Je voudrais être un chat
Dans les années 60, le regretté Nino Ferrer se désolait de ne pas être noir et exprimait sa frustration de ne pas avoir la voix de Wilson Pickett, James Brown ou encore Ray Charles et B.B. King.
Je ne sais pas si son vœu a finalement été exaucé dans l’au-delà, s’il a pu se faire prêter le timbre reconnaissable entre tous d’Otis Redding, c’est tout le mal qu’on lui souhaite.
Pour ma part, peu doué pour les vocalises, et après mûre réflexion, sauf à envisager une improbable réincarnation en une sorte de grand humaniste essentialiste noir comme Lilian Thuram en raison notamment d’une carnation trop blanche, d’une pensée qui va avec et qui fait de moi un affreux raciste qui s’ignore, je serais plus enclin à vouloir renaître dans la peau d’un chat.
A cela, il y a plusieurs raisons, la plus évidente est que selon la légende, le chat aurait en stock neuf vies, je ne devrais donc pas avoir de mal à en trouver un pas trop ‘’rat’’ et suffisamment compatissant pour m’en céder une.
Je ne suis pas exigeant sur le pelage et la couleur de la robe même si j’ai une préférence pour les robes tachetées et les poils courts, les premières parce qu’elles évoquent celles des grands fauves de nature à impressionner de potentiels contradicteurs et les seconds car je ne veux pas passer mon temps si précieux à les nettoyer.
Je ne souhaite pas non plus, contraindre mes maîtres à s’y coller des journées entières, au risque d’en oublier d’aller bosser pour gagner mes croquettes quotidiennes.
Je serais même prêt à revêtir une robe noire pour montrer au brillant auteur de ‘’ La Pensée Blanche ‘une largeur d’esprit qu’il n’aurait jamais soupçonné s’il m’avait connu dans mon état premier de visage pâle.
En tant qu’être humain, j’ai également d’excellents états de service à faire valoir auprès des charmants félins qui ont partagé mon existence ou plutôt, accepté de cohabiter avec moi.
J’ai assumé sans réticence le gite, le couvert et les soins, supporté avec indulgence leurs moments de folie, prodigué moult caresses, émis nombre de roucoulades censées être des ébauches de dialogues qui les laissaient songeurs, partagé avec difficulté mon fauteuil de bureau squatté au trois quarts par des matous effrontés qui se souciaient comme une guigne de mes problèmes de dos et, cerise sur le gâteau, été réveillé bruyamment par ces mêmes sans-gênes tous les matin dès potron-minet .
Ces efforts consentis pour ces petits tyrans domestiques devraient m’octroyer le droit moral d’aspirer à une vie meilleure sans attestation, sans masque, en se moquant des gestes barrières, la vie rêvée des chats,même en temps de pandémie, ces hédonistes invétérés.
Et puis, être pour un temps, même en rêve, gracieux, souple, drôle, beau, attendrissant, indomptable, formidable glandeur, virtuose de la sieste, ça ne se refuse pas et peut faire du bien à l’estime de soi..

