Identité nationale ou diversion nationale ?
Acturevue contribue au débat.
Nous assistons en effet, à une belle diversion de la part du gouvernement qui n’hésite pas à faire croire que c’est une question fondamentale que bon nombre de français se pose.
A en croire Besson, mais aussi Eric Zemmour, ce qui hante en ce moment les ouvriers, les chômeurs, les agriculteurs, les banquiers… c’est de savoir enfin « Qu’est ce qu’être français ? ». Parce que, détrompez-vous si vous pensiez que l’ouvrier songeait d’abord à boucler ses fins de mois, l’agriculteur à comprendre pourquoi le prix de sa marchandise baisse alors que celui des supermarchés augmente, le chômeur à essayer de trouver un emploi qui ne soit pas moins dégradant que son précédent… Non, pour que les français aillent mieux en pleine crise écologique et économique, il faudrait simplement satisfaire leur curiosité et leur donner la définition de ce célèbre et prétendu inconnu : l’identité nationale française.
Il semble tout de même que certains se fichent de savoir ce qu’est être français.
Le lancement de ce débat est à l’évidence une belle manœuvre politique. Outre l’idée de créer un site web pour partager sa définition, outre l’instauration des débats avec représentants du gouvernement et experts (souvent proches du gouvernement) dans les préfectures, l’idée essentielle du même gouvernement est de maintenir la question au niveau médiatique. Inonder la télévision et la presse d’identité nationale.
Et moi pendant ce temps là… ?
Et les français pendant ce temps là, au moment ou leurs yeux sont rivés sur cette question, oublient que le chômage a encore augmenté de 2% le mois dernier, oublient que l’éducation nationale ou la justice se dégrade toujours plus…oublient l’essentiel. Imaginons seulement que l’on mette autant d’énergie, de moyens matériels et médiatiques pour poser de grandes questions, de vraies questions : « Que faut-il faire pour assurer la continuité du service public, tout en préservant les ressources économiques ? », « L’avenir de l’école » ? « La justice et ses réformes ». Bref, tous ces sujets passent à la trappe. Peut-être parce que l’on sait déjà qui aurait le moins de chose à dire sur ces questions.
Marteler un parallèle immonde et stupide
La finalité du gouvernement est aussi, preuve à l’appui, d’assimiler comme le nom du ministère de l’immigration le fait, l’immigration et l’identité nationale. D’ailleurs ¼ des sujets du questionnaire envoyé par le ministère concerne les immigrés.
Mais plus grave encore, c’est le parallèle qui est fait entre immigration et délinquance. En effet, une question sur le site du ministère qui a été retirée par Besson, après que 20 chercheurs ont dénoncé dans une tribune du monde la xénophobie de la chose, demandait : « Comment éviter l’arrivée sur notre territoire d’étrangers en situation irrégulière, aux conditions de vie précaires génératrices de désordres divers (travail clandestin, délinquance […]) ?
La réponse du gouvernement à la question sur l’identité nationale est dans la question
En effet, assimiler immigration et délinquance est à l’évidence la finalité du gouvernement. La peur des immigrés et l’obsession de la sécurité a toujours fait gagner la droite. Pourquoi changer la recette ?
Notre contribution au débat
La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité. Il n’y a pas une et une seule identité française et prétendre l’inverse est une aberration intellectuelle. Nous avons en effet, une multitude d’appartenance, des identités multiples. Celles-ci sont variables selon les différents moments et temps de la vie. Si je suis français-italien, je vais me sentir plus français qu’Italien lorsque la France a refusé la guerre en Irak ; mais peut-être plus Italien que français lorsque l’Italie a gagné la coupe du monde.
Et lorsqu’Alain Finkielkraut dénonce les manifestations de liesse sur les Champs Elysées, des supporters franco-algériens qui fêtent la qualification de leurs pays d’origine à la coupe du monde, et qu’il prétend que l’on ne peut avoir qu’une « tendresse » à l’égard d’un pays, c’est aussi une idée absurde.
On ne peut enfermer un homme dans une seule identité.
C’est impossible ! Ces mêmes français-algériens iront sans aucun doute sur les champs Elysées fêter la victoire de la France à la coupe du monde, si victoire il y a. Vouloir définir une identité nationale, c’est enfermer un homme et en rejeter beaucoup d’autres. C’est établir une norme et refuser tous ceux qui s’en écarteraient.
En vérité, nous avons une citoyenneté mais des appartenances et des identités multiples qui n’appartiennent qu’à nous.
L’identité nationale ne peut être qu’abstraite dans sa définition et concrète dans son aspect matériel : symbolisée par la carte d’identité française, les droits dont nous bénéficions et les devoirs auxquels nous sommes soumis. C’est un partage de valeur et une histoire commune forgé avec notamment tous ces immigrés.
Mais une identité c’est avant tout ce que l’on est. Comment la définir ? Pourquoi la définir ? Elle se ressent, se vit et s’enrichit tous les jours.
D.Perrotin
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