Jeffrey Sachs : Trump, le complexe militaro industriel et l’Ukraine

Jeffrey Sachs, économiste renommé et directeur du Center for Sustainable Development à l'Université Columbia, a exprimé des vues critiques sur les États-Unis comme un pays dominé par le complexe militaro-industriel (souvent abrégé MIC en anglais), qu'il décrit comme une force puissante influençant la politique étrangère américaine et favorisant des conflits pour maintenir l'hégémonie des États-Unis.
Selon Sachs, ce complexe, allié à des lobbies comme celui pro-israélien, pousse les États-Unis vers des guerres, des opérations de changement de régime et une domination globale, rendant le pays moins sûr et rapprochant le monde d'un risque d'Armageddon nucléaire.
Il qualifie les États-Unis de "rogue nation" (nation voyou) sous l'emprise de ce système, où les deux partis politiques (démocrates et républicains) sont captifs du MIC, financé par des intérêts militaires qui priorisent les ventes d'armes et les interventions à l'étranger plutôt que la paix.
Sachs voit les États-Unis comme un "État militaire électoral" dans le sens où les élections et la politique intérieure sont influencées par ces intérêts militaires, avec des exemples comme l'expansion de l'OTAN vers l'est (qui a contribué à la guerre en Ukraine selon lui) et les tensions avec la Chine, motivées par une logique impériale plutôt que par des besoins réels de sécurité.
Il blâme les administrations successives, de Clinton à Biden, pour avoir gaspillé les opportunités de paix post-Guerre froide, et accuse le MIC d'avoir orchestré des conflits comme celui en Ukraine pour affaiblir la Russie.
Concernant Donald Trump, Sachs reconnaît que Trump a tenté de s'opposer à certains aspects de cette machine de guerre – par exemple, en promettant de mettre fin à des conflits comme celui en Ukraine via des négociations directes avec Poutine, ou en critiquant l'OTAN.
Sachs conseille même à Trump de défier le MIC en déclarant publiquement que l'OTAN ne s'étendra pas à l'Ukraine, en respectant la politique d'une seule Chine vis-à-vis de Taïwan, et en évitant des escalades qui pourraient mener à une guerre mondiale.
Cela pourrait, selon Sachs, sécuriser un legs positif pour Trump en réduisant les risques de confrontation avec la Russie ou la Chine.
Cependant, Sachs est hautement critique envers Trump, le décrivant comme incompétent et lâche (cowardly en anglais, ou manquant de "guts" – courage) pour véritablement combattre ce système.
Parmi ses critiques clés :
- Incompétence :
Trump manque d'intelligence, de timing, de compétences en communication et de compréhension pour changer la direction de la politique étrangère américaine.
Il ne construit pas de base publique, n'explique pas aux Américains comment les États-Unis se sont enlisés dans des conflits (comme en Ukraine via l'expansion de l'OTAN), et se fie à des deals en coulisses, des menaces, du bluff et de l'improvisation plutôt qu'à un leadership stratégique.
Sachs note que Trump est "pas très bon dans ce job" et incapable de gérer des relations à long terme, préférant le court-termisme qui mine la coopération globale
- Lâcheté : Trump manque de courage pour affronter les causes fondamentales des conflits, comme déclarer publiquement que l'OTAN ne s'élargira pas, arrêter les efforts de changement de régime en Russie, ou soutenir une Ukraine neutre et sécurisée.
Entouré par le MIC et le "deep state", Trump évite les positions audacieuses sous pression, optant pour des solutions superficielles comme des cessez-le-feu sans résoudre les racines (par exemple, l'expansion de l'OTAN depuis 30 ans). Sachs exprime du scepticisme sur la capacité de Trump à défier ce complexe, notant qu'il agit souvent en son nom plutôt que contre lui.
Ces vues proviennent d'interviews récentes de Sachs (2024-2025), où il met en garde contre les "temps dangereux" sous Trump, accusant sa politique de tarifs punitifs et d'hégémonie délirante de nuire à des pays comme l'Inde, la Chine et les BRICS, sans bénéfice économique réel mais pour supprimer les puissances émergentes.
Sachs plaide pour un monde multipolaire et une réforme de l'ONU pour contrer cette domination américaine, insistant sur le fait que Trump pourrait promouvoir la paix s'il surmontait ses faiblesses, mais il en doute profondément.

