Jamais sans Dignitas, la mort sur ordonnance…
Nul ne peut voir ce reportage exceptionnel sans être hanté par la puissance mentale de cette française, femme écrivain, qui a décidé de quitter ce monde légalement, en douceur et en public comme on dit « merci, ciao ciao » sans trembler, sans pleurer mais avec une dignité surhumaine pour que son histoire, son exemple serve de leçon à celles et ceux qui jugent sans savoir. Si on m’avait raconté cette histoire, je n’y aurais pas cru. Qui peut imaginer qu’on puisse ainsi vouloir quitter ce monde sans être dépressif, sans être au stade terminal d’une maladie sans remède ? Partir de cette façon, le sourire aux lèvres avec un humour désarmant jusqu’au bout.
C’est vraiment incroyable un tel courage au nez de la vie. Quand on voit ça, on ne peut plus ne pas réfléchir au problème comme si le taire était plus moral que l’affronter. C’est un reportage de la Télévision Suisse Romande, diffusé le 17 février dernier et aujourd’hui sur TV5. Jamais rien de pareil n’a été hélas filmé ! Pas de voyeurisme déplacé, rien qu’un regard sur un courage digne des grandes tragédies grecques. Une comédienne qui pourrait jouer le rôle comme cette française qui se donne la mort ainsi pour en finir avant que la maladie infernale ne lui laisse plus aucune dignité ni aucun moment de vie sans douleur sans assistance, une telle actrice aurait droit à tous les prix d’interprétation de ce bas monde, sans parler de l’auteur de la pièce qui, lui, serait panthéonisé de son vivant.
Ce reportage est à voir, revoir et faire voir afin que cette femme ne soit pas partie en vain ni elle ni tous les autres qui ont eu moins de force ou moins de chance face à leur destin. Une pensée notamment à ce jeune homme atteint d’une des pires maladies qui soit ; une maladie génétique incurable qui détruit le cerveau à petit feu jusqu’à la mort en passant par tous les stades qui ne vous privent d’aucun handicap ; ni du handicap moteur, où petit à petit vous n’arrivez plus à contrôler vos muscles, impossible de marcher ni vous tenir debout, ni tous les autres terribles handicaps à la suite ou de concert où vous finissez par perdre la mémoire et le reste, le tout pouvant aller jusqu’à la folie avant une mort certaine après un siècle d’atroces souffrances.
Le jeune homme a écrit à Sarkozy pour lui demander de faire quelque chose afin qu’on humanise la loi et qu’on permette à des gens comme lui de quitter ce monde en toute dignité. On a pu lire la réponse de Sarkozy toute diplomatique ou plutôt dogmatique, du genre « c’est la vie, on ne peut pas ». On se demande bien ce qu’eût fait l’hyper président si un de ses enfants était atteint de ce genre de maladie ; comme on s’étonne que les laïcards qui s’attaquent à tout et n’importe quoi à base de lois ne s’attaquent pas à ce dernier bastion de l’église au cœur des lois inhumaines de la république…
Car comment être pour l’avortement et contre l’euthanasie ? Pourquoi ne pas interdire le suicide ? Faire voter des lois pour en faire un délit ou un crime passible de prison ou d’amendes ? Comme dit l’Autre « les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance se sont avisés pour se rendre heureux de n’y point penser » ; ainsi, vous avez le pouvoir de vous suicider mais pourquoi la société se refuse-t-elle à mettre à la disposition des médecins de quoi vous aider à partir sans mourir en traumatisant les vôtres la gueule ouverte pendu dans votre salon, votre cervelle partout, le crâne explosé par une balle ou étouffé par votre vomi après avoir avalé des barbituriques mélangés à de l’alcool comme ce fut le cas pour ce jeune qui a écrit à Sarkozy ?
Aucune république laïque ne peut se permettre de tourner le dos à un problème où le silence est criminel sous prétexte que le mal n’affecte qu’un petit nombre de citoyens. La France est en retard sur tout dans le domaine sans parler du reste. La France, pour ne rien changer et continuer à se gargariser de son développement, passe son temps à se comparer au tiers-monde en face en oubliant que d’autres pays européens juste à côté ont des leçons à lui donner sur pas mal de sujets qui touchent aux droits les plus élémentaires du citoyen. De là sans doute que pour les pays nordiques, les pays du sud de l’Europe sont vraiment du sud.
En ce qui concerne l’euthanasie, la Belgique a légiféré depuis quelques temps déjà et c’est désormais possible là-bas mais pour des cas extrêmes en cas de stade terminal. La femme dont je parlais plus haut n’aurait pas pu se faire euthanasier en Belgique car d’abord étrangère et surtout trop en forme, elle n’a pu le faire qu’en suisse chez l’association « dignitas » où un célèbre docteur controversé vous aide à mourir en paix car en Suisse c’est possible même pour les étrangers.
Avant de juger, il faut voir le reportage, entendre les paroles de cette femme incroyable qui vous explique tranquillement pourquoi elle veut partir avant que la situation ne devienne pire. C’est tellement bouleversant de courage et de lucidité. Quel humour ! Jusqu’au bout. Le jour J, elle arrive à la maison bleue là où elle fera son dernier voyage. On l’accueille avec le sourire et des fleurs comme si elle venait passer des vacances. Elle s’installe. Ses amies autour. On lui apporte la potion. On lui dit « madame, vous êtes bien madame x », elle répond « oui », la femme ajoute « vous voulez toujours partir », elle répond « oui », l’autre femme ajoute « si vous buvez ceci vous allez mourir », elle répond « très bien ».
On lui donne le petit verre en lui disant que c’est amer. On lui dit que deux gorgées suffiront ; elle répond « ah non, deux gorgées ne me tueront pas, je bois tout ! ». Elle boit tout ! Vous ne pouvez pas comprendre tant que vous n’avez pas suivi tout le reportage pour comprendre de quelle genre de femme exceptionnelle il s’agit et surtout le ton de tout ça. Elle avale la potion. On lui tend du chocolat car elle dit « ah oui, c’est vrai que c’est amer ». On papote encore un petit peu. Elle redemande du chocolat, on lui donne. Elle réclame que si elle doit tourner de l’œil ou baver, il faut couper tout ça.
Puis elle demande à la femme de la maison bleue qui aide les gens à partir depuis des années, « alors ? combien de temps ? ». L’infirmière répond tranquillement « deux minutes ». La femme, toujours diablement sereine, demande à son amie en larmes de venir lui tenir la main en ajoutant « ah là je sens que ça vient, je m’endors » ; l’infirmière l’embrasse en lui disant « dormez bien », puis on voit pour la première fois dans ses yeux un léger flottement, pas la peur, juste la curiosité comme si elle se disait « bientôt je saurai ». Puis elle demande encore du chocolat, mais là l’infirmière dit non ! car elle n’aurait plus le temps d’avaler.
Ce non-là me fait encore frémir car ce non annonça à la femme qui c’était fini, c’est l’heure. Elle ferma définitivement les yeux. C’était fini.
Je n’oublierai jamais cette femme, son sourire, son courage !
Vous non plus !
Voir le reportage ici :
http://www.tsr.ch/emissions/temps-present/sante/2867405-dignitas-la-mort-sur-ordonnance.html

