mercredi 9 janvier - par Lucchesi Jacques

 Grand Dragon et petits Dragons

 

Pendant que l’Europe a les yeux rivés sur les crises sociales qui la secouent, la Chine poursuit ses visées conquérantes en Asie. Dans un parfait mépris de la souveraineté des peuples. 

 

 Entre la République Populaire Chinoise et Taïwan, il y a un différend qui remonte à 1949 quand, battus par les troupes communistes de Mao, Tchang Kaï-Chek et ses hommes du Kuomintang se réfugièrent à Taïwan, île d’un peu plus de 36 000 Kms2 située à 180 kilomètres des côtes chinoises. Depuis la fin de la dictature nationaliste en 1987, Taïwan est devenue une démocratie à part entière et a connu une remarquable expansion économique, portant le niveau de vie de sa population à égalité avec celui du Japon. Si les rapports n’ont jamais été idylliques entres les deux Chines – chacune proclamant sa légitimité sur l’autre -, du moins Pékin ne menaçait pas ouvertement la sécurité et l’indépendance de son minuscule voisin. Ce n’est plus le cas depuis le 2 janvier dernier, puisque Xi Jin Ping a annoncé publiquement son intention de réunifier Taïwan à la Chine continentale, au besoin par une invasion militaire.

Une telle déclaration a de quoi faire froid dans le dos, y compris en Europe occidentale. Elle annonce des tensions encore plus vives que celles entre les deux Corées jusqu’à l’année dernière ; de quoi menacer le fragile équilibre mondial dans cette région de l’Asie et sans doute au-delà. C’est que Xi Jin Ping a le vent en poupe. Président à vie, ce sexagénaire matois, exemple parfait de la méritocratie communiste, règne sur un pays d’un milliard quatre-cent millions d’habitants, première économie mondiale depuis 2014. Non content d’exporter les produits chinois partout dans le monde, d’acheter des parts de pays au bord de la faillite et d’explorer la face cachée de la Lune, il veut à présent assoir la domination de la Chine par les armes. Pas sur toute la planète mais dans sa zone géographique d’influence, ce qui implique le Japon, les deux Corées et tout le Sud-Est asiatique – soit près d’un milliard d’individus tout de même. Voici venu le temps des conquérants locaux, ceux qui, plus rationnellement, ne cherchent à exercer leur hégémonie que sur leurs proches voisins ; mais c’est avec la même brutalité que leurs aînés mégalomanes du XXeme siècle. On l’a vu avec Poutine et la Crimée ; on risque fort de le voir bientôt avec Xi Jin Ping et Taïwan. Et tout comme son homologue russe, il n’aura aucun mal à justifier son annexion par des références historiques, puisque Taïwan – alors Formose – fut sous contrôle de l’empire chinois pendant deux siècles, de 1683 à 1895. 

Pour le moment, ce projet de réunification arbitraire fait encore l’objet de discussions diplomatiques. Xi Jin Ping voudrait, en effet, proposer à Taïwan un double système politique comparable à celui qui régit Hong-Kong depuis 1997. On sait cependant qu’il ne fait pas bon, sur le territoire de cet autre petit Dragon, de s’opposer aux directives du grand frère chinois. Cette perspective de protectorat est inacceptable pour l’actuelle présidente de Taïwan, Tsai Ing-Wen, qui en appelle à l’ONU pour arbitrer cette menace. Mais que pourrait faire cette instance internationale – et derrière elle les USA et l’Union Européenne - si Xi Jin Ping décidait de mettre son dessein à exécution ? Pas grand-chose sinon rien. Elle se retrouverait tout aussi impuissante que son ancêtre, la Société Des Nations, face à Hitler, dans les années 30. Car qui voudrait aller se battre contre les Chinois pour sauver d’autres Chinois ? Face aux dictatures qui reviennent en force dans le monde du XXIeme siècle, nos démocraties manquent d’arguments militaires, ne peuvent que temporiser et peser, au mieux, sur les échanges économiques. A l’équilibre bi-polaire de la terreur nucléaire a succédé peu à peu un équilibre multi-polaire de la prudence et de la peur.

 

Jacques LUCCHESI



6 réactions


  • gaijin gaijin 9 janvier 10:25

    " Dans un parfait mépris de la souveraineté des peuples. 

    "

    contrairement a qui ?


  • JL JL 9 janvier 10:33

    ’’ Une telle déclaration a de quoi faire froid dans le dos, y compris en Europe occidentale. Elle annonce des tensions encore plus vives que celles entre les deux Corées jusqu’à l’année dernière ; de quoi menacer le fragile équilibre mondial dans cette région de l’Asie et sans doute au-delà. ’’

     

    Froid dans le dos ? Ah bon ? Serait-ce parce que ’’ Xi Jin Ping a le vent en poupe.’’ comme vous dites ?

     

    Ou plutôt parce que le camp occidental ne restera pas neutre ?


  • leypanou 9 janvier 12:01

    Pour le moment, ce projet de réunification arbitraire fait encore l’objet de discussions diplomatiques 

     : pas plus arbitraire que la réunification allemande, la création de l’état fantoche du Kosovo, l’éclatement du Soudan.

    Quant à Xi Jin Ping, il n’est pas président à vie contrairement à ce que vous prétendez, mais il n’y a plus de limitations du nombre de mandats.


  • AncreDeChine 9 janvier 14:53

    « ... siècle, nos démocraties manquent d’arguments militaires, ne peuvent ... »

    elles n’en manquent pas partout d’arguments militaires « nos » démocraties...

    Ces derniers temps les mots démocratie, république me font de plus en plus penser à la culture... vous savez « ...moins on a plus on l’étale »


  • robert robert 9 janvier 16:40

    Tchan-Kaï-Chek et ses hommes et ses hommes du Kuomintang, tous renégats du mouvement communiste de Mao se sont réfugiés à Taïwan oui mais ont-ils demander la permission aux taïwanais ?? non puisque l’île était chinoise

    donc retour à la mère patrie par le jeu des chinoiserie !!


  • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 9 janvier 17:22

    Le sujet est la conquête d’une nation qui ne sent plus pisser sur des territoires extérieurs . Question. Pourquoi la NZ et l’Australie ne font plus chier la présence de la France dans le Pacifique ? Pourquoi il y a t’il dorénavant des manoeuvres militaires maritimes communes ?


Réagir