Je vous écris cette lettre ...
Lettre d’un manant à son édile qui est aussi son élu tout en étant aussi un peu notable.
Réponse très respectueuse d’un manant à la retraite à son maire : le très valeureux, très grand, très méritant et très humoristique gradé, maire et député Fromion.
Ceci pour l’aider dans sa grande démarche de compréhension des aborigènes convergeant de toutes parts vers son fief de Bourges pour protester contre une réforme qui les maintiendrait au labeur et à la soumission jusqu’en l’âge avancé de 67 ans !
Car il est fort peu probable qu’en ces temps de grande désaffection et déplacements industriel ils trouvasses de quoi remplir leurs 42 annuités de travail décrétées par notre charmant et bien galbé souverain Mr Sarkozy…
Monsieur Fromion, mon maire, mon député !
J’ai la faiblesse d’être attentif au contenu de vos écrits… Aussi m’empresserai-je de vous tailler une petite bafouille pour vous faire part de quelques réflexions qui me viennent à la lecture de votre (talentueux) bulletin.
Oncques vous fais-je une lettre que, comme disait l’autre, vous lirez peut-être…
Vous commencez votre diatribe (non, non ne rougissez pas c’en est bien une !) en sous- entendant que les français sont un peuple de râleurs….
En bon militaire vous ne percevez que la ligne d’horizon… Mais si les français râlent et descendent dans la rue c’est bien qu’ils ont quelque raison d’être mécontents…
Pensez-vous que ces milliers de pauvres gens qui payent de leur poche les journées chômées et se déplacent pour se rendre dans les manifestations le fassent par plaisir ?
Le texte de loi proposé par votre ami, Monsieur Sarkozy, est tout simplement inique car il le justifie en prêchant le faux sous couvert du vrai…

Certes la retraite ne s’impose pas à 60 ans pour certaines professions bien nourries et au train de vie relativement serein… Comme par exemple celle de chef d’entreprise du CAC 40 auxquels vous fîtes, fort de votre majorité, d’amples et juteux cadeaux fiscaux… Ces nantis s’attribuent le titre de « créateurs de richesses » et ils n’en rougissent pas !
Savez-vous que ce sont vos « gens », mes « bons », qui bossent et triment et sont usés jusqu’à la corde, qui réellement remplissent vos coffres en vous permettant de jouer doucettement et en cachette au grand Monopoli des bourses et de l’argent virtuel !
Savez-vous que ces gens qui défilent dans « vos » rues sont de par les privatisations et les réglementations de l’Europe du fric contraints de travailler plus pour gagner moins ?
Je vous donnerai un seul exemple recueilli de la bouche de deux postières rencontrée lors des manifs à Bourges le 19 octobre 2010. Elles étaient là poussant leur sorte de cadi sur les pavés irréguliers de la rue Moyenne. Elles me décrivaient leur condition de travail : horaires surchargé, distribution rendue plus difficile, moins de personnel (tient donc !) entraînant une surcharge de travail. Savez vous monsieur l’Imprécateur que ces travailleuses sont contraintes de faire le tamponnage du courrier en sus des distributions et levées ! Savez-vous que ce simple geste qui leur est imposé entraîne la perte de quelques centaines d’emplois au niveau national ? Savez-vous que c’est une fatigue supplémentaire ? Pensez-vous, en votre grande sagesse, que ces travailleuses puissent ainsi tenir le coup jusqu’à 62-67 ans ?

L’après midi je manifestais avec les travailleurs des hôpitaux… Et là aussi les conditions auxquelles votre groupe souscrit sont à l’origine d’une surcharge de travail générant par contre coup des licenciements… Et encore j’entendis les témoignages vivants de ces manifestants, que vous méprisez Monsieur Fromion !
Qu’importe le nombre des manifestants en fait. C’est la qualité de leur revendications qui fait la valeur de leur révolte !
Vous, vous méprisez ces « agents de la fonction publique renforcés des délégués syndicaux du privé » … Vous dites en votre beau langage « ça durera aussi longtemps que la fonction publique ou parapublique servira de terre nourricière au syndicalisme à la française »
En bref vous voudriez bouter tous ces manants qui osent la Jacquerie !
Et vous reprenez la litanie habituelle des mensonges qui servent de justificatif pour votre forfaiture :
- « Déséquilibres démographiques » sans préciser que depuis 15 ans la productivité individuelle a plus que doublée. Le travail d’un ouvrier rapporte entre 2 et trois fois plus d’argent… Si les prélèvements pour la retraite étaient proportionnels à cette augmentation, le financement des retraites trouverait son assiette !
- « Poids des dépenses sociales trop disproportionné au regard des performances de notre économie ». Monsieur Fromion oublie de préciser qu’au travers du bouclier fiscal, les relais inter-possesseurs de Rolex qui redistribuent NOTRE argent à des Tapie ou protègent des Chirac on aurait déjà économisé une belle somme pour booster notre économie… Et puis la « crise » a beau dos quand encore ce midi (20/10/10) j’entends que les entreprises du CAC40 ont encore augmenté leurs bénéfices (et ça dure depuis plusieurs mois…)
- « Imaginer la Gauche contrainte de rallonger la durée du travail au-delà de 62 an après avoir imposé la semaine des 35 heures, la retraite à 60 ans, la semaine de 4 jours dans l’éducation nationale, c’est presque trop . » Outre le mépris qui ressort de ces lignes vis à vis du travail utile qu’ont fait les gouvernements dits de gauche (suppression de la peine de mort par exemple) c’est simplement nier les propositions qui sont proposées par les syndicats, la gauche unie (FG, NPA…)… C’est simplement ne pas avoir fait l’effort d’en prendre connaissance…
Et comme je prétends parler vrai j’ose vous soumettre trois propositions (parmi bien d’autres) pour financer les retraites en les maintenant à 40 annuités avec possibilité de départ à 60 ans.
Mais celle qui licencie, bloque les salaires et choisit les placements financiers contre l’emploi, en paye de moins en moins. Ainsi la part de charges sociales dans la valeur ajoutée dans le BTP est plus du double de celle des banques, des compagnies d’assurances. C’est injuste et inefficace ! D’où la proposition d’une modulation du taux de cotisation : des taux beaucoup plus lourds pour les entreprises qui limitent les salaires et licencient (= modulation en fonction d’un rapport masse salariale / valeur ajoutée). Des taux relativement plus bas pour celles qui développent les emplois, les salaires, la formation. Cela pousserait à la création d’ emplois et à l’accroissement des salaires et donc aux rentrées de cotisations sociales.
Quant à l’affirmation « Les syndicalistes qui organisent les défilés et donnent si fort de la voix ont-ils à l’esprit que depuis 1945 ce sont eux qui sont les gestionnaires de la Sécurité sociale, donc de la Caisse nationale d’assurance vieillesse, ainsi d’ailleurs que de nombreux régimes spéciaux ? » il faut vraiment ignorer, ou faire semblant d’ignorer, toutes les demandes réitérées, depuis 1958 par les syndicats qui gèrent effectivement ces caisses mais qui sont aussi soumis aux décisions gouvernementales…
Et mon maire de finir par ces mots tous de sagesse empreints : « On n’échappera pas à la réduction des dépenses d’assurance maladie, à la maîtrise obligée du coût de la dépendance chez les personnes âgées, pour ne citer que ça. » Quand on pense aux déremboursements accélérés des médicaments et à la privatisation des organismes de prise en charge des personnes âgées dépendantes, on ne peut que féliciter Mr Fromion de sa grande franchise…
On sait désormais où se situe le combat !
La délicate missive du grand ami de Mr Sarkozy, Mr le Député Fromion nous a bien éclairé !

