vendredi 10 janvier 2014 - par Taverne

Joyeux 100 ème anniversaire Charlot !

Charlot est né en février 1914 quand Charles Spencer Chaplin endossa pour la première fois au cinéma la légendaire défroque du vagabond dont les aventures et les pitreries allaient enchanter plusieurs générations et déclencher les rires en cascades. Charlot a fait sa toute dernière apparition dans "Les Temps modernes". Il a tiré sa révérence peu après l'avènement du parlant mais dire qu'on n'a jamais entendu le son de sa voix serait inexact car dans "Les Temps modernes", il chante. Certes dans une langue imaginaire. Ce film de 1936 marque la fin de l'histoire de Charlot qui est toujours là, bien présent. Charlot aura 100 ans en février 2014 !

La chaîne Arte a eu l'heureuse idée de nous rendre heureux en diffusant pendant les semaines des fêtes de fin d'année l'intégralité de la production de Chaplin à la Mutual, ses courts-métrages les plus réussis. Et en version restaurée. Arte a aussi rediffusé les films de Chaplin d'après la période Charlot. Mais dans cet article, c'est de Charlot qu'il est question...

Ah ! Charlot, sa dégaine, sa moustache, ses TOCs (levers de chapeau entre autres...) et ses coups de pieds au derrière ! Les petits téléspectateurs rient de bon coeur en découvrant ces images vieilles de près d'un siècle. Preuve que la recette marche encore et n'a pas fini de répandre la bonne humeur.

Chaplin avant Charlot

Le père de Chaplin, Charles Chaplin senior, était un chanteur de ballades qui connaissait un succès mais il sombra dans l'alcoolisme. Peu après la naissance de Charles junior, les parents se séparent. Sa mère, chanteuse de music-hall peu cotée, se retrouva seule pour élever l'enfant et son demi-frère Sydney. La petite famille connaît une misère noire. Charles et Sydney sont placés en orphelinat pendant les périodes d'internement de leur mère. Durant un temps, Charlie vécut avec son père et sa belle-mère alcoolique, dans un environnement difficile dont il saura se souvenir quand il produira "Le Kid". Son père décède quand il a 12 ans.

Chaplin raconte que sa première apparition sur scène eut lieu alors qu'il n'avait que cinq quand il dut remplacer sa mère qui avait une extinction de voix. Charles rejoint une troupe d'enfants artistes tandis que son frère devient l'une des vedettes de la compagnie Fred Karno.

Sydney Chaplin parvint à persuader Karno d'engager son frère pour un sketch intitulé "Le match de football". Moins de deux ans plus tard, Charlie était célèbre et participait, en tant que vedette, aux tournées organisées par Karno aux Etats-Unis entre 1910 et 1913. C'est à la fin de ces tournées que Chaplin se vit offrir un contrat d'un an par la Keystone, la compagnie de Mack Sennett, en Californie. Son premier film, "Pour gagner sa vie" (1914), n'a guère d'intérêt : il y incarne un dandy louche.

Dans la troupe de Fred Karno, alors le plus important impresario de spectacles avec des sketches, il rencontre le futur Stan Laurel, Arthur Stanley Jefferson, qui devient sa doublure.
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I - LA NAISSANCE DE CHARLOT

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Né dans une misère noire

Inspiré par l'acteur burlesque français Max Linder, son personnage Charlot, pour les francophones, The Tramp (le vagabond) dans les pays anglo-saxons, apparaît pour la première fois dans "Charlot est content de lui" (Kid Auto Races at Venice : "Courses d'auto pour gosses"), le 7 février 1914. C'est là qu'il endosse le costume qui devait le rendre célèbre dans le monde entier et dont, selon la légende, il aurait emprunté diverses pièces aux autres comédiens de Mack Sennett. Ce premier film de Charlot nous fait découvrir un personnage qui se cherche encore. Le héros, se sachant filmé lors d'une course de voitures, ne cesse de passer devant la caméra et de faire des poses, bien que repoussé régulièrement et violemment hors du champ. Ce n'est pas encore le Charlot qu'on connaît : il n'y a pas d'histoire, pas de vrai gag, pas de réactions violentes de sa part, seulement une grimace finale effrayante à la caméra en gros plan. C'est en somme un film test.

C'est encore un Charlot peu consistant et peu actif qui joue dans "Charlot à l'hôtel" et dans "Charlot danseur", il ne porte ni sa moustache ni sa défroque légendaire.

Le Tramp qui colle des trempes !

Puis, Charlot est enfin né ! Il se montre, dès ses débuts, capable de méchanceté gratuite (voir "Charlot boxeur" où il assomme sans discernement). Il est devenu The Tramp qui colle des trempes ! Chaplin passa toute l'année 1914 à la Keystone, y tournant 35 films. A compter du douzième film, "Charlot garçon de café", il eut une part dans la réalisation et dès le vingtième, "Charlot dentiste", il était devenu son propre metteur en scène. Sa production d'alors est un arsenal de plaisanteries éculées. Dans certains cas pourtant, ainsi dans "Charlot concierge", Chaplin fait preuve d'une plus grande subtilité dans la narration et l'interprétation.

Chaplin passe au studio Essanay de Chicago en janvier 1915. A Niles, en Californie du nord, il fait la connaissance d'Edna Purviance, une sténodactylo sans expérience d'actrice ni du monde du spectacle. Il est probable que la présence d'Edna ait peu à peu enrichi son oeuvre de romantisme. C'est en tout cas manifeste dans deux de ses premiers films pour Essanay, "Charlot vagabond" et "Charlot à la banque" (1915).

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II - CHAPLIN A LA MUTUAL : le meilleur de Charlot

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Chaplin conclut un accord avec la Mutual pour distribuer ses films. Les meilleurs de ses courts-métrages sont de cette période. Certains sont d'extraordinaires démonstrations de virtuosité, tels "Charlot rentre tard" ou "l'Usurier" (1916). D'autres films comme "Charlot musicien" (1916) ou "l'Emigrant" (1917) montrent l'approche progressive par Chaplin vers le drame et l'émotion. Parmi ces 12 courts métrages de la Mutual, le préféré de Chaplin est "L'Emigrant", peut-être son meilleur film de cette série.

- Charlot chef de rayon, 1916, est le premier film chez la Mutual : Charlot sème la zizanie dans un grand magasin. Il participe, involontairement, à l'arrestation du directeur et du chef de rayon de ce magasin, coupables de malversations multiples.

- Charlot musicien (ou "Charlot vagabond") marque une étape importante dans l'œuvre de Charles Chaplin puisque apparaissent, pour la première fois, des éléments mélodramatiques dans l'un de ses films. Ce film est à ne pas confondre avec "Le Vagabond" (The Tramp), précédent film de Charles Chaplin datant de 1915, dont il reprend des éléments du scénario.

Charlot séduit une jeune fille en jouant du violon et parvient à la soustraire des mains de méchants bohémiens. Au moment où il croit son bonheur total, il voit la fille s'en aller dans la voiture d'une femme riche qui a reconnu dans la jeune fille sa propre fille (grâce au tableau d'un jeune peintre sur lequel elle reconnaît une tâche de naissance qui l'identifie). La jeune fille prend soudain conscience de son amour pour le musicien et fait faire demi-tour à la voiture pour aller le chercher.

Un gag sera repris et développé dans Le Dictateur : quand Charlot joue du violon de façon rapide, la jeune fille suit le rythme effréné à sa tâche (elle lave du linge). De même, le barbier dans Le Dictateur suivra les changements de rythme de la musique qui passe à la radio.

- Charlot rentre tard

Un propriétaire rentre tard chez lui après avoir trop bu. Alors qu'il veut seulement aller se coucher, les objets inanimés autour de lui l'en empêchent. Ce film est un prodige de virtuosité autour de Charlot en unique acteur. De nombreux gags visuels parsèment ce chef-d'oeuvre du comique où Chaplin donne sa pleine mesure.

- L'émigrant. Charlie Chaplin est sur un bateau avec d'autres immigrés à destination de New York. Pendant le voyage, il rencontre une jeune femme qui s'occupe de sa mère malade. Chaplin arrive à New York mais il n'a pas d'argent ni de travail. Il trouve une pièce par terre et décide d'aller au restaurant. Il y retrouve la femme du bateau qui est très triste et l'on devine que sa mère est morte...

Quatre décors seulement et peu de figurants. A noter que Henry Bergman joue l'artiste et une grosse femme sur le bateau. Le jeu de dés est prétexte à une délicieuse parodie de baseball. Joyau de comique de situation : Charlot s'empare du revolver du joueur, se retourne pour prendre son chapeau mais glisse sont arme entre ses jambes. Situation ironique : au moment où les émigrants voient la statue de la liberté, ils sont repoussés et massés avec force derrière une corde. L'argent que le vagabond donne à la fille se trouve être celui que le tricheur a volé à la mère de la fille. L'argent va et vient et ici revient providentiellement à son propriétaire.

- Charlot brocanteur. Charlot, employé chez un usurier, ne cesse de se chamailler avec l'autre employé. Amoureux de la fille du patron, il manque de se faire renvoyer tant il est maladroit et pas fait du tout pour la vente. La photo ci-contre montre un des meilleurs gags : alors qu'il se bagarre avec son collègue et qu'il s'apprête à lui porter le coup de grâce, la jeune fille survient et Charlot se jette à terre en jouant la victime innocente. Il se fait cajoler et la fille du patron réprimande le collègue qu'elle traite de grande brute. Une autre interruption de bagarre intervenue antérieurement est un moment irrésistible quand le patron apparaît, les deux belligérants se ruent en un temps record sur l'accomplissement méticuleux de leurs tâches respectives comme si de rien n'était. Autre passage désopilant : Charlot "teste" le réveille-matin d'un client en l'attaquant au vilebrequin et à l'ouvre-boîte. Ayan achevé de le mettre en pièces, il le rend à l'homme en disant qu'il ne peut le prendre en gage car il ne fonctionne pas. Le client mécontent assomme un badaud qui lui demande l'heure.

Charlot fait échouer une tentative de vol dans la boutique. En récompense, il peut filer le parfait amour avec la fille de l'usurier.

- Les autres courts-métrages de la Mutual

- Charlot fait du ciné (image 1), Charlot fait une cure (image 2). Charlot patine (serveur dans un restaurant, Charlie va patiner pendant sa pause déjeuner). Charlot policeman. Voir résumé. Charlot pompier  : voir résumé. Charlot et le Comte : voir résumé.

Charlot s'évade. Charlot parvient à échapper à la vigilance de ses gardiens de prison. Il sauve ensuite une jeune femme et sa mère de la noyade en se faisant passer pour un millionnaire, ce qui lui vaut d'être invité à la réception donnée en son honneur par les parents de la jeune fille. Il commence à mener bon train quand l'un des invités le reconnaît et le signale. Une course-poursuite s'engage alors. Dans ce film, on trouve le fameux gag où Charlot se cache la tête sous une tête de lampadaire.

Sélection de vidéos de Charlot à La Mutual :

Charlot "La cure" : partie 1, partie 2 et partie 3
L'émigrant
Charlot brocanteur
Charlot rentre tard
Charlot musicien
Charlot chef de rayon

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III - 1918 - CHAPLIN CREE SON PROPRE STUDIO

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En 1918, un accord de distribution avec First National Distributors permit à Chaplin de réaliser un vieux rêve : bâtir son propre studio. L'accord lui laisse la production et la propriété des huit films prévus. Il fait alors immédiatement construire son propre studio dans lequel il réalise neuf films. Plusieurs chefs-d'oeuvre naissent de cette collaboration.

"Une vie de chien" (1918) affine encore la satire sociale qui sera désormais sa marque de fabrique. Le film est ainsi nommé parce que le vagabond partage les conditions d'existence d'un chien errant qui l'accompagne partout. Avec le frère de Charlie, Sydney Chaplin (le marchand ambulant). Deux autres films sortent en 1918 : "The Bond", un film de propagande pour l'effort de guerre des Etats-Unis, "Charlot soldat", film qui n'a rien perdu de son pouvoir de dénonciation.

"Une idylle aux champs" (1919). Charlot est à la fois garçon de ferme et commis-épicier dans le petit village de Sunnyside. Au grand dam de son patron, Charlot ne pense qu'à l'amour qu'il nourrit pour la jolie Edna, la fille d'une ferme voisine. Arrive un rival, un jeune homme très distingué de la ville, qui, heureusement pour Charlot, repartira.

Dans "Une journée de plaisir" (1919), l'un des enfants est interprété par le petit Jacky Coogan.

"The kid" (1921) où l'on retrouve Jacky Coogan. Il s'agit du premier long-métrage de Chaplin. Le film n'a presque plus rien à voir avec le burlesque : il s'agit d'une comédie sentimentale avec de passages mélodramatiques. Le public a plébiscité le film dont le thème est l'enfance abandonnée et la solitude et qui oscille de manière équilibrée entre le comique et l'émotion. L'humour, c'est par exemple, la séquence où Charlot vitrier envoie le gamin briser les vitres des gens pour se faire des clients. L'émotion, c'est la tentative de séparation de l'enfant de son père adoptif par les services sociaux : un moment déchirant.

"Charlot et le masque de fer" (1921) : Charlot aristocrate et Charlot vagabond sont ici deux sosies qui partagent un même goût pour l'oisiveté.

 "Jour de paye" (1922) : Le jour de paye, Charlot fait la noce toute la nuit et rentre chez lui au petit matin où sa femme s'est endormie le rouleau à pâtisserie dans les bras. Au moment de se mettre au lit, le réveil sonne et il doit feindre qu'il vient de se lever pour repartir au travail.

 "Le pélerin" (1923) : Évadé de Sing-Sing, Charlot a emprunté les habits d'un clergyman pour passer inaperçu. Il choisit un itinéraire au hasard sur la carte et se retrouve dans une petite ville du Far-West où, précisément, on attend le nouveau pasteur.

Après le tournage du Kid, Chaplin décide de retourner en Angleterre où il atteindra le sommet de sa carrière.

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IV - 1919 - CHAPLIN FONDE "LES ARTISTES ASSOCIÉS"

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En 1919, un vent de révolte souffle sur Hollywood où les acteurs et cinéastes se déclarent exploités ; Chaplin s'associe alors à David Wark Griffith, Mary Pickford et Douglas Fairbanks pour fonder la United Artists. Ce n'est qu'après expiration de son contrat avec la First National que Chaplin fut en mesure de réaliser son premier long métrage pour Les Artistes associés, la compagnie qu'il avait fondée quatre ans plus tôt avec Douglas Faibanks, D.W Griffith et Mary Pickford.

"L'Opinion publique" (1923) est sa première tentative de drame sérieux. Point de Charlot dans ce film : Chaplin se contente d'une très brève apparition, dans le rôle d'un passant. Il surmonte cet échec commercial et réalise deux longs métrages comiques : "La Ruée vers l'or", "Le Cirque".

"La Ruée vers l'or" (1925). Le thème ici est bien entendu la ruée vers l'or mais aussi et surtout la faim. Dans une petite cabane isolée, Charlot et son compagnon d'infortune et "colocataire" Big Jim se toisent, le spectateur se demandant alors lequel des deux sera le repas de l'autre. Mais un ours aussi affamé qu'eux vient régler le litige à sa manière. Chaplin montre la faim comme thème fort et récurrent en réalisant 63 prises pour obtenir la scène qu'il voulait où Big Jim et charlot mangent une chaussure. Mais la scène la plus célèbre reste sans doute la danse des petits pains.

Alors qu'il réalisait "La Ruée vers l'Or", Chaplin se maria pour la deuxième fois mais discrètement et au Mexique car la promise, Lita Grey une jeune actrice, était mineure et la grossesse imprévue obligeait Chaplin à l'épouser. Au terme d'un divorce retentissant au cours duquel Chaplin fut au bord de la crise de nerfs, Chaplin dut verser une somme considérable à Lita Grey pour avoir enfin la paix.

"Le Cirque" (1928). Avant le début de la procédure de divorce, Chaplin avait commencé à travailler sur "Le Cirque". Le tournage fut suspendu dix mois durant le scandale de son divorce et la production fut marquée par les difficultés. L'histoire : Charlot, vagabond, est pris pour un pick-pocket par un policier qui le prend en chasse. Il se réfugie sous le chapiteau d'un cirque en pleine représentation et perturbe tous les numéros pour le plus grand plaisir des spectateurs, si bien qu'il est recruté par le directeur du cirque.

Comme il avait entrepris "Les Lumières de la ville", le cinéma sonore fit son apparition. Il refusa cependant d'employer des dialogues pour ne pas changer son personnage. Ce fut donc un film muet simplement pourvu d'un accompagnement musical.

Charlot apparaît pour la dernière fois dans "Les temps modernes". A ses côtés la jeune actrice suisse Paulette Goddard qui est aussi sa troisième épouse. C'est de ce film que date l'hostilité dont il ne cessa plus de faire l'objet en Amérique qui lui reprocha de sortir de son rôle.

Conclusion

Il y eut une vie artistique pour Chaplin après Charlot, son personnage muet. Contrairement à Griffith, Mary Pickford et Douglas Fairbanks et de bien d'autres vedettes du muet qui n'ont pas survécu au parlant. Chaplin créera "Le Dictateur" en 1940, "Les feux de la rampe" en 1952, "Un roi à New York" (1957). Et enfin "La Comtesse de Honk Kong" (1967) avec Sophia Loren et Marlon Brando.

Rendons hommage pour finir à Edna Purviance, actrice fétiche de Chaplin de la période Charlot et qui était pour Chaplin "un modèle de douceur". Elle joua essentiellement des rôles d'oie blanche, mais aussi des rôles bien différents : l'insolente héritière de "Miss money bags", dans "Charlot et le comte", la riche épouse dans "Charlot et le masque de fer", la gitane diabolique dans "Charlot joue Carmen". En 1923, Chaplin songe à lui confier le premier rôle dans un film. C'est pour elle qu'il réalise L'Opinion publique". Mais le film éleva Adolphe Menjou au rang de star et relégua Edna au second plan. Avant de mourir en 1958, Edna joua encore de petits rôles avec Chaplin : dans "Monsieur Verdoux" et dans "Les Feux de la rampe".

Bon anniversaire Charlot ! Et, entre nous Charlot, tu ne les fais pas, tes cent ans...
 



8 réactions


  • BOBW BOBW 10 janvier 2014 11:36

     Merci et Vive le grand Charlot qui vivra éternellement dans le cinéma, pas comme d’autres pâles figurants.. !.
    Bravo aux entreprises qui ont renumérisé les bobines dégradées.


    • Taverne Taverne 10 janvier 2014 12:48
      J’ai pensé après coup que j’aurais dû titrer : « Joyeux 100 ème anniversaire Monsieur Charlot ! » car ce personnage était un grand monsieur.

      Oui, merci aux entreprises de restauration des bobines de films et...des bobines des acteurs.


  • L'enfoiré L’enfoiré 10 janvier 2014 17:59

    Merci, Paul.

    Merci de tourner le disque.
    Le disque de Dieudonné.
    Une vingtaine d’articles sur le sujet...
    J’y ai répondu, un peu, beaucoup, trop et puis plus du tout.
    ARTE a présenté pour l’occasion quelques vieux films de Charlot.
    Des films muets, dans lesquels, la parole était remplacée par de la musique et des mimes.
    Dire que « Et, entre nous Charlot, tu ne les fais pas, tes cent ans... »
    Pas tout à fait d’accord. Mais, on fait toujours avec ce qu’on a.
    « The artist » a prouvé qu’il y avait encore quelque chose à faire dans ce domaine.
     
     

  • JP94 10 janvier 2014 20:06

    « L’Amérique » ne reprocha pas à Chaplin de « sortir de son rôle » 


    Dès les années 20 , Chaplin eut contre lui l’Amérique bien-pensante avec les campagne des « plumes blanches » .

    D’un côté cette Amérique des banques ( la First National est une banque) vit en Chaplin une poule aux oeufs d’or : s’il change de compagnie , c’était pour être plus libre de réaliser les films qu’il voulait !

    D’un autre côté , cette même Amérique tenta de le baillonner et de le ruiner : Lita Grey eu 1 million de dollars et Chaplin fut presque contraint de cesser ces films pour cette raison , comme Fatty le fut sur un prétexte et fut interdit de tourner ( mais il tourna sous un faux nom avec Keaton) . Ces génies burlesques dérangeaient .
    Chaplin dut fuir à New York avec ses bobines du Kid et les mettre dans le coffre d’un avocat pour qu’elles ne lui soient pas retirées par les avocats de Lita Grey ...

    Charlot soldat ( octobre 1918 ) fut déjà censuré ( 1 bobine où il mit sur le même plan tous les belligérants ) .
    Charlot pèlerin ( the Pilgrim ) violente satire de l’Amérique religieuse bien pensante , fut le véritable début des ennuis de Chaplin avec cette Amérique réactionnaire .
    L’Opinion Publique est peut-être une réponse à cette Amérique-là . 

    Lorsqu’il fit venir sa mère , malade , d’Angleterre , elle fut retenue à Ellys Island : eh oui , les Etats-Unis sont un pays d’accueil pour de la main d’oeuvre dans la force de l’âge , pas pour une vieille femme , fût-elle la propre mère de Chaplin , ni même pour des enfants .

    La scène de l’Emigrant est une dénonciation forte de la façon inhumaine dont ce pays accueille les immigrants . On retrouve cette idée dans un Roi à New York , lorsque le roi arrive et est soumis aux contrôles .

    Jamais Chaplin ne prit la nationalité états-unienne ! 

    Effectivement , l’exigence de Chaplin lui fit retourner les scènes des dizaines de fois , et modifier le montage ( déjà pour Charlot fait une cure , court chef d’oeuvre ) jusqu’à la perfection . Il testait aussi ses gags dans les petits Nickelodeon , car un bon gag doit être compris ( par exemple le gag de l’auto au début des Feux de la Rampe ) sans pour autant être galvaudé .

    Pour la Ruée vers l’Or , après bien des tentatives en milieu naturel , il dut opter pour les studios .

    Chaplin est aussi un maître-monteur . Le montage de tous ses films est magistral , et donne un sens plus profond encore aux images .

    L’Amérique n’en avait pas fini avec lui : car le Dictateur , durant son tournage fut menacé d’être interdit , les banques allemandes , liées au nazisme , contrôlant Hollywood . La critique politique et sociale de Chaplin est radicale et il n’en transigea jamais .

    Et il dut fuir dramatiquement les USA au moment du maccarthysme : rien à voir avec « sortir de son rôle » . Le rôle du cinéma pour Chaplin n’est jamais cantonné au divertissement .
    Et il ne put jamais y revenir ! Ce fut Oona qui dut revenir .
    Chaplin fut donc persona non grata de ce pays qu’on présente plus souvent sous sa facette de terre d’accueil .

    Il resta aussi très proche de son frère Sydney et ses enfants poursuivent des carrières d’artistes tout à fait dans la lignée de Chaplin . Ils sont vraiment de sa lignée .

    Quant aux sociétés qui restaurent les films ... ça reste des sociétés .

    Chaplin a donc encore à nous apprendre .

    Il est toujours du côté du vagabond . Et le regard de la société sur les vagabonds n’a pas tant changé depuis Charlot . Donc non seulement Charlot n’a pas pris une ride mais il a encore des longueurs d’avance sur les mentalités .







    • Taverne Taverne 10 janvier 2014 20:41

      Instrumentaliser une pension alimentaire pour ruiner un homme dont la voix (muette) dérange ? Oui, le système judiciaire américain ne cesse de me fasciner par ses lois et ses excès parfois énormes. Je regarde régulièrement la série New York police judiciaire, c’est très instructif à ce titre. On tombe parfois de haut. La manière de pensée américaine est particulière et peut conduire à des injustices criantes ou à des aberrations.

      Pour le tri sélectif aux frontières au sein d’une même famille, il n’est pas nécessaire de remonter loin non plus : Hollande l’a pratiqué il y a quelques mois sans état d’âmes.

      Fritz Lang, Orson Welles - surtout - et d’autres cinéastes de génie eurent maille à partir avec Hollywood, le système financier américain et le puritanisme.

      Quant au perfectionnisme bien connu de Chaplin, il me fait penser au perfectionnisme de Jacques Tati.


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