mercredi 21 octobre - par Fergus

Insécurité : pour un indice global de comparaison de la tendance annuelle

JPEG Il est de coutume que, chaque année, le ministre de l’Intérieur fasse dans les médias un rapport d’activité illustré par quelques chiffres tirés des statistiques de la police et de la gendarmerie. Il s’agit le plus souvent d’un exercice d’autosatisfaction du pouvoir en place que contredisent très largement l’insécurité ressentie par nos concitoyens et l’éclairage des experts indépendants…

« Ce sont moins les actes de criminalité que les faits de délinquance du quotidien et es insuffisances de la réponse judiciaire qui pourrissent la vie des Français dans un nombre croissant de villes et de villages. »

Que fait une entreprise de service lorsqu’elle veut masquer des résultats médiocres à sa clientèle ? Elle met en place des contre-feux sous la forme de leurres destinés à enfumer ladite clientèle via une communication manipulatrice. Cela va du simple slogan volontariste du type « Notre volonté : mettre le client au centre de notre action » à la vertueuse « Démarche qualité » en passant bien évidemment par l’incontournable « Charte qualité », laquelle ne sert le plus souvent à rien. Et pour cause : cette charte vise moins à l’efficience des processus qu’à faire bon effet sur la clientèle dans les locaux accessibles au public où elle est affichée en bonne place pour rassurer le quidam sur le professionnalisme maison.

Plus ou moins ambitieuse, la « Démarche qualité » peut s’appuyer sur le recours à la certification ISO. Un processus long, contraignant, et coûteux en termes de temps et de budget. C’est ce que font la plupart des entreprises dont les dirigeants ont une réelle volonté de progresser dans la satisfaction des attentes de leur clientèle. Malgré les obstacles et le coût, nombre d’entreprises s’engagent résolument dans cette voie. Dans les autres, celles dont les dirigeants ne veulent en aucun cas se remettre en cause, on se contente en général de définir un processus basé sur des indicateurs maison en trompe l’œil, destinés à mettre en évidence l’excellence de équipes au travail.

Il en va de même en matière de sécurité publique : les leurres y sont rois, entre les déclarations volontaristes du personnel politique concerné, les chartes placardées dans les locaux de police et de gendarmerie, la manière dont sont compilées les statistiques de la délinquance, et celle qui préside à l’établissement des indicateurs d’activité du système judiciaire : tout ou presque concourt à diminuer la gravité des faits ! Au besoin en mélangeant ici et là « les choux et les navets » dans les remontées d’activité des policiers et des gendarmes. Ou, autre pratique courante, en inscrivant sur main-courante – hors comptabilisation dans les statistiques des plaintes ! – des atteintes aux biens ou aux personnes qui auraient justifié des procédures de transmission des dossiers au parquet.

Problème pour les experts de la gomme et du crayon du ministère de l’Intérieur : il leur est impossible de faire disparaître des statistiques les atteintes graves aux personnes lorsqu’elles sont enregistrées sous la forme de plaintes déposées en bonne et due forme auprès d’un OPJ (officier de police judiciaire). Or, pas de chance, le nombre de ces faits délictueux ne cesse d’augmenter, et pas seulement parce que les victimes – notamment de crimes et délits sexuels – sont plus désinhibées qu’auparavant. Qu’à cela ne tienne, le moment venu, l’on ne communique que sur les volets les plus flatteurs ou, à défaut, les moins représentatifs de la dégradation sécuritaire. Et s’il n’y avait pas, ici et là, quelques journalistes tatillons pour mettre en lumière le détail peu reluisant des statistiques, la plupart de nos concitoyens n’y verraient que du feu.

De 2004 à 2020, l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales a permis de pointer du doigt les chiffres qui fâchent, mais sans bénéficier malheureusement d’un relais médiatique suffisant dans l’opinion publique. Depuis quatre ans, les missions de l’Observatoire, jusque-là relativement indépendantes, ont été transférées au Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) qui, chaque année, publie sous l’autorité du ministre les Chiffres clés de l’Insécurité et de la Délinquance.

Certes, les données consultables sont fiables, autant qu’elles peuvent l’être dans le cadre des procédures en vigueur. Elles recoupent d’ailleurs celles qui figurent dans le document annuel que publie de son côté le ministère de la Justice : Les chiffres clés de la Justice. Mais aussi intéressantes soient toutes ces données, elles sont dispersées et parfois amalgamées de manière tendancieuse (l’effet « choux et navets » évoqué plus haut). Dès lors, que manque-t-il pour que le public puisse chaque année disposer, en complément des statistiques détaillées de la criminalité et de la délinquance, d’une photographie instantanée de la tendance en matière d’insécurité ? En réalité, peu de chose : un indicateur simple et pérennisé qui permette de faire ressortir clairement cette tendance en prenant en compte la gravité des faits. Un indicateur global.

Facile à réaliser, cet indicateur annuel pourrait prendre la forme d’un taux calculé en deux étapes :

1° Addition de tous les crimes et délits après affectation d’un coefficient de gravité ;

2° Pourcentage du total de l’année n rapporté à celui de l’année n-1.

Exemple (très) simplifié de nomenclature d’affectation des coefficients :

Coefficient / Nature du crime ou du délit

Crimes :

10 : crime précédé de tortures ou d’actes de barbarie / actes de terrorisme

9 : assassinat

8 : viol sur mineur de – 15 ans / tortures et actes de barbarie / séquestration

7 : viol / attaque à main armée / coups et blessures ayant entraîné une invalidité

Délits :

6 : agression sexuelle sur mineur de – 15 ans / homicide involontaire

5 : agression sexuelle / escroquerie / trafic de stupéfiants

4 : violence sur agent de la force publique / vol avec effraction / fraude fiscale

3 : violence n’ayant pas entraîné d’ITT / vol sans violence ni effraction

2 : exhibitionnisme / propos ou écrits racistes ou antisémites

1 : injures sans caractère raciste / rébellion sans violence

Illustration de ce processus très simple par l’exemple (sur la base de statistiques fictives) :

Année n-1 :

1 000 000 de crimes et délits, soit un indice total de 3 000 000 après affectation des coefficients de gravité.

Année n :

Hypothèse 1 :

1 000 000 de crimes et délits, soit un indice total de 3 150 000 après affectation des coefficients.

Hypothèse 2 :

1 000 000 de crimes et délits, soit un indice total de 2 850 000 après affectation des coefficients.

Calcul du taux global d’évolution de la délinquance entre l’année n-1 et l’année n :

Hypothèse 1 : 3 150 000 / 3 000 000 = 1.05, soit un taux d’augmentation de 5% de la gravité des crimes et délits.

Hypothèse 2 : 2 850 000 / 3 000 000 = 0.95, soit un taux de diminution de 5% de la gravité des crimes et délits.

Comme chacun peut le constater, on disposerait là, outre les habituels tableaux analytiques des atteintes aux personnes et aux biens, d’un indicateur qualitatif global, instantanément compréhensible par tous, de la tendance générale de l’insécurité.

Sans doute l’illusion est-elle grande de croire qu’un tel outil de transparence puisse voir le jour dans notre pays. En réalité, cela a d’autant moins de chances de se produire que le pouvoir politique en place, expert en communication manipulatrice pro domo, ne verrait sûrement pas d’un bon œil l’émergence d’une telle innovation. Mais il n’est pas interdit de rêver, non ?

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12 réactions


  • sylvain sylvain 21 octobre 09:52

    C’est Cnews et BFM qui creent la perception qu’on a du crime en france.

    On peut ajouter un chiffre, mais je suis pas sur que ca fera beaucoup evoluer les choses .

    Si en plus c’est pour montrer qu’elle augmente, tout le monde est deja persuade qu’elle explose..


    • Fergus Fergus 21 octobre 10:00

      Bonjour, sylvain

      « C’est Cnews et BFM qui creent la perception qu’on a du crime en france »
      BFM, je ne sais pas car je ne regarde jamais cette chaîne, mais les médias Bolloré, sans aucun doute car ils sont au service (masqué) des partis de l’« ordre », autrement dit de l’extrême-droite.

      « Si en plus c’est pour montrer qu’elle augmente, tout le monde est deja persuade qu’elle explose »
      Non, c’est par souci de transparence tandancielle.
      J’ajoute qu’il n’est jamais bon de refuser de voir la réalité en face. 


    • Fergus Fergus 21 octobre 12:50

      Oups ! Lire tendancielle et non tandancielle.


    • mmbbb 21 octobre 14:14

      @sylvain tres idiot comme argument digne de sylvain .

      et aussi con que l ancien ministre de l intérieur Dupond Moretti .

      Et c est bien macron qui a avancé le terme « décivilisation » 

      Et Fergus devrait faire appel a cette éminent personnage . 

      lui même a été victime puisqu il écrivit un long article sur sa mésaventure .

      Puisque tu es un âne et pour illustrer la montée de ces « incivilités » .  il faut désormais des services de sécurité au sein des etablissement publics : hopital en l occurrence 

      et les profs eux memes demandent plus sécurite . alors que les profs d hier crachaient sur l ordre . 

      Etc ect 

      Ruffer Bauer dont c est leur métier , donnent une version plus nuancé de la situation actuelle . 

      Bref a part d avoir une fixette sur « C NEW » tu ne réfléchis guère .


    • sylvain sylvain 21 octobre 19:06

      @mmbbb
      toi y en a commenter l’idee que rajouter un chiffre ne changera pas beaucoup la perception des choses tres idiot digne mmbb aussi con que l’ancien ? c’est une formule de salutation de ton pays ? je prononce correctement ? 


    • sylvain sylvain 21 octobre 19:11

      @Fergus
      Moi non plus je regarde pas. Mais j’ecoute ceux qui les ecoutent, ca m’evite de trop me salir l’esprit.

      La realite est pas bien difficile a voir, il y a une augmentation de la misere, une augmentation des delits et une augmentation de la repression qui vont de pair. On devrait meme voir suivre un retour des maladies dites eradiquees, et ce sera la faute aux non vaccines comme c’est ici la faute des etrangers


    • Fergus Fergus 21 octobre 19:26

      @ sylvain

      « il y a une augmentation de la misere, une augmentation des delits et une augmentation de la repression qui vont de pair »
      Difficile en effet de dire le contraire.

      « On devrait meme voir suivre un retour des maladies dites eradiquees »
      C’est déjà le cas aux Etats-Unis. Et le fait est que « ce sera la faute aux non vaccines ».

      « comme c’est ici (la délinquance) la faute des etrangers »
      Pas si simple. Nombre desdits « étrangers » n’en sont pas. Beaucoup sont en effet des Français de 2e ou 3e génération dont les parents ou grands-parents n’ont jamais posé de problèmes. 


    • mmbbb 21 octobre 19:27

      @sylvain c est tres idiiot de vouloir un indice , On mesure la corruption par un indice parce qu évidement on ne peut pas mesurer la corruption directement . 
       
      En revanche , pour les délits ; la police, la gendarmerie remontent toutes les infractions et M Bauer ainsi que M Raufer puisque se furent leur métier l affirment.

      Et les autorités tel le préfet et les institutions tel le ministère de l intérieur ont des statistiques précises .

      . 
      Vouloir mesurer les délits par un indice est une idée géniale de Fergus , « adoucir » la réalité .

      Ton pays c est aussi le tien et il est en train de plonger !!

      Macron , redite , a employé le terme de dé civilisation . ! 

      PS et il est inutile de parler petit « negre » ce n est pas tres malin  !

      Bref , tu en tien une couche !!!  le Sylvain : !! 


    • Fergus Fergus 21 octobre 19:37

      @ mmbbb

      « Vouloir mesurer les délits par un indice est une idée géniale de Fergus, « adoucir » la réalité »
      L’indice objet de cet article n’aurait pas pour vocation ni de remplacer ni d’adoucir quoi que ce soit, mais de coiffer de manière tendancielle les données analytiques des crimes et des délits !


    • mmbbb 21 octobre 20:47

      @Fergus parce que vous pensez que le ministre de l intérieur n a pas ces données analytiques ! Parce que le Préfet n a pas les remontées des interventions de la BAC ! Quelques que soient  les domaines , des rapports des analyses des statistiques sont produites.
      Et lorsque que certains journalistes font leur travail tel Laurent Obertone , ils sont écartés des medias .
      J ai vecu a la campagne , j allais aide un artisan platrier peintre qui travaillait a l ancienne , donc travail intéressant , le chantier etait ouvert .

      Désormais,
      certains pavillons sont endommagés , les fils electriques sont « tirés » et tout se vole , vous l illustrez au début de l article .
      C etait impensable auparavant , les maisons n etait pas fermées !   

      Idem pour les ecoles , il y désormais des portails de détection Impensable auparavant bien que souvent certains avaient leur opinel .ect ect 

      Bauer est Criminologue , rompu aux rapports aux statistiques , il evoque l évolution de ce taux de criminalité , et Bauer n est pas C News et 
      https://ville-data.com/delinquance/classement-des-villes-les-plus-dangereuses-de-france
      Il est indiqué « indice d exposition a la délinquance  »  ce qui reviendrait plutot a evoquer
      une probabilité , ce serait plus pertinent .

      j habite pres de Lyon , j invite Sylvain si il a une fille , a la faire balader seule la nuit , on en reparlera ! 


    • Fergus Fergus 21 octobre 22:57

      @ mmbbb

      Bien sûr que toutes les autorités en charge de la police et de la justice sont au courant des statistiques judiciaires.

      Mais pas le public. Ou du moins n’a-t-il accès qu’à ce qu’on veut bien lui montrer. 
      A cet égard, vous parlez de Bauer. Force est de reconnaître qu’il a été l’un des seuls pendant des années à tenter de médiatiser les données les plus réalistes et les plus parlantes des rapports d’activité. Il était bien placé pour cela car il pilotait le Conseil d’orientation de l’Observatoire de la délinquance que je mentionne dans l’article.

      Pour ce qui est de l’évolution de la société, ce que vous décrivez est malheureusement devenu la réalité dans de trop nombreux endroits. Vous parlez de la région de Lyon. Je peux vous parler de Sevran. L’un de mes amis y est né et y a grandi avant de partir exercer sa profession ailleurs. Retraité, il a voulu y retourner. Fatale erreur. La ville n’a strictement plus rien à voir, entre les dégradations, les trafics et les incivilités quotidiennes qui pourrissent la vie des habitants. Mais il est trop orgueilleux pour admettre qu’il a eu tort.


  • ddacoudre ddacoudre 22 octobre 01:55

    bonjour

    les chiffres qui sont donnés sont souvent les plaintes déposées à la police et gendarmerie et ne sont jamais retirés celles qui ne donnent pas lieu à poursuite

    Entre 2016 et 2025, la France n’a pas connu une augmentation générale et uniforme de toute la criminalité. Les homicides sont relativement stables et la plupart des atteintes traditionnelles aux biens diminuent, parfois fortement. En revanche, les tentatives d’homicide, les violences physiques enregistrées, les violences sexuelles et les escroqueries progressent. La délinquance s’est donc moins généralisée qu’elle ne s’est transformée.

    Cela remet en cause les deux discours simplistes :

    - dire que « toute la délinquance explose » est faux ;

    - dire que « l’insécurité n’est qu’un seul sentiment » est tout aussi faux.

    - mais une réalité demeure, les courbes que j’ai établie en 2025 sur l’insécurité démontrent que ce sentiment est largement émotionnel par rapport à la réalité des faits qui donnent lieu à poursuites.

    Certaines formes diminuent, d’autres augmentent, et la médiatisation quotidienne des faits divers ne respecte pas nécessairement leur poids statistique. En 2025, par exemple, les taux d’élucidation à douze mois n’étaient que de 7 % pour les cambriolages, 8 % pour les escroqueries et 6 % pour les vols dans les véhicules, contre 68 % pour les homicides. SSMSI

    La future campagne présidentielle pourra donc sélectionner les chiffres qui servent le mieux chaque récit. Une analyse honnête devra toujours préciser : quelle infraction, quel indicateur, quelle population de référence et quelle part de la hausse provient d’un meilleur enregistrement ? 

    Si l’on retient uniquement les faits ayant abouti à une condamnation pénale définitive, le taux annuel se situe autour de 0,8 % de la population française.

    En 2024, les juridictions ont prononcé 560 000 condamnations définitives, sanctionnant 929 000 infractions. La population française était alors d’environ 68,4 millions d’habitants. Ministère de la justice

    Deux calculs possibles

    1. Nombre de condamnations rapporté à la population

    560,000 / 68,400,000 = 0,82 %

    Cela représente environ : 8,2 condamnations pour 1 000 habitants par an.

    Mais une condamnation peut sanctionner plusieurs infractions.

    2. Nombre d’infractions sanctionnées rapporté à la population

    929,000 / 68,400,000 = 1,36 %

    cordialement.


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