Glucksmann, ou un harakiri collectif socialiste
À voir sa tête lorsqu’il a compris qu’il avait gagné la primaire des socialistes, avec son micro-parti Place publique… qui s’bécotent sur les bancs publiques…
Au parti
Déjà que ça n’allait pas Faure du côté des amis de la rose, alors, cette intronisation ubuesfétatoire ne va rien arranger pour la mise en pieds dans les startingblocks. Au parti, ça doit ruminer sec. D’ailleurs, ils vont certainement nous refaire un remake de 2017, où Benoît Hamon, gagnant, s’était vu fusiller par ses petits camarades, Manouel Valls en tête. Cette fois-ci, Madame Royal sera-t-elle celle qui… dès après le vote, aura ronchonné : « Je respecterai le vote si le candidat respecte ses promesses »… Hey Raphi, installe-toi deux gros rétros pour voir ce qui va t’arriver dans le dos !
La dernière fois où le parti de Jaurès pesa
La dernière période où le PS pesa véritablement comme force incontournable à gauche fut de 1997 à 2002, sous Lionel Jospin, à la tête de la gauche plurielle. Sous le septennat Chirac, le PS dirigeait le gouvernement et structurait la majorité de gauche. En 2002, l’élimination du Premier ministre socialiste sortant dès le premier tour de la présidentielle marqua une rupture majeure.
Malgré la remontée en selle lors de l’élection de François Hollande en 2012, à croire que ce fut comme un round de trop pour un boxeur fatigué. D’ailleurs, en décembre 2016, le président socialiste annonçait aux Français qu’il ne se représenterait pas en mai 2017. Tout alla de mal en pis pour en arriver à…
C’est la chute… finale ou le seppuku
Cette « élection » de 2026… tant à conter, tant à compter. Pour commencer, une vraie originalité : le nouveau représentant des socialistes à l’élection présidentielle n’est pas socialiste ! Il n’a pas de carte du parti, c’est une première, représenter un mouvement sans en être membre… Mais il y a surtout : comment cette élection s’est-elle déroulée ?
Le 10 juillet dernier, les militants du Parti socialiste ont fait le choix d’une primaire fermée pour désigner leur candidat à l’élection présidentielle. Ils ont ainsi voté à 55,5 % pour la réserver aux seuls adhérents du PS et d’autres organisations politiques, à l’instar de Place publique, le mouvement fondé par Raphaël Glucksmann.
Cependant, alors que le vote pour désigner un candidat commun des deux partis est prévu pour octobre, le sujet du tarif permettant de participer au scrutin divise. Certains dénoncent un montant trop élevé, soit 15 euros, qui risque de décourager bon nombre de sympathisants de gauche, quand d’autres assument que ça dissuadera d’éventuelles ingérences de la part d’électeurs extérieurs au camp social-démocrate.
Ce tarif de 15 € a fait l’objet d’une véritable bataille interne au PS, bien avant son adoption officielle. Il y a ceux qui ont défendu ce tarif, ceux qui l’ont contesté et ceux qui ont finalement validé l’accord. Selon Mediapart, le camp Faure accusait celui de Glucksmann de vouloir fixer un tarif élevé afin de limiter le corps électoral à son avantage. Ségolène Royal a ensuite accusé explicitement Glucksmann d’avoir voulu « verrouiller le vote ». À souligner que ce sont des accusations politiques rapportées par la presse, pas la preuve d’une manipulation effective. Et le 25 août 2026, les dés sont jetés et le Conseil national du PS approuve les modalités par 159 voix pour, 32 contre et 21 abstentions. L’Assemblée politique nationale de Place publique, elle, a ratifié l’accord à l’unanimité. Le tarif de 15 € pour les sympathisants extérieurs faisait partie de cet accord.
Ces voix « extérieures », apparemment, si on regarde les chiffres, sont venues grossir énormément le nombre de votants. Les nombres publiés donnent 120 587 votants sur environ 140 000 inscrits. Glucksmann obtient 79 613 voix. Les organisations comptaient environ 60 000 adhérents recensés en mesure de voter, alors que le nombre total de votants représente environ le double. L’écart est considérable. Il s’explique en partie par l’ouverture aux sympathisants extérieurs payants, mais leur nombre exact et leur comportement électoral restent inconnus. Olivier Faure, le président, l’avoue : « On ne sait pas qui sont les gens qui se sont inscrits. » Ce qui frappe, au vu des chiffres, c’est l’ampleur du score de Glucksmann, mais quelle part de ces voix provient des adhérents et quelle part des sympathisants extérieurs ? Peut-être que Ségolène Royal partira en campagne pour le découvrir, qui sait ?
Des électeurs sortis du chapeau ?
C’est ici que les choses sont devenues intéressantes. En ouvrant le scrutin à des sympathisants extérieurs, moyennant 15 euros, les organisateurs ont fait le choix d’un corps électoral dont la composition leur échappait en partie. Admettez que c’est un choix curieux tout de même : un non socialiste pour les représenter, et des votants en un nombre inconnu n’étant peut etre pas socialiste ?
Ainsi, Glucksmann rafle 66,17 % des suffrages exprimés. Mais d’où venaient donc ces électeurs ? Quels étaient leurs engagements politiques ? Combien étaient-ils à soutenir déjà Place publique, et combien ont découvert cette primaire à l’occasion du scrutin ? Autant de questions auxquelles les chiffres publiés ne répondent pas. Dès lors, une hypothèse politique mérite d’être posée : cette « ouverture » a-t-elle pu favoriser une mobilisation extérieure au PS, au bénéfice d’un candidat dont la ligne politique est particulièrement hostile à une alliance avec La France insoumise ? Dans une gauche où la perspective d’une qualification de Jean-Luc Mélenchon au second tour cristallise les oppositions, la question du choix du candidat n’est évidemment pas anodine. On peut soupçonner une stratégie de contournement des militants socialistes ; on ne peut toutefois pas affirmer, sans preuves, qu’une opération coordonnée depuis l’étranger a influencé ce vote. Pour passer du soupçon à la démonstration, il faudrait connaître l’origine des inscriptions et disposer d’éléments établissant une éventuelle coordination.
La petite cerise…
Et l’argent, dans tout cela ? Les 42 695 inscrits sur la plateforme Choisir2027.fr auraient théoriquement dû s’acquitter de 15 euros, ou de 10 euros au tarif social. À la clé, plusieurs centaines de milliers d’euros de recettes potentielles.
Qui a encaissé le magot ? À quoi a-t-il été affecté ? Aux frais d’organisation de la primaire, à la plateforme informatique, à la communication ? Quel organisme devra en rendre compte ?
Le financement des campagnes présidentielles étant strictement encadré, où ira donc cet argent ? Dans les caisses des partis, celles de la primaire ou ailleurs ? Mystère et boule de gomme ! Il serait tout de même piquant que cette primaire, censée désigner un candidat, se révèle aussi une belle opération de collecte de fonds.
De quoi se demander à qui profite le scrutin…
Georges ZETER/octobre 2026
Vidéo : dans Juste Milieu. Primaire PS - Glucksmann : une élection manipulée ?
SOURCES
Primaire socialiste de 2026
Mediapart — La « primaire à 15 euros » divise un peu plus le PS
Mediapart — Primaire du PS : derrière le favori Raphaël Glucksmann, Olivier Faure en embuscade
LCP — Raphaël Glucksmann désigné candidat de la gauche sociale-démocrate
Le Monde — Résultats de la primaire et score de Glucksmann
Reuters — Victoire de Glucksmann à la primaire
Le Monde — Plus de 140 000 inscrits à la primaire
Déclarations et règles de la primaire
Europe 1 — Ségolène Royal accuse Glucksmann d’avoir « verrouillé le vote »
LCP — Dates, candidats, prix et modalités de la primaire
Le Parisien — Accord PS–Place publique et tarif de 15 euros
TV5MONDE — Déclarations d’Olivier Faure sur les inscrits
Le Point — Règles de la primaire PS–Place publique
Historique du Parti socialiste
1. 1997–2002 : le gouvernement Jospin et la gauche plurielle
Info.gouv.fr — Biographie officielle de Lionel Jospin et son gouvernement
2. 21 avril 2002 : l’élimination de Lionel Jospin au premier tour
Ministère de l’Intérieur — Résultats officiels de la présidentielle de 2002
3. L’Élysée — Déclaration de François Hollande du 1er décembre 2016
Les chiffres de l’article
1. Public Sénat — 140 282 inscrits, dont 42 695 via Choisir2027.fr, et nombre d’adhérents des partis
2. TF1 Info / AFP — Répartition des 140 282 inscrits par plateforme et par parti
3. Le Monde — Résultats détaillés : 79 613 voix pour Glucksmann, soit 66,17 %, et 120 587 votants
4. LCP — Résultats du premier tour et score de Glucksmann
5. Parti socialiste — Modalités officielles de la primaire et tarif de participation
6. LCP — Pourquoi la participation coûtait 15 €, ou 10 € au tarif social
7. Le Parisien / AFP — Vote du Conseil national : 159 voix pour, 32 contre, 21 abstentions


