Hold-up by TotalEnergies !
Commençons par de l’indécence : Monsieur Pouyanné, PDG de Total, est rétribué à 1 million par mois en rémunération globale ; en période où chaque Français doit compter chaque goutte qui tombe dans son réservoir… « Nous sommes en guerre », bramait Macron, alors, en ces temps incertains, être un profiteur de guerre vaudrait théoriquement le peloton d’exécution ? OK, c’est un peu extrême, mais vous avez l’image !
Sa société, ces six derniers mois, a engrangé 11 milliards de bénéfices, soit une augmentation de 72 % comparée à l’année précédente.
Nous, les du commun, payons des 2 euros et plus à la pompe. Je vais prendre un exemple : votre serviteur. J’ai une diésel, et la station la plus proche facture le litre à 2,45. Mon réservoir est de 60 litres, total de la punition : 147 euros ! Ce qui fait que mon véhicule ne bouge plus, et que je suis obligé de me déplacer autrement. Ce qui, en soi, n’est pas si mal niveau pollution, sauf que je suis cantonné à rester intramuros dans ma ville. Étant prof à domicile, je dois utiliser maintenant les transports en commun, qui sont ce qu’ils sont : des retards, trop de monde, la pluie, du stress et ainsi passer plus d’heures à me transporter qu’à enseigner. Je suis chez Ubu.
L’accordéon des prix entre 2022–2026
2022 : 1,85–1,90 €/L — 2023 : 1,79 €/L — 2024 : 1,70–1,75 €/L — 2025 : 1,55–1,65 €/L — 2026 : 2,30 €/L et plus à la rentrée de septembre.
La synthèse : De 2022 à 2025, le prix du gazole a nettement diminué, passant d’environ 1,88 €/litre en 2022 à environ 1,60 €/litre en 2025, avant de repartir fortement à la hausse en 2026 : à la rentrée de septembre, le prix dépasse désormais 2,30 €/litre.
En quatre ans, après une période de baisse, le gazole retrouve donc un niveau nettement supérieur à celui de 2025, avec une hausse d’environ 40 à 45 %. Pour le consommateur lambda, c’est la panne sèche !!!
Depuis 2022, les variations s’expliquent d’abord par les cours mondiaux du pétrole, les marges de raffinage et le choc de la guerre en Ukraine. Vient la détente de 2023-2025.
En 2026, les chocs géopolitiques et des tensions au Moyen-Orient agissent sur l’approvisionnement. À cela s’ajoutent les taxes françaises, entre 45 et 50 %, qui représentent « le gras » du prix payé à la pompe.
TotalEnergies est directement concerné parce qu’il contrôle la chaîne à presque tous les niveaux : production de pétrole et de gaz, raffinage, transport et distribution. Quand le brut monte, le groupe paie plus cher son approvisionnement, mais sa branche production bénéficie de la hausse des cours. Lorsque les marges de raffinage augmentent, ses raffineries peuvent dégager davantage de bénéfices.
Ce n’est pas TotalEnergies qui fixe seul le prix du gazole, mais il est particulièrement bien placé pour profiter des périodes de pétrole cher. C’est donc moins la hausse du prix à la pompe qu’il faut lui reprocher que la capacité du groupe à transformer les crises énergétiques en profits importants.
Pour faire court, une stratégie opportuniste aux bons moments et dans les bons coups…
Lobby et lobbying
Vues sur la puissance de levier du groupe sue le continent et la France :
À Bruxelles et Strasbourg, le lobbying de TotalEnergies s’exerce auprès du Parlement européen et de la Commission européenne, avec des moyens financiers bien supérieurs à ceux déployés en France. Des moyens confortables : la compagnie y déclare un budget annuel de lobbying de 3 à 3,5 millions d’euros.
Son but pour cette somme est de peser sur les décisions. Le groupe s’appuie sur deux leviers :
Une présence directe de plusieurs collaborateurs accrédités à l’année qui possèdent un badge pour circuler directement au Parlement européen et rencontrer les eurodéputés. Des alliances de secteur : L’entreprise finance de grands groupes d’influence comme FuelsEurope ou le Conseil européen de l’industrie chimique qui multiplient les accès et le poids politique auprès des décideurs.
Le groupe intervient promptement dès qu’un texte européen menace son modèle économique ou sur des exigences de contraintes écologiques. Le marché du carbone et la taxe carbone aux frontières (MACF) et les négociations de dérogations ou de quotas gratuits pour éviter de pénaliser les sites industriels pétrochimiques. Le Pacte vert (Green Deal) et la taxonomie. Une Pression constante pour faire classer le gaz naturel ou certains biocarburants comme des énergies de « transition », afin d’orienter les financements européens vers ces projets.
Les règles de transparence sur le devoir de vigilance : afin de tenter d’alléger les obligations imposées aux multinationales concernant les impacts environnementaux et humains de leurs filiales à l’étranger.
Contrairement à la France où le président ou le Premier ministre peut imposer une ligne, le système européen repose sur la négociation permanente d’amendements entre 720 eurodéputés. Les lobbyistes pétroliers en profitent en fournissant directement des notes d’impact et des projets d’amendements clés en main. Ces textes sont régulièrement repris par des groupes politiques conservateurs ou centristes, ce qui permet à l’entreprise d’infléchir directement les lois votées au Parlement.
On se souvient des affaires des « petits cadeaux » faits par les lobbies à des élus compréhensifs.
TotalEnergies fait aussi du lobbying à l’Assemblée nationale,
Et auprès des pouvoirs publics. Ce lobbying est officiel, encadré par la loi.
L’entreprise a le droit d’échanger avec les députés, mais doit déclarer ses activités et les budgets qu’elle y consacre. Ses équipes de « relations gouvernementales » et de « direction des affaires publiques » agissent directement auprès des parlementaires et des commissions.
Alors, sur quels sujets l’entreprise intervient-elle ?
Quand des projets de loi sont débattus à l’Assemblée, TotalEnergies pousse ses positions via des amendements « clés en main », des notes d’information ou des rendez-vous secrets et publics avec des députés :
La fiscalité : L’entreprise a activement milité contre les projets de taxe sur les superprofits pétroliers ou contre les propositions de hausse de la fiscalité sur les énergies fossiles.
Les règles environnementales : Intervention sur les textes liés à la transition énergétique, les biocarburants, le marché du carbone ou les obligations en matière d’énergies renouvelables.
La régulation des prix : Pression sur les dispositifs d’aide ou de plafonnement de l’énergie pour préserver ses marges et ses mécanismes de marché.
Ses méthodes employées à l’Assemblée
Les auditions officielles : Les dirigeants de TotalEnergies (dont son PDG Patrick Pouyanné) sont régulièrement auditionnés par la Commission des Finances ou les commissions d’enquête de l’Assemblée et du Sénat pour faire valoir la position du groupe.
Les rencontres informelles : les lobbyistes du groupe rencontrent des députés ou leurs collaborateurs pour tenter d’orienter la rédaction des lois avant ou pendant les débats.
Les mises en cause et signalements : En mai 2026, l’ONG Transparency International France a saisi les autorités de contrôle, dont le déontologue de l’Assemblée nationale, en reprochant à TotalEnergies des manquements à l’obligation légale de sincérité lors d’opérations de lobbying menées auprès des parlementaires et du gouvernement.
Et au bout… il y a ceux qui « touchent »
Les actionnaires du groupe ont perçu environ 30,7 milliards de dollars de dividendes entre 2022 et 2025. Mais TotalEnergies ne s’arrête pas là : en 2025, le groupe a consacré 7,5 milliards de dollars au rachat de ses propres actions. En réduisant ainsi le nombre de titres en circulation, il augmente mécaniquement la part des bénéfices revenant à chaque action restante. Une manière supplémentaire de favoriser le rendement du capital, car c’est bien connu : ce qui est rare est cher !
Et ceux proches du conflit d’intérêt
En 2023, une enquête de Mediapart recensait 21 responsables publics français : 12 députés, 6 sénateurs et 3 ministres parmi les actionnaires de TotalEnergies.
La répartition annoncée était : 11 macronistes/centre (Renaissance, MoDem, Horizons), 6 LR, 2 PS, 1 Liot et 1 apparenté RN. Notez qu’il n’y a pas de LFI, pourtant le parti pointé du doigt par tout le monde…
En mars 2026, l’action TotalEnergies a littéralement explosé, passant de 69 € à plus de 81 € en quelques semaines. Portée par l’envolée mondiale des prix du pétrole et du gaz causée par les tensions dans le détroit d’Ormuz. Cette hausse de près de 17 % a immédiatement relancé la polémique sur les ministres et députés qui possèdent des parts dans l’entreprise.
Cette flambée boursière alimente d’abord un enrichissement personnel tout à fait mécanique. En effet, la valeur du patrimoine de ces responsables publics grimpe au même rythme que le cours de l’action, ce qui pose un problème éthique majeur. La situation devient encore plus critique lorsque ces mêmes élus doivent débattre ou voter des lois sur la fiscalité énergétique. Comment peuvent-ils trancher en toute impartialité sur la taxation des superprofits ou le plafonnement des prix du carburant, alors que la valeur de leurs propres portefeuilles dépend directement de la rentabilité de la multinationale ?
Au fond, le hold-up est parfait. TotalEnergies a trouvé la formule magique : privatiser ses profits géants des crises mondiales et socialiser ses factures. Quand la pompe s’enflamme, le groupe encaisse ; quand le citoyen étouffe, c’est l’État et donc à nos frais, de financer les chèques carburants, pour masquer la déroute.
La déconnexion est totale. D’une logique purement financière qui détruit ses propres actions pour doper artificiellement les dividendes de la rente. Et dans la vraie vie l'achat de carburant représente une part importante du budget des ménages, s'imposant souvent comme le deuxième poste de dépense juste après le logement (loyer ou remboursement de crédit) pour les personnes dépendantes de leur véhicule.
Pour vous dire : avec ces prix-là, prendre le pistolet à la pompe, c’est comme se le mettre sur la tempe… Appelons cela du suicide d’octane collectif !
Georges ZETER/ septembre 2026
Vidéo :
Sources :
1. Rémunération de Patrick Pouyanné Document d’enregistrement universel 2024 — TotalEnergies
2. Les 11 milliards et +72 % en 2026 Résultats du deuxième trimestre et du premier semestre 2026 — TotalEnergies
3. Prix du gazole 2022–2025 Bilan énergétique de la France 2022 — Ministère de la Transition écologique
Bilan des transports 2024 — SDES
4. Le 2,30 €/L : Le 12 septembre 2026, la moyenne nationale atteignait 2,30 €/L.
5. Prix des produits pétroliers — Ministère de la Transition écologique
6. Comment est calculé le prix du carburant ? — TotalEnergies
7. Présentation et résultats de TotalEnergies
8. Historique des dividendes — TotalEnergies
9. Programmes de rachats d'actions — TotalEnergies
10. Lobbying européen Transparence et représentation d'intérêts — TotalEnergies
11. Lobbying en France Fiche HATVP de TotalEnergies SE
12. TotalEnergies intervient à Bruxelles Actions de représentation d'intérêts de TotalEnergies auprès de l'UE
13. Transparency International — mai 2026 Transparency International France — signalement concernant TotalEnergies, 29 mai 2026
14. Les 21 responsables publics actionnaires en 2023 Enquête Mediapart — « Douze députés, six sénateurs et trois ministres sont actionnaires de TotalEnergies »
15. Yaël Braun-Pivet Déclaration HATVP de Yaël Braun-Pivet — avril 2026
16. hausse de l'action TotalEnergies Indicateurs principaux 2026 — TotalEnergies
17. Le conflit d'intérêts / HATVP https://www.hatvp.fr/la-haute-autorite/la-deontologie-des-responsables-publics/prevention-des-conflits-dinterets/?utm_source=chatgpt.com




