mercredi 6 mai - par George L. ZETER

Hold-up des pétroliers

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Allons soyons directs, appelons cela braquage. Car depuis deux mois et le blocage du détroit d’Ormuz, certaines compagnies pétrolières ont organisé ce qu’on peut appeler l’optimalisation de l’effet d’opportunité, du fait que les tankers ne passent plus. Bloqués qu’ils sont par cette affreuse dictature qu’est l’Iran.

L’attaque conjointe sans avertissement du 28 février des États-Unis et d’Israël ne comptant pas, car ces deux démocraties l’ont fait pour le bien du peuple opprimé iranien, et surtout pour empêcher les mollahs de développer la bombe atomique, détenue d’ailleurs par ces deux puissances agressantes... Ne fabrique pas ce que je possède pourrait être la doctrine qui justifierait tout.

Ainsi, qui dit blocage de 25 % de l’alimentation en pétrole de la planète veut dire un litre à la pompe à 2,40 euros ? La cause à effet pourrait paraître crédible si... tous ces bénéfices engrangés durant ce laps de temps n’avaient fait qu’exploser, faisant ainsi d’heureux actionnaires.

Prenons un exemple qui nous concerne tous, TotalEnergies. Il paraîtrait juste avant le blocage d’Ormuz que la compagnie aurait acheté de gros volumes. Cependant il faut le savoir, les trades sur dérivés (futures, options) ne sont pas détaillés publiquement. Nous sommes donc dans l’existence d’une certaine confidentialité stratégique où règne une opacité relative. Il y a toutefois une enquête du Financial Times qui détaille cette stratégie « gagnante ». Les négociants de la compagnie française ont racheté dès le début du mois de mars la quasi-totalité des cargaisons de pétrole brut produites aux Émirats arabes unis et à Oman qui étaient destinées à l’achat au mois de mai. Cela représente 34 millions de barils, soit plus du double des achats effectués par la compagnie en février. Ce qui veut dire aussi que Total a parié sur une guerre de plus d’une semaine annoncée par Trump. De là à penser qu’il pourrait y avoir du délit d’initié dans l’air... De toute manière et sans être un affreux complotiste et en toute logique, ce serait dans l’intérêt de ce type de compagnie mondiale de « sauter » sur ce genre d’opportunité, sachant que le PDG doit justifier ses décisions devant un conseil d’administration et ensuite devant les actionnaires, s’il veut garder son poste, ses émoluments gargantuesques, ses stock-options et ses avantages en nature...

Appelons un chat un chat.

Profiteurs de guerre ? Car comment définir ceux qui en temps de conflits profitent du contexte afin de s’enrichir plus ? En occurrence encore plus, si on regarde le supplément de bénéfices engrangés en peu de temps par les grandes compagnies pétrolières. Prenons encore TotalEnergies, + 1 milliard en profits en un mois. Appuyons encore plus où ça fait mal : selon Greenpeace Allemagne, qui publiait mercredi 1er avril un rapport sur le sujet, les compagnies pétrolières européennes réalisent 81,4 millions d’euros de surprofits par jour, soit 2,5 milliards d’euros pour le seul mois de mars. Et nous sommes le 6 mai... Ainsi, pendant que vous et moi tirons la langue pour faire un plein, que ces prix du pétrole se répercutent sur toute la chaîne alimentaire, car du carburant cher fait monter le prix dans les rayons des supermarchés, d’autres, installés souvent dans des paradis fiscaux, se gavent. Mais qu’est-ce qu’ils peuvent bien faire de tous ces milliards ? Il apparaît, selon un rapport d’Oxfam publié début 2026, que la fortune cumulée des milliardaires dans le monde a atteint un nouveau record absolu, dépassant les 18 300 milliards de dollars fin 2025. Soit 6 fois le PIB de la France !

L'influence de cette industrie sur les politiques de l'Union européenne

« Les lobbyistes des cinq plus grandes compagnies pétro-gazières ont dépensé au moins 251 millions d'euros en lobbying auprès de l'Union européenne, rien que sur les politiques climatiques depuis 2010. Ces lobbyistes représentent un total de 200 organisations. Parmi les entreprises exerçant le plus de pressions figurent BP, Shell, Chevron, ExxonMobil et Total. Depuis 2014, 327 réunions de haut niveau ont eu lieu entre l'UE et ces grandes firmes, soit en moyenne plus d'une réunion par semaine. Au sein de l'UE, environ 200 lobbyistes déclarés travaillent pour le compte des cinq principales compagnies pétrolières et gazières. » Comme on peut le constater, c’est à coups de centaines de millions que ces lobbies influencent les politiques énergétiques du continent. Se voir une fois par semaine revient presque à dire que nous avons affaire à des contacts plus qu’amicaux, peut-on dire complices ?

Fouillons plus loin...

Existerait-il une corrélation entre le fait que des pays européens ont des compagnies pétrolières de dimensions mondiales sur leur territoire et des prix à la pompe élevés, si on veut comparer à d’autres pays ne possédant pas ces big players et avec des prix à la pompe plus en dessous. On est de 2,40 à 1,70.

Prenons les pays les plus chers pour l’essence de 2,00 à 2,35 : Pays-Bas : 2,35 € = Shell. Allemagne : 2,10 – 2,24 € = Shell – ExxonMobil. France / Italie : 2,00 à 2,10 € = Total - ENI. Angleterre 1,90 – 2,00 € = BP.

Prenons les pays les moins chers de 1,30 à 1,60 : Bulgarie : 1,33 – 1,47 €. Malte : 1,34 €. Slovénie : 1,44 €. Slovaquie : 1,52 €. Hongrie / Pologne / Tchéquie : 1,55 – 1,65 €.

En observant ces chiffres secs qui, bien sûr, ne sont qu’une photo partielle mais donnent une idée : il se trouve que dans les pays où l’essence est la plus chère, les compagnies du top 15 mondial y ont leurs racines. À l’inverse, les pays où l’essence est la moins chère n’ont aucune compagnie majeure classée dans le top mondial, à part Lukoil, la compagnie russe interdite.

On pourra toujours argumenter sur les différents pouvoirs d’achat, sur le niveau différent des taxes prises par les gouvernements, etc... Il n’empêche, si Total a fait 1 milliard de plus en un mois, si les grandes compagnies européennes ont gagné en mars 84 millions de plus par jour, il n’est pas folie ni conspiration de théoriser sur le fait qu’il y a bien une cause à effet, qu’une nation ait sur son territoire un de ces grands joueurs qui, de par son pouvoir de « connexions », allié aux lobbies omniprésents, distributeurs de fonds et d’influence, ne pourrait-il pas faire monter les prix ? Tout en rendant heureux les actionnaires. De plus, le gouvernement collecte plus d’argent via les taxes... Suis-je conspirateur ou aspirateur ? The question ?

Je vais citer ce député LFI qui nous dit très justement que : j’aimerais vous signaler une fraude qui coûte très cher aux françaises et aux français. Cette fraude elle s’appelle le prix de l’essence... Le détroit d’Ormuz est bloqué, on ne peut rien n’y faire. Les français doivent se serrer la ceinture parce que c’est la crise. On ment car 90% du pétrole consommé en France ne passe pas par le détroit... Voir la vidéo jointe.

Bref, tout cela pour dire que ce petit monde de l’argent, des milliards y gagne sauf bien sûr nous. Alors que pensez-vous, cher lecteur, qui êtes devant cette pompe et son pistolet graisseux qui vous dégueulasse les mains et vous pleurez ces pleins à moins de 100 euros de février 2026... Un siècle !

Amen !

Georges ZETER/ mai 2026

Vidéo : Maintenant vous saurez

https://www.facebook.com/watch/?v=1640914987123215

Tous les chiffres prix des carburants sur Chatgpt

 https://reporterre.net/Petrole-TotalEnergies-a-gagne-1-milliard-de-dollars-en-un-mois

 https://reporterre.net/Petrole-TotalEnergies-a-gagne-1-milliard-de-dollars-en-un-mois

 https://www.oxfam.org/fr/communiques-presse/en-2025-la-fortune-des-milliardaires-augmente-trois-fois-plus-vite-alimentant

 https://fr.wikipedia.org/wiki/Lobby_des_industries_des_%C3%A9nergies_fossiles



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