On reconnaît les bons produits à leur clonage rapide. Dans ce monde infernal où tout se produit au même endroit, à savoir en Chine, à peine un produit est il-sorti que son clone à prix inférieur et à composants moindre apparaît. Si on sait copier l’apparence, on ne sait pas copier le contenu et encore moins l’interface d’Apple, protégée. La valeur essentielle d’Apple étant dans ce système et cette interface, on conçoit mal le but : ça en a fichtrement l’air, mais c’est bien un vulgaire PC, doté d’un système Microsoft : on y mettrait du Linux, déjà, que ce serait un moindre mal. Résultat, ça vous donne des PCs au look magnifique... équipés d’un système archaïque, qui a au moins l’avantage chez Microsoft d’être le moins pire, à savoir XP à tous les coups. C’est devenu un gag, à force, ces copies à bas prix : on appelle ainsi
Shanzaï les spécialistes toutes catégories de la
copie chinoise Vous leur donnez un bidule, vous ressortez quinze jours après avec son clone. A croire que toute la chanson française issue de la Star Academy est un produit chinois.
Logique, alors, qu’ils s’attaquent aux produits Apple : la cote des engins est énorme, et tout le monde bave dessus depuis des années. Récemment, nos vaillants cloneurs de look avaient fait des
MacBook vraiment presque réussis... extérieurement. A 365 dollars, on avait à bord pour ce prix là un Atom N270, faut pas rêver. Une puce sortie en 2008 devenue un grand classique, car
faite au départ pour durer (on lui prévoit 7 ans de vie !). Des engins extérieurement ... corrects. Sauf si on les soulevait où on les regardait par
dessous ou de côté... (on sent l’aluminium fait à la peinture, à bien y regarder !) bizarre, pour le même poids au final. Pas vraiment : tout dedans est au rabais, et l’agencement le cadet des soucis des concepteurs. On fait donc dans le large, pour pouvoir accueillir les disques durs ou le lecteur de DVD de marques différentes aux formats différents de boîtiers ou de fixations. Ceux-là sont prêts à tout pour vendre des produits pirates, même
d’engager Barack Obama ! Evidemment, l’Iphone a aussi été l
eur cible privilégiée !
A bord de la copie d’iPhone, les puces du Taïwanais
MediaTek. Chez certains
distributeurs français, on
s’en tape, visiblement, du fait que c’est le principal pourvoyeur du monde de la copie. Nos copieurs fous ont même fait un
"Mac Air", tournant sous ATOM avec un disque de 2,5 pouces et une autonomie à la retourne, mais bon, c’est logique : on ne peut pas tout avoir pour ce prix là (Windows étant bien entendu piraté !). Leur MacBook Air était annoncé à 260 dollars....(? ??). Mais personne ne l’a
réellement vu, bien qu’ils en aient même fait u
n rose... si, si, ces gars là comm
e dirait Audiard... n’’hésitent pas ! Chez Apple, on s’échine à faire dans la sculpture véritable et le design, et ses sagouins vous le peignent au rouleau en rose Barbie !! On n’a pas encore vu de clone de MacPro, mais le jour où il y en aura un, il y aura à coup sûr un néon bleu dedans ! Bref, dans l’Empire du Milieu, c’est le mauvais goût qui règne et le milieu qui vend ! En Chine, c’est bien la
bataille des clones ! Si vous voulez avoir un idée des appareils, prenez un des jouets de votre gamin, retournez-le, constatez le manque de finition au montage et vous saurez ce qu’un un "
Shanzaï Mac", qu’on ne peut que déconseiller, donc, même au prix de l’iTouch !
Logique aussi qu’ils s
’attaquent à la tablette ! C’est la firme
Shenzhen Dragon Brother Industrial qui s’y est attaquée. Résultat, un pavé presque du double du poids, épais de 22 mm (!) et tournant sous... l’névitable Intel Atom Mobile N270, toujours le même grand classique. Un produit neuf avec un processeur vieux de deux ans. Ce fameux P-P-P88 (purée quel nom invendable !) tourne
sous XP (bonjour l’affichage !), il est
bardé de ports, dont des USB (pour mettre une souris sans doute !) et possède un handicap certain, en plus de son système qui ne comprend pas le tactile : son autonomie, de 90 minutes maxi. Celle des énormes 17 pouces sous Vista que trimbalent les commerciaux à qui on vient d’offrir la complète : avec leur deuxième batterie et leurs câbles, voir leur indispensable lecteur de disquettes (vous n’imaginez pas le nombre de gens qui utilisent encore ça comme support !), ça leur fait une belle sacoche à 7,2 kilos. De quoi inquiéter sérieusement la médecine du travail, mais bon, ça ne rentre jamais, les frais de kiné dans le prix de revient d’un PC portable. Ça devrait !
Car le concept de l’iPad est là, dans tout l’inverse des pénibles "transportables" : longue autonomie, usage facile, rien a ouvrir ou à brancher, pas de fil, pas de câble à se prendre les pieds dedans (l’USB, cette cochonnerie !), pas même d’appareil à ouvrir ! Usage direct ! En un seul bouton, on a tout prêt. Que demande le peuple ? Du pain et des jeux ? Pour le pain il attendra, pour les jeux il est déjà servi. Dans ce monde ou des dadais de 35 ans jouent à Mario Bros, en effet, l’iPad a une place à occuper.
En fait il y a un autre marché pour l’iPad : c’est le journalisme. Vous avez remarqué que le New-York-Times, qui a annoncé il y a quelques jours que son édition électronique va devenir payante, a signé un accord avec Apple pour la sortir au format de l’iPad. La presse papier, engluée dans son attentisme et ses tergiversations perd de l’argent tous les jours. Pour demeurer viable, le seul sauveur est donc le net : ils sont tous arrivés à la même conclusion. Oui, mais voilà : le net est essentiellement gratuit. Sauf dans le domaine du disque, ou une firme, contre vents et marées et les maisons de disques elles-mêmes à imposé un format payant, que reconnaissent aujourd’hui les mêmes firmes de disques. Apple a réussi là où tous les autres avaient échoué. Et a sauvé, d’une certaine manière, le marché du disque qui glissait vers la pente invivable commercialement du tout gratuit.
Il fallait donc le même sauvetage pour la presse, et c’est ce vers quoi se dirige tranquillement Apple avec cette sortie d’iPad. Les adeptes su gratuit partout savent bien que c’est fini de jouer. Et qu’il faudra désormais payer ses abonnements, comme on paye ses CDs téléchargés désormais. Et là, il y en a un qui se sent mal, très mal. Il suffit de comparer les deux pubs : le New-York Times vu sur l’iPad et le même vu sur le Kindle : le second passe par la fenêtre tout de suite, il a dix ans d’âge dans les lattes. Le Kindle DX d’Amazon vient de mourir sur place, car il est au même prix et en fait beaucoup moins. A 489 dollars le bouzin en noir et blanc, il ne lui reste plus qu’à se fai
re hara-kiri. Il ne lui reste que ses 16 niveaux de gris pour pleurer. Ça va faire un malheureux surtout : notre confrère
Francis Pisani qui l’avait encensé... beaucoup trop vite. Pisani, qui est très loin d’être clairvoyant, avait eu cette remarque plutôt cocasse au sujet de l’appareil
"Je crois plus au succès de son utilisation sur le marché énorme des livres scolaires qu’au rôle déterminant d’un tel appareil pour sauver les journaux." C’était oublier que tous les journaux sont passés à la couleur, et qu’un gamin aujourd’hui ne va jamais daigner regarder quelque chose qui en est dénué !
Mais il y a un deuxième aspect au problème qui explique en partie l’engouement véritable des journalistes pour l’engin. Apple n’ a pas besoin de marketing : vous l’avez tous remarqué, les journalistes enthousiastes lui en font sans vergogne. Il y a bien un ou deux grincheux par ci par là, mais au total le "buzz" du lancement à parfaitement fonctionné. Ce matin (vendredi) sur France Info on pouvait entendre
David Abiker, qui s’y croit aussi parfois, nous conter les râleries entendues à propos de l’iPad, notamment un auditeur qui avait trouvé que la radio avait trop fait de pub pour le produit. Les journaux de France-Info passant toutes les 7 minutes, on peut en effet le concevoir. Comme concevoir de ne rien dire du tout aussi. Or, les journalistes sont partie prenante dans l’affaire : tous les journalistes attendent en effet depuis des années de pouvoir taper leurs textes facilement sur un machin de moins d’un kilo, qui ne soit pas un téléphone portable, et de n’importe où, reliés soit à une borne ADSL soit à un opérateur 3G. Or pour ça, la tablette est l’engin possible, car il n’y a pas eu d’engin dédié de la sorte jusqu’ici. Enfin presque pas : il y en a eu un, génial, comme l’était son inventeur.
Clive Sinclair, 70 ans aujourd’hui, l’anglais qui avait vingt ans d’avance sur tout le monde.
Sir Clive, on dit. On lui doit bien ça.
Le bidule, je l’ai utilisé pendant des années et il marche toujours. C’est un
Sinclair Z88. De
Sir Clive, of course. C’est le seul ordinateur portable qui permettait, il y a 12 ans maintenant, d’avoir un très bon clavier et de quoi taper un texte. Oh, pour le texte, fallait pas rêver : l’écran faisait 80 lignes sur ...8 seulement ! L’engin faisait 294 mm x 210 mm sur 23 mm d’épaisseur, et pesait 900 grammes piles comprises. Il se
connectait facilement à un PC ou à un Mac, grâce à un
port RS232 classique, et à l’autre bout un cordon ADB à 8 plots. Des petits malins ont fabriqué un port USB via un adaptateur, et ça
marchait parfaitement en OS9 ou même en OS9 émulé dans de l’OSX ! La force de l’engin c’était son autonomie : Avec 4 piles alcalines AA, (même pas rechargeables) on tenait 20 heures ! En moyenne, je faisais trois semaines avec un seul jeu. Le clavier avait un touché extraordinaire : en caoutchouc mou, pourtant, mais ferme et doux à la fois. La frappe soft des portables d’aujourd’hui avec 12 ans d’avance ! Pas de capot à ouvrir ou à refermer, l’engin se baladait tel quel ! C’est sur ce détail là qu’il faut définir la portabilité : on prend et on embarque, jamais le temps de retrouver les câbles ! Sur les genoux, assez large, il tenait parfaitement. J’ai bien du faire un tiers de mes articles pour Icônes là-dessus. En salon ou en reportage génial : plus de piles ? Pas grave : il y a avait une EPROM pour sauvegarder le texte : on courrait au marchand du coin, acheter un blister de 4 et hop là c’était reparti ! L’engin était muni d’un circuit qui gardait du courant le temps de changer les piles : on ne perdait jamais rien de ce qu’on avait écrit ! Ne lui manquait qu’un modem ! Sinclair en vendait un mais pour la peau des fesses. Si l’on cherche un jour l’ancêtre véritable du Netbook ou de l’ordinateur portable orienté texte, c’est
bien ce modèle-là qu’il faudra retenir. Et ça n’est pas un produit Apple !. Il n’a été remplacé que tardivement chez moi par un excellent et fort léger portable : un
PowerDuo 230 démuni de lecteur de CD, et destiné au seul texte. Un vrai régal aussi.
Or ce principe de la frappe de texte n’importe où, l’iPad, je pense, peut le retrouver. Si son clavier-écran est bien tel que celui démontré (frapper sur du verre ne va pas être simple !) c’est l’outil idéal du journaliste. Tout de suite, certains ont défini que si Apple l’avait déjà muni d’un clavier supplémentaire, c’est parce que le premier est mauvais. S’il est aussi bon que celui de liPod Touch que je possède, je ne m’en fais pas trop. En fait, ce clavier raccourci ne tient pas trop de place dans une sacoche. Résultat, le soir à l’hôtel, avec un kilo d’équipement il peut envoyer son papier à son journal. Pour les photos, une caméra Panasonic NV-EX21 reliée par Bluetooth lui transmet ses prises de vues : pas de câbles !
Les derniers grincheux vont me dire que c’est fragile avec cette dalle de verre exposée... en oubliant une chose. L’engin est aussi costaud qu’un iPhone (vous avez vu qu’on n’entend plus parler de casse de vitre ?), et la preuve nous en est donné par l’armée américaine, qui a embarqué des
iTouch pour s’en servir comme localisateur et comm
e traducteur d’arabe. Devenu le VCommunicator Mobile, voilà notre mange-disque du XXIeme labellisé arme de guerre. Ou en tout cas complément de l’arme grâce à des applications spéciales :
" Il en existe déjà une qui sert aux G.I, c’est Bullet Flight : une sorte de calculatrice ballistique qui sert aux snipers à affiner la trajectoire de leurs balles. " Voilà un bon moyen de
traquer les fantômes, non ? Le gag ultime étant la raison donnée par l’armée du choix de l’objet :
"Troisième avantage, le prix. L’ipod touch est vendu à 200$ sur le marché. Autant dire qu’il est bien moins cher que les autres appareils développés spécifiquement par l’armée américaine pour des usages bien plus restreints." Et ça, ça devrait un peu clouer le bec aux gars qui continue leur litanie "
ah oui mais ça coûte plus cher". L’armée US n’a pas l’habitude d’acheter de mauvais matériels (sauf le
s détecteurs de bombe, une
vraie escroquerie en Irak !) ni des engins peu solides. Evidemment, ils ont été surprotégés, comme le sont les ordinateurs portables des armées
(ici un Dell), et comme il sera simple de le faire pour l’iPad si besoin était.
Enfin, pour ce qui est des ultimes grincheux, je reviens sur l’absence de caméra embarquée ou d’appareil photo. C’est un phénomène de prix d’appel : à 50 euros près, l’engin ne dégage pas de marge. Il a fallu tailler entre ça et la mémoire flash. L’engin est conçu pour bouger tout le temps (à l’arrière de la voiture pour visionner un film sur sa mémoire) et le choix de l’absence de disque dur s’est imposé naturellement en ce cas. Mais il reste une solution que va peut-être bien aller dénicher Apple :
les petites caméras sous IP. Vous savez, celles qu’on vous vend comme matériel de surveillance de votre entreprise ou de votre maison : vous tapez leur adresse, et elles affichent à l’’écran ce qu’elles voient. Il serait fort possible à moins de 50 euros de fabriquer ce genre d’objet (sans la possibilité de la télécommander pour l’orienter bien sûr !). Vous mettez ça dans un coin et quand
vous passez devant avec l’iPad, hop là séance de chat... non ?
En tout cas, le bazar a fait jaser comme longtemps on n’avait pas eu. Lors de sa présentation, Steve Jobs l’a bien placé dans la lignée des grands événements d’Apple, en citant le Macintosh, l’Imac, l’Iphone et aujourd’hui la tablette. L’engin est-il un objet véritablement révolutionnaire techniquement : absolument pas. Tous ses composants, ses concurrents les ont, tout est disponible (sauf le proc, voir épisode précédent). Mais l’agencement de ses composants, l’usage obligatoire du doigt et le rejet des pointeurs, ainsi que celui de tout câble ou presque en font un objet véritablement révolutionnaire... pour le comportement de l’utilisateur. Un prédécesseur l’a montré : l’iPhone. Avant lui, auriez-vous songé un jour tout faire ainsi avec les doigts ? NON. Apple a réussi avec un coup de maître en imposant une interface la plus naturelle possible entre l’homme et la machine. C’est son credo depuis 1984, et les fruits de son évangélisation auprès des utilisateurs du monde Windows commencent sérieusement à payer. Via les gamins dingues de leur iPod et les adultes fous de leur iPhone, Apple fait rentrer ce qu’il veut maintenant dans les chaumières. En se plantant en beauté aussi avec son système TV à côté de la plaque : le droit à l’erreur, ça s’appelle.
La prochaine révolution, ça pourrait être quoi maintenant me direz-vous ? Ah, peut-être bien un bidule qui a été un jour un projet chez eux, lors de la période Mac Cube. Selon plusieurs observateurs, il a été vu à cette époque là, une sorte d’ordinateur-cube surmonté d’un projecteur. Et Apple a eu un temps un projet de projecteur. Oui, plus d’écran : direct sur le mur, les films ou les photos.
Plusieurs constructeurs viennent de sortir un projecteur grand comme une
grosse boîte d’allumettes.
Ça pourrait bientôt se fixer ailleurs, ce bidule. On va attendre : dans le cerveau de Steve Jobs et ceux de son équipe, il reste de la place pour les idées.