mercredi 15 octobre 2008 - par
L’Assemblée, le début d’une semaine de dupes !
On a pu lire sous la plume de certains journalistes que le mardi 14 octobre 2008 avait été une « journée presque historique à l’Assemblée ». Nous ne devons pas partager la même conception événementielle car nous sommes quelques-uns à y avoir vu une journée de dupes.
Stigmatisé par le feu roulant d’une actualité débordante, tout laissait à croire que la classe politique aurait donné un peu de lustre et d’allant à un débat important puisqu’il s’agissait de faire valoir beaucoup de milliards d’euros pour sauver des établissements bancaires défaillants.
D’entame, Fillon s’est engagé dans une explication technique sur les tenants et aboutissants du bien-fondé des décisions prises. En somme, une sorte de monologue « béatificateur » et insipide, un peu à la manière d’un moine bouddhiste qui psalmodie des prières en hochant du chef et du haut du corps avec la régularité d’un métronome.
Néanmoins, malgré la fâcheuse tendance à endormir son auditoire, hormis Grémetz pour lequel il en faut beaucoup plus, il n’était pas inutile de suivre les propos de Fillon car subrepticement, arguant d’une réussite et d’une harmonie européenne sans pareille devant la crise, il a remis sur le tapis le Traité de Lisbonne. Pour lequel il semblerait qu’ils veulent forcer la main des Irlandais, prétextant que la situation actuelle devait voir l’Europe unie autour de cette constitution ultralibérale. Dixit Fillon : « Naturellement, le Traité de Lisbonne sera au cœur des discussions du Conseil européen. Le Premier ministre irlandais livrera au Conseil son analyse de la situation et les solutions qu’il propose pour sortir de l’impasse dans laquelle l’Union européenne est engagée. La présidence rappellera qu’une solution doit être rapidement trouvée. Je pense que l’expérience de la crise que nous venons de vivre montre à quel point nous avons besoin d’une présidence de l’Union européenne stable et forte. »
Donc des erreurs qui ont provoqué la crise il n’en est pas tenu compte, on persiste et signe pour une Europe des marchés, de la concurrence libre et non faussée, plutôt que d’œuvrer pour une Europe sociale. Il s’agit bien d’une duperie allant à l’encontre de l’avis et des desideratas des peuples.
Pour les socialistes, on va faire court, le discours très pro-européen libéral de Moscovisci n’était ni plus ni moins que de la tambouille électorale ! Ça devient d’ailleurs une habitude chez eux, ils sont d’accord avec les options prises par Sarkozy et ses acolytes, mais contre la politique menée par le gouvernement, qu’ils disent…, alors ils s’abstiennent. Faudrait savoir, si on est opposé à la politique du gouvernement, on vote contre ! Et on ne reste pas le cul entre deux chaises pour cacher la déviance droitière qui se fait de plus en plus au grand jour au sein de ce parti. Duperie, hypocrisie.
Chez les « ptet’ben qu’oui, ptet’ben qu’non » de Bayrou, on n’en attendait pas moins qu’un acquiescement inconditionnel à toute proposition favorisant le libéralisme. Si parfois quelques naïfs se laissent berner par une opposition, vigoureuse en parole, de Bayrou vis-à-vis du gouvernement, il n’en reste pas moins que le MoDem et son chef est bien un parti de la droite ultralibérale. Comme toujours les faux-semblants ne durent qu’un temps.
La nébuleuse verte, que dire ? Sinon qu’elle restera une nébuleuse totalement déconnectée du monde politique, pas de véritable opposition au capitalisme, ils se sont donc abstenus. D’ailleurs, Cochet a bien précisé qu’il s’exprimait au nom des Verts, et qu’il n’était pas celui du GDR en la circonstance.
Dans tout cet idéal de bien penser pour la défense de la pensée unique : le capitalisme, les communistes ont fait tache une nouvelle fois en n’acquiesçant pas à la soi-disant bonne parole. On ne peut donc que louer leur courage dans un contexte où les libéraux auraient voulu que leurs décisions unilatérales fassent consensus.
Mais écoutons Jean-Pierre Brard interpeller la ministre de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi : « Vous proposez un financement de l’économie, mais, en fait, seul le système financier est concerné. Vous proposez la création de deux "sociétés" avec un plafond de 320 milliards pour la première et de 40 milliards pour la recapitalisation des établissements financiers. Mais, Madame la ministre, vous avez omis de nous faire part à la tribune d’éléments que nous avons abordés ce matin lors de la réunion de la commission des finances. Selon vous, pour échapper aux critères de Maastricht – il s’agirait donc d’une raison uniquement technique –, la société chargée de la recapitalisation des banques ne sera pas majoritairement contrôlée par l’État, mais par… des banquiers ! Autrement dit, on fait appel aux coupables pour susciter des comportements vertueux et éviter les errements dont ils sont eux-mêmes responsables ! Se moque-t-on de nous ? »
Déjà, cela est inacceptable, mais, en allant plus loin, est inacceptable le système capitaliste actuel qui exploite déjà les plus défavorisés et qui sans vergogne veut les étrangler encore plus en leur faisant porter le poids leurs magouillages.
C’est bien un monde de dupes dont il s’agit, les communistes ont bien fait de s’opposer à cette forfaiture.

