vendredi 22 août 2014 - par Saltz

L’amour est dans le pré, mais il est tout seul ou presque

Les emplois disparaissent à la campagne comme ailleurs. Les gens aussi.

Au siècle dernier, en même temps que l'industrialisation des villes attirait beaucoup de gens, la mécanisation et la motorisation les ont poussés hors des campagnes. Alors que ces forces n'avaient qu'un effet démultiplicateur du travail des hommes, une nouvelle étape technologique, la robotisation, effectue un saut qualitatif en se passant de l'être humain, et devrait accentuer la désertification. Et le chômage. Ce qui arrive dans les campagnes arrivent aussi dans les villes, mais c'est une autre histoire.

 

J'ai visité une ferme laitière dans laquelle les vaches paissent tranquillement et viennent d'elles-même se faire traire par un robot qui les reconnaît, les lavent, les trait, enregistre la quantité de lait et d'autres mesures, envoie ce lait dans un conteneur en attendant le passage du camion de la coopérative, et prévient par SMS l'agriculteur du moindre incident.

On compterait 3.000 fermes ainsi équipées en France.

L'élevage de vaches laitières était très contraignant : il fallait aller les chercher, les traire matin et soir. C'est un gain dans la gestion de son temps et de la liberté retrouvée, mais c'est à terme une disparition d'emploi.

Dans d'autres fermes, des robots arrivent librement, sans fil à la patte, acheminent du fourrage et des céréales depuis des conteneurs jusqu'au pied des animaux.

Dans d'autres fermes encore, l'éleveur place une balle de foin, d’enrubanné ou de paille dans le caisson de découpe. Un système de découpe et distribution du fourrage et de la paille prélève la quantité nécessaire, la transporte par tapis roulants jusqu’à une cuve de mélangeuse montée sur un rail et circulant le long des auges. cf http://www.lafranceagricole.fr/video-et-photo-agricole/videos-tracteurs-et-machinisme/eurotier-2008-trioliet-triomatic-distribution-automatisee-du-fourrage-15459.html#smC2jxCwkmOIxdhQ.99

Traire et nourrir, c'est bien, mais il faut aussi surveiller. Un robot mobile doté d'une caméra spécifique effectue une vidéosurveillance. En cas de bruit ou d'anomalie, il se rapproche de l'animal et avertit l'agriculteur qui visualise la scène sur son smartphone ou sa télévision.

Dire que les plus anciens comme moi n'avaient que deux ou trois chaînes TV en noir et blanc et devaient galérer pour obtenir une ligne téléphonique !

Pour les pâturages et les cultures, des drones terrestres, maritimes et volants, s'en chargent.

Et là, c'est un robot électrique de petite taille qui permet de désherber mécaniquement en suivant et en enchaînant seul les rangées cultivées. Et si le producteur est en train de récolter, il ira jusqu'à lui transporter les légumes.

Moins spectaculaire, ce monsieur Météo est un simple boîtier, quoique très intelligent, que l'on positionne où l'on veut, et qui permet de connaître par SMS la température, l’humidité et la luminosité, dans le but évidemment de prendre les bonnes décisions.

Et ce système automatisé japonais de tri fruitier récolte les fraises, en ne choisissant que les fruits mûrs. cf http://www.lafranceagricole.fr/actualite-agricole/fruits-un-robot-japonais-recolte-les-fraises-bien-mures-77876.html#zQyHRRixUL9dm8tE.99

Ce robot-ci allemand surveille la croissance de la culture et détecte les plantules d’adventices pour appliquer localement l’herbicide.

Celui-là surveille la maturité de la vigne et repère les signes précoces de maladies. C'est une aide à la décision pour les viticulteurs, et cela doit permettre de limiter l'apport en produits phytosanitaires.

Plus complexe, et inspiré du comportement des insectes, ces robots autonomes améliorent le rendement des terres agricoles en optimisant les techniques d’ensemencement. Ils communiquent entre eux par infrarouge, se déplacent en groupe pour disperser les graines, décident chacun où enfouir la graine, en espaçant les semis suivant la nature du sol qu'ils ont étudié.http://www.futura-sciences.com/magazines/environnement/infos/actu/d/developpement-durable-armee-robots-remplacer-nos-agriculteurs-35855/


Mais revenons à nos moutons et autres bestiaux avec ce système de déplacement automatisé des clôtures : deux petits véhicules alimentés par des panneaux solaires se déplacent de concert et gardent les troupeaux comme un chien de berger. Cf http://www.lafranceagricole.fr/video-et-photo-agricole/videos-tracteurs-et-machinisme/eurotier-2008-lely-voyager-le-chien-de-berger-robotise-15458.html#MquLJG8x4Md8Chgf.99 Après les bêtes de somme, ce sont les chiens qui vont être mis au chômage ...

Tous ces robots automatisent des tâches, allègent la charge de travail, améliore la qualité de vie et réduisent la pénibilité du travail. Mais ils sont de plus en plus connectés entre eux et gérés par une intelligence artificielle, et à terme, ils pourraient se débrouiller seuls et supprimer le travail humain. cf http://www.lafranceagricole.fr/dossiers/machinisme-equipement/eurotier-2008-les-tendances-et-les-nouveautes-en-images/les-robots-prennent-toutes-les-taches-en-main-6579.html#Xs4SGsJ6Gx1rw3rT.99

Ce phénomène est avant tout un enjeu financier, puique le secteur agricole est devenu le premier marché mondial de la robotique de services professionnels, selon l'étude World Robotics de 2009 de la Fédération internationale de robotique (IFR).

C'est un problème d'organisation à l'échelle des campagnes qui vont perdre leur âme en perdant les hommes.

 

C'est un enjeu humain : l'investissement pèse lourd dans le budget de chaque exploitation. Un agriculteur se suicide tous les deux jours en France, selon l'Institut de veille sanitaire (INVS), qui a publié, jeudi 10 octobre 2013, la première étude officielle sur le sujet. En tout, près de cinq cents suicides d'agriculteurs ont été enregistrés sur trois années – 2007, 2008 et 2009. C'est ainsi la troisième cause de mort dans le monde agricole, après les cancers et les maladies cardiovasculaires, précise l'INVS. … "Ces observations coïncident avec la temporalité des problèmes financiers rencontrés dans ces secteurs sur la période d'étude", précise l'INVS, qui établit ainsi une corrélation directe entre suicide et difficultés économiques. Cf http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/10/10/500-suicides-recenses-chez-les-les-agriculteurs-en-3-ans_3493464_3224.html

 

Comme je le disais plus haut, ce problème des campagnes arrive déjà dans les villes.

Mais qui en parle ?



19 réactions


  • Enabomber Enabomber 22 août 2014 10:13

    Dans la société de demain l’homme ne pourra concurrencer la machine que s’il s’équipe d’un bouton ON/OFF.


  • foufouille foufouille 22 août 2014 11:26

    pour l’instant, le robot coûte plus cher qu’un humain. et se paye avec un crédit comme le méga tracteur.


    • hunter hunter 22 août 2014 20:02

      Sans parler du coût de l’énergie nécessaire au fonctionnement des robots, car à part l’exemple des clôtures mobiles alimentées en solaire, toutes ces petites machines ont besoin d’« nergie, et l’énergie en général c’est un poste dont le coût augmente régulièrement !

      Je pense que les ultra libéraux qui dirigent la planète proposeront bientôt aux populations d’accepter un retour à l’esclavage où au moins au servage, sinon ça sera robotique partout, et comme le disait enabomber plus haut, les dernières générations de machines mettront les hommes sur OFF !

      Enfin vous et moi, pas les »zélites" bien entendu !

      Remember Skynet ......

      Adishatz

      H/


  • incoming incoming 22 août 2014 11:46

    Très amusant cet article, il me fait penser aux dessins animés des années 50 où l’on imaginait la vie à l’an 2000...
    Nan mais sérieusement, l’eau sous les pont aura le temps de passer, voir de s’assécher, avant que l’on puisse avoir un déploiement significatif de ce genre de technologies... Vu la rentabilité d’une exploitation, il va en falloir des années... Le robot de traite je vous l’accorde, car c’est effectivement en premier lieu un gain de liberté.
    L’évocation de la perte d’emploi est amusante aussi. Certes, à l’arrivée du tracteur et autres machines, oui il y a eu de la perte d’emploi comme conséquence, mais voyez vous ça fait un moment que cela n’est plus une conséquence, mais une cause. L’agriculteur de nos jours a du mal à trouver un employé pour traire ses vaches, le temps de travail journalier, les horaires, le salaire, rien d’intéressant !
    Mes parents, quand ils étaient en activité, avait un élevage de lapins dans les années 90, et suite à une demande de l’ANPE locale, des chômeurs sont venus le visiter. Ce type d’élevage à l’époque, c’était pas énormément d’investissement, et une rentabilité rapide, les lapins se reproduisant justement comme des lapins... Et bien pas un de ces chômeurs n’a été intéressé... car voyez-vous ces bêtes là, ça mange AUSSI le week-end et les jours fériés, et pire encore, pendant les vacances !
    Il ne faut pas voir les technologies uniquement comme destructrices d’emploi, mais aussi comme solution pour effectuer les travaux ingrats que plus personne ne veut faire.


    • foufouille foufouille 22 août 2014 12:35

      « Et bien pas un de ces chômeurs n’a été intéressé... »

      c’est sûr vu que c’est pas un boulot que l’on apprend à la naissance. il faut une formation. ensuite cela dépend de la paye et de la possibilité de se loger.


    • incoming incoming 22 août 2014 13:50

      C’est sûr que nourrir des lapins c’est d’un compliqué...
      Plus précisément, cette visite était pour des chômeurs de la campagne, qui disposaient d’un peu de surface terrain/bâtiment, ce qui est fréquent dans ce coin là des Vosges. Il suffit d’hériter de ses parents, les générations précédentes étant souvent dans le monde agricole. Il s’agissait d’un programme avec formations et aides financières pour démarrer.
      En fait, ceux qui se sentaient de faire ce genre de reconversion l’avait probablement déjà fait, sans avoir besoin de l’ANPE...
      Tout ça pour illustrer que pour ce genre de métiers, il ne faut pas résonner en terme d’emplois. On choisi de le faire, c’est pas un emploi ou un métier, c’est une vie.


    • foufouille foufouille 22 août 2014 14:41

      « C’est sûr que nourrir des lapins c’est d’un compliqué... »

      donc c’est un bouiot qui prend une heure par jour ?

      vachement intéressant

      Plus précisément, cette visite était pour des chômeurs de la campagne, qui disposaient d’un peu de surface terrain/bâtiment,

       ?? fallait héberger tes lapins ?


    • foufouille foufouille 22 août 2014 14:45

      « suite à une demande de l’ANPE locale, des chômeurs sont venus le visiter. »

      donc, ils sont venus visiter ?

      « car voyez-vous ces bêtes là, ça mange AUSSI le week-end et les jours fériés, et pire encore, pendant les vacances ! »

      ha....... tes parents voulaient un esclave 7j/7 ?


    • incoming incoming 22 août 2014 15:17

      Esclave 7j/7, voilà une bonne définition pour pas mal de métiers du monde agricole !
      Plus sérieusement, je me suis sans doute mal exprimé... il ne s’agissait pas de chercher des employés, c’est l’ANPE qui proposait aux chômeurs des aides à l’installation (formation et aides financières) afin qu’ils puissent monter leur propre activité (d’où le fait que cela s’adressait à ceux d’entre eux qui avait du terrain et du bâtiment). Ils venaient visiter pour voir à quoi s’attendre.
      Et donc oui, s’occuper d’animaux ne prend pas 8h par jour ouvrés. Cela représente moins d’heures par jour, mais 7j/7 et toute l’année. C’est le point que je soulève, on mécanise et automatise quand on peut pour se libérer de cela, et ça ne fait pas d’emploi en moins, ça compense le fait que peu de monde veuille le faire.


    • foufouille foufouille 22 août 2014 16:10

      donc, il ne suffit pas de les nourrir. il faut les nettoyer, reconnaître les maladies, mettre le mâle avec la femelle au bon momment, etc.

      ce qui nécessite une formation. il faut aussi un acheteur.


    • incoming incoming 22 août 2014 16:37

      Tout à fait. Mais comme je l’ai dit, il y avait une formation de prévue.
      Et pour écouler la production, une coopérative déjà en place. Franchement, les lapins c’est le type d’élevage le plus simple qu’il m’ait été donné de voir.
      Mais bon, tout ça est fini : quelques années après le cours c’est effondré. Explication officielle, les français mangent pas assez de lapin. Explication officieuse, la France a vendu des frégates à Taïwan, ça n’a pas plus à la Chinois, pour se faire pardonner on a alors commencé l’importation de lapin chinois sous vide...


    • foufouille foufouille 22 août 2014 16:47

      le plus simple, c’est les poules pondeuses ou de chair. 

      le lapin industriel est effectivement dégueulasse car nourri avec des granulés.


    • incoming incoming 22 août 2014 17:07

      Généralement oui, mais faut pas être si catégorique.
      ça dépend des granulés et de la race du lapin... certaines granulés ne sont juste que de la luzerne déchée et compressée, pas pire que du foin quoi. Toutes les granulés ne sont pas bourrés d’antibio et de farines douteuses. Et certaines races de lapins feront de la viande grasse et insipide même en étant nourries le mieux du monde...


    • foufouille foufouille 22 août 2014 17:15

      j’en ai jamais vu avec une composition normale. comme le mélange pondeuse.

      infect, c’est du lapin dur comme du bois.


  • alinea alinea 22 août 2014 12:25

    Drôle de rêve ! ( drame) ; j’ai lu vite, et m’enfuis....


  • ecolittoral ecolittoral 22 août 2014 14:58

    AH oui !

    A votre avis, les champignons et asperges de Chine, les tomates du Maroc, le raisin d’Afrique du sud, le blé d’Ukraine et de Russie, les aliments pour bétail importés du Brésil et des USA, ça va durer combien de temps ?

    Je n’ai jamais vu un robot ou un GPS capable de faire pousser ou d’élever quelque chose.

    Chômage à la campagne puis en ville de plus en plus. Puis, tant qu’à faire, stockage de la main d’œuvre (chômeurs) dans des logements sociaux construit sur des terres cultivables en banlieue.

    Et demain ?

    Comme aujourd’hui en Grèce, en Espagne et ailleurs. On quitte la ville trop chère et sans travail pour se réfugier « à la campagne » moins chère et nourricière...par obligation.

    Après tout, il faut produire 45 milliards de repas/an uniquement pour la population française.

    Quand les imbéciles auront compris que les photo copies, I phone, master II, services, ne se mangent pas, ils redescendront (redescendent) de leur perchoir.


  • Captain Marlo Fifi Brind_acier 22 août 2014 19:37

    L’industrialisation de la production agricole, c’est l’application des articles 38 &39 du TFUE :
    « Productions agricoles intensives, beaucoup d’investissements, d’entrants, peu de personnel »


    Et des paysans qui se suicident quand les cours baissent, et que les 4 ou 5 centrales d’achat de la grande distribution fixent les prix. Notons aussi qu’il existe un SMIC agricole en France, mais pas dans de nombreux pays, comme en Allemagne ou en Espagne.

    Il n’y a qu’un seul moyen de sauver l’agriculture française, c’est de sortir de l’ UE.

  • 65beve 65beve 22 août 2014 21:39
    bonjour les gens,

    Mon cousin voulait reprendre la ferme familiale à la fin des 70’s.
    Ses parents l’ont poussé à être gendarme.
    Voilà toute la source du mal des campagnes.

    cdlt


  • ecolittoral ecolittoral 22 août 2014 22:13

    Mon père, fils de paysan est devenu gendarme, ses frères sont devenus FNSEA/européistes.

    Mes cousins sont devenus FNSEA/pleurnicheurs de bonnets rouges.

    D’autres (re)deviennent paysans nourriciers malgré les banques, l’Europe, la FNSEA.

    Mon grand père menait le cheval et la lieuse et la batteuse. Il est mort usé jusqu’à la moelle à 70 ans. Un de ceux qui travaillaient pour nourrir sans empoisonner.

    Je n’ai pas oublié.

    Pour être FNSEA, européiste, incompétent public ou privé empoisonneur....il faut quand même manger.


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