mardi 6 avril - par Krokodilo

Inclusivement vôtre !

Avez-vous remarqué qu'une info exclusive, dès qu'elle est diffusée, devient inclusive ?

En tout cas, l'affaire semble entendue. Nos administrations vont s'adapter à cette grande réforme sociétale qui vise à éviter toute discrimination sexiste, dans la langue écrite ET parlée.

Ainsi, dès la rentrée 2021, on entendra dans nos maternelles, des choses comme : « Les enfants, les enfantes, mettez vos bonnet.e.s, c'est l'heure des papas-mamans et autres personnes parentales. Il fait un froid de canard.e. »

Cela n'ira pas sans une augmentation des troubles du langage, mais de nombreux postes d'orthophonistes seront créés.

Non, je rigole, l'exemple est mal choisi car, coup de chance, « enfant » est un mot épicène – on peut aussi bien dire un enfant qu'une enfant, pareil pour « élève » Ouf ! Quel bol ! Les écoles l'ont échappé belle, quoique petite difficulté prévisible avec les lycéens zé les lycéennes...

Dans le doute, on annonce une floraison de prénoms épicènes : les Camille, Dominique, Stéphane etc. - prudence parentale oblige !

Tout ça, c'est bien, mais c'est peu, il faut s'attaquer au scandale du genre grammatical des mots !

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En effet, on dit "la science", mais la plupart des découvertes ont été faites par des hommes, non ? Comme Einstein, qui a inventé relativement pas mal de trucs, tout le monde le sait, ou Newton qui a quand même inventé la pomme, c'est pas rien. Et d'autres, la roue, le feu. On devrait donc dire « le science », ce ne serait que justice. En parlant de ça, d'ailleurs, si LA justice est féminine, l'injustice devrait être masculine. De même, « une sentinelle » - comment imaginez-vous une sentinelle : un grand baraqué pas commode, ou une femme dont le fusil-mitrailleur arrive aux genoux ? Donc : UN sentinelle et les camps militaires seront bien gardés. L'intelligence ? Mmm, admettons, je veux bien qu'elle soit partagée ; mais alors, on fait 50/50 et on en fait un épicène ! La féminité, OK, mais « la masculinité », non, je m'offusque ! Chacun son truc.

Au passage, ça remettrait un peu d'ordre dans les mots du sexe : la chatte, le minou, la bite, le phallus, c'est un peu confus, tout ça ! Il paraît qu'on a tous une part des deux, ce bazar sémantique doit venir de là.

Bon, on voit donc que malgré l'écriture inclusive, on a encore un gros chantier devant nous. Ajoutons-y une réforme de l'orthographe sur l'accord des participes passés, qui couve depuis longtemps.

Parlons-en de la France : pourquoi dire « dans la France, on parle le français » et non « dans le France, on parle la français » ? D'ailleurs, on dirait plus joliment : « en France, on parle français », c'est bien la preuve que les articles posent problème.

Zamenhof, ce génie méconnu qui a fondé l'espéranto sur la base de nombreuses langues, en a été conscient, hésitant longtemps puis finissant par proposer sans conviction un seul article neutre, essentiellement pour les langues qui en ont l'habitude ou le besoin - càd. nous, les Français !

Blague à part, revenons à nos mouton.ne(s)  (également connues comme brebis). Les tenants de l'écriture inclusive disent : « Le masculin l'emporte sur le féminin », comme le Yalta d'une guerre des genres ! Non. Simplement, dans notre langue, le neutre est masculin. Inversement, ces militants ne voient pas une vraie guerre, celle des langues, qui a fait rage dans l'UE et s'est soldée par la déroute du français – lequel n'est plus langue de travail qu'à la marge... Et aujourd'hui, la nouvelle carte "nationale" (?) d'identité sera bilingue fr-angl, alors même que, depuis le départ de la GB, l'anglais n'est la langue officielle d'aucun pays de l'Union, pas même de l'Irlande (qui a déclaré officiellement le gaëlique). L'anglais a gagné par KO, bien aidé par nos élites "Young Leaders". Or, ces mouvements d'écriture inclusive, de décolonialisme, étude de genre, "woke" et "cancel culture", sont tous issus des USA... Aucun rapport, vraiment ?

Bien au contraire, le communautarisme ethnique des Anglo-saxons ne supporte pas la laïcité française, fait semblant de ne pas la comprendre, la qualifie de persécution religieuse ou de racisme, et veut exporter leurs conflits, fruits de leur histoire - qui n'est pas la nôtre.

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En plus, il y a quelque chose de méprisant dans cette écriture inclusive : croient-ils qu'en lisant « Les étudiants ont souffert de la crise du Covid », on se dit que les étudiants mâles ont souffert - les pauvres – tandis que les étudiantes ont eu la belle vie ? Si on lit « Les ouvriers ont une espérance de vie moindre que les cadres » pense-t-on immédiatement « les pauvres gars, ils sont bien malheureux, alors que les ouvrières se la coulent douce grâce à la bienveillance de contremaîtres libidineux » ? Quand on dit « Les droits de l'Homme » les Français comprennent-ils que la femme, cette conne, n'a aucun droit ?

C'est leur esprit qui est discriminant : ils pensent en termes d'exclusion, de catégories, d'ethnies, de couleur de peau – que font-ils, d'ailleurs, des métissages divers ?

Au milieu de toutes les misères du monde, dont je vous épargne la litanie bien connue, ces gens n'ont trouvé que ce sujet marginal pour exercer leur énergie militante ? Venant d'un pays qui refuse d'interdire les mines anti-personnel, tueuses de civils longtemps après les conflits, ils n'ont trouvé que ça ?

D'ailleurs, sera-ce encore du français ? On pourrait le baptiser autrement, du franglosaxon peut-être ? D'un simple point de vue pratique, veut-on une flambée de suicides chez les correcteurs qui devront vérifier Les Misérables ou Le Comte de Monte-Cristo, en inclusif dans le texte ? Pensent-ils que les jeunes, pris comme ils sont par une multitude d'écrans, tablettes, ordis et télés, liront davantage ces classiques touffus s'ils sont écrits en inclusif ET expurgés de mots désormais tabous ?

Et d'un point de vue esthétique ! Personnellement, je n'en peux plus d'entendre décliner à toutes les sauces le fameux « Françaises, Français ! » et ses succédanés. Si celui-ci se comprend par la majesté de l'adresse d'un président à ses citoyens, chaque politicien ou journaliste se croit tenu d'imiter les « celles et ceux » ou « toutes et tous » du président Macron ! Jusqu'aux supermarchés qui se prennent pour De Gaulle, avec leur "Chers clientes, chers clients" ! Pitié, stop à ces automatismes lourdingues !

De même, le masculin générique vise intuitivement à la légèreté de la langue : « Le rire est le propre de l'Homme ». Bon, c'est vrai que les femmes ne rigolent pas tous les jours, mais quand même, ça leur arrive de temps en temps, non ? Devra-t-on dire « Le rire est le propre de l'homme, de la femme, des enfants, des handicapés (?) et des LGBT » ? (Pour les extraterrestres, on manque d'infos ; probablement se moquent-ils de nous...)

Dans une manif, on a pu lire « l'écriture inclusive arrive » (Photo dans Marianne, 12-18/03). D'accord, mais qu'elle reparte, vite ! Qu'elle se casse avant de faire de la casse sociale !



11 réactions


  • Gégène Gégène 6 avril 09:50

    notons toutefois que « brebis galeuse » est invariable smiley


  • ZXSpect ZXSpect 6 avril 09:55

    .

    .

    bravo à l’auteur... (e) ? smiley

    .

    je suis prudent car rien ne renseigne sur son sexe ! 

    Quant à celui des anges, quel est celui d’un ange ou d’un(e) ange ? smiley


  • nanobis 6 avril 12:24

    Tout ça va être réglé par le franglais qui nous envahit.


  • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 6 avril 13:32

    Pour la règle de l’accord qui énonce que "le masculin l’emporte sur le féminin’’, je proposerais : le participe ou l’adjectif s’accorde avec le nom qui est le plus proche.

     Par exemple :

    des prunes et des abricots mûrs.

    — les abricots et les prunes sont mûres.



  • alinea alinea 6 avril 14:32

    Que les femmes qui se sentent diminuées dans leur féminité dans l’accord neutre du masculin et féminin lèvent le doigt ! ( en sachant que la Lune allemande est mâle, si on les écoutait : l’ignorance prend le dessus, il ne nous faut pas quand même donner du pouvoir aux plus cons !)

    Ça va bien les conneries ; quand on a rien à foutre, que tout roule, on s’amuse, OK, mais quand tout branle, quand tout fout le camp, quand l’oppression nous distingue entre suivistes obéissants et complotistes rebelles, on a autre chose à foutre non ?

    Cela n’a jamais posé de problème à personne, et oh, soudain, cela deviendrait un problème à résoudre au plus vitre... oui, oui, de qui se moque-t-on ?


    • eau-pression eau-pression 7 avril 10:21

      @alinea

      quand l’oppression nous distingue entre suivistes obéissants et complotistes rebelles

      Je n’y suis pour rien, c’est toi la spécialiste du clivage. Je te le dis bien haut : j’aime ta différence (en gras, ce serait mieux, mais qu’ajouterait au charme les ricanement des corbeaux bornées voyant en ce gras un fromage ?)

      N’est-ce pas sage de parler de la maîtresse d’un homme et de suggérer qu’une femme aurait un amant ?
      Mon maître d’école m’ayant appris à compter, je m’amuse toujours que le décompte des maîtresses proclamées dépasse le nombre des amants revendiqués.


  • eddofr eddofr 6 avril 15:02

    Supprimons purement et simplement les genres, masculin et féminin et ne gardons que le neutre.

    Supprimons également tous les mots « genrés ».

    Qu’il n’y ait plus ni garçon ni fille, seulement l’enfant.

    Qu’il n’y ait plus ni homme ni femme, seulement l’humain.

    Plus de taureau ni de vache, seulement des bovins.

    Plus de bouc ni de chèvres, seulement des abrutis.


    • JC_Lavau JC_Lavau 6 avril 16:57

      @eddofr. Tt tt tt ! Seulement des infra-humains ! Du reste, il est bien acquis qu’un mâle n’est rien qu’une sous-femme, et que celui qui ose ne croire à rien et n’être dans aucune secte, c’est rien qu’un insecte.


  • Samson Samson 6 avril 16:45

    "Au milieu de toutes les misères du monde, dont je vous épargne la litanie bien connue, ces gens n’ont trouvé que ce sujet marginal pour exercer leur énergie militante ?« 

    Ceci.e expliquant cela.e, c’est bien pour occulter toutes les misères du monde, maintenir indéfiniment sous le boisseau la question de l’équité sociale et du partage des richesses qu’a été inventé le »progressisme sociétal« .

    Selon le principe aussi vieux que le pouvoir de »Diviser pour régner« , la victimisation des plus improbables minorités religieuses, ethniques, culturelles, sexuelles, genrées, ... et la désignation à la vindicte de leurs bourreaux garantit à une nouvelle aristocratie mondialiste s’étant déjà accaparée plus de la moitié de la richesse planétaire de prospérer en toute quiétude par le financement d’un humanitarisme essentiellement destiné à détourner l’attention de l’ampleur prodigieuse de ses propres pillages.

    PS : Question à 100 balles dans le cadre de la lutte contre l’oppression patriarcale : la ou le »patrie«  ??? J’imagine qu’En Marche vers Nulle Part, la question devrait bientôt se réduire français à la ou le »start-up" ? smiley smiley smiley


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