samedi 8 mai - par Robin Guilloux

Hegel, Explication d’un texte extrait des Principes de la philosophie du Droit

Bac Philo Série L, Texte de Hegel extrait des Principes de la philosophie du droit (+Questions)

Bac Philo Série L, Texte de Hegel extrait des Principes de la philosophie du droit (+Questions)

Bac Philo Série L, Texte de Hegel extrait des Principes de la philosophie du droit (Texte + Questions) - Le blog de Robin Guilloux

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Aide à l'explication du texte : 

La thèse de l'auteur :

Les lois de la nature sont absolues car elles sont "en dehors de nous", alors que les lois du droit sont relatives car elles proviennent de l'homme.

Ses arguments :

  • Les lois de la nature sont exemptes d'erreur (elles ne peuvent pas être fausses ; elles ne sont ni vraies, ni fausses en elles-mêmes).
  • Ce sont les représentations que nous en avons qui peuvent être fausses.
  • La connaissance des lois de la nature n'ajoute rien à la nature.
  • Seule la connaissance que nous avons des lois de la nature peut s'accroître et non les lois de la nature elles-mêmes.
  • Les lois du droit sont données, c'est ainsi que nous apprenons à les connaître.
  • Mais "l'esprit de réflexion" s'applique sur le donné et peut le remettre en question ; les lois du droit ne sont donc pas absolues comme le sont les lois de la nature car elles ne proviennent pas de la nature, mais de l'homme.
  • Les lois de la nature nous disent comment les choses sont ; les lois du droit nous disent comment elles doivent être. Les lois de la nature sont des "faits", les lois du droit sont des "valeurs".
  • Dans la nature, il suffit qu'une loi existe pour être admise (même si elle ne l'est pas en fait, elle l'est en droit), mais en droit, Il ne suffit pas qu'une loi existe pour être admise.

Hegel commence par établir la différence entre une loi de la nature et la représentation d'une loi de la nature. Une loi de la nature ne dépend pas de l'esprit humain, elle existe indépendamment de lui. Une représentation d'une loi de la nature est un énoncé scientifique produit par l'esprit humain.

Par exemple, les hommes ont remarqué depuis toujours que les corps tombaient vers le bas (c'est une loi de la nature), mais il n'ont pas toujours compris ni pourquoi, ni comment.

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"Pour savoir ce qu'est une loi de la nature, il faut que nous ayons une connaissance de la nature, car ces lois sont exemptes d'erreurs et ce sont seulement les représentations que nous en avons qui peuvent être fausses", écrit Hegel.

La chute des corps est un fait réel qui n'est ni vrai ni faux. Seule la représentation que nous nous en faisons, c'est-à-dire de ses causes et de ses effets peut être vraie ou fausse. L'interprétation d'Aristote est considérée aujourd'hui comme "fausse", au même titre que la théorie de la "génération spontanée".

Le terme de "loi" fait penser à l'idée d'un législateur divin qui aurait posé un certain nombre de décrets au moment de la création du monde. Il renvoie à l'idée de nécessité : les lois scientifiques expriment des liens contraignant nécessairement la façon dont les phénomènes se déroulent. 

Selon Hegel, les lois de la nature sont "exemptes d'erreurs". Elles existent, elles sont. Ce sont des faits. seules les représentations que nous nous en faisons - par exemple la "théorie des graves" d'Aristote - peuvent être vraies ou fausses. 

On peut rapprocher ce que dit Hegel sur la vérité scientifique de ce que disait déjà saint Thomas d'Aquin : la vérité n'est ni dans les faits, ni dans l'esprit, mais dans l'adéquation entre les faits et l'esprit ("adequatio rei et intellectus"). Si je dis qu'il fait beau, alors qu'il pleut, mon jugement (en l'occurrence, erroné) ne change rien à la réalité factuelle. 

"La mesure de ces lois est en dehors de nous : notre connaissance n'y ajoute rien et ne les améliore pas." Les hommes sont incapables de changer les lois de la nature. Ces lois ne dépendent pas de l'esprit humain, mais de l'ordre nécessaire des choses. A mesure que la science progresse, la connaissance des lois de la nature s'affine. La loi de la gravitation universelle de Newton est plus "complète" que la loi de la chute des corps de Galilée (elle s'applique aussi aux corps célestes). Mais ni Galilée, ni Newton n'ajoutent quoi que ce soit aux lois de la nature. La théorie de la relativité générale rend mieux compte de certains phénomènes : l'avance du périhélie de Mercure, la courbure des rayons lumineux et le décalage vers le rouge, que la théorie de la gravitation de Newton. C'est en ce sens qu'elle "améliore" la connaissance que nous avons des lois de la nature, mais elle n'améliore en rien ces lois qui restent ce qu'elles sont. 

A la limite, on pourrait dire qu'il n'y a pas de "lois de la nature", mais des lois de causalité, de régularité, d'universalité, appliquées aux phénomènes par l'entendement humain pour les rendre rationnels et intelligibles, le grand mystère étant précisément, comme l'a dit Albert Einstein, qu'elles soient intelligibles.

Hegel se demande ensuite en quoi la connaissance du droit est semblable à la connaissance de la nature et en quoi elle ne l'est pas. Selon lui, la connaissance du droit est semblable à la connaissance des lois de la nature dans la mesure où le droit positif, c'est-à-dire l'ensemble des lois explicites, par exemple, en France le Code pénal ou le code du travail, sont données, comme le sont les lois de la nature ; le citoyen est censé les connaître ("nul n'est censé ignorer la loi") et le juriste professionnel les étudie. 

Mais la différence réside dans l'intervention de "l'esprit de réflexion" qui nous montre que ces lois ne sont pas absolues. 

Hegel veut dire que, contrairement aux lois de la nature qui sont valables en tout lieu et en tout temps, les règles du droit ne sont pas universelles. Comme le dit Pascal "vérité en-deçà des Pyrénées, erreur au-delà". On peut donner comme exemple le fait qu'en France deux hommes ou deux femmes peuvent aujourd'hui légalement se marier, alors que dans d'autres pays l'homosexualité peut être punie de la peine de mort.

On peut également donner l'exemple, comme le fait Yeshayahou Leibowiz de deux hommes qui en tuent un autre. En temps de guerre, le premier est considéré comme un héros, alors qu'en temps de paix le second est puni comme un assassin.

Cette différence vient du fait que les lois juridiques ne viennent pas de la nature, mais de l'homme. L'homme ne peut que reconnaître la validité des lois de la nature car leur existence relèvent d'un état de fait, alors qu'il peut refuser de donner son adhésion à des lois juridiques parce que ces lois ne sont pas des faits, mais des valeurs. 

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Par exemple, des pratiques légales comme le travail des enfants au début de la société industrielle ou comme l'esclavage au sujet desquelles la "conviction intérieure" est entrée en conflit avec le droit (le "code noir" par exemple) et a cessé de lui donner son assentiment. 

"L'homme ne s'en tient pas à ce qui est donné dans l'existence, mais il affirme, au contraire, avoir en lui la mesure de ce qui est juste." Comme le disait le philosophe grec Protagoras, contemporain de Platon et de Socrate : "L'Homme est la mesure de toute chose, du bien comme du mal, du vrai comme du faux, du beau comme du laid."

On peut se demander si la conviction intérieure peut entrer en conflit avec les lois de la nature et ne pas leur donner raison. Jean de La Fontaine dans la fable "Le Loup et l'Agneau" oppose le droit qui enjoint aux hommes de protéger les faibles et de respecter la vie d'autrui et les lois de la nature qui reposent sur la prédation.

Le droit est une institution spécifiquement humaine qui s'oppose à la nature, même si l'on parle abusivement de "droit naturel".

"L'homme ne s'en tient pas à ce qui est donné dans l'existence" : Hegel met ici en évidence l'opposition entre la nature et la culture. Il n'y a pas de "nature humaine", l'homme est un être de culture, un "animal qui dit non" à ce qui est, qui décide en quelque sorte de ce qu'il veut être. C'est pourquoi Hegel considère que le droit et de la morale introduisent dans la sphère de la liberté et de la raison car le droit nous arrache à la nature.

Hegel oppose "l'autorité extérieure" à la "nécessité naturelle". L'autorité extérieure c'est une institution ou une personne qui détient une autorité légale sur nous, par exemple un fonctionaire de police dans l'exercice de ses fonctions.

La nécessité naturelle, c'est tout ce qui relève des lois de la nature, par exemple le fait que nous naissons homme ou femme, que nous avons des besoins (boire, manger, dormir, nous reproduire, que nous sommes promis à la mort).

Nous ne pouvons rien faire contre la nécessité naturelle, nous sommes soumis à sa domination absolue, mais nous ne sommes pas soumis à la domination relative de l'autorité extérieure, car notre conscience nous indique si ce que l'on nous ordonne est juste ou non. Même si nous sommes obligés d'obéir à un ordre injuste, nous ne sommes pas obligés de le trouver juste. Là encore, Hegel oppose les faits (les lois de la nature) aux valeurs (la morale, le droit).

On peut refuser intérieurement une loi de la nature comme on peut refuser intérieurement une "autorité extérieure", par exemple d'être mortels, d'être soumis aux besoins, etc., mais notre adhésion ou notre non adhésion à une loi de la nature ne change absolument rien à cette loi qui continue à exercer son empire sur nous, que nous le voulions ou non, alors qu'il ne suffit pas qu'une règle de droit existe pour être admise.

C'est la raison pour laquelle nous pouvons changer les lois du droit, alors que nous ne pouvons pas changer les lois de la nature.

On peut se demander cependant si ce qui est valable pour les animaux et pour les choses le demeure pour l'homme. Certes, l'homme est soumis, en tant qu'animal, aux nécessités naturelles, mais il peut opposer les lois du droit aux lois de la nature. Comme le suggère Jean-Jacques Rousseau dans Le contrat social, l'expression "droit du plus fort" est une contradiction dans les termes.

 



3 réactions


  •  Il n’y a pas de « nature humaine », l’homme est un être de culture, un « animal qui dit non » à ce qui est, qui décide en quelque sorte de ce qu’il veut être. C’est pourquoi Hegel considère que le droit et de la morale introduisent dans la sphère de la liberté et de la raison car le droit nous arrache à la nature." Là, je ne suis pas d’accord. quand le bébé naît, c’est encore un animal qui est en instinct de survie....De nombreux comportements de l’homme relèvent encore de son animalité. Comme la procréation....sans réflexion. Pour moi un psychopathe est plus proche d’un animal que d’un être cultivé. Il passe à l’acte sans réflexion. Raison pour laquelle d’une certaine manière : juger est difficile. Au moment des faits cet homme était-il conscient de ses actes. Platon a la réponse : connais-toi toi-même. si l’homme était conscient de ce qu’il a fait, il ne serait pas passé à l’acte, parce que cet acte, c’est comme s’il l’avait fait à lui-même. Le meurtrier ne doit-il pas pour autant être jugé. Il doit surtout être mis à l’écart de la société. Et c’est là qu’intervient le jugement HUMAIN : cette personne est-elle ou non toxique pour les autres... ? Fait-elle le bien ou le mal ? Et cette capacité de trier le bon grain de l’ivraie, seul l’humain est capable de le faire. Quoi que j’ai constaté que ma chatte délaisse les produits industriels...Est humain, celui qui maîtrise ou au mieux sublime ses instincts animaux (sans les rejeter comme les ESSENIENS). Instincts qui sont souvent utiles en cas de danger...Relire Robert Merle : Le propre de l’homme ;


  • Résumé : Un chimpanzé peut-il apprendre un langage et communiquer ? Oui, répondent Edmund Dale et sa femme, qui tentent l’expérience avec Chloé, une petite chimpanzée adoptée à sa naissance. Et Chloé va s’humaniser à mesure qu’elle s’exprime, révélant même une vie affective riche et nuancée.

    Jusqu’au jour où, prenant conscience de l’hostilité des humains et de sa « différence », elle va sombrer dans un mal de vivre qui la rendra dangereuse.

    A partir de faits scientifiquement établis, l’auteur de « Malevil » et de « Un animal doué de raison » renoue avec l’anticipation et nous donne à réfléchir - ou à rêver - sur ce qui sépare l’humain de l’animal.


  • Hervé Hum Hervé Hum 10 mai 10:37

    Le lieu commun entre les lois de la nature et du droit humain, c’est la causalité. En ce sens, les lois de la nature sont des lois de causalités, mais c’est aussi le cas des lois du droits, car elles respectent deux conditions de la causalité, la récurrence et ce qui en découle, la détention de la force pour imposer la récurrence. On ne peut connaître d’une loi quelconque, que s’il y a récurrence et détention de la force pour imposer cette récurrence, sans cela, il n’y a pas de loi qui tienne, mais uniquement l’arbitraire ou imaginaire de celui qui détient la force. La loi est toujours celle du plus fort et le faible ne dispose de droit, que si le plus fort est là pour les garantir.

    Les lois de la nature posent les conditions d’existence de la réalité physique, celles du droits, les conditions d’existence de la réalité sociale humaine, mais l’une comme l’autre consacrent le fait intangible qu’il ne peut pas exister de réalité sans lois, car sans elles, ne reste que l’imaginaire ou arbitraire de chacun et dans ce cas, aucune communication n’est possible, donc où la causalité n’est pas l’ordre premier, général, mais second, personnel.

    Encore qu’il faille comprendre que l’être en tant que tel n’a de choix que de la ou des finalités, mais pas des moyens, ces derniers étant le domaine exclusif, totalitaire de la causalité et d’elle seule.

    Bref, toute loi (par définition causale) définit le lieu commun permettant aux êtres de communiquer et vivre en communauté. Cela vaut autant pour des particules de matières que pour des êtres vivants comme l’humain.

    Il existe une autre raison fondamentale à la nécessité de la réalité physique...

    Ce qui est certain, c’est que la causalité consacre et affirme la nécessité de l’être en tant que doué de conscience et ce, a tous les niveaux ou échelles de la réalité physique, sans cela, la notion même de causalité ne peut pas exister.


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