jeudi 18 octobre 2007 - par Renée C.

J’ai mal à la langue !

Ces temps-ci, j’ai toutes sortes de maux. J’ai mal à la tête car je cherche un emploi. Et j’ai mal au ventre car je dois écrire un article sur un sujet inexploité afin d’obtenir un poste de rédactrice pour un magazine au Québec. Pendant trois jours, je me suis cassée les méninges, mais en vain, car tous les sujets sont exploités sur la planète internet.

Alors, j’ai décidé d’aborder un sujet qui me tient à cœur, le français. L’an dernier, j’ai enseigné l’anglais au niveau primaire dans deux écoles francophones. En début d’année, il y a toujours l’inévitable thème de la rentrée et son vocabulaire approprié pour partir l’année du bon pied. Avec l’aide du manuel pédagogique, j’ai expliqué les mots de base (desk, ruler, eraser, etc.). Comme les élèves n’écrivaient rien dans leurs cahiers, je leur ai suggéré de faire un dessin pour les aider à retenir les mots nouveaux. Plusieurs, invoquant leur incapacité de dessiner, m’ont demandé s’ils pouvaient prendre des notes en français. J’ai fait le tour de la classe. Les élèves avaient gribouillé quelques mots ici et là. A ma grande surprise, aucun d’entre eux n’avait écrit correctement le mot "efface". Il y avait toutes sortes de graphies, plus ou moins originales, comme èface, èffasse ou encore èfasse.

Comment enseigner une deuxième langue à des enfants qui ne maîtrisent même pas leur langue maternelle ? J’ai passé la moitié de mon temps à écrire les équivalences des mots anglais en français. Sinon, les élèves ne faisaient aucun effort pour écrire les mots en anglais. Ce fut un véritable cauchemar linguistique pendant toute mon année d’enseignement.

La nouvelle orthographe a fait son entrée dans toutes les écoles de France. Des ognons, des nénufars, etc. Qu’en est-il au Québec ? Au ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), la confusion règne. A mon avis, le débat sur la question de la nouvelle orthographe ne fait que de mettre de l’huile sur le feu. Est-ce que les professeurs de français doivent enseigner la nouvelle orthographe ou l’orthographe traditionnelle ? A l’heure actuelle, j’ai plutôt l’impression que les élèves apprennent le français sans aucune orthographe. Vous voulez un exemple ? Un jour, j’étais installée confortablement à un ordinateur dans le fond de la salle d’informatique. J’avais une période libre et j’en profitais pour naviguer sur différents sites d’anglais, langue seconde. Au même moment, il y avait une classe de 4e année qui faisait des travaux de recherche sur les mammifères à l’aide des ordinateurs. Je les ai observés attentivement. Tout près de moi, un élève se plaignait de ne rien trouver sur les baleines. C’est impossible, me suis-je dit, on trouve tout sur internet. J’ai décidé de m’approcher de l’élève pour le voir travailler de plus près. J’ai tout de suite compris quel était son problème. Il avait tapé le mot balène...

Les défenseurs de la nouvelle orthographe argumentent qu’il y a un besoin urgent de simplifier la langue écrite. Les opposants, quant à eux, soulèvent les incohérences de la nouvelle orthographe et soutiennent que les rectifications n’améliorent pas la connaissance de la langue.

Face à ce dilemme, que doit-on faire exactement ? Je n’ai pas de solution miracle à offrir aux professeurs de français. Toutefois, je crois sincèrement qu’apprendre l’orthographe et la respecter, c’est quitter le monde des sons pour explorer l’univers du langage. Pour cette raison, quand j’enseigne l’anglais, je mets l’accent sur l’orthographe. Les élèves adorent écrire correctement. Et tout le monde se comprend. Pauvres professeurs de français ! Avec la nouvelle orthographe, ils devront enlever l’accent sur l’orthographe des mots "connaître", "traîner" et "coûter". Comprenez-vous quelque chose ?

Je suis désolée. J’ai mal à la langue. Je dois retourner à mon pupitre pour rédiger un article sur un sujet inexploité sans faute !



4 réactions


  • Krokodilo Krokodilo 18 octobre 2007 16:06

    C’est un bon choix, car tout article sur le sujet est utile à mon avis. Cette réforme de la « nouvelle » orthographe a déjà 17 ans, mais effectivement de nombreux enseignants ou écrivains ne l’acceptent pas ou en critiquent certains aspects, ce qui fait que chacun y puise à sa guise, et c’est une sacré pagaille. Personnellement, j’adore écrire les nombres en collant des traits d’union partout : mille-deux-cent-quatre-vingt-dix ; et j’aimerais encore davantage qu’on passe tous aux septante, octante, et nonante de nos voisins belges, plus logiques dans leur structure et plus efficaces pour l’apprentissage des maths et pour le calcul mental : mille-deux-cent-nonante ! Mais je n’en ai pas l’habitude (c’est légal sur les chèques). Je crois qu’il y a aussi quelques modifications de simple bon sens, comme accorder les accents avec la prononciation : tout le monde je crois prononce évènement, alros qu’il s’écrit événement, c’est absurde. De toute façon, l’orthographe s’apprend surtout par la lecture, et c’est le siècle de l’image !

    En outre, sans remettre en cause votre profession d’ensignant d’anglais au primaire, ici en france, cette réforme « des » langues est un véritable scandale, car c’ets la disparaition du choix de slangues : on ne demande rine aux parents, et dans l’immense majorité des cas, c’est l’anglais qui est imposé... Or, nous ne sommes pas comme le Québec, environnés d’anglais, et l’Union européenne est censée protéger la diversité linguistique... Ces heures d’anglais au primaire sont prises ailleurs, peut-être au français, et nos ministres viennent d’annoncer davantage de sport, et des échanges vidéos pour les langues (laquelle ? Suspense).


    • Wlad Wlad 18 octobre 2007 16:29

      Pschitt pschitt... Vade retro, Krokodilo ! As-tu oublié le 11ème Commandement ?

      « Tu ne t’emploieras point à la tératogénèse. »

      Autrement dit : « Tu n’exporteras point l’esperanto chez ton transatlantique cousin ».

       smiley

      La traditionnelle baston mise à part, ce n’est plus en fin de primaire que l’enseignement d’un français correct doit être effectué. Cela relève du devoir des parents quand l’enfant apprend à lire/écrire. Inutile de réduire le temps octroyé à l’anglais.


  • La Taverne des Poètes 18 octobre 2007 16:39

    En dépit de l’âge vénérable de la réforme sur la simplification de l’orthogrpahe, mon correcteur admet « ognon » mais pas « nénufar ».

    Certaines singularités se justifient. Nous avons vu hier le mot « maligne » dans un titre après correction. Maligne étant en langage médical le contraire de bénigne, ça peut se comprendre. (c’est mon explication perso : il y a sans doute d’autres raisons) Mais d’autres orthographes sont totalement arbitraires. Je prends l’exemple des traits d’union dans les mots composés. Il y a dans ce domaine quelques (rares) règles qui se tiennent mais tout le reste c’est du grand n’importe quoi !

    Et les accords compliqués des participes passés, ne pourrait-on simplifier afin que les écoliers se concentrent sur la différence entre le verbe du premier groupe et son participe passé qui se prononcent de la même façon ? ex : chanter / chanté


  • drmab 19 octobre 2007 14:49

    Bien que je suis tout à fait d’accord pour déplorer la piètre orthographe que l’on peut croiser, et pas seulement à l’école, je n’irais pas jusqu’à dire qu’apprendre « l’orthographe et la respecter, c’est quitter le monde des sons pour explorer l’univers du langage. » La langue, le langage, est principalement orale ; la majorité des quelque 6000 langues du monde ne sont pas écrites. Maîtriser la langue orale est tout aussi important (et je ne parle pas ici d’accent ou simplement de prononciation) ; c’est elle qui est notre langue maternelle, notre outil premier de communication.

    Par contre, j’admets que maîtriser l’écrit (si on reprend l’exemple de la balène) permet de s’ouvrir au monde.

    Quant à l’accord du participe passé, il est beaucoup moins compliqué qu’on nous l’a de tout temps laissé croire. Deux principes simples permettent d’accorder 99 % des cas : on trouve ce à quoi se rapporte le participe en posant la question « Qu’est-ce qui est » (ou « Qui est ») + participe ; si on est en présence de l’auxiliaire avoir, on regarde si la réponse à cette question se trouve avant le participe smiley


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