lundi 22 décembre 2025 - par politzer

Guerre froide 2.0 :

 

Échapper au piège de Thucydide malgré l’encerclement déjà en place

20 décembre 2025

La rivalité entre les États-Unis, la Chine et la Russie est souvent présentée comme une « Guerre froide 2.0 » : compétition technologique, idéologique et géostratégique sans affrontement direct majeur.

 Mais cette lecture libérale-realiste, centrée sur le « piège de Thucydide » de Graham Allison, peut être enrichie par une perspective marxiste déterministe, qui voit les grands conflits non comme des accidents géopolitiques ou des malentendus, mais comme les conséquences inévitables des contradictions internes du capitalisme impérialiste.

Le containment est déjà là – et il est structurel

Les États-Unis et leurs alliés ont bel et bien déployé un endiguement stratégique contre la Russie et la Chine :OTAN élargie à 32 membres, bases aux portes de la Russie.

Chaîne d’îles, AUKUS, QUAD pour encercler la Chine en Indo-Pacifique.

 

Du point de vue marxiste, cet encerclement n’est pas une simple peur d’une puissance émergente (Thucydide), mais la réponse logique d’un capitalisme américain en déclin relatif face à des rivaux qui contestent son hégémonie économique et monétaire.

Comme l’écrivait Lénine dans L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916), la concurrence entre monopoles et la recherche de nouveaux marchés, matières premières et sphères d’influence mènent inévitablement à des repartages violents du monde.

Le déterminisme marxiste : les guerres comme produits nécessaires du capitalisme

Friedrich Engels, dès les années 1880-1890, avait anticipé la « boucherie » à venir. Dans des lettres et articles (notamment sa préface de 1887 à Sigismond Borkheim), il décrivait une guerre européenne future comme une catastrophe industrielle totale :

« Une guerre mondiale d’une ampleur et d’une violence jamais vues […] huit à dix millions de soldats qui s’égorgeront mutuellement […] la ruine de toute l’Europe ».

Il voyait déjà dans les alliances impérialistes et la course aux armements les prémisses d’un conflit systémique – prédiction réalisée avec la Première Guerre mondiale (1914-1918).

Lénine alla plus loin : il analysa la Grande Guerre comme une guerre impérialiste de repartage, découlant directement des contradictions du capitalisme monopoliste. Pour lui, tant que le capitalisme existe, de nouvelles guerres sont inévitables.

Quant au traité de Versailles (1919), Lénine (et même des observateurs bourgeois comme Churchill) y vit immédiatement le germe de la suivante.

 -Lénine, dès 1919, dénonça Versailles comme un « traité de brigands et de pillards », imposant à l’Allemagne une paix caricaturale qui ne pouvait déboucher que sur une revanche. 

-Churchill lui-même, dans The World Crisis : The Aftermath (1929), écrivit : « Le traité de Versailles n’est pas une paix, c’est un armistice de vingt ans ».

Vingt ans plus tard, en 1939, la Seconde Guerre mondiale éclatait.

 

Ces exemples montrent que, dans une lecture marxiste, les guerres ne sont pas des « pièges » évitables par une meilleure diplomatie, mais des produits nécessaires des phases successives de l’impérialisme : repartage colonial (1914), repartage post-Versailles (1939), et aujourd’hui repartage face au déclin américain et à l’essor eurasiatique (Chine + Russie).

Guerre froide 2.0 : simple intermède avant un nouveau repartage ?

En 2025, l’encerclement de la Russie et de la Chine, les guerres commerciales, les sanctions, le découplage technologique ressemblent à une préparation d’un nouveau cycle impérialiste. Le containment n’est pas un accident géopolitique, mais la réponse du capitalisme occidental à la perte de sa suprématie productive et financière.

Pour les marxistes contemporains, la question n’est pas tant d’« éviter le piège de Thucydide » par une diplomatie habile, mais de reconnaître que tant que le mode de production capitaliste domine, les contradictions impérialistes continueront de produire des crises, guerres par procuration et risques de conflit généralisé.

Seule une transformation structurelle – dépassement du capitalisme – briserait ce cycle déterministe. En attendant, la prudence stratégique (dialogues, retenue) peut repousser l’échéance, comme pendant la Guerre froide originale.

 Mais l’histoire, selon cette lecture, reste tragique : les Engels, Lénine et même Churchill l’avaient vu venir.

La Guerre froide 2.0 n’est peut-être qu’un armistice de quelques décennies.

 



8 réactions


  • berry 23 décembre 2025 08:15

    C’est pas le capitalisme qui déclenche les guerres, c’est l’Etat profond. 


    • berry 23 décembre 2025 09:07

      On peut le voir avec les fous de guerre qui nous poussent à nous impliquer dans le conflit ukrainien, sur LCI par exemple. Tous ces faux experts et ces propagandistes déguisés en philosophes ou en journalistes ont souvent un profil communautaire bien marqué et reconnaissable, et pour tout dire très peu français. Ils ne défendent pas notre pays mais leurs intérêts communautaires et suprémacistes, exclusivement. Une vraie secte de cinglés.

      Ce ne sont pas les capitalistes français, les patrons de Michelin, Accor ou Air Liquide qui nous poussent à la guerre, ils n’ont rien à gagner à voir leurs clients ruinés et leurs usines détruites dans un conflit éventuel. 


  • SilentArrow 23 décembre 2025 14:27

    @politzer

     

    Seule une transformation structurelle – dépassement du capitalisme – briserait ce cycle déterministe.

    Je ne pense pas.

    Si le monde entier devenait communiste, le communisme se diviserait en deux camps opposés qui se feraient la guerre, chaude ou froide.

    Catholiques/orthodoxes, sunnites/chiites, catholiques/protestants, trotskistes/stalinistes, la liste des exemples est longue.


  • Goldo Du Goldo Du 23 décembre 2025 18:55

    De la misère de l’analyse marxiste-léniniste.

    Une conception du monde nationale-bolchévique centrée sur la RuSSie...

    Bref, le rouge-brun classique.


  • Goldo Du Goldo Du 23 décembre 2025 19:04

    Un pseudo marxiste qui ne comprend que l’impérialisme n’est pas seulement occidental, que le PCC n’a de communiste que le nom  il s’agit d’un mouvement capitaliste opportuniste  et que la RuSSie est tout sauf un paradis socialiste,n’est rien d’autre qu’un pur guignol.


  • microf 23 décembre 2025 20:37

    C´ß est tellement bien dit et vrai.

    " Comme l’écrivait Lénine dans L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916), la concurrence entre monopoles et la recherche de nouveaux marchés, matières premières et sphères d’influence mènent inévitablement à des repartages violents du mondereComme l’écrivait Lénine dans L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916), la concurrence entre monopoles et la recherche de nouveaux marchés, matières premières et sphères d’influence mènent inévitablement à des repartages violents du monde."

    Et nous y sommes.

    Il n´ya qu´á voir ce qui a été fait en Lybie, en Irak, en Syrie, en Afghanistan, dans le Sahel, et ce qu´ils veulent faire au Vénézuela.                             Et ce sont toujours les mêmes au point de ne même plus se cacher, aujourd´hui, ils oeuvrent ouvertement comme jadis au Far-West lorsqu´un chef de bandits venait avec ses troupes envahir et tuer tous les membres d´une ferme qu´il voulait       s´approprier.


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