lundi 16 mars - par Patrice Bravo

Iran : le blocage du détroit d’Ormuz s’avère plus efficace que les frappes

Et il n'est pas certain que Téhéran rouvre le détroit d'Ormuz après la cessation des hostilités. 

Depuis le début des frappes américaines et israéliennes contre l'Iran, ce dernier a adopté une stratégie claire. L'objectif est d'infliger en retour le plus de dégâts possible afin que la guerre devienne désavantageuse pour Washington. 

Premier point : attaquer les forces américaines dans la région. En réalité, une seule attaque contre une base américaine au Koweït a vraiment réussi, 6 personnes ont été tuées. Quelques drones ont également été abattus et un certain nombre de radars ont été détruits. Les Américains ne considèrent pas encore ces pertes comme critiques, ce qui n'affecte donc pratiquement pas le cours des événements. 

Deuxième point : l'Iran frappe les pays de la région pour les pousser à faire pression sur les États-Unis. Il est difficile de qualifier cette stratégie de folie. Ainsi, les Émirats arabes unis et le Qatar ont commencé dès les premiers jours des frappes à exhorter Washington à mettre fin à la guerre. Leurs munitions commençaient à s'épuiser. Mais ces exhortations n'ont pas impressionné Trump. En fin de compte, cette tactique de l'Iran ne fonctionne pas. Les pays de la région ne peuvent pas influencer Trump et certains d'entre eux sont même prêts à entrer en guerre contre l'Iran. 

Enfin, troisième point : fermer le détroit d'Ormuz. Contrairement aux deux premières approches, tout fonctionne très bien ici pour l'instant. Les cours du pétrole montent et se maintiennent autour de 100 dollars le baril depuis près d'une semaine. Cela fait grimper le prix de l'essence à la pompe aux États-Unis. L'électeur américain apprécie de moins en moins la guerre au Moyen-Orient. 

Trump est nerveux. Il tente de faire baisser les prix du pétrole par ses déclarations. Sans grand succès. Parallèlement, Israël s'inquiète de plus en plus que Trump, sous la pression intérieure aux États-Unis, ne mette fin à la guerre plus tôt que prévu, laissant ainsi de côté une partie des objectifs planifiés. 

De plus, l'Iran pourrait fermer le détroit d'Ormuz indéfiniment. Il suffirait de frapper avec succès environ une fois par mois un navire empruntant cette voie pour que les compagnies d'assurance refusent d'assurer le passage via Ormuz. Les Houthis du Yémen bloquent à ce jour le passage par le canal de Suez. Or leurs ressources étaient bien moindres que celles de l'Iran. Et ils ont aussi été bombardés à maintes reprises. 

Même si 99% des lanceurs de missiles et de drones de l'Iran étaient détruits, il n'en faudrait pas beaucoup pour ce faire. Téhéran trouverait des moyens. 

Même lorsque la guerre sera finie, l'Iran pourrait ne pas rouvrir Ormuz, mais d'abord poser des conditions pour le faire. En d'autres termes, le détroit d'Ormuz est pour l'instant la partie principale et la plus réussie de la stratégie iranienne dans sa lutte contre les États-Unis. 

Donald Trump a déclaré son intention de rouvrir le détroit d'Ormuz, que l'Iran bloque depuis trois semaines. Cela peut se faire de deux manières : soit escorter les pétroliers sous la protection de navires de guerre, soit s'emparer des zones côtières iraniennes avec des forces terrestres, écrit le Wall Street Journal. Trump a appelé certains pays à envoyer leurs navires pour former des convois, et le commandement militaire américain déploie l'infanterie de marine dans la région. Cependant, même de telles mesures ne garantissent pas le succès. 

Pour un passage sûr des pétroliers, les navires de guerre doivent déminer le détroit, prévenir les attaques aériennes et repousser les actions de petites vedettes rapides iraniennes. Pour escorter même un convoi de 5 à 10 navires, il faudrait environ une douzaine de bâtiments de combat appuyés par des avions et des drones d'attaque. Selon les estimations de Lloyd's List Intelligence, un tel convoi ne pourrait rétablir la circulation dans le détroit qu'à hauteur de 10% maximum des quantités d'avant-guerre. Cela signifie qu'il faudrait des mois pour évacuer les quelque 600 navires marchands bloqués dans le golfe Persique. Par ailleurs, le risque d'endommagement ou de naufrage des navires du convoi persiste, et une partie de la flotte ne pourrait alors pas remplir d'autres missions, y compris la défense et le maintien de la défense aérienne. 

Conquérir la côte iranienne avec l'infanterie de marine serait encore plus difficile. Il faudrait d'abord mener des frappes aériennes massives contre les positions côtières ennemies, puis débarquer des troupes sur un terrain montagneux et difficile d'accès et assurer leur protection. Les États-Unis auraient face à eux le Corps des Gardiens de la révolution islamique, fort d'environ 190.000 combattants expérimentés dans la guérilla. 

L'opération pourrait s'éterniser sur des mois, et même en cas de succès, la menace pour les navires marchands ne disparaîtrait pas, car l'Iran pourrait attaquer la route avec des missiles à longue portée et des drones. Dans ces conditions, les armateurs hésiteraient probablement à reprendre la navigation dans le détroit.

Alexandre Lemoine

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Source : http://www.observateur-continental.fr/?module=articles&action=view&id=7685



14 réactions


  • Com une outre 16 mars 20:21

    De la prospective que cela. Et qui va risquer ses navires de guerre face aux missiles hypersoniques ? Australie et Japon ont déjà dit non. Trump peut envoyer un porte-hélicoptères et des troupes, cela ne changera rien, à part plus de morts américains. Il a mis les doigts dans un engrenage dont il ne peut plus sortir indemne sauf si il se retire immédiatement, bien sûr en criant sur tous les toits qu’il a atteint ses objectifs, ce que pas même les américains ne croiront. Quant à Israël, sans les américains, ils vont vite à nouveau demander un cessez le feu sous peine de voir le pays rasé.


    • Eric F Eric F 17 mars 09:11

      @Com une outre
      Les navires civils ou militaires dans le golfe ne sont pas attaqués par des missiles hypersoniques, mais drones ou missiles classiques plus faciles à lancer, et comme dit l’article il suffit d’un navire atteint de temps en temps pour fermer « par intimidation » le trafic sauf aux pétroliers « amis » (ceci étant, les Américains pourraient en contre-rétorsion saisir ces pétroliers).


  • Durand Durand 17 mars 07:32

    « « On doit normaliser les relations avec la Russie, regagner l’accès à l’énergie bon marché » »

    Premier ministre belge

    https://fr.sputniknews.africa/20260316/1084373454.html

    ..


  • yvesduc 17 mars 11:53

    Merci pour cet article.

    Petit ajout, l’Iran vient d’endommager gravement deux porte-avions, le USS Ford et l’USS Lincoln (je crois), les obligeant à rentrer à la maison. Même ces navires amiraux lourdement défendus, sont vulnérables face aux armes iraniennes à bas coût. Sur l’asymétrie des coûts de la guerre, lire ici.


    • Eric F Eric F 18 mars 09:33

      @yvesduc
      Officiellement, le porte avion Gérald Ford a eu un léger incendie dans des locaux intérieurs, et des problèmes d’installations sanitaires (sic) et va être réparé en Crète. Le problème serait du au fait qu’il a fait près un an d’opérations sans révision technique. Faut dire que Trump balade sa marine sur les mers...


    • ahtupic ahtupic 18 mars 10:28

      @Eric F
      Et tu crois à ces excuses ? T’es un bon, toi smiley


  • qactus.fr
    Israël : La Mort de fait : le cas d’Ariel Sharon maintenu 8 ans en légume, et si Netanyahu était déjà mort ? Qui tient vraiment la gâchette de la guerre ?

    La Mort de fait : le cas d’Ariel Sharon maintenu 8 ans en légume, et si Netanyahu était déjà mort ? Qui tient vraiment la gâchette de la guerre ?
    Publié le 16.3.2026 à 18h12 – Par Sophie Martin

    Ariel Sharon a été cliniquement mort en 2006, mais on l’a gardé branché comme un vieux serveur jusqu’en 2014. Huit ans en état végétatif, huit ans de fiction médicale pour un ex-Premier ministre, juste pour ne pas avoir à dire la vérité au public : le “héros” était fini, et le système refusait de débrancher son symbole. On nous a vendu des “signes d’espoir”, des “légers progrès”, alors que tout le monde, dans les couloirs des hôpitaux et des ministères, savait que Sharon n’était plus qu’un corps sous perfusion politique.

    Si on a pu faire ça avec Sharon, imagine une seconde ce qu’ils sont capables de faire avec Netanyahu. On nous parle d’un chef de guerre, d’un stratège inflexible, d’un homme au téléphone avec Washington jour et nuit… mais si, en coulisses, Bibi était déjà hors-jeu, malade, dans le coma, ou pire mort ? Tu crois vraiment qu’un système qui a maintenu Sharon en pseudo-vie pendant 8 ans hésiterait à mettre Netanyahu sous cloche, le temps de gérer l’opinion, les marchés, les alliés et la guerre en cours ?

    Là où ça devient intéressant et explosif c’est le scénario où Donald Trump, lui, serait au courant. Si Netanyahu est mort, ou incapacitated comme disent les Américains, alors celui qui détient l’info détient la vraie bombe nucléaire : le pouvoir de dire stop ou go à la guerre. Tant que le monde croit que Bibi est aux commandes, on peut continuer le cirque : frappes “en représailles”, escalade contrôlée, menaces d’attaque totale contre l’Iran, grand théâtre apocalyptique pour marchés boursiers et contrats d’armement. Mais si quelqu’un sort le dossier médical, tout s’effondre d’un coup.
    Dans ce cas, Trump devient l’arbitre ultime : soit il garde le secret et laisse la machine guerrière tourner en roue libre, soit il balance la vérité et fait tomber le décor. D’un côté, le camp du chaos : continuer à bombarder au nom d’un leader fantôme, entrer dans l’histoire comme le type qui a laissé l’OTAN et Israël jouer à la roulette russe avec l’Iran. De l’autre, le camp de la paix réelle : révéler que le “Premier ministre israélien” n’existe plus que dans les communiqués, forcer une transition de pouvoir, briser le mensonge fondamental sur lequel repose toute l’escalade.
    Ce n’est plus de la politique, c’est de la nécromancie géopolitique


  • ETTORE ETTORE 17 mars 13:29

    Mais la question est quand même bien insistante !

    Comment nos cadors militarés egosillés, toutes confessions confondues, n’ont pas priorisé la sécurité de leur approvisionnement, ,par le passage de ce goulet d’étranglement ?

    On se rappelle, que bien des pays ( dont notre Gaulle) ont des bases chez leurs

    « amis » de pompe à fric.....

    Alors ? Pas de table assez grande, dans leur bunkers climatisés, pour dérouler une carte grand format ?

    Jour après jours, il apparaît de plus en plus clairement, que tout cela, semble relever d’une impreparation manifeste, ,ou, d’une sous estimation faramineuse, de ce qu’étaient, les cartes de conjuration, que possedait l’Iran.

    Et au vu des renseignements, infiltrations, et manipulations de l’état d’israël, pour pousser à cet état d’embrasement.....On est en droit de se demander, QUI à baisé l’autre, en lui faisant croire, que ce serait plié en cinq semaine, et que les hotels touristiques, pourraient commencer à pousser sur le sol Iranien, une fois que l’héritier du trône savament mis en réserve, pour servir QUI de droit, serait replanté, dans son décor d’origine.

    Dans cette histoire, il semble bien, qu’il y ait un cocu qui s’ignore encore.

    Mais qui à mon avis, ne vas pas tarder à le comprendre, à ses depends !.


  • Israël a annoncé l’assassinat d’un des principaux dirigeants iraniens.

    Le ministère israélien de la Défense a annoncé officiellement le succès d’une opération spéciale ayant abouti à l’assassinat d’Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien.

    Selon le ministre, cette opération est le fruit d’un travail de renseignement méticuleux qui a permis de localiser précisément le haut responsable.

    Larijani a été découvert dans une maison sécurisée, après quoi l’armée de l’air israélienne a lancé une frappe de missile de précision sur le site, ne laissant aucune chance de survie à la cible.

    Cet événement est d’ores et déjà considéré comme l’un des coups les plus durs portés à la structure verticale du pouvoir en République islamique ces dernières décennies, compte tenu de l’importance de la victime et de son influence sur la politique intérieure et étrangère du pays.

    Ali Larijani était à juste titre considéré comme l’une des figures les plus importantes du pouvoir iranien, son influence réelle n’étant surpassée que par celle du Guide suprême Ali Khamenei.

    En tant que secrétaire du Conseil de sécurité, il prenait des décisions cruciales qui déterminaient la stratégie de Téhéran sur les plans international et intérieur.

    Selon des sources israéliennes, Larijani était à l’origine des plans et des ordres directs d’attaques contre des cibles dans le golfe Persique, ce qui a entraîné une grave déstabilisation de la sécurité régionale.

    De plus, il est associé à la répression brutale des manifestations populaires de masse qui ont secoué l’Iran en janvier, où il a démontré son soutien inconditionnel à la force pour maintenir l’ordre.


    • microf 18 mars 23:44

      @SPQR-audacieux complotiste-Monde de menteurs

      Si la mort du Guide Iranien Ali Khameni n´a pas entrainée la chute ou la dislocation de l´Iran, ce n´est pas la mort de ce Sécrétaire du Conseil de Sécurité qui va le faire.
      Un meurt, il est remplacé et la lutte de résilience continue. 


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