jeudi 15 octobre - par JE VEUX TRAVAILLER

Je veux travailler !

J'ai plus de 55 ans. Et alors ?
On nous explique qu'il faut travailler plus longtemps, cotiser davantage, repousser le
moment du départ à la retraite. Je ne vais pas refaire ici le débat sur les retraites. Mais une
question me semble incontournable : comment fait-on pour travailler plus longtemps quand plus personne ne veut vous embaucher ?
Perdre son emploi après 55 ans, c'est parfois entrer dans un drôle de monde. On envoie des
CV, on relance, on attend. Il arrive même qu'on ne reçoive aucune réponse. Pendant ce
temps, on nous répète que des entreprises cherchent du personnel.
Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond, non ?
Trop vieux pour être recruté ?
Mesdames et messieurs les recruteurs, responsables RH, chasseurs de têtes, j'aimerais vous poser une question : quand avez-vous recruté pour la dernière fois une personne de plus de 55 ans qui cherchait à retrouver un emploi ?
Je sais bien que tous les recruteurs ne raisonnent pas de la même manière. Mais les idées reçues ont la vie dure. Un senior coûterait trop cher, serait moins souple, moins rapide, moins à l'aise avec les outils numériques. Et puis, à son âge, serait-il encore capable d'apprendre ?
Je vais prendre un exemple que je connais bien : le mien. Passé 55 ans, j'ai repris mes études. Plusieurs années de formation, de nouveaux diplômes, jusqu'à un MBA en marketing digital. Non pas pour accrocher des titres supplémentaires au mur, mais parce que j'avais encore envie d'apprendre, de comprendre et d'évoluer.
Et je suis persuadé de ne pas être une exception.

Un senior peut avoir de l'expérience sans être figé dans ses habitudes. Il peut aussi vouloir
se former, changer de métier, découvrir autre chose. Il faudrait simplement lui laisser
l'occasion de le montrer.
Beaucoup recherchent avant tout un emploi stable, une équipe, le plaisir de se sentir utiles.
Ils ne demandent pas une faveur. Ils demandent qu'on examine leur candidature pour ce qu'ils savent faire, pas seulement pour leur date de naissance.

Et si les générations travaillaient ensemble ?
Je ne voudrais pas en rester à un constat. J'ai une proposition, toute simple dans son


principe : associer un senior qui cherche un emploi à un ou plusieurs apprentis qui
découvrent le leur. 
Dans certaines entreprises, notamment les petites, accueillir un apprenti demande du
temps. Il faut lui montrer les gestes, répondre à ses questions, suivre sa progression. Ce
travail est indispensable, mais il repose souvent sur des salariés qui ont déjà beaucoup à faire.
Alors imaginons un senior recruté pour exercer son métier et consacrer une partie de son
temps à la transmission de ses compétences. Un professionnel qui connaît réellement le
domaine, capable d'accompagner un ou plusieurs apprentis dans le respect des règles
applicables aux maîtres d'apprentissage.
L'apprenti y gagnerait un accompagnement. L'entreprise, un salarié expérimenté qui
contribue aussi à son activité. Et le senior retrouverait un vrai emploi, pas un rôle de
figurant chargé de raconter comment c'était autrefois.
Un duo senior–apprenti
Cette idée a déjà quelques cousins. Le contrat de génération cherchait autrefois à
rapprocher jeunes et seniors dans l'entreprise ; il a été supprimé. Plus récemment, le
contrat de valorisation de l'expérience, ou CVE, a ouvert une voie d'embauche en CDI pour
certains demandeurs d'emploi seniors. C'est une avancée, mais il ne repose pas sur
l'accompagnement des apprentis.
Pourquoi ne pas reprendre l'idée de transmission, en l'adaptant aux besoins d'aujourd'hui ?

Appelons cette proposition le DUO senior–apprenti.
Le principe serait volontaire. Une entreprise embaucherait en CDI un demandeur d'emploi


de plus de 55 ans, qualifié dans le métier concerné. Elle pourrait bénéficier, pendant une
durée limitée, d'une aide liée à l'accompagnement effectif d'un ou plusieurs apprentis. Le senior travaillerait dans l'entreprise tout en assurant cette mission de transmission.
Il ne s'agirait pas de remplacer les aides à l'apprentissage ni d'imposer un tuteur
supplémentaire à toutes les entreprises. Ce serait une possibilité de plus, notamment pour
celles qui hésitent à accueillir des jeunes faute de temps pour les former.
Évidemment, il faudrait fixer des règles. Vérifier les compétences du senior, encadrer le
nombre d'apprentis suivis, éviter qu'une entreprise touche une aide pour une embauche
qu'elle aurait faite de toute façon. Et surtout, ne pas lier le sort du salarié à celui d'un seul
apprenti : si le jeune quitte sa formation, le CDI du senior doit continuer.
Combien cela coûterait-il ? Quelles aides seraient les plus efficaces ? Ce sont des questions à étudier sérieusement. Je ne prétends pas avoir écrit un projet de loi sur un coin de table.
Mais je crois qu'une idée mérite au moins d'être discutée avant d'être écartée.

Je veux travailler. Nous voulons travailler.
On nous demande de prolonger nos carrières. Pourtant, celui qui perd son emploi à 58 ou 60
ans peut encore avoir de longues années devant lui avant la retraite. Des années pendant lesquelles il voudrait travailler, cotiser, transmettre, vivre de son salaire. 
Je ne dis pas que tous les seniors sont les meilleurs candidats. Je dis seulement qu'ils
méritent, comme les autres, d'être reçus et jugés sur leurs compétences.
Alors, la prochaine fois qu'un CV arrive sur votre bureau, regardez peut-être un peu moins
l'année de naissance et un peu plus le parcours qui la précède.

Et à ceux qui nous demandent de travailler plus longtemps, je réponds simplement :
donnez-nous la possibilité de le faire !

JE VEUX TRAVAILLER — Un senior parmi tant d’autres.



1 réactions


  • perlseb 15 octobre 16:52

    Le chômage est créé « grâce » à la monnaie et la propriété privée.

    Créer la monnaie et l’imposer comme unité d’échange oblige ceux qui veulent embaucher les autres (pour faire une tâche qu’ils ne peuvent réaliser seuls) d’avoir cette monnaie en quantité suffisante. Et pour que la monnaie ait de la valeur, on ne la balance pas par hélicoptère, donc presque tout le monde doit faire des efforts pour en avoir, donc presque tout le monde n’en a pas suffisamment pour embaucher d’autres personnes. C’est un privilège de pouvoir le faire, mais la frontière de ce privilège est très légèrement poreuse (à cause de certaines révoltes qui ont eu lieu avant, la classe dominante a dû les rendre poreuses à contre-cœur, mais ils peuvent diminuer cette porosité avec le temps).

    Maintenant, sans assez de monnaie, vous pourriez décider d’aller planter des patates sur un terrain en friche, pour ne pas rien faire, gagner en autonomie... Mais c’est interdit de travailler si on n’a pas de propriété privée : on va empiéter sur la propriété d’une autre personne, c’est du squat, du vol.

    Donc si vous avez ni propriété privée, ni assez de monnaie pour acheter une propriété privée qui vous donnerait un peu d’autonomie, vous devez vendre vos services à ceux, peu nombreux, qui ont les moyens d’embaucher les autres. Et c’est là que ça devient intéressant. Car si ceux qui ont les moyens d’embaucher les autres embauchaient tout le monde (oui, ils ont beaucoup de moyens, ils pourraient le faire), que va-t-il se passer ? Et bien, les travailleurs seront plus exigeants sur la qualité de leur travail (puisque sans chômage, ils pourront aller voir ailleurs) et aussi sur leur rémunération. Et ça, ça ne fait pas du tout les affaires de ceux qui peuvent embaucher.

    Maintenant, si on raisonne sans monnaie et sans propriété privée, alors le chômage est une aberration économique injustifiable. Comment laisser des personnes qui veulent parfois s’occuper de manière utile sans aucune activité ? Elles vont être à la charge des autres, ne rien produire, et pour les plus mauvais d’entre eux, en vouloir aux autres (criminalité) ou faire des trafics illégaux (drogue ou autre). Aucune tribu un tant soit peu civilisée ne voudrait nourrir un tire-au-flanc qui ne cherche même pas à faire un effort. Mais dans notre société soit-disant civilisée, c’est ne rien comprendre à l’économie que de ne pas comprendre le chômage. Et puis, après tout, qui voudrait remplacer la monnaie par des heures de travail effectives et la propriété par un usufruit dont on ne pourrait tirer aucune rente ? Même pas les pauvres ? Alors le système peut rester absurde encore longtemps...


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