Gospel et Maloya
D'une souffrance en Europe et aux Amériques a jailli un choeur magnifique.
D'une révolte des esclaves dans notre île Boubon, la Réunion, a jailli un autre choeur, puissant et résistant.
Harriet Beecher Stove, auteure anglaise d’un livre qui a connu dès 1852 et connait encore de nouvelles éditions, « La Case de l’Oncle Tom », traduit aussitôt en 37 langues, avec une immense diffusion.
Je me souviens l’avoir emprunté au Bibliobus de la FOL de l’Ardèche.
J’en ai acheté un bel exemplaire en 2022 et je l’ai relu avec la même émotion.
Dès 1852, cet ouvrage eut un succès qui n’a rien d’étonnant, car il est bien écrit, un humanisme qui parle à tous, au point qu’il fut l’une des causes de l’abolition de l’esclavage - « Oncle Tom » était un esclave. Le président des Etats-Unis Lincoln qui reçut Harriet Beecher Stove, y vit le principal élément déclencheur de la longue guerre qui déchira alors l’Amérique, le Nord abolitionniste contre le Sud esclavagiste. Les esclavagistes perdront cette guerre.
« La case de l’oncle Tom » décrit la férocité de l’esclavage, des millions d’êtres humains plus maltraités que le bétail aujourdhui. Des noirs sans aucun droit, même pas celui de se marier librement. Les femmes et les filles esclaves violées de plein droit par leur propriétaire. Leur bébé élevé jusqu’à 7 ou 8 ans était ensuite vendu au « marché aux esclaves » et leur mère ne les revoyait plus.
Spontanément, les noirs ont inventé des chants très simples ; une phrase, un mot, répétés sur des tonalités et des rythmes différents, les « négro spirituals » aujourd’hui appelés « gospels » et ayant abouti à des concerts donnés de nos jours un peu partout. Ces chants transcendaient le malheur dans l’espérance, devenaient même joyeux - du bonheur dans leur profonde foi.
J’habite le Beaujolais, et dans mon village, Chessy les Mines, il y a deux « Gospels » par an. Dans le village voisin, Légny, un concert chaque année. A Hyères, dans le Var, il y en a encore plus.
Cousin du Gospel, à la Réunion, département français, les concerts de « maloya » sont partout, le groupe le plus célèbre est « Ziskakan » que j‘ai découvert dans l’Ouest lyonnais, à St Quentin Fallavier où le groupe était présenté par l’acteur chanteur Richard Borhinger.
A La Réunion les esclaves étaient importés d’Afrique de l’Est et de Madagascar. Des esclaves se réfugièrent dans un immense cirque d’altitude, un cratère volcanique qui retentit de leurs chants et danses semblables aux gospels.
Le maloya s’est « créolisé ». Au départ lié à des cérémonies d’hommage aux ancêtres, il a conquis l’espace public à partir des années 1970, en forme de revendications politiques.
Il est devenu aujourd’hui l’expression majeure, sur le plan culturel et musical, de l’identité réunionnaise. Plus de 300 groupes musicaux le pratiquent.
Depuis 2009, le Maloya est reconnu « Patrimoine Culturel Immatériel de l’humanité » (UNESCO).
Claude Barratier

