samedi 28 mai 2011 - par vlane

Jamais sans Dignitas, la mort sur ordonnance…

Nul ne peut voir ce reportage exceptionnel sans être hanté par la puissance mentale de cette française, femme écrivain, qui a décidé de quitter ce monde légalement, en douceur et en public comme on dit « merci, ciao ciao » sans trembler, sans pleurer mais avec une dignité surhumaine pour que son histoire, son exemple serve de leçon à celles et ceux qui jugent sans savoir. Si on m’avait raconté cette histoire, je n’y aurais pas cru. Qui peut imaginer qu’on puisse ainsi vouloir quitter ce monde sans être dépressif, sans être au stade terminal d’une maladie sans remède ? Partir de cette façon, le sourire aux lèvres avec un humour désarmant jusqu’au bout.

C’est vraiment incroyable un tel courage au nez de la vie. Quand on voit ça, on ne peut plus ne pas réfléchir au problème comme si le taire était plus moral que l’affronter. C’est un reportage de la Télévision Suisse Romande, diffusé le 17 février dernier et aujourd’hui sur TV5. Jamais rien de pareil n’a été hélas filmé ! Pas de voyeurisme déplacé, rien qu’un regard sur un courage digne des grandes tragédies grecques. Une comédienne qui pourrait jouer le rôle comme cette française qui se donne la mort ainsi pour en finir avant que la maladie infernale ne lui laisse plus aucune dignité ni aucun moment de vie sans douleur sans assistance, une telle actrice aurait droit à tous les prix d’interprétation de ce bas monde, sans parler de l’auteur de la pièce qui, lui, serait panthéonisé de son vivant.

 

Ce reportage est à voir, revoir et faire voir afin que cette femme ne soit pas partie en vain ni elle ni tous les autres qui ont eu moins de force ou moins de chance face à leur destin. Une pensée notamment à ce jeune homme atteint d’une des pires maladies qui soit ; une maladie génétique incurable qui détruit le cerveau à petit feu jusqu’à la mort en passant par tous les stades qui ne vous privent d’aucun handicap ; ni du handicap moteur, où petit à petit vous n’arrivez plus à contrôler vos muscles, impossible de marcher ni vous tenir debout, ni tous les autres terribles handicaps à la suite ou de concert où vous finissez par perdre la mémoire et le reste, le tout pouvant aller jusqu’à la folie avant une mort certaine après un siècle d’atroces souffrances.

 

Le jeune homme a écrit à Sarkozy pour lui demander de faire quelque chose afin qu’on humanise la loi et qu’on permette à des gens comme lui de quitter ce monde en toute dignité. On a pu lire la réponse de Sarkozy toute diplomatique ou plutôt dogmatique, du genre « c’est la vie, on ne peut pas ». On se demande bien ce qu’eût fait l’hyper président si un de ses enfants était atteint de ce genre de maladie ; comme on s’étonne que les laïcards qui s’attaquent à tout et n’importe quoi à base de lois ne s’attaquent pas à ce dernier bastion de l’église au cœur des lois inhumaines de la république…

 

Car comment être pour l’avortement et contre l’euthanasie ? Pourquoi ne pas interdire le suicide ? Faire voter des lois pour en faire un délit ou un crime passible de prison ou d’amendes ? Comme dit l’Autre « les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance se sont avisés pour se rendre heureux de n’y point penser » ; ainsi, vous avez le pouvoir de vous suicider mais pourquoi la société se refuse-t-elle à mettre à la disposition des médecins de quoi vous aider à partir sans mourir en traumatisant les vôtres la gueule ouverte pendu dans votre salon, votre cervelle partout, le crâne explosé par une balle ou étouffé par votre vomi après avoir avalé des barbituriques mélangés à de l’alcool comme ce fut le cas pour ce jeune qui a écrit à Sarkozy ?

 

Aucune république laïque ne peut se permettre de tourner le dos à un problème où le silence est criminel sous prétexte que le mal n’affecte qu’un petit nombre de citoyens. La France est en retard sur tout dans le domaine sans parler du reste. La France, pour ne rien changer et continuer à se gargariser de son développement, passe son temps à se comparer au tiers-monde en face en oubliant que d’autres pays européens juste à côté ont des leçons à lui donner sur pas mal de sujets qui touchent aux droits les plus élémentaires du citoyen. De là sans doute que pour les pays nordiques, les pays du sud de l’Europe sont vraiment du sud.

 

En ce qui concerne l’euthanasie, la Belgique a légiféré depuis quelques temps déjà et c’est désormais possible là-bas mais pour des cas extrêmes en cas de stade terminal. La femme dont je parlais plus haut n’aurait pas pu se faire euthanasier en Belgique car d’abord étrangère et surtout trop en forme, elle n’a pu le faire qu’en suisse chez l’association « dignitas » où un célèbre docteur controversé vous aide à mourir en paix car en Suisse c’est possible même pour les étrangers.

 

Avant de juger, il faut voir le reportage, entendre les paroles de cette femme incroyable qui vous explique tranquillement pourquoi elle veut partir avant que la situation ne devienne pire. C’est tellement bouleversant de courage et de lucidité. Quel humour ! Jusqu’au bout. Le jour J, elle arrive à la maison bleue là où elle fera son dernier voyage. On l’accueille avec le sourire et des fleurs comme si elle venait passer des vacances. Elle s’installe. Ses amies autour. On lui apporte la potion. On lui dit « madame, vous êtes bien madame x », elle répond « oui », la femme ajoute « vous voulez toujours partir », elle répond « oui », l’autre femme ajoute « si vous buvez ceci vous allez mourir », elle répond « très bien ».

 

On lui donne le petit verre en lui disant que c’est amer. On lui dit que deux gorgées suffiront ; elle répond « ah non, deux gorgées ne me tueront pas, je bois tout ! ». Elle boit tout ! Vous ne pouvez pas comprendre tant que vous n’avez pas suivi tout le reportage pour comprendre de quelle genre de femme exceptionnelle il s’agit et surtout le ton de tout ça. Elle avale la potion. On lui tend du chocolat car elle dit « ah oui, c’est vrai que c’est amer ». On papote encore un petit peu. Elle redemande du chocolat, on lui donne. Elle réclame que si elle doit tourner de l’œil ou baver, il faut couper tout ça.

 

Puis elle demande à la femme de la maison bleue qui aide les gens à partir depuis des années, « alors ? combien de temps ? ». L’infirmière répond tranquillement « deux minutes ». La femme, toujours diablement sereine, demande à son amie en larmes de venir lui tenir la main en ajoutant « ah là je sens que ça vient, je m’endors » ; l’infirmière l’embrasse en lui disant « dormez bien », puis on voit pour la première fois dans ses yeux un léger flottement, pas la peur, juste la curiosité comme si elle se disait « bientôt je saurai ». Puis elle demande encore du chocolat, mais là l’infirmière dit non ! car elle n’aurait plus le temps d’avaler.

 

Ce non-là me fait encore frémir car ce non annonça à la femme qui c’était fini, c’est l’heure. Elle ferma définitivement les yeux. C’était fini.

 

Je n’oublierai jamais cette femme, son sourire, son courage !

 

Vous non plus !

 

Voir le reportage ici :

 http://www.tsr.ch/emissions/temps-present/sante/2867405-dignitas-la-mort-sur-ordonnance.html



15 réactions


  • GHEDIA Aziz GHEDIA Aziz 28 mai 2011 14:31

    J’ai vu ce reportage et j’admets que personnellement je suis resté sans voix : je ne savais plus quoi penser. Je suis médecin et, comme tout le monde le sait, la vocation d’un médecin est de faire tout ce qui est possible pour préserver la vie et non la supprimer ; alors je ne comprends pas le comportement de ce médecin et de cette infirmière qui, sous prétexte que les gens sont libres de choisir le jour et l’heure de leur mort, les aident, sans aucun remord ni tremolos dans la voix, à passer de vie à trépas. 


    • PhilVite PhilVite 28 mai 2011 15:12

      C’est pour ça que la médecine n’a rien à faire là-dedans.
      Que les produits et modes d’emploi soient accessibles et que chacun agisse en son âme et conscience.
      Tous les moyens de se donner la mort de façon violente et/ou dégueulasse sont en vente libre, mais pas ceux qui permettent de le faire dignement et « proprement ». C’est très très étrange.


    • Patrick Lefèvre 28 mai 2011 16:44

      @ Aziz GHEDIA

      Il faut juste s’entendre sur ce qu’est la Vie...

       


    • GHEDIA Aziz GHEDIA Aziz 28 mai 2011 17:02

      Je ne suis pas philosophe, mais je pense que la vie c’est le fait d’être conscient de son existence en tant qu’entité anatomique agissante et pensante : je pense donc j’esxiste. 


    • Patrick Lefèvre 28 mai 2011 17:15

      Vous avez tout dit : et quand on ne peut plus agir ou penser en toute autonomie, pourquoi pas cette « solution »...

      C’est une question de dignité et d’approche philosophique personnelle me semble-t-il...


    • GHEDIA Aziz GHEDIA Aziz 28 mai 2011 17:27

      Oui, mais le problème c’est que la femme dont il est question ici semblait jouir de toutes ses facultés mentales et physiques. Comment a-t-on pu accepter d’entrer dans son jeu si j’ose dire ? Il n’y avait aucune raison valable pour dire que c’est à une authanasie qu’on a procédé.


    • Patrick Lefèvre 30 mai 2011 08:40

      Facultés physiques apparemment plus vraiment mais mentales oui

      Et c’est bien pour cela que cette Dame a voulu prendre les devants : faut-il attendre de ne plus pouvoir...


  • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 28 mai 2011 15:00

    Bon papier, très bienvenu en ce qu’il attire l’attention sur une question vive qui mérite amplement d’être portée à la connaissance du public. De fait, la vidéo mérite assurément d’être visionnée !


  • Patrick Lefèvre 28 mai 2011 16:40

    A quand ce reportage sur France 2 à 20H30...

    Une vraie question de société qui va prendre de plus en plus d’importance mais qui s’oppose aux lobbies religieux, médical et financier (tellement la vieillesse représente un marché futur on ne peut plus juteux...)

    France, terre de liberté paraît-il ?

     


  • Kookaburra Kookaburra 28 mai 2011 19:03

    Vous avez de la chance de ne pas récolter une avalanche de rejets catégoriques sur la question de l’aide à mourir. J’ai publié un texte sur la question le 21 janvier et la plupart des commentaires étaient catégoriquement contre toute aide à mourir. Personnellement, je suis tout à fait de votre avis. Je pense que l’on devrait avoir accès aux substances nécessaires pour se suicider dignement. Heureusement il y a des médecins qui accepte le principe, mais si on n’est pas malade, comme dans le cas dont vous parlez, la question est plus délicate.

    Prenons le cas de l’écrivain Arthur Koestler. Atteint de la maladie de Parkinson et de leucémie, il met fin à ses jours par absorption de médicaments en 1983, à l’âge de 78 ans. Son médecin lui avait donné la prescription pour les médicaments. On l’a trouvé mort, assis dans son fauteuil, avec le verre à côté. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui le « suicide assisté ».

    Avait-il le droit de vouloir mourir ? Le médecin, avait-il le droit de lui fournir les médicaments ? Questions délicates, dont la réponse dépend de la sensibilité de chacun. Dépend aussi de l’information et de l’expérience dont on dispose. Dépend peut-être aussi de l’âge de la personne qui répond.

    On en discute sur l’aide à mourir depuis un demi-siècle (Koestler était membre de l’association « Exit »), mais les opinions les mieux fondées sont peut-être celles des médecins, infirmières et aides-médicales que côtoient quotidiennement des mourants. Personnellement, j’ai peu d’expérience de la mort. J’ai vu ma meilleure amie mourir de cancer. Vers la fin elle souffrait beaucoup, et le médecin à augmenté la dose de morphine. Sa mort était douce. Elle s’endormait paisiblement et je ne me suis même pas rendu compte qu’elle était morte. Je me suis arrangé avec le même médecin pour qu’il accepte de m’aider dans une situation similaire. Mais c’est une décision strictement personnelle, à chacun de prendre ou à laisser.


  • foufouille foufouille 28 mai 2011 19:10

    et ensuite euthanasie pour ceux qui derangent


  • Dominitille 28 mai 2011 19:13

    La mort n’est pas une maladie, c’est bien pour cela que les médecins ne savent pas encore la soigner ; contrairement à ce qu’ils croient.


  • loco 28 mai 2011 23:24

     Bonsoir,
     Amusante question que celle de la mort, et j’espère qu’elle est le fait de gens encore assez jeunes pour n’avoir aucune expérience, non de la maladie, mais tout simplement du vieillissement. Car mourir, mes amis, ne se fait pas comme ça, d’un coup... ça vient chaque jour un peu plus de ce que l’on doit définitivement conjuguer au passé, de cette distance qui peu à peu, du début de déficience (visuelle, auditive, physique) à son aggravation, crée une distance de plus en plus grande entre le monde « des autres » et vous, et, tel un miroir déformant, un fossé chaque jour plus profond entre vous même et cette image que vous en percevez..
     Et la question posée alors est seulement celle de la possibilité de s’en aller proprement, sans être obligé de recourir à une méthode dégueulasse - la plongée sous le train, le coup de volant face à ce superbe camion rouge - bref, partir comme on a toujours tenté de vivre, c’est à dire sans emmerder personne.


  • lacenaire 29 mai 2011 19:01

    mourir ainsi c’est trops bete ,alors qu’on pourrait srvir a l’entrainement des preposés a la torture et ainsi aider a faire reculer la barbarie de l’axe du mal !


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