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Insécurité, protection du patrimoine, on n’y comprend plus rien - AgoraVox le média citoyen
jeudi 19 décembre 2013 - par Emile Mourey

Insécurité, protection du patrimoine, on n’y comprend plus rien

J'ai 81 ans et ma principale activité est de restaurer le château de Taisey que mon épouse et moi avons acquis en 1976. Le bruit courait alors qu'il était question de le raser en raison de son mauvais état. Pour nous, c'était la promesse d'une aventure passionnante, pour moi une saine activité physique et un service rendu à une société à laquelle je dois tout. N'ayant lésé personne, je pouvais espérer bénéficier de la sympathie publique, mon entreprise n'étant pas, de tout évidence, une histoire d'argent.

Loin de moi l'idée de me plaindre. Bien au contraire, je me considère comme un favorisé dans un monde d'obscurantisme et de malheurs. Les membres de la communauté Agoravox vont peut-être s'étonner, mais c'est dans le travail manuel que je trouve le plus de satisfactions. Certes, depuis le décès de mon épouse, je vis replié sur moi-même, pire qu'un moine ; mais j'ouvre chaque année la propriété aux visiteurs lors des journées du patrimoine.

J'ai même eu le plaisir d'y recevoir dernièrement la visite incognito et sympathique d'un membre du conseil municipal. Ce qui m'amène à me poser la question : ne serais-je pas moi-même le coupable de cette désaffection ? N'aurais-je pas manqué aux plus élémentaires devoirs de politesse en n'invitant aucun officiel lors de ces visites, en particulier lorsque j'ai présenté pour la première fois au public, dans le sous-sol du château, mon musée éphémère (qui n'a pas coûté un sou au contribuable, contrairement à celui du mont Beuvray, fausse Bibracte, véritable tonneau des Danaïdes) ? Mais qui inviter ? Quel officiel véritablement représentatif de la défense du patrimoine ? J'avoue que je ne m'y retrouve pas dans la répartition des responsabilités pour savoir qui fait qui et qui fait quoi ? Entre la DRAC, le conseil régional, le conseil départemental, la communauté du grand Chalon, la commune, l'architecte des monuments historiques, celui des bâtiments de France, le préfet, le sous-préfet ; à qui dois-je plus particulièrement m'adresser, non pas pour demander une illusoire subvention - je sais que les caisses sont vides - mais plus modestement pour envoyer un carton d'invitation.

Qui inviter ? Quel officiel véritablement représentatif de la défense du patrimoine ?

Pour la forme et par respect de la voie hiérarchique, peut-être aurais-je dû inviter la ministre de la culture elle-même, ou l'une de ses collaboratrices, ou son représentant local ? Après les articles où je la mets en accusation au sujet de Bibracte, après les interventions des députés que j'ai sollicités, après les trois réponses écrites "langue de bois" qu'elle a signées, c'était le moment tout à fait convenable où l'on aurait pu s'expliquer de vive voix.

Le directeur de la direction régionale des affaires culturelles aurait pu venir me voir. Etant architecte de formation, cela aurait été intéressant qu'il me donne son avis de vive voix sur mon projet de restauration. Comme ses prédécesseurs, il vient de quitter son poste après le pot traditionnel sans avoir réglé le problème de la localisation de nos anciennes capitales gauloises, je précise : "sans avoir voulu le régler".

Inviter sa responsable chargée des monuments historiques, son adjoint ou la secrétaire ? Difficile, car toute l'attention de ce service semble s'être focalisée depuis un bon moment sur la seule restauration du tympan de la cathédrale d'Autun, tympan pour laquelle on a fait le choix de traiter par le mépris mes mises en garde.

Inviter Madame Wanda Diebolt qui vient d'ëtre nommée à la présidence de l'EPCC de Bibracte ? Elle connaît bien mes contestations historiques puisque c'est elle qui a chargé M. Christian de Monner de m'étriller dans les réponses aux lettres que j'envoyais en bon et honnête citoyen au ministère de la culture (lettre du 4 mars 1993 DP/B2:PGM/CG signée Wanda Diebolt, Sous-directeur de l'archéologie).

Bref, en fait de visites, la plus notable est celle d'une bande de jeunes de même pas quinze ans.

Et j'en arrive maintenant à la protection des biens, notamment du patrimoine historique ce qui est une des responsabilités régaliennes de l'Etat, face à une délinquance exponentielle qui nous concerne tous. Bien que je vive isolé, je n'en suis pas moins intéressé par l'évolution de notre société. 

Première affaire qui mérite que j'en parle. De nuit. Conséquence d'une imprudence de mon épouse qui s'est fait livrer par un brocanteur une plaque de cheminée qu'elle avait achetée aux puces de la commune. Résultat : intrusion dans le château quelques semaines après. Il faut savoir que dans ce type de marché, les brocanteurs doivent tenir une comptabilité mais que le contrôle est difficile d'autant plus que les objets vendus peuvent provenir d'une région beaucoup plus éloignée où ils ont pu être volés. Butin recherché : antiquités.

Deuxième affaire. De nuit. Il s'agit apparemment d'un groupe dont un membre a été pris d'une envie soudaine avant l'effraction vu qu'il a laissé dans le parc la trace de son passage. J'ai pensé un moment signaler l'affaire à la gendarmerie en attirant son attention sur la longueur inhabituelle du boudin qui ne pouvait provenir que d'un intestin qui n'est pas celui d'un blanc. Je ne l'ai pas fait par peur du ridicule bien que ma voisine se soit fait voler ses bijoux à la même époque, bien que j'ai livré par la suite à la gendarmerie un jeune d'origine africaine qui faisait partie d'une bande qui s'est introduite dans les intérieurs par effraction, bien que j'ai vu un membre de sa famille envoyer par la poste ce qui m'a semblé être une importante somme d'argent. Quand on sait le fort attachement qui perdure avec la tribu restée au pays, on peut se poser des questions.

Troisième affaire. Il s'agit d'une voiture suspecte dont le conducteur a été surpris par mon épouse alors qu'il observait en direction du château. Personne très sympathique selon mon épouse mais qui s'est expliqué d'une façon particulièrement maladroite. Le jour même où plusieurs maisons cossues ont été cambriolées, ou quelques jours avant, et même le château d'un de mes amis à Dijon. Pas de chance pour lui. Mon épouse l'a reconnu sur photo. Amis néophytes, méfiez-vous de la première photo que l'enquêteur vous montre, c'est pour vous piéger ou vous tester ; ce n'est qu'ensuite qu'il vous montre la photo du personnage à reconnaître, personnage bien connu de l'enquêteur. Famille à la roulotte, pas de surprise. Technique également bien connue. Il s'agit de faire un maximum de cambriolages dans la même journée. Le soir, tout est déjà loin, dans un pays où les recéleurs sont rois. Butin : recherche du gros coup qui mettra la famille à l'abri du besoin pendant un certain temps.

Quatrième affaire, la plus intéressante : une bande de jeunes de même pas quinze ans. Technique : on vient à vélo et on se mêle aux enfants du quartier qui sont dans la rue. On met par terre ma barrière et on me fait un doigt d'honneur pour voir mes réactions. Je ne me démonte pas et vais au-devant d'eux. Visages fermés. Je les invite à visiter, et même les intérieurs, pour leur montrer qu'il n'y a rien à voler qui puisse les intéresser. Ambiance très sympathique, je suis comme un grand-père. C'est très gentiment qu'ils vident leurs poches à ma demande avant de repartir. Le problème, c'est qu'ils sont revenus trois fois dans les intérieurs, par effraction, ce qui m'a contraint à faire intervenir la police qui les a identifiés. Ne vous trompez-pas ! Le chef n'est pas le grand costaud un peu lourd d'esprit. Son rôle est de casser, d'ouvrir le chemin et de protéger la troupe en cas de danger. Le chef, c'est le petit à lunettes, un peu rond, l'intelligent. Ensuite, il y a le second, puis les sans grades. Je ne me suis pas aperçu tout de suite que le chef était d'origine maghrebine, probablement du fait que durant mon activité militaire, je n'ai jamais porté attention aux nuances de couleur de peau. Certes, on m'a volé ensuite une moto de collection, 50 km au compteur. Vu que mes voleurs ont laissé dans l'herbe la trace du même chemin que mes gamins empruntaient, je n'ai toujours pas compris pourquoi l'enquête n'avait pas abouti. Je pense que c'est en exécution des directives de Sarkozy. Peu me chaut d'avoir perdu ma ferraille ! Il me chagrine surtout de voir des gamins, par ailleurs sympathiques, s'engager dans la délinquance dans l'indifférence de la société, dans l'inconscience des parents, voire peut-être sur ordre de certains. Butin recherché : un peu tout, et même les fruits que pendant les années qui suivent, je n'ai plus eu la peine de cueillir. Technique d'approche et de reconnaissance : ballon que l'on lance par mégarde dans une propriété et que l'on va chercher, ou bien, le fameux chat noir ou gris que l'on a perdu.

Que l'on ne jette pas la pierre à la police ou à la gendarmerie qui sont manifestement débordées ! C'est toute mon ancienne et chère Afrique du Nord qui s'est donnée rendez-vous dans la salle d'attente pour régler ses chicayas. En attendant mon tour, j'ai senti revivre en moi l'époque militaire de ma jeunesse africaine et de l'Algérie française. Les machines à écrire crépitent pour établir en série procès-verbaux d'audition et dossiers de plaintes. Oui, notre police et notre gendarmerie ne chôment pas.

Et maintenant ? Ne vous faites pas d'illusions, la compétition arrive ! Depuis les pays de l'Est, les descendants des Huns d'Attila mettent actuellement au point le plan de leurs futures razzias. Leur stratégie et leur technique très au point sont connues depuis le IVème siècle. Objectifs ciblés. Rapidité et précision des opérations. Repli rapide et soigneusement étudié sur des bases inaccessibles et protégées. On les reconnaît au fait qu'ils sont trapus, de petite taille, avec une tête large, le cou épais et de larges épaules, le tronc également épais sur des jambes courtes (cf Wikipédia). Mais voilà que ma muse me met en garde sur le racisme de mes propos qui va attirer sur le résigné que je suis les foudres de la justice.

E. Mourey, 19/12/2013

Je ne fustige ici que la délinquance et certainement pas les Français de bonne foi d'origine récente qui ont et auront toujours mon soutien, et encore plus, s'ils se sentent Parisiens, Bretons ... et surtout Bourguignons étant Bourguignon moi-même, bien que d'adoption.



8 réactions


  • Antenor Antenor 19 décembre 2013 13:43

    30 ans qu’on se trimballe un taux de chômage à 10 %, ça finit par se payer. Quand on bosse, on pense beaucoup moins à faire des conneries. Nous vivons dans l’idéologie du court-termisme. Les gamins qui n’ont pas les outils culturels pour s’en défendre se font happer. Et le pire, c’est que certains idéologues soi-disant de gauche voudraient que ces pauvres gosses paumés deviennent la norme.

    Que vous ne sachiez pas à quel interlocuteur vous adresser est symptomatique des enjeux de la question de la localisation de Bibracte où science et politique sont étroitement entremêlés.


  • Oursquipense Oursquipense 19 décembre 2013 16:12

    Boujour monsieur Mourey,

    La politique de la France en ce qui concerne les bâtiments et sites historiques est incompréhensible. Par exemple, ayant lu certains de vos articles, je sais que vous ne considérez pas le site de Chaux-les-Crotenay comme un candidat possible pour être celui d’Alésia. Maintenant comment expliquer qu’aucune fouille officielle ne soit accordée sur ce site franc-comtois depuis des décennies ? Pis que l’on laisse advenir des déprédations sur un site cultuelle d’une valeur indéniable ? Si Alésia n’est pas à Chaux ce n’est pas une raison pour ne pas rendre justice à un site de valeur. Savoir où se trouvait Alésia ne constitue pas l’alpha et l’omega de la science qui nous éclairerait sur la vie de nos ancêtres (qui en l’occurence pour ce qui concerne l’édification de ces lieux de cultes ne sont pas forcément gaulois ni même celtes) .

    Mes respects pour tout ce que vous avez fait pour rendre justice à notre patrimoine et à ceux qui nous l’ont transmis de la part d’un autre Bourguignon d’adoption. Et gardez votre liberté de ton, ceux qui ne veulent pas vous comprendre ne vous comprendront jamais de toute façon. Autant leur donner du grain à moudre.

    Philippe Dornier


    • Emile Mourey Emile Mourey 19 décembre 2013 18:02

      @Oursquipense

      Bonjour,
      Il y en a même qui disent que tout le mal vient du corps de l’ENA dont le seul souci de ses membres est de faire carrière, mais je n’arrive pas y croire.

    • Emile Mourey Emile Mourey 19 décembre 2013 22:29
      @ lyacon
      Merci pour votre commentaire. Le gros problème, c’est l’hiver. Impossible de chauffer avec des plafonds de 4 mètres de haut Donc, on se réfugie dans une pièce et on s’habille, mais ça ne suffit pas. 
      Je suis allé sur votre site pour lire votre article sur les jardins ouvriers. Quand j’étais enfant, ma famille possédait en banlieue de la ville de Bourg un terrain d’une quarantaine de jardins de ce type qu’elle louait à des prix dérisoires pour quelques sous. A cette époque, l’important était le contact humain. Quand le locataire venait payer, c’était toujours accompagné d’une conversation. J’ai toujours été émerveillé par ces jardins clos par de simples grillages, avec ses allées, avec ses quatre botasses où les locataires venaient puiser l’eau et surtout par le jardin de l’un d’entre eux qui était plus grand avec une cabane, l’impression qu’il devait être très riche. Amusant.


  • berry 19 décembre 2013 21:54

    Il faut être cohérent.
    On ne peut pas vouloir une chose et son contraire.

    C’est comme avoir un pitbull à la maison et s’étonner ensuite qu’il morde son fils ou le petit voisin.
     


  • Emile Mourey Emile Mourey 19 décembre 2013 22:36

    @ berry

    Si problème il y a, c’est le manque d’écoute quand on essaie d’expliquer aux technocrates et aussi à Monsieur tout le monde que ce à quoi ils croient n’est pas forcément la vérité.

  • Emile Mourey Emile Mourey 20 décembre 2013 12:36
    @Hervépasgrav
    Bonjour,
    Le problème est beaucoup plus simple. Au Ier siècle av.JC, Strabon voit deux sites importants en pays éduen, Cabillodunum et Bibracte, et César considère le pays éduen comme le peuple dominant en Gaule. Un, on a saccagé le site de Bibracte que je situe, preuves à l’appui, à Mt-St-Vincent, proche de Cluny, et on y a construit au milieu des ruines encore existantes de l’oppidum une maison de retraite, deux, on a saccagé le site de Gergovie que je situe au Crest, preuves à l’appui, et on y a laissé tombé en ruines l’ancien palais arverne construit en briques antiques, trois, il a existé un projet pour raser le château de Taisey et y construire à la place une maison de retraite.

    Conclusion : Je ne suis qu’usufruitier. Je ne sais pas ce que mes enfants en feront, mais tant que je vivrai, je ne me pose pas les questions que vous soulevez mais j’espère que le site échappera aux appétits aussi bien des promoteurs immobiliers que des collectivités locales, le pire serait que le bâtiment se transforme en mosquée.

    • Emile Mourey Emile Mourey 20 décembre 2013 15:39

      Le site où je suis est celui de l’antique Cabillodunum. C’est le centre de l’antique cité, sa forteresse dont il subsiste la tour principale jadis crénelée. C’est plus important que Bibracte, où qu’il soit, qui n’est que la forteresse refuge.


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