dans une organisation, l’AIPAC, et on ne le confond pas avec les juifs en général]. L’accord de Genève sur le nucléaire iranien vient par ailleurs d’entrer en vigueur. Que signifient, sur cette base, les prises de position prises par Kerry à Montreux ? Parlant même de guerre possible contre l’Iran. Est-ce qu’il va impressionner l’Iran après les frappes avortées de missiles de septembre dernier ?
En parlant de dictature nous nous plaisons évidemment à vanter notre démocratie. C’est pourtant dans un cadre constitutionnel que le couple Hollande/Fabius décide seul de l’engagement de la France dans des expéditions guerrières. Comme l’a souligné Le Point, François Hollande lors de sa dernière conférence de presse a déclaré : "Nous étions en capacité de frapper la Syrie. Peu de pays peuvent avoir cette souveraineté, cette liberté, cette capacité." Ce qui est déjà un euphémisme puisque ce n’est pas le pays qui décidait, mais lui seul, sans aucun contrôle démocratique [Cameron, lui, consultait la chambre britannique et personne ne se fait plus d’illusions sur la démocratie américaine]. C’était aussi avouer qu’il avait été mis à l’écart par les américains.
Si l’on considère que Kerry a en plus le dossier délicat des relations avec l’Arabie saoudite, celui de l’accord entre l’état d’Israël et les palestiniens, et qu’il ne peut rester indifférent aux envahissements de l’Irak par des groupes islamistes extrémistes, on comprend qu’il ne peut prétendre résoudre tous ces problèmes s ans une ligne de conduite claire.
En fait, cette ligne s’est déjà révélée et sa mise en œuvre amorcée. Elle consiste en une prise de distance des USA d’avec l’Arabie saoudite et d’Israël dont les intérêts propres liés à une économie guerrière commencent à diverger de ceux des Etats Unis. Qui doivent préserver leurs intérêts dans la région par une voie diplomatique alors que le poids économique et politique de l’Iran et sa capacité militaire sans doute, sont en expansions irrésistibles.
Il est bien évident que cela correspond à une grande redistribution des relations internationales au Moyen Orient. Et cela nécessite que la diplomatie américaine adopte un profil un peu plus bas que celui que Kerry présente à Montreux.
Il y a la théorie du chaos. Le chaos serait développé volontairement afin d’annihiler les forces de résistances à la suprématie américaine et pour permettre de piller plus facilement les richesses dans les pays concernés. Ce scénario a marché assez bien en Lybie. Le pétrole libyen est apparemment entre les mains du Qatar. Et le pays est effectivement livré au chaos. Mais il est aussi devenu un formidable dépôt d’armes pour les groupes extrémistes en Afrique et on y est arrivé à la situation qui pourrait être risible s’il n’y avait pas mort d’hommes, de l’assassinat de l’ambassadeur américain parce que le gouvernement libyen avait confié la garde de l’ambassade américaine à des extrémistes. Vérité cachée aux USA qui a abouti ensuite à un mini scandale.
Donc, au Moyen Orient, il est clair que le chaos engendre l’existence et le développement de groupes d’extrémistes armés par les soins de l’Otan et qui deviennent incontrôlables. En fait, ils sont contrôlés par ceux qui les paient et qui se servent de l’obédience de l’Islam à laquelle adhèrent ces extrémistes, engendrée par eux et qu’ils favorisent afin de renforcer les pouvoirs de leur royauté, c'est-à-dire le wahhabisme. Soit principalement l’Arabie saoudite et le Qatar.
On ne voit pas clairement dans cette option l’intérêt propre des USA. Quant à mettre en place en Syrie, Irak et Liban des bandes surarmées d’islamistes belliqueux, imposant la Charia, dans l’espoir qu’elles se retournent exclusivement contre l’Iran, c’est un risque immense au moment où le résultat de l’aventure afghane des USA se termine par leur obligation de quitter définitivement ce pays.
Il semble bien que l’Amérique doive maintenant tourner le dos aux plans établis sous les Bush père et fils, ce qui ne peut se faire sans une profonde remise en cause. On peut penser qu’Obama en responsable intelligent a compris cela. Mais il y a tant de groupes de pression aux Etats Unis, - le Lobby sioniste, les texans impliqués dans l’assassinat de Kennedy, des conservateurs en général-, qu’un changement de cap aussi important ne peut se mettre en place rapidement.
Ce qui peut expliquer l’attitude de Kerry qui, à Montreux, s’aligne bien sur les positions de ces groupes d’influence.
En tous les cas Genève 2 va sûrement mettre en lumière le fait que cette politique ancienne n’est plus d’actualité compte tenu des nouveaux rapports de forces au Moyen Orient et dans le monde, notamment en extrême orient où les USA ont aussi avec leurs alliés japonais de gros soucis.
Il est à prévoir que l’on se dirige vers un maintien d’Assad au pouvoir [il va sans doute survivre à Hollande !] et un lâchage par l’Otan des groupes wahhabites qui se déchainent en Syrie.
Et cela aura deux conséquences dans la région.
* D’abord un renforcement de l’axe Chiite depuis l’Iran.
* Et une certaine mise à l’écart de l’Arabie saoudite, le Qatar étant déjà un peu rentré dans le rang, allant de pair avec un affaiblissement de la position d’Israël.
Comment va réagir ce pays au naturel agressif ? Mal sûrement, avec la possibilité de quelques bêtises.

