vendredi 28 mai 2010 - par Michel Koutouzis

Incohérences

 Il y a à peine quatre mois, un peu partout en Europe - la France y jouant un rôle très actif -, on reprochait aux banques de ne pas stimuler croissance et consommation, ne pas stimuler l’optimisme obligatoire des ménages en chipotant sur les prêts à taux bas. Après tout, si on les avait sauvées c’était bien pour qu’elles puissent redonner de la confiance et pour stimuler la consommation. Aujourd’hui, mettant entre parenthèses trois années de crise financière, on demande au secteur bancaire d’oublier le consommateur et de prêter à des taux raisonnables aux Etats l’argent que ces derniers ont massivement donné aux banques… Pourtant, il y a encore 90 jours, la consommation des ménages était considérée comme le levier le plus important pour la relance de l’économie.
 
La peur des instituts de cotation d’où la crise grecque est venue démontrant que les Etats sont des clients comme tout le monde d’une part, d’autre part que le marché n’a pas de mémoire ni de sentiments, ni même d’une vision à long terme de ses propres intérêts, débouche sur une politique de rigueur c’est-à-dire, le contraire de ce qui était dit il y a soixante jours, vers la fin des négociations UE - FMI - Grèce.  Il y a encore un mois, de Washington à Londres en passant par Berlin on palabrait sur ce qu’il faut faire pour encadrer et ralentir la voracité du marché. Aujourd’hui on lui demande de fermer les yeux devant les déficits étatiques dont personne ou presque ne parlait tout au long de la crise financière. Les Etats, eux, engagent un peu partout un processus qui vise, sous des formes différentes (rigueur, économies du secteur public, réformes de la sécurité sociale, des retraites, de la santé, abandon des plans banlieue, etc.), à restreindre la consommation en donnant des coups de massue au fameux optimisme des ménages. 
 

L’Allemagne, qui doit sa bonne santé à la consommation, (fort stimulée par elle même, parfois par des pratiques se situant à la frange de la légalité), aux dépenses des pays « fainéants » du sud, ceux là même qui travaillent plus pour gagner nettement moins que le citoyen allemand moyen, à contre courant, prend des mesures restreignant (enfin) la toute puissance du marché suivie par … personne. Quant à la Grande Bretagne, elle annonce à destination de la City, capitale des hedge funds, un plan de rigueur pharaonique qui ne sera de toute façon pas exécuté à cause, justement, de sa dimension que du fait qu’une alliance oxymore et contradictoire gouvernementale est censée l’appliquer. Le FMI, qui, comme la Banque mondiale, a pondu rapports sur rapports sur les bienfaits de l’économie informelle tout au long des années 1995-2008, faisant par là même son mea culpa des années précédentes ou toute activité économique hors comptabilité était synonyme de banditisme, revient aux année sombres qu’elle critiquait exigeant plus de rigueur pour les comptes, une plus grande flexibilité du travail, et son président « pense » que, puisqu’on vit plus longtemps, il faudra travailler plus. Cependant, avec la France comme championne, le chômage massif des seniors en Europe (50-65 ans) transforme du fait un déplacement comptable des dépenses pour les retraites à celles du chômage. Ainsi, les Etats allongent une ardoise pour restreindre une autre avec, comme première conséquence la précarisation d’une tranche d’âge qui était le refuge naturel de la solidarité familiale, nécessaire pour faire face au chômage, massif lui aussi, des jeunes.

On pourrait, pour décrire les incohérences de plus en plus concentrées dans le temps, des gouvernants (en Economie et en gestion des Etats), sur des pages interminables. Mais est-ce vraiment nécessaire ? Car l’impression qui se dégage est que tels les roitelets du moyen âge, se met en place une irresponsabilité de l’exécutif, ou plutôt que ce dernier n’a plus prise sur rien du tout. Cela s’appelle l’entropie. En effet, contradictoires, paniques, incohérents, les actes des uns et des autres ne font qu’augmenter le désordre ambiant qu’ils sont censés combattre. Tout devient gesticulation sémaphorique vers un destinataire invisible. 



8 réactions


  • Alpo47 Alpo47 28 mai 2010 10:59

    Ces gesticulations deviennent cohérentes si on considère que l’objectif en est d’abord de créer le chaos afin de pouvoir installer LEUR solution.
    Les financiers et « rentiers-actionnaires » ont pris tous les pouvoirs et cherchent à imposer une société tout à leur avantage.
    Pour nous, approche le moment où il faudra choisir de s’opposer ou .... de se soumettre.


  • non666 non666 28 mai 2010 12:53

    L’autre explication, alpo est que ceux qui on fait imprimer des billets par la fed pendant 50 ans , sans contrepartie richesse produite, savent qu’il faut desormais purger le systeme de cette fausse monnaie.

    Ils ont donc deux choix :

    1) ils assument leur inflation et comme le rouble apres l’effondrement de l’union sovietique, la valeur du dollar est divisé...par 100 ?, par 1000 ? ainsi que leurs fortunes exprimée dans cette monnaie.

    2) faire disparaitre ce trou noir en le refilant a d’autres, a ceux qui achetent des « subprimes » sans valeurs , a des Etats supposés etre en faillite (c’est a dire plus en faillite qu’eux, en fait...) a des crach boursieurs qu’eux ont anticipé et qui vont repartir les pertes sur TOUS les (autres) intervenants....

    A quoi vous fait penser ce qui se passe alpo, à la première ou à la deuxieme solution ?


  • Alpo47 Alpo47 28 mai 2010 13:51

    C’est ce que j’exprime d’une autre manière ... cette crise est voulue et destinée à conforter le pouvoir et les richesses des « élites ».
    Mais tout cela, on l’a dit mille fois, il faut maintenant tourner attention, intelligence, créativité ... vers les manières pour les peuples de « reprendre la main ».


  • rastapopulo rastapopulo 28 mai 2010 13:59

    Si c’est de la finance ? Les politiciens se dédouane de toute responsabilité et se drapent dans le mondialisme anglosaxon impérialiste pour ne pas protéger la nation où ils sont pourtant élu !

    Si c’est de l’économie ? Alors pression sur les salaires (privatisation, délocalisation, immigration économique de masse,...)

    Si c’est le CO2 ? Là c’est important puisque ça fait parti de l’idéologie anglosaxonne pour empêcher le développement mondial et garantir leur suprématie par le statu-quo.


  • Agor&Acri Agor&Acri 28 mai 2010 16:28

    Merci pour cet article.

    D’accord avec Alpo47 quand il dit :
    "Ces gesticulations deviennent cohérentes si on considère que l’objectif en est d’abord de créer le chaos afin de pouvoir installer LEUR solution".

    Les incohérences sont perceptibles à travers le décalage entre une certaine réalité et la présentation toute autre qui nous en est faite.

    Frederic Lordon a publié récemment un texte très révélateur du phénomène :

    La dette publique, ou la reconquista des possédants

    En résumé :

    Les actuels dénigreurs de la dette n’aiment rien tant que prendre le problème « des déficits » du côté de la dépense.

    Pourtant, sous l’angle des recettes, apparaît nettement une démarche volontaire de défiscalisation extrêmement orientée, dans le cadre de laquelle il est question de groupes sociaux aux intérêts antagonistes.

    (…)

    -  baisse de l’impôt sur les sociétés, ramené de 50 % à 33 % (et, bien sûr, sans le moindre effet tangible…)

    -  larges défiscalisations des revenus du capital,

    -  baisses massives et continues des cotisations sociales au nom tantôt de la baisse-du-coût-du-travail-pour-résorber-le-chômage (avec également la belle efficacité qu’on sait), tantôt au nom de l’« attractivité du territoire »,

    -  jusqu’aux dernières diminutions des taux marginaux de l’impôt sur le revenu, « bouclier fiscal » inclus,

    -  et pour ne rien dire du maquis des exemptions en tout genre permettant aux plus riches de ne payer que des clopinettes au fisc,

    la colonne « recettes » du budget de l’État révèle progressivement une configuration très néolibérale du capitalisme.

    La stratégie déployée : starving the beast ! – affamer la bête ! La « bête » bien sûr, c’est l’État, dont le dépérissement sera organisé par un processus méthodiquement conduit d’attrition fiscale : commencer par le priver de ses recettes pour forcer l’ajustement de ses dépenses.

    Même la Cour des comptes, institution notoirement connue pour ses penchants insurrectionnels, s’en inquiète.

    Il y a par exemple cette discrète mesure exonérant les entreprises de toute taxation sur les plus-values de long terme réalisées sur la cession de leurs diverses participations. Tarif : 20 milliards d’euros… soit un peu plus d’un point de PIB !

    Le rapport de la Cour des comptes souligne que le budget 2009 était rempli de ces coquetteries : 70 milliards d’euros de « dépenses fiscales »..

    Il reste que si, globalement, le taux des prélèvements obligatoires n’a pas baissé, la répartition de l’effort fiscal entre les groupes sociaux s’est profondément modifiée.

    Concernant le cas des Grecs qui aujourd’hui descendent dans la rue, on se souviendra de l’immondice dont s’est couvert le commentaire journalistique sur la Grèce, ou plutôt sur les Grecs (corrompus, feignants, tricheurs, et tous évadés fiscaux).

    En fait, l’impasse budgétaire grecque trouve, là encore, son origine dans les défiscalisations des possédants (les salariés sont tous déclarés et plus encore prélevés à la source, quant au travail au noir il n’est pas l’expression d’autre chose que de la difficulté de vivre dans un pays où le taux de pauvreté est le plus élevé de la zone euro).

    Que diront nos brillants éditocrates quand les mêmes causes produiront les mêmes effets et que dans la rue irlandaise, française et, pourquoi pas, britannique, des hommes et des femmes bien blancs, vertueux, responsables et travailleurs commenceront à soulever le goudron.

    ___________________________________

    Les incohérences révélatrices, c’est aussi ce que pointe depuis des mois l’auteur du forum
    LE SILENCE DES LOUPS (Décryptage d’un monde interdit aux moins de 16 dents)

    Il y a 8 jours, il concluait son message (l’avant-dernier de la page 109) en ces termes :

    "Trop de gens semblent encore ne se rendre compte de rien.
    Trop de gens, par confort, par paresse, par réflexe (conditionné !) d’incrédulité face aux thèses « hors clous », se refusent à relier les points et à constater les invraisemblances des discours officiels.
    Trop...mais quand même de moins en moins".

    Votre article, Michel, va dans le sens de cet éveil collectif.

    Merci.


  • gimo 29 mai 2010 08:06

    quand le peuple saura un foi pour toute qu’ il perd son temps en votant !!


    que c’est une illusion     le pouvoir est verrouillé 
    aucune chance pour un candidat
    honnête et neutre et démocrate peut rentrer dans cette citadelle de mafieux
    le vote est un jeu pour imbécile avancé !!! ignorant les conséquences de cet acte
    réellement  de ce hold- up 
    les politiques et la hte fonction et les financiers ne font q’un il faut le savoir une foi pour toute

    le pauvre« bablair idiot » de citoyen vote pour garder son petit privilège de merde
    et avantage des miettes   et ne veut pas de changement par peur de le perdre
    bien sur il faut des fonctionnaires mais pas pas 3 foi plus que le besoins réel

    mais ceci est la manière de diviser pour mieux regner
    quand le citoyen sera un jour adulte et comprendra sa lâcheté


  • BA 29 mai 2010 09:53

    Lundi 10 mai 2010, les Etats européens et le FMI ont réussi un gigantesque coup de bluff : ils ont dit qu’ils mettraient sur la table 750 milliards d’euros pour aider les Etats d’Europe du sud et l’Irlande.

    Ce coup de bluff a rassuré les marchés internationaux : les taux d’intérêt des obligations d’Etat d’Europe du sud se sont effondrés.

    Mais ce coup de bluff n’a duré que deux jours.

    Depuis le 12 mai 2010, pour emprunter sur les marchés internationaux, les Etats d’Europe du sud et l’Irlande doivent verser des taux d’intérêt de plus en plus élevés.

    - Si l’Espagne devait lancer un emprunt à 10 ans, elle devrait verser un taux d’intérêt de 4,23 %. Par comparaison, le 1er décembre 2009, ce taux n’était que de 3,733 %. Le graphique est ici :

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPG10YR%3AIND

    - Si le Portugal devait lancer un emprunt à 10 ans, il devrait verser un taux d’intérêt de 4,70 %. Par comparaison, le 1er décembre 2009, ce taux n’était que de 3,727 %. Le graphique est ici  :

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPT10YR%3AIND

    - Si l’Irlande devait lancer un emprunt à 10 ans, elle devrait verser un taux d’intérêt de 4,85 %. Le graphique est ici :

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GIGB10YR%3AIND

    - Si la Grèce devait lancer un emprunt à 10 ans, elle devrait verser un taux d’intérêt de 7,70 %. Le graphique est ici :

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB10YR%3AIND

    Cette évolution montre que, depuis le 12 mai, les marchés internationaux ne font plus confiance aux pays d’Europe du sud et à l’Irlande  : leurs taux d’intérêts sont repartis à la hausse.

    En revanche, les investisseurs internationaux se ruent vers les emprunts de l’Etat allemand. Conséquence : les taux d’intérêt des obligations de l’Etat allemand s’effondrent depuis le 10 mai 2010.

    - Si l’Allemagne devait lancer un emprunt à 10 ans, elle devrait verser un taux d’intérêt très bas : seulement 2,70 %. Le graphique est ici  :

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GDBR10%3AIND

    Conclusion : cette situation est intenable.

    La zone euro va exploser.


    • non666 non666 29 mai 2010 10:11

      En fait Ba, on peut voir cela aussi sous l’oeil de la « pedagogie ».
      Pour imposer leurs voeux , les forces finacieres ont besoin de montrer la carotte et le baton.
      Il faut donc de « bons » élèves , a recompenser , et de mauvais eleves , à punir.
      Cette dichotomie empeche la creation d’une solidarité continentale et surtout, d’une resistance organisée a leur pouvoir.
      S’ils « punissaient » tout le monde , la reaction des europeens , derriere l’Allemagne , la France et les etats d’europe du nord serait extremement violente contre leur pouvoir.


      On pourrait , par exemple, leur interdire d’agir sur les marchés europeens , interdire les flux financier venant de paradis fiscaux ou ...jouer contre le dollar qui ne tient que par miracle.

      Car l’effondrement de l’Euro est en fait un masque pour la crise du dollar qui fait que celui-ci s’effondre depuis 10 ans.
      Les etats unis sont infiniment plus endetté que l’Europe ...mais sa note ne se degrade pas ?
      Et si les europeens decidaient d’une agence de notation sous controle des autorités finaciere EUROPEENNE et interdisaient fitch moody et standard and poor d’exercer chez nous ?
      Apres tout , ces 3 agences anglo-saxonnes ont participé au krach d’il y a 3 ans en ayant menti a tous les investisseurs europeens sur la solvabilité des subprime US...

      Ils affolent les marchés , c’est sur, mais ce qu’il faut comprendre, c’est qu’eux meme sont morts de trouille a l’idée qu’on pourrait comprendre leurs methode et trouver le moyen de les neutraliser.
      Sans compter les sanctions pour delits d’initiés, trahisons de leurs client qui pourraient etre imputées aux banques qui ont aidé la Grece a dissimuler ses dettes puis qui ont speculé dessus...
      Sans compter le fait que dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, on pourrait rajouter l’attentat financier aux autres types d’attentats connus et mettre un contrat de chasse sur la tete des organisateurs de ces complots, hein ?


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