mercredi 21 juillet - par Jacques-Robert SIMON

In gold we trust

 Un dieu doit naturellement être inaccessible et tout puissant. Mais aussi, pour que les gens y croient, il doit être capable de miracles. Notre ingénieuse élite a trouvé comment remplacer Le ou les dieux antiques par quelque chose de plus trendy, de plus efficace et de moins encombré de morale.

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 L’Amour, emblématique des valeurs spirituelles, peut se partager sans se diviser. C’est la raison pour laquelle on prêchait sa quête lorsqu’on avait rien d’autre à offrir à la multitude. Sciences, technologies et immenses ressources énergétiques fossiles à disposition, ont permis d’offrir un ‘autre chose’ si ce n’est à tous, du moins à beaucoup, permettant ainsi de se passer du bonheur éternel promis par les cieux pour des jouissances terrestres plus concrètement visibles. Les valeurs matérielles ne sont pas infinies, contrairement aux valeurs spirituelles, et leur mise en œuvre implique la prise en compte de la Raison, ou du moins d’une apparence de raison pour que le plus grand nombre s’y retrouve. Il n’en reste pas moins qu’un sacré reste nécessaire : une multitude ne peut pas être menée par la seule Raison, les partis, les think-tanks, les clubs, les agences de communication, les mouvements, les organisations, servent à égarer les gens honnêtes pour qu’ils se conforment au Bien défini par le microcosme environnant.

 L’accumulation de richesses est un moyen consacré et fiable d’obtenir puissance et domination, elle représente donc une voie vers le sacré dont chacun peut rêver mais que peu peuvent atteindre. La civilisation judéo-chrétienne a toujours regardé avec suspicion les Hommes devenus riches grâce aux hasards du destin. L’espoir de devenir riche ne remplace pas l’espoir tout court pour celui qui n’a rien, or une divinité doit fournir une espérance même aux plus démunis.

 La solution à la construction d’un sacré va provenir, d’une façon peut-être inattendue, de la spéculation.

 La spéculation est classiquement définie comme ‘l’achat ou la vente de biens avec l’intention de revente (ou d’achat) ultérieurement avec l’espoir d’un bénéfice’… sans aucune considération métaphysique. L’argent est transformé en argent sans aucun lien direct avec un quelconque bien réel ou une réalité. 

 Le produit intérieur brut (PIB) permet de mesurer la valeur totale de la production de richesses ‘réelles’ » créée annuellement dans un territoire. La réalité ou l’utilité des richesses engendrées peut être contestée mais dans tous les cas la création est associée à une transformation physique : le minerai de fer en acier, un diplôme académique en invention, un projet en une entreprise… La loi de la conservation de l'énergie, que personne ne conteste, stipule que l'énergie ne peut être ni créée ni détruite mais qu’elle est transformée d'une forme à une autre lors d’une modification quelconque, par exemple une vitesse en chaleur, un liquide en vapeur, un milieu ordonné en un autre désordonné. Le PIB représente donc bien une réalité, il ne fait que quantifier des transformations dans lesquelles de l’énergie intervient obligatoirement. Le réel étant fini, même plongé au sein d’un immense univers, le PIB ne peut pas servir de socle au sacré.

 Mais les transactions dans l’économie dite réelle ne représentent que de l’ordre de 1 % de l’ensemble des transactions qui peuvent être purement financières et doivent donc être considérées comme virtuelles. Elles ne reposent en effet pas sur un réel, elles ne dépendent pas d’une transformation énergétique. En Europe et en Amérique du Nord, le volume des transactions directement connectées à un bien réel est encore plus faible que partout ailleurs. Les actions cotées en bourse, indépendamment des autres secteurs spéculatifs sur les taux de change et les taux d'intérêt., représentent 95 000 milliards de dollars soit 108% du PIB mondial : la valeur de l’ensemble des cotations boursières dépasse largement la quantité de richesse réelle. Ce phénomène est amplifié en particulier par les injections de liquidités par les banques centrales. Cette création d’irréel se reflète aussi sur les différences entre les réserves d’or et de devises détenues par les États vis à vis de la dette totale (publique et privée) de ces mêmes pays. Là encore, les pays occidentaux, en premier lieu les USA, engendrent infiniment plus de rêves que de réalité et doivent impérativement faire rêver pour garder leur rang.

 Le Sacré est à portée de main : une masse énorme d’argent est aux mains de quelques uns qui vont pouvoir être déifiés et qui sont capables d’augmenter le volume des richesses sans aucune corrélation directe avec un bien réel, ni aucun lien avec une quelconque énergie humaine, renouvelable ou fossile. Les servants du secteur spéculatif atteignent le rang des clercs : par la magie, ils peuvent créer quelque chose à partir de rien. Bien sûr les gens ordinaires ne peuvent pas comprendre les tours de prestidigitation qu’ils savent faire, mais le mystère conforte encore le pouvoir des magiciens dont l’unité de compte est le milliard.

 Les différences entre valeur réelle et ressentie par les marchés peut atteindre, dans des cas particuliers, des valeurs vertigineuses. M. Elon Musk est à la tête d’une entreprise qui par sa production et sa capacité d’innovation vaut à peine un vingtième de son cours boursier. Alors il ne faut pas reculer devant le spectaculaire, la mystification pour que la croyance perdure. Il faut un certain talent pour éblouir les masses populaires : un Saint Homme doit naître parmi les nuées de l’irréel financier. Et des miracles touchent quelquefois le commun des mortels : le secteur spéculatif répand une partie de ses biens sur la multitude lorsque c’est nécessaire. 

 Les difficultés dues au Covid ont conduit les autorités à donner des aides massives aux particuliers comme aux entreprises : fonds de solidarité : 11,8 milliards d’euros en 2020 ; chômage partiel : 27, 1 milliards d’euros ; prêts garantis par l’Etat 129 milliards d’euros. L’État français n’ayant pas les fonds nécessaires, il a dû s’endetter. Le déficit public devint plus important que le PIB (118,2%). La dette privée, et pour les mêmes raisons, se trouva dans une situation comparable. Les banques centrales de l’Eurosystème ont absorbé une part importante des dettes émises dans la zone euro. Elles ont acheté environ 60 % des émissions de dettes privées et publiques et les investisseurs hors zone euro n’ont acheté que de l’ordre de10 % des titres. Une banque centrale peut créer indirectement de la monnaie et donc là encore créer une virtualité à partir du vide. À ce jeu, pays les plus endettés sont de loin les Etats-Unis et leur premier cercle d’affidés. Ces mêmes États sont aussi ceux qui consomment le plus, ceux qui émettent (par habitant) le plus de dioxyde de carbone, ceux qui fomentent le plus de guerres, ceux qui sont le plus de vaccinés, ceux qui ont le plus d’obèses… ceux aussi pour qui l’indice de fertilité est le plus faible.

 Il est ainsi possible pour les États comme pour les particuliers de se représenter un Sacré qui peut, comme par magie, créer de l’argent, mais pas de richesses réelles qui elles restent inséparablement liées à l’énergie produite ou consommée. Malheureusement, si vous ne sortez pas du monde sans réalité de la spéculation, vous ne pouvez pas jouir de votre fortune. Les voitures de sport, les piscines à vague, les mannequins qui veulent assurer leur retraite grâce à un retraité richissime, ont un coût qui n’a rien d’imaginaire. Des achats trop nombreux des spéculateurs dans le monde réel créeraient une inflation qui ruinerait tout le système. Il est donc plus judicieux de raisonner malgré tout en terme d’énergie pour être certain de rester dans le réel. Il faut cependant noter que pour un thermodynamicien il n’y a pas de différence entre les dévastations faites lors de conflits guerriers et les trésors d’ingéniosité déployés pour s’occuper d’enfants handicapés : seule la dépense d’énergie importe.

 Un terrien dispose d’un peu plus de 20.000 kWh par an* grâce aux diverses énergies fossiles qu’il a su domestiquer. Son propre corps ne peut lui fournir que de l’ordre de 100 kWh par an d’énergie mécanique. Les photopiles solaires convertissent l’énergie solaire en matériaux stockables et utilisables avec des rendements bien plus grands que celui de la photosynthèse. Malgré tout, l’appétit d’énergie restera très largement insatisfait. Il ne faut pas trop espérer de miracle dans le domaine de la technique qui permettrait de satisfaire les besoins d’un monde peuplé de goinfres.

 Les futurs probables ?

 Le premier, le plus raisonnable, c’est qu’une infime minorité s’accapare de tout ce qui existe à la surface du globe laissant les autres avec le reste.

 Le second est souhaitable même s’il est moins raisonnable. Chacun est identifié par ses dépenses énergétiques et paie en conséquence un impôt à une autorité centrale. 

 

 * calcul effectué par J.-M. Jancovici

 



10 réactions


  • Lampion Lampion 21 juillet 13:42

    Comme « futurs probables, vous indiquez :

     » Le premier, le plus raisonnable, c’est qu’une infime minorité s’accapare de tout ce qui existe à la surface du globe laissant les autres avec le reste."

    Illustration : « Covid-19  : pendant la crise, les milliardaires français se frottent les mains ».


  • Claude Simon Claude Simon 21 juillet 13:52

    De fait, à défaut d’avoir une création monétaire collatéral d’un travail échangeable, il vaut mieux travailler pour soi-même.


    • Lampion Lampion 21 juillet 13:56

      @Claude Simon

      l’avenir, c’est l’autarcie, alors ?


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 21 juillet 13:59

      @Lampion
      Je ne connais pas l’avenir mais si on veut éviter de devenir un rat devant son écran, il faudra effectivement retrouver une certaine autonomie y compris en se consacrant à des travaux manuels.


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 21 juillet 17:38

      @Claude Simon
      C’est en effet le mieux.


    • Claude Simon Claude Simon 22 juillet 08:26

      @Lampion

      Oui, enfin, celle qui créé de la valeur en don-contre don ou en monnaie fiduciaire. Car vu la montagne de fausse monnaie et pire de dettes de notre nuée de pyramides de Ponzi mondiales, rester à l’écart de la spéculation comme l’incite l’auteur permet de ne pas nourrir l’inflation comme semble le suggérer l’auteur. Utiliser le don-contre don, la monnaie fiduciaire également, voire scripturale également.
      Passivement, les masses monétaires sont ainsi cloisonnés et les classes pauvres n’aident pas les classes dites riches qui brassent beaucoup mais perdent également beaucoup (peut-être sur d’autres tableaux).


  • Jeekes Jeekes 21 juillet 15:43

    Pourquoi une carte sur les émissions de CO2 ?

    Moi je céhodeu, j’aime bien, ça fait pousser mes légumes dans mon jardin.

     

    En revanche, les plastoks, les pesticides, les résidus de médocs, les particules fines des écolos-allemands que nous apporte ce vent d’Est, tout ce qui empoisonne l’air, la terre, les rivières, les fleuves et cocéans, là je rigole moins.

     

    Alors, pourquoi pas une carte de la pollution ?

     


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