Quand les Australiens dessinent un atlas, ils se mettent au centre... et chacun fait de même. Pour comprendre l’autre, le premier pas est d’arrêter de se penser comme "le centre du monde".
L’Atlas des Atlas élaboré par Courrier International montre la subjectivité du regard induit par une carte.
Ainsi que l’écrivent Christine Chameau et Philippe Thureau-Dangin dans leur introduction : « Cet atlas ne cherche pas à donner une vision cohérente, européo-centrée du globe. Il invite au contraire à décentrer le regard, en prenant d’autres points de fuite et d’autres angles. »
L’ouvrage commence par les « Visions du monde » : selon le continent auquel on appartient, la planisphère tourne et chacun se voit toujours au cœur du monde (ci-contre en bas celle des cartographes australiens issue de ce livre, complétée de deux autres cartes trouvées sur Internet).
Or ces visions modifient la compréhension, faisant « oublier » des proximités : ainsi notre vue depuis l’Europe nous masque la proximité entre la Californie et l’Asie…
Il en est de même dans notre vie quotidienne : nos interprétations sont construites à partir de notre point de vue et de « l’endroit » où nous nous trouvons, endroit à la fois physique, culturel et mental.
Prenons conscience que ce point de vue n’est pas absolu, mais relatif, et qu’il va nous « tromper », faussant notre analyse.
Que faire face à cette erreur de centrage, forme d’erreur de parallaxe ? Apprendre à découvrir le point de vue de l’autre en se « déplaçant » soi-même : changer de pays, apprivoiser d’autres langues, approcher d’autres cultures, pratiquer le métissage… Et à chaque fois, ne pas trop poser de questions – car dès que je pose des questions, que je le veuille ou non, je vais projeter ma vision du monde –, mais simplement « s’asseoir » là, dans cet ailleurs, et regarder le monde sous cet angle neuf.
Ceci est aussi bien sûr vrai pour une entreprise qui doit veiller à ne pas voir le monde – clients, technologie, concurrence, … – que depuis son point de vue. Elle aussi doit apprendre à « se déplacer » pour revisiter la pertinence de sa vision stratégique. Quête et remise en cause sans fin.
Laissons la parole à Michel Crozier qui, au tout début de son livre « Le Tiers Instruit » écrit : « En traversant la rivière, en se livrant tout nu à l’appartenance du rivage d’en face, il vient d’apprendre une tierce chose. L’autre côté, de nouvelles mœurs, une langue étrangère certes. Mais par-dessus tout, il vient d’apprendre l’apprentissage en ce milieu blanc qui n’a pas de sens pour les rencontrer tous… Les instituteurs se doutent-ils qu’ils n’ont enseigné, dans un sens plein, que ceux qu’ils ont contrariés, mieux, complétés, ceux qu’ils ont fait traverser ?... Car il n’y a pas d’apprentissage sans exposition, souvent dangereuse, à l’autre. Je ne saurai jamais plus qui je suis, d’où je viens, où je vais, par où passer. Je m’expose à autrui, aux étrangetés. »
J’avais il y a quelques années été sensibilisé à cette question des planisphères (et des cartes en général). Je l’avais d’ailleurs évoqué dans un de mes papiers. On ne prend pas assez en compte l’influence que peut avoir le dessin d’une carte sur notre imaginaire. Il en va de même des cartes de France à travers l’Histoire. Souvent subsiste le trait des frontières actuelles, nous donnant le sentiment d’une "France ampoutée".
Entièrement d’accord. A chacun son nombril et les choses qui fâchent seront bien gardées !
D’ailleurs, paraîtrait même qu’il existerait un nouveau centre ! Bref les centres pullulent, ce qui est un gros progrès en matière de topologie cartographique et je dirais même plus, carrément géographique. Le monde à l’envers !
Très intéressant - et sans oublier que sur le globe terrestre on peut également s’abstraire d’un équateur central et d’une orientation nord-sud. Les cartes les plus perturbantes sont celles centrées sur les pôles ( http://map.sdsu.edu/geog104/lab/ex-2.h3.jpg ) ou bien renversant nord et sud ( http://www.zorno.de/tagebuch/images/20070108_weltkarte_xl.gif ). Curiseusement, la carte renversée donne subjectivement l’impression qu’il y a plus d’eau que sur la carte normale !
Ce n’est pas qu’une impression subjective, c’est essentiellement dû aux méthodes de projection d’une sphère sur un plan. La projection de Peters, par exemple, restitue aux continents et océans à peu près leur étendue réelle... mais en les déformant autrement que la projection de Mercator qui est la plus connue.
Faudrait peut-être apprendre à faire des liens et à les vérifier avant d’envoyer ton post, t’as foutu un sacré binz sur ce forum, qui en est presque tout retourné, en tout cas élargi. A la Peter ou à la Mercator ? Mystère...
Oui, super bon site, merci pour le lien. Très intéressant, tout ça, comme nos représentations initiales influent sur notre manière très concrète de réagir aux choses du monde. D’ailleurs tout ça renvoie à la psychogénétique : bébés, on commence par gober des proto-représentations qui vont ultérieurement nous servir à naviguer sur des cartes du réel largement fictives mais néanmoins utiles, comme celles des marins d’antan. Finalement, on est tous des marins sans GPS naviguant sur l’océan du réel avec des boussoles douteuses et trompeuses, mais néanmoins nécessaires.
Une fois, en faisant de la grande randonnée en Auvergne, et m’étant perdu sur des chemins improbables, j’avais fait confiance à ma boussole pour retrouver le nord. J’avais juste oublié que le sol fait de cendres volcaniques aiguillaient ma boussole n’importe où et je m’étais encore plus perdu. Ça fait réfléchir concrètement à tout ça.
Ciel ! Et moi qui pensait que le marsupilami ne pouvait se perdre nulle part vu son expertise dans la jungle. Je suis désapointé, et pour être franc déçu...
Nous sommes tous plus ou moins égocentriques, c’est sans doute pour cela qu’il y a des frontières. Pour se décentrer il peut y avoir la fraternité la sororité.
Liberté Egalité Fraternité Sororité
Il y a une chanson de Félix Leclerc et Gilles Vignaux qui dit quelque chose dans ce sens. Quand nous serons tous frères il n’y aura plus de frontières.(de mémoire)
@ L’auteur
Merci Robert, je n’avais pas vu ça sous cet angle. Mais bon, mettons nous à la place des australiens, pas pratique d’être toujours obligé de se mettre à quatre pattes pour pouvoir mâter son pays. Dommage pour les cervicales.
Eh ! Oui, chacun voit midi a sa porte. Mais c’est les chinois les plus fort, n’appellent-ils pas la Chine l’empire du milieu ou royaume du milieu (Zhongguo en mandarin). Difficile pour les chinois d’echapper a cet ethnocentrisme, d’ou la difficulte d’approche de certains problemes avec les peuples occidentaux.
nous sommes autant autocentré que les chinois... Chacun s’est développé dans l’ignorance de l’autre. Nous avosn autant de difficultés à les comprendre que l’inverse...
celu qui dessine une carte a légitimemant le droit de se mettre au centre. Cette carte a un centre et pourquoi bordel de merde il ne se mettrait pas au centre, pisque de toute maniére il ’y a pas de centre absolu et que le centre est partout et bordel de merde c’est lui qui la dessine sa putain de carte et les autres, bordel de merde font itou de méme . Il va pas quand méme pas se dessiner en négatif, de l’autre coté de la mappemonde pour faire le modeste, monsieur le discret.en plus bordel de merde ça ne renseignerait absolument pas géographiquement parlant sur la place ou il est dans le monde, ce marginal... je révendique une centralité équidistante et topologique pour tous
et surtout ne m’assimillez pas a une petite fourmis qui n’aurait de but dans la vie que de bouger ses six pattes pour tenter de comprendre un autre qu’il n’est dés le départ pas censé comprendre et qui agiterait, lui de son autre coté d’une barriére (?) tout aussi vainement ses six pattes identiques aux miennes pour tendre vers une compréhension universelle qui nous dépasserait et qui constituerait le but ultime et fourmillesque vers lequel nous tenterions tous...un cauchemard de fourmis mais un réve d’humains
Pour éviter ces problèmes de centre, et toutes les erreurs d’interprétation du monde mis a plat, où le continent antarctique est plus grand que la Russie et l’Europe réunies... Utilisons un globe terrestre ! ou Google Earth !
plus de centre ! et une représentation fidele des continents.... et on peut la tourner comme on veut !
oui cela peut marcher pour le globe. Reste nos habitudes culturelles et toutes nos opinions fuassées par le centrage de notre origine : là pas de solution numérique, il va falloir voyager et aller à la rencontre des autres "centres"
J’aime beaucoup l’humanisme de votre article.
Je me suis fait la même réflexion depuis très longtemps.
C’est pour cela que j’aime bien la mappemonde. On la fait tourner et on l’arrete là où elle le veut et on commence à rêver, à imaginer un ailleurs meilleurs.
Je me souviens d’un article d’un rédacteur sur cette antenne ou ailleurs.
Son article parlait d’un paradis qu’il situait en ... Australie. Un peu d’écologie en filtre d’amour.
Mon caractère d’Enfoiré, l’a tout de suite fait comprendre que le paradis, cela n’existe nulle part. Même chose pour l’enfer d’ailleurs. Ces deux conceptions humaines, on les a dans notre inconscient.
Il parlait de choses qu’il ne connaissait, car comme pour une bonne partie des Français, on connait les côtes de ce "magnifique" pays, la France, avec un grand "F" et puis basta.
Voyager et aller voir sur place, c’est découvrir que ce n’est pas du tout comme Antoine a l’habitude de présenter les "Iles qu’il traverse".
Et si on prenait le pôle sud comme centre du monde pour la belle carte de l’atlas, ce serai amusant non ?
Tout blanc, avec du bleu autour et de petits morceaux de terre qui apparaissent de nulle part.
bonne remarque : c’est bien sûr Michel Serre !
D’ailleurs j’avais mis la couverture de son livre.... Comme j’ai aussi pas mal lu de livres de Crozier, mon clavier s’est trompé !
Merci pour la rectiifcation....
Je pense que vous avez raison et que votre article est pas mal.
Maintenant, une carte c’est pratique, parfois plus qu’un GPS mais il faut savoir où l’acheter... C’est pas à la télé qu’on voit ça.