lundi 10 juillet 2017 - par Jean de Beauce

Koblic, l’histoire d’un homme d’honneur face à une dictature pro-américaine (Argentine, 1976)

C'est le film le plus prenant de ce début d'été, un opus réalisé magistralement dans la campa argentine avec des acteurs attachants et investis dans leur rôle.

Nous sommes en Argentine entre 1976 et 1983. Une junte militaire soutenue par la CIA a évincé le régime péroniste trop isolationiste, "gaulliste" version latino avec Eva Peron qui avait succédé à son mari Juan, que les nord-américains n'avaient jamais apprécié. Doctrine Monroe et anti-communisme obligent, le général Moustachu Videla et ses sbires organisent la répression envers ceux qui refusent de se soumettre : syndicalistes, religieux, étudiants mais aussi militaires intègres et humains.

Tomas Koblic, capitaine de l'armée de l'air, est de ceux-là. Il a déserté à quelques mois de la retraire car il ne voulait plus piloter les "vols de la mort", durant lesquels les racailles de la police politique exécutaient leurs prisonniers en les jetant à la mer depuis un avion. Dans le morbide, l'homme a toujours su innover. Donc Koblic s'est planqué dans un village reculé chez son vieux pote Alberto, qui dirige une petite entreprise d'aviation civile.

Lors de son premier vol, il tombe en panne. Il est recueilli par le commissaire de police du coin, un type brutal et corrompu qui terrorise les habitants et encourage la délation. Nous découvrons, au passage, une société argentine bloquée et conservatrice avec ses paysans pauvres, ses ménages incestueux, ses alcooliques et ses infrastructures vétustes. Koblic a une liaison avec la nièce et maitresse du patron de la station-service locale. Le commissaire qui enquête sur les raisons de la présence du capitaine au village en informe l'infâme bonhomme, un de ses amis. Ce dernier tente de tuer Koblic mais le garçon de ferme dézingue le tonton cocu. Pour venger la mort de ce pervers, le commissaire tue à son tour le brave Alberto. Puis c'est la vendetta, l'identité de Koblic est révélée au grand jour, et le capitaine abat en duel le commissaire. Koblic doit aussi se débarrasser des sbires de la police politique avant de s'enfuir pour de bon, en avion...

Côté western désuet, réflexion sur la violence d'une société totalitaire, apologie des hommes d'honneur aux convictions humanistes, ce film est un petit chef d'oeuvre avec une toile de fond secondaire (l'univers de l'aviation) et des décors subtils. Une heure trente de bonheur. Il nous rappelle aussi que les résistants à l'oppression sont toujours des hommes d'action et des patriotes. 

Alors que le Chili de Pinochet est souvent mis en avant, il n'est jamais inutile de rappeler ce qui s'est passé ailleurs en Amérique latine, à l'époque où les américains organisaient la chasse aux "rouges" et à ceux qui leur faisaient de l'ombre. 

Seul regret, il est difficile de trouver une salle proposant ce film, distribué en version originale sous-titrée. Logique commerciale oblige, la finalité du cinéma libéral n'est pas de faire fonctionner la cervelle du spectateur. Les salles de Buenos Aires proposaient-elles autre chose que des âneries hollywoodiennes à l'époque de Videla ? Logique totalitaire ou mercantile ? A l'arrivée, le résultat est le même. Quand il devient difficile de visionner un film d'art et d'essai, c'est la démocratie qui perd tout son sens.

 



2 réactions


  • JP94 11 juillet 2017 18:00

    Intéressant à signaler, ce film.


    Mais à propos de la pratique consistant à lancer vivants depuis les avions les prisonniers politiques, ou les civils, c’est une invention de l’Armée française, lors de la répression de l’Insurrection de 47 à Madagascar : afin de terroriser la population, l’Armée française capturait des civils qu’elle jetait vivants sur les villages, ou dans la Mer. 
    Elle a dû le faire aussi en Algérie.
    Elle a enseigné cette pratique aux militaires argentins et uruguayens, qui l’ont beaucoup employée.

    L’Armée de l’air argentine est le centre névralgique de la Dictature de Videla.
    Le terme totalitaire n’est pas adéquat. C’est un terme invalide en histoire, mais savamment utilisé et à dessein, depuis Arendt.,pour ne pas appeler les choses par leur nom : fascisme.

    • armand 11 juillet 2017 19:22

      @JP94
      oui en Algérie c’était la corvée de « bois » par analogie avec le bruit d’un corps arrivant dans l’eau
      au chili il y a eu des gens précipités dans des volcans....


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