L’amour est dans le pré, mais il est tout seul ou presque
Les emplois disparaissent à la campagne comme ailleurs. Les gens aussi.
Au siècle dernier, en même temps que l'industrialisation des villes attirait beaucoup de gens, la mécanisation et la motorisation les ont poussés hors des campagnes. Alors que ces forces n'avaient qu'un effet démultiplicateur du travail des hommes, une nouvelle étape technologique, la robotisation, effectue un saut qualitatif en se passant de l'être humain, et devrait accentuer la désertification. Et le chômage. Ce qui arrive dans les campagnes arrivent aussi dans les villes, mais c'est une autre histoire.
J'ai visité une ferme laitière dans laquelle les vaches paissent tranquillement et viennent d'elles-même se faire traire par un robot qui les reconnaît, les lavent, les trait, enregistre la quantité de lait et d'autres mesures, envoie ce lait dans un conteneur en attendant le passage du camion de la coopérative, et prévient par SMS l'agriculteur du moindre incident.
On compterait 3.000 fermes ainsi équipées en France.
L'élevage de vaches laitières était très contraignant : il fallait aller les chercher, les traire matin et soir. C'est un gain dans la gestion de son temps et de la liberté retrouvée, mais c'est à terme une disparition d'emploi.
Dans d'autres fermes, des robots arrivent librement, sans fil à la patte, acheminent du fourrage et des céréales depuis des conteneurs jusqu'au pied des animaux.
Dans d'autres fermes encore, l'éleveur place une balle de foin, d’enrubanné ou de paille dans le caisson de découpe. Un système de découpe et distribution du fourrage et de la paille prélève la quantité nécessaire, la transporte par tapis roulants jusqu’à une cuve de mélangeuse montée sur un rail et circulant le long des auges. cf http://www.lafranceagricole.fr/video-et-photo-agricole/videos-tracteurs-et-machinisme/eurotier-2008-trioliet-triomatic-distribution-automatisee-du-fourrage-15459.html#smC2jxCwkmOIxdhQ.99
Traire et nourrir, c'est bien, mais il faut aussi surveiller. Un robot mobile doté d'une caméra spécifique effectue une vidéosurveillance. En cas de bruit ou d'anomalie, il se rapproche de l'animal et avertit l'agriculteur qui visualise la scène sur son smartphone ou sa télévision.
Dire que les plus anciens comme moi n'avaient que deux ou trois chaînes TV en noir et blanc et devaient galérer pour obtenir une ligne téléphonique !
Pour les pâturages et les cultures, des drones terrestres, maritimes et volants, s'en chargent.
Et là, c'est un robot électrique de petite taille qui permet de désherber mécaniquement en suivant et en enchaînant seul les rangées cultivées. Et si le producteur est en train de récolter, il ira jusqu'à lui transporter les légumes.
Moins spectaculaire, ce monsieur Météo est un simple boîtier, quoique très intelligent, que l'on positionne où l'on veut, et qui permet de connaître par SMS la température, l’humidité et la luminosité, dans le but évidemment de prendre les bonnes décisions.
Et ce système automatisé japonais de tri fruitier récolte les fraises, en ne choisissant que les fruits mûrs. cf http://www.lafranceagricole.fr/actualite-agricole/fruits-un-robot-japonais-recolte-les-fraises-bien-mures-77876.html#zQyHRRixUL9dm8tE.99
Ce robot-ci allemand surveille la croissance de la culture et détecte les plantules d’adventices pour appliquer localement l’herbicide.
Celui-là surveille la maturité de la vigne et repère les signes précoces de maladies. C'est une aide à la décision pour les viticulteurs, et cela doit permettre de limiter l'apport en produits phytosanitaires.
Plus complexe, et inspiré du comportement des insectes, ces robots autonomes améliorent le rendement des terres agricoles en optimisant les techniques d’ensemencement. Ils communiquent entre eux par infrarouge, se déplacent en groupe pour disperser les graines, décident chacun où enfouir la graine, en espaçant les semis suivant la nature du sol qu'ils ont étudié.http://www.futura-sciences.com/magazines/environnement/infos/actu/d/developpement-durable-armee-robots-remplacer-nos-agriculteurs-35855/
Mais revenons à nos moutons et autres bestiaux avec ce système de déplacement automatisé des clôtures : deux petits véhicules alimentés par des panneaux solaires se déplacent de concert et gardent les troupeaux comme un chien de berger. Cf http://www.lafranceagricole.fr/video-et-photo-agricole/videos-tracteurs-et-machinisme/eurotier-2008-lely-voyager-le-chien-de-berger-robotise-15458.html#MquLJG8x4Md8Chgf.99 Après les bêtes de somme, ce sont les chiens qui vont être mis au chômage ...
Tous ces robots automatisent des tâches, allègent la charge de travail, améliore la qualité de vie et réduisent la pénibilité du travail. Mais ils sont de plus en plus connectés entre eux et gérés par une intelligence artificielle, et à terme, ils pourraient se débrouiller seuls et supprimer le travail humain. cf http://www.lafranceagricole.fr/dossiers/machinisme-equipement/eurotier-2008-les-tendances-et-les-nouveautes-en-images/les-robots-prennent-toutes-les-taches-en-main-6579.html#Xs4SGsJ6Gx1rw3rT.99
Ce phénomène est avant tout un enjeu financier, puique le secteur agricole est devenu le premier marché mondial de la robotique de services professionnels, selon l'étude World Robotics de 2009 de la Fédération internationale de robotique (IFR).
C'est un problème d'organisation à l'échelle des campagnes qui vont perdre leur âme en perdant les hommes.
C'est un enjeu humain : l'investissement pèse lourd dans le budget de chaque exploitation. Un agriculteur se suicide tous les deux jours en France, selon l'Institut de veille sanitaire (INVS), qui a publié, jeudi 10 octobre 2013, la première étude officielle sur le sujet. En tout, près de cinq cents suicides d'agriculteurs ont été enregistrés sur trois années – 2007, 2008 et 2009. C'est ainsi la troisième cause de mort dans le monde agricole, après les cancers et les maladies cardiovasculaires, précise l'INVS. … "Ces observations coïncident avec la temporalité des problèmes financiers rencontrés dans ces secteurs sur la période d'étude", précise l'INVS, qui établit ainsi une corrélation directe entre suicide et difficultés économiques. Cf http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/10/10/500-suicides-recenses-chez-les-les-agriculteurs-en-3-ans_3493464_3224.html
Comme je le disais plus haut, ce problème des campagnes arrive déjà dans les villes.
Mais qui en parle ?

