mercredi 28 août - par Hamed

L’« Âge d’or » des BRICS et exportateurs de pétrole en 2000-2014, choc pétrolier, déclin de l’Occident, un monde qui change en ce 21e siècle

 Comment comprendre la baisse du pétrole depuis 2014 ? Et les réserves de change des pays exportateurs de pétrole qui ont fondu et continuent de fondre. De même pour les autres pays du reste du monde, notamment la Chine, la Russie, le Brésil et autres pays qui, bien que leurs réserves de change ont partiellement fondu, ils remontent difficilement aujourd’hui. Pourquoi le retournement pétrolier et rien n’y fit malgré les décisions répétées de diminuer la production prises par le cartel pétrolier. Où est l’énigme ? Ou plutôt les failles du système économique mondial ? Lorsque l’on sait que depuis 2000 jusqu’au premier semestre 2014, soit quinze années durant, le prix du baril de pétrole n’a pas cessé d’être haussier. Il y a bien une explication rationnelle à ce processus. Cependant, avant de comprendre, il faut comprendre pourquoi cette période initiale où le prix du pétrole n’a pas cessé d’être élevé et qui a été très « favorable » au pays du reste du monde, en particulier les pays du BRICS et exportateurs de pétrole. Il y a évidemment des causes et souvent il existe des causes qui bien qu’elles soient vraies demeurent aussi apparentes non dans leur sens causal qui est vrai aussi, mais dans le sens qui va au-delà du sens causal. Pourquoi ? Parce que la mécanique de la marche économique du monde n’est pas une simple marche de cause à effet, mais surtout de cause qui a donné précisément le sens causal. Et c’est ce qui s’est joué, par exemple, dans la « formidable montée en puissance » de la Chine et l’importance des pays exportateurs de pétrole dans la « régulation de l’économie mondiale ».

Les pays exportateurs de pétrole savent-ils qu’ils sont des régulateurs de l’économie mondiale ? Et c’est d’ailleurs ce qui explique l’acharnement à tout prix, par toutes les voies y compris la guerre, la subversion, les crises générées dont la récente crise iranienne avec les États-Unis depuis mai 2018, année où ils se sont retirés de l’accord nucléaire. La raison nucléaire est secondaire, la première est évidemment pétrolière. Tout l’équilibre de l’économie mondiale repose sur les fluctuations du pétrole et des émissions monétaires de la Banque centrale américaine. Le nœud gordien qui ne peut être tranché et que s’il se tranche ou est tranché, c’est tout l’équilibre économique mondial qui en ressentira, qui sera gravement déstabilisé. Dès lors, ouvrant la porte vers l’inconnu. Et d’ailleurs c’est ce nœud gordien qui a donné vie à l’islamisme radical. Celui-ci en est le pendant. Que l’on tranche le nœud gordien pétrole-dollar, et l’islamisme est définitivement mort, il perdra son socle géostratégique.

 

  1. L’âge d’or des pays exportateurs de pétrole et pays du BRICS corrélé par l’endettement occidental. Le déclin de l’Occident

 Après cette présentation, il faut comprendre ce qui fut ce qu’on peut dire la période de faste qu’a eu le cours du pétrole entre 2000 et juin 2014. Un bref rappel de la situation d’alors.

En 2000, la situation économique mondiale était équilibrée, malgré la double crise financière des valeurs technologiques (high tech), à wall Street, en avril et septembre de la même année. En 2001, avec la récession américaine qui suivit au premier semestre 2001 et surtout l’attaque terroriste du World Trade Center, le 11 septembre 2001, c’est le changement radical de la politique extérieure américaine. Une guerre tout azimut va être lancée contre le terrorisme islamique international, terrorisme qu’eux-mêmes ils ont sponsorisé dans le monde, faut-il le rappeler, depuis la guerre URSS-Afghanistan. Le recours à l’islamisme politique a permis non seulement à saper la puissance militaire de l’URSS en Afghanistan mais à frapper les pays arabo-musulmans qui se trouvaient dans l’aire géopolitique soviétique y compris dans l’aire occidental comme cela fut pour l’Iran, dont le shah nourrissait des ambitions de transformer son pays en puissance nucléaire. Ce qui était une « ligne rouge » à ne pas dépasser pour les Occidentaux.

Et c’est cette guerre tout azimut au Moyen-Orient qui a eu des répercussions graves sur l’économie américaine. Puisque les États-Unis n’ont pas cessé d’enregistrer des déficits publics et courants année après année jusqu’à l’éclatement de le crise immobilière en 2007 suivie de la crise financière mondiale de 2008, elle-même suivie de ce qu’on appelle aujourd’hui la « Grande Récession » (Great Recession en référence à la Grande Dépression des années 1930 qui a mené à la Deuxième Guerre mondiale).

Si, pour l’Occident, les années 2001 et surtout 2002, année de krachs boursiers en cascades, la situation économique s’est rapidement rétablie avec la montée de l’immobilier américain et européen et les dépenses qu’ont occasionnées les guerres menées par les États-Unis et leurs alliés européens notamment la Force internationale d'assistance et de sécurité (FIAS), il demeure que pour les pays du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et les pays exportateurs de pétrole, cette période a été un « âge d’or ». 

En effet, alors que les États-Unis enregistraient continuellement des déficits publics et courants et donc commerciaux. De même l’Europe, la « balance du compte des opérations courantes de l’UE28, corrigée des variations saisonnières, étaient pratiquement négatives, durant toute la décennie 2000. Mis à part en 2007, le solde courant était environ 0,4 % du PIB et 2009 environ 0,2% du PIB. Quant au solde courant de la zone euro, il étant négatif. Ce n’est qu’en 2012, que le solde courant a commencé à légèrement à remonter. » (1) Donc tout l’Occident tout entier cumulait déficits publics et courants.

Le seul moyen pour lui est la « création monétaire » ex nihilo car les États-Unis, la zone euro, le Royaume-Uni et le Japon étaient les seuls détenteurs et émetteurs des monnaies internationales. La Suisse comptait aussi mais a une très faible part dans les réserves de change des Banques centrales du monde. Et c’est surtout le dollar qui s’érige en monnaie de compte-centre dans les transactions commerciales internationale, et aussi en seule monnaie de facturation des exportations pétrolières des pays arabes et du cartel pétrolier, l’OPEP.

Cette situation de déficits publics et courants généralisés à pratiquement toutes les grandes aires occidentales ne pouvaient que se traduire par l’autre face de la même médaille, et on entend par-là les excédents faramineux des pays du reste du monde susnommés. Et les chiffres de leurs excédents commerciaux corrélés par les réserves de change accumulés sont éloquents, inédits dans l’histoire. C’est véritablement un « âge d’or » pour ces pays qui pourrait peut-être ne jamais se répéter.

Pour cause, les réserves de change de la Chine entre 1999 et 2008 ont été multipliées par 12. Passant de 161,414 milliards de dollars à 1966 milliards de dollars. Celles de la Fédération de Russie ont été multipliées par 34. Passant de de 12,325 milliards de dollars, en 1999, à 426,279 milliards de dollars en 2008. Les réserves de change de l’Arabie Saoudite multipliées par 24. Passant de 18,321 milliards de dollars, en 1999, à 451,279 milliards de dollars, en 2008. Celles de l’Algérie par 24. Passant de 6,146 milliards de dollars, en 1999, à 148,099 milliards de dollars en 2008. Il en va de même pour l’Inde, le Brésil et autres pays émergents et exportateurs de pétrole ont vu leurs réserves de change fortement augmenter. (2) 

Alors que durant la décennie 1990 à 1999, les réserves de change des autres pays ont pratiquement stagné. Les réserves de change de l’Arabie Saoudite sont passées de 13,437 milliards de dollars, en 1990, à 18,331 milliards de dollars, en 1999, soit un taux de croissance de 1,36, loin de la croissance par 24 entre 1999 et 2008. Les réserves de la fédération de Russie passent de 9,818 milliards de dollars, en 1993, à 12,325 milliards de dollars, en 2000, soit une croissance de 1,25, loin de la croissance de 34 entre 1999 à 2008. Les réserves de change de l’Algérie passent de 2,703 milliards de dollars, en 1990, à 6,146 milliards de dollars, en 1999, soit une croissance de 2,27, loin de 24 entre 1999 et 2008. La Chine a fait mieux. Ses réserves de change sont passées de 34,476 milliards de dollars, en 1990, à 161,414, soit une croissance de 4,68, néanmoins loin de 12 entre 1999 et 2008. (2)

Il est évident qu’une telle situation pose problème à l’Occident. Cela ne pouvait pas durer puisque l’endettement occidental partait à la hausse. Consommer les richesses du reste du monde en enregistrant des déficits jumeaux, à la fois public commerciaux, ne pouvait qu’être improductif. En clair cela signifiait que lorsque l’Occident consommait et se lançait dans les guerres, sur fond de déficits, il faisait la part belle aux pays du reste du monde. Certes les déficits qu’il enregistrait, il ne les comblait pas en exportant des richesses mais en produisant des liquidités monétaires créées à partir de rien, ce qu’on dit en latin ex nihilo.

En vérité on ne peut pas dire simplement à partir de rien même si c’est vrai, mais pour une autre raison puisque « rien vient aussi de rien ». Dès lors, le « à partir de rien a un sens et un sens nécessaire » puisqu’il permettait au reste du monde d’exister, d’enregistrer des excédents qui sont, au-delà des bénéfices, leurs « gages de survie ».

En effet, le reste du monde qui n’est pas émetteur de monnaies internationales a besoin pour son commerce extérieur des dollars, des euros, des yens et des livres sterling. Et ces commerces extérieurs, il faut le souligner, sont « vitaux » pour leurs commerces intérieurs. Sans ces monnaies internationales, c’est la crise pour ces pays et un danger certain pour leur stabilité politique et économique. Il y a certes l’endettement de l’Occident, mais c’est un chemin « balisé » qui ne pouvait être contrarié par les forces économiques telles qu’elles se développaient entre 2000 et 2008. Et par « balisé », on entend les « Forces de l’Histoire ».

Il faut rappeler encore l’attaque terroriste du 11 septembre 2001. Non seulement le sanctuaire américain frappé pour la première fois avec une force inimaginable n’existe plus, les États-Unis sont aussi devenus vulnérables, mais plus encore, cette attaque en fait a été le commencement de l’âge d’or pour une grande partie du reste du monde. En effet, pendant que les forces US étaient à pied d’œuvre au Moyen-Orient et devaient, selon leur doctrine « choc et effroi », rapidement annihiler leurs ennemis, la situation sur le plan militaire a évolué autrement. Les champs de guerre sont devenus des bourbiers pour l’armée américaine. Et précisément, contrairement au « choc et effroi », la guerre s’est étirée dans le temps, sans qu’elle fût déterminante. Précisément, cette guerre aura été un facteur extrêmement positif pour le reste du monde.

Aussi peut-on dire qu’il y a des forces naturelles qui jouent non seulement dans la guerre, mais cette guerre a été nécessaire pour cet âge d’or. Il est certain que les États-Unis, très confiants dans leurs forces, surtout que le contrepoids que fut l’Union soviétique ne jouait plus puisque l’URSS a disparu de la scène internationale, n’avaient à aucun moment pensé que de petits pays tels l’Afghanistan (déjà détruit par la guerre avec l’URSS), et l’Irak dans son armée a été pratiquement démantelée avec les contrôles onusiens (UNSCOM), pouvaient leur opposer une résistance qui allait durer des années, voire une décennie. Et qu’à la fin, les forces US furent obligées de se retirer de l’Irak, en décembre 2011, sans retirer aucun gain stratégique. Et, aujourd’hui, ils cherchent à négocier avec les Talibans.

Mais l’histoire s’est ainsi développée parce qu’elle devait se développer ainsi, et a permis précisément par les dépenses de guerre durant toutes ces années à doper encore plus l’économie mondiale. Et pousser les déficits publics et commerciaux américains à des sommets. Et bien sûr l’usage de la planche à billet au sommet, évidemment en concertation avec les autres pays occidentaux qui émettaient les monnaies internationales. Ainsi s’est opéré un « effet de balancier monétaire » entre les grandes puissances occidentales qui, via leurs déficits, ont dopé le commerce mondial et rendu cet « âge d’or » réel.

Il ne vient pas à l’esprit que dans la finalité de l’histoire, les guerres menées par les États-Unis relèvent des forces historiques dans le sens que l’humanité évolue, change par ces mêmes forces qui la renouvellent. Et tout stade de l’histoire où les forces qui l’ont générées deviennent caduques, ont terminé leur raison historique, un autre stade historique naît sur les décombres du précédent. Et le déclin de l’Occident est frappant aujourd’hui, il ouvre voie à une nouvelle ère à l’humanité.
 

  1. Le surendettement de l’Occident, une situation intenable

 On constate bien qu’entre l’Occident et le reste du monde, « la boucle est bouclée sur le plan monétaire. » Dès lors que reste-t-il à l’Occident pour « redresser la barre » ? Pour ne pas attendre, il faut dire que la riposte est toute trouvée, l’« Occident attaquera le mal par le mal ». Trois donnes ou trois nécessités l’ont poussé à agir dans cette direction.

Tout d’abord la crise financière ne lui a pas laissé le choix qui était de sauver à tout prix le système bancaire américain et européen. Celui-ci truffé de surprimes, i.e. les fameuses créances hypothécaires à risque, en anglais mortgage-based securities, (MBS), le système bancaire américain était paralysé tant la méfiance de ne pas retrouver ses capitaux a fait que chaque banque se méfiait de l’autre. Donc l’arme monétaire au sommet était inévitable.

La seconde nécessité était de relancer la machine économique et donc l’économie américaine et son pendant européenne (zone euro et Royaume-Uni) et japonaise.

La troisième nécessité est que les quatre pôles en tant que principaux émetteurs monétaires devaient agir de manière concertée. En effet, si la Banque centrale des États-Unis (Fed) agissait en solo et émettait des quantités de liquidités considérables, elle déséquilibrait forcément le système financier et monétaire international. On aurait alors une dépréciation très importante du dollar US provoquant une fuite généralisée des investisseurs occidentaux et étrangers vers les autres pôles, i.e. la zone euro, japon et Royaume-Uni ce qui en jouant de place refuge, feront apprécier fortement leurs monnaies. Ce qui n’est bon pour leurs commerces extérieurs. Au final, ce n’est bon ni pour les États-Unis qui risque un clash sur le dollar ni pour leurs alliés européens et japonais. Se rappeler le sauve-qui-peut lors du krach financier de Wall Street en octobre 1987 qui a vu le marché des actions s’effondrer et le dollar « se déboulonner ». La Fed a dû négocier avec la Bundesbank pour faire remonter le dollar et, ce faisant, ont écarté un risque systémique qui menaçait l’ensemble des marchés financiers. 

On comprend pourquoi l’injection massive de liquidités doit être « concertée » entre les grandes Banques centrales occidentales. Donc sauvetage des banques, relance économique, tout devait se faire dans la concertation, même si cela n’est pas dit. Et c’est pourquoi des réunions sont programmées périodiquement dont Jackson Hole, aux États-Unis, entre les tenants du pouvoir financier mondial, i.e. la Fed, la BCE et les Banques centrales du Royaume-Uni et du Japon.

Et « attaquer le mal par le mal » signifiait recourir de nouveau aux émissions monétaires « ex nihilo » ou plutôt « ex nihilo nihil fit », formule latine qui indique que « rien ne vient de rien », tout a une cause. Le rien n’existe pas. En effet, les émissions monétaires par la Banque centrale américaine (Fed) ou la Banque centrale européenne pour la zone euro ou pour les Banques centrales du Royaume-Uni et du Japon ont des causes précises, dictées par la crise, et doivent s’opérer selon des programmes et échéanciers déterminés. Mais c’est la Fed américaine, en tant que meneuse du système financier et monétaire international, qui orchestrera, via ses programmes d’injections de liquidités, les programmes des autres Banques centrales qui ne feront que la suivre pour ne pas déstabiliser le système financier et monétaire mondial. Selon d’autres échéanciers ou différés dans le temps.

Et ces Programmes appelés les « politiques monétaires non conventionnelles », en anglais « quantitative easing ou QE », devaient sortir l’économie occidentale, et donc mondiale, de la crise et la « Grande Récession ». Et l’Occident a réussi sauf qu’il a généré un marasme économique mondial. Puisque le reste du monde se débat à son tour dans la crise. Et les QE au final n’ont fait que transférer la crise au reste du monde, et de nouveau l’effet retour agit sur l’Occident.

Pour rappel sur ces programmes de quantitative easing, la Fed américaine a mené trois cycles d’assouplissement monétaire non conventionnel QE1, 2, 3 dont le dernier s’est terminé en octobre 2014. Certes la base monétaire a fortement augmenté, de même le bilan de la Banque centrale américaine a grossi, et c’est tout normal vu que les émissions de liquidités monétaires ex nihilo ont eu pour contreparties les rachats massifs de titres publics et de privés, i.e. les bons de Trésor américain, les obligations, les créances hypothécaires à risque... Les banques, en échange de liquidités, lui cédaient des titres. Et ainsi s’est opérée la financiarisation de l’économie américaine, la pression sur les banques s’est relâchée, et la croissance économique est repartie.

Même processus en Europe et au Japon. Rachats de dettes publiques et privées par la création monétaire. La BCE a mené de nombreux programmes dits LTRO, TLTRO, QE, et c’est pratiquement toujours le processus. Évidemment, le volume de la création monétaire de ces quatre pôles s’opère en fonction de la taille de leur PIB sur le plan mondial, et aussi de la part que chaque pôle a dans les réserves de change mondiales. Le dollar primant sur les autres, cela va de soi.

Et là aussi, le même constat, avec les QE, l’« âge d’or » se prolonge pour les pays du reste du monde. Pour cause, les réserves de chine de la Chine double. De nouveau, les réserves de change, via les excédents commerciaux, des pays du BRICS et exportateurs de pétrole explosent. Les réserves de change de la Chine passent de 1966 milliards de dollars, en 2008, à 3900 milliards de dollars en 2014. Elles ont plus que doublé. Les réserves de change de l’Inde passent de 257,423 milliards de dollars, en 2008, à 325,081 milliards de dollars, en 2014. Les réserves de change du Brésil passent de 193,783 milliards de dollars, en 2008, à 363,57 milliards de dollars, en 2014. Les réserves de change de l’Afrique du Sud passent de 34,07 milliards de dollars, en 2008, à 49,122 milliards de dollars, en 2014. Les réserves de change de l’Arabie Saoudite passent de 451,279 milliards de dollars, en 2008, à 744,441 milliards de dollars, en 2014. Les réserves de change de l’Algérie passent de 148,099 milliards de dollars, en 2008, à 186,351 milliards de dollars, en 2014. En 2013, les réserves de change pour l’Algérie ont plafonné à 201,437 milliards de dollars. (2) 

Corrélativement, l’endettement occidental, à partir de 2008, explose. La dette publique des États-Unis est passée de 64,062% du PIB, en 2008, à 96,372% du PIB, en 2014. La dette publique du Royaume-Uni est passée de 55,601% du PIB, en 2008, à 107,231% du PIB, en 2014. Les dettes de la France et des autres pays occidentaux ont pour la plupart explosé, s’approchant de 100% du PIB voire pour certains les dépassant. (3)

Cette situation paradoxale des QE a encore « renforcé » les pays émergents et exportateurs de pétrole du monde dans leur rôle de « créanciers de l’Occident ». Donc au détriment de l’Occident. Et un autre phénomène est apparu. Les taux d’intérêt directeur de la Fed qui ont fortement baissé, frisant 0 %, en 2008, ont forcément fait monter les taux d’intérêt longs, accentuant encore plus l’endettement occidental. Et, sachant que, pour au moins 50 % de la dette publique extérieure est détenue par des résidents et 50 % par des pays étrangers, la montée des taux d’intérêt longs ne fera qu’exacerber l’endettement extérieur américain et européen. Puisque l’Occident sera forcé d’augmenter les avoirs des pays étrangers, en particulier, les pays du BRICS et exportateurs de pétrole, par le seul fait que les taux d’intérêt à long terme se sont inversés avec les taux d’intérêt court directeurs qui sont partis à une forte baisse.

Il est évident qu’une telle situation ne peut être qu’intenable non seulement pour l’Occident mais pour l’ensemble des pays du monde, i.e. l’économie mondiale.

 

  1. Un nouveau stade historique en cours d’émergence pour l’humanité, portée par les forces de l’histoire ?

 Toute phase devait se terminer pour laisser place à une autre phase, le monde n’est pas figé, il est en mouvement. Des forces y jouent pour qu’il se régénère. Par conséquent, l’« âge d’or » d’une partie du reste du monde dont au centre la Chine ne pouvait perdurer indéfiniment. C’est contre le cours naturel même de l’évolution de l’économie mondiale. Une telle évolution prolongée qui fait qu’un occident endetté sans limite par la création monétaire et un reste du monde qui s’enrichit par cette création monétaire ex nihilo ne pouvait être viable à terme. Il amènera à la fin l’Occident créateur de monnaies à dépendre du reste du monde par ces mêmes monnaies qu’il aura créées. Et ce par la seule voie qui s’offre à l’Occident, « consommer » massivement les biens (moins chers) et matières premières produits par le reste du monde parce qu’il n’a de choix que de batailler pour maintenir une domination « chimérique » sur le monde. Ne sachant pas qu’en fait il fait la part belle au reste du monde. Et le problème pour l’Occident, ce qui devait être devait être, signifiant que l’Occident lui-même a été instrumentalisé par l’histoire. Si les États-Unis avait su que la guerre en Irak serait un désastre, il est certain que les États-Unis n’auraient pas attaqué l’Irak. Mais ils ne le savaient pas, et c’est là le rôle des événements contingents pour faire avancer l’histoire.

Et même aujourd’hui, les menaces américaines contre l’Iran ne peuvent que rester des menaces verbales à la lumière de la leçon qu’a donnée la dernière intervention américaine en Afghanistan et en Irak et qui s’est terminée par un fiasco militaire. A moins que de nouveau les États-Unis soient « instrumentalisés » selon un ordre contingent dicté par l’Histoire pour un « deuxième désastre ». Israël, par exemple, pousse les États-Unis à faire le travail, sans penser que l’histoire pourrait s’accélérer et produire un effet pire à ceux passés. Et les risques qu’Israël subira. Et un embrasement généralisé qui se soldera par un changement total des régimes politiques de la région et la fin des États-Unis de leur statut de première puissance mondiale. Le déclin ne sera encore que plus prononcé pour l’Occident.

Et le risque est que le dollar cessera d’être la première monnaie-centre du système financier et monétaire international. D’autres monnaies internationales surgiront en rapport aux pays qui montent et à leur puissance économique dans le monde, à l’exemple du renminbi ou yuan de la Chine qui est devenu la cinquième monnaie mondiale dans le panier du DTS, étalon monétaire qu’utilise le FMI.

Et on le constate aujourd’hui. Les États-Unis ne cherchent-ils pas, aujourd’hui, à accélérer un processus de paix avec les Talibans ? Avec la Corée du Nord. Qu’apportera une guerre désastreuse contre l’Iran qui fera de nouveau exploser les prix du baril de pétrole, un nouveau un âge d’or pour les BRICS et exportateurs de pétrole, un nouveau surendettement de l’Occident et une création monétaire tout azimut. Et de nouveau des quantitative easing QE4, QE5, QE6, pour résorber partiellement le surendettement.

Il est clair qu’un deuxième désastre n’est pas porteur pour l’Amérique. Et que la politique économique, financière et monétaire américaine, européenne, japonaise et même chinoise restera restrictive, encore des années. Les QE ne doivent pas tromper, ils ont un rôle spécifique qui est paradoxalement aussi restrictif. 

Donc l’économie mondiale continuera de fonctionner sur une corde raide. Il est peu probable qu’un krach majeur éclaterait malgré des pronostics alarmants des économistes. Et ce parce que la situation économique mondiale est déjà en plein marasme. A voir le taux d’intérêt directeur américain parti à la hausse puis brusquement de nouveau abaissé en 2019, et probablement va encore être abaissé. La croissance économique est partout anémique en Occident. L’Allemagne, le fleuron de l’économie européenne, s’est affaiblie, et risque même une récession. Le Royaume-Uni toujours ébranlé par le Brexit. Les puissances occidentales naviguent aujourd’hui à vue malgré l’unité qu’elles affichent, comme elles l’ont fait à l’occasion du dernier G7 à Biarritz, en France.

La Chine en plein conflit avec les États-Unis sur ses excédents commerciaux. La baisse de ses réserves de change, ou les petites hausses enregistrées en 2018 et 2019 montrent que les entrées et sorties de devises sont presque à somme nulle. L’« âge d’or » est lointain. Il a cessé avec les quantitative easing américain en 2014. Le prix du pétrole qui a joué le rôle de pondérateur lors des grandes émissions monétaires américaines, en pleine guerre contre l’Irak, et après la crise financière de 2008, pour financer des déficits publics et courant hors-norme, ne joue plus ou très peu. Pas de guerre, des politiques économiques serrées voire austéritaires ne demandent plus un pétrole à 100 dollars et plus. Le prix du baril à 40, 50 ou 60 dollars est suffisant pour financer les déficits courants américains actuels. De même, pour l’Europe et le Japon avec l’« effet balancier » concerté entre les Banques centrales occidentales.

Ceci étant, le nouveau stade historique qui émerge avec la crise financière, la fin de l’âge d’or pour une partie du reste du monde et le retournement pétrolier ne relève pas seulement des considérations dans les échanges économiques internationaux et leurs pendants, le surendettement occidental et les déséquilibres macroéconomiques trop visibles entre l’Occident et le reste du monde. L’histoire avance aussi sur le plan socio-politique tant en Occident que dans le reste du monde. Les effets de la crise, la recherche de l’Occident de préserver son rang mondial, les politiques monétaires agissant dans ce sens, touchent de plus en plus mal les peuples.

A voir aujourd’hui le Venezuela, le Soudan, l’Algérie, l’Iran, les guerres en Syrie, en Libye, en Afghanistan, et les monarchies arabes qui se sont coalisés contre un petit pays, le Yémen, sous le prétexte qu’il est aligné à l’Iran ou Israël, qui bombarde la Syrie sans retenue, sans respect pour le droit international. Tous ces conflits, crises et guerres ne sont-ils pas des germes pressentant un nouveau stade historique, une nouvelle configuration mondiale en cours.

Et les mouvements populaires qui remettent en question les systèmes politiques ne cessent de monter. La crise financière et pétrolière a fortement déstabilisé le Venezuela qui arrive difficilement à importer des produits de première nécessité, les étals des magasins sont vides. Le Soudan de même, tous les prix ont fortement augmenté, le prix du pain a triplé d’où les manifestations, la chute du président Omar al-Bachir et la volonté d’asseoir un régime démocratique pour plus d’équité entre les citoyens qui prennent conscience de leur état de gouvernés qui comptent.

En Algérie, depuis la chute du pétrole en 2014, la situation politique a tenu grâce aux réserves de change accumulées. Mais, avec la fonte de ces réserves d’environ 120 milliards de dollars, la situation sur le plan économique, est en train de se tendre. Si les réserves de change s’épuisent, l’Algérie risque de vivre la crise politique, économique et financière que vit le Venezuela. Ce qui explique d’ailleurs le mouvement citoyen du Hirak. Le peuple aspire à des changements, et ne veut pas revivre les crises passées telle la décennie noire. Sur le plan des réserves de change, l’APS donne un aperçu sur ce qu’il reste et même dans un graphique fait le résumé de la diminution de réserves depuis 2013.Une baisse continue. « Les réserves de change ont reculé à 72,6 milliards de dollars (mds usd) à la fin avril 2019, contre 79,88 mds usd à la fin de l’année 2018, soit une baisse de 7,28 mds usd en quatre mois, a indiqué le ministre des Finances, Mohamed Loukal. » (4)

Ce qui signifie que tout n’est pas rose sur le plan économique pour l’Algérie.

Le Hirak algérien ne fait pas exception. De nombreux mouvements ont surgi depuis la débâcle financière de 2008. Le « Printemps arabe » qui a vu des changements considérables dans les systèmes politiques même s’il s’est essoufflé, le mouvement des « indignés  » dans le monde, la montée du « populisme » en Occident, les événements à Hong Kong, en Russie, montre cette aspiration à une meilleure gouvernance, ce qui passe inévitablement par la démocratie. Évidemment, le chemin est long, mais le monde change et le nouveau stade, par ces changements, par la nouvelle mentalité des peuples qui veulent apprendre leur présent et leur avenir, et surtout jouissant des formidables progrès dans la communication, grâce à Internet, inévitablement vont influer sur leurs gouvernements, voire les changeront pour que tout gouvernement soit conscient qu’il a en face de lui un peuple qui pense, un peuple qui veut choisir son destin, en un mot qui veut vivre dans la dignité. Et ce mot résume tout le sens de l’humain.

Et c’est ce que l’on constate dans cette nouvelle phase historique du monde. Une phase de la connaissance, du progrès, et de la remise en question de l’ordre de plus en plus caduque du stade historique actuel. Un peu comme la première Guerre mondiale dans le siècle passé et qui a généré un nouvel état du monde en 1945, un monde entièrement nouveau. L’ordre colonial avait disparu. Est-ce que le monde se trouve aujourd’hui aussi dans cette perspective ? Force de l’admettre. L’humanité ne commande pas son destin, et donc son avenir. Précisément, c’est dans ces stades historiques qu’elle traverse qui donne sens à son existence. L’humanité n’a pas été créée dans la nature pour seulement être, si c’était seulement cela, l’humanité n’aurait pas eu de sens d’exister. Précisément, c’est dans ces changements dans son histoire que l’humanité a un sens, que l’humanité réellement existe, qu’elle est ouverte à une destinée que personne sur terre et dans le monde connu de l’univers n’a. Et cette destinée est aujourd’hui à un nouveau stade de son histoire, que l’humanité ne commande pas, parce qu’il est inscrit dans son essence.

 

Medjdoub Hamed
Auteur et chercheur spécialisé en Economie mondiale,
Relations internationales et Prospective

 

Notes de renvoi :

1. « Troisième trimestre 2018 Excédents de 38,7 milliards d’euros des échanges courants de l’UE28 » par Eurostat. 14 janvier 2019

https://ec.europa.eu › eurostat › documents › 2-14012019-BP-FR.pdf

2. Total des réserves (comprend l’or, $ US courants), par la Banque mondiale
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FI.RES.TOTL.CD?locations=CN
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FI.RES.TOTL.CD?locations=RU
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FI.RES.TOTL.CD?locations=SA
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FI.RES.TOTL.CD?loca tions=DZ

3. Dette du gouvernement central, total (% du PIB)

https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/GC.DOD.TOTL.GD.ZS?locations=US

https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/GC.DOD.TOTL.GD.ZS?locations=GB

4. « Les réserves de change à 72,6 milliards de dollars fin avril 2019 », par APS Algérie Le 12/07/2019

http://www.aps.dz/economie/91802-les-reserves-de-change-a-72-6-milliards-de-dollars-fin-avril-2019



2 réactions


  • meaculpa99 30 août 14:07

    Merci à l’auteur pour cet article très intéressant. J’aimerai vous croire quand vous dites qu’il n’y aura plus de grande guerre.


    • Hamed 30 août 15:34

      @meaculpa99

      Il faut avoir la foi. Et le fait de dire que vous aimeriez croire, c’est que dans ce terme de « croire » que vous dîtes révèle que vous avez la foi. Et c’est le plus important dans la vie, la « foi », parce que vous êtes armé contre le doute.



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