vendredi 5 février 2016 - par Emile Mourey

L’Atlantide, Gergovie, Bibracte, Alésia. Mme la Ministre, rebonjour...

Bien que vous n'ayez pas répondu à mon article du 5 janvier que je vous ai adressé en prenant la précaution de le confirmer par un envoi postal, je me permets d'insister étant donné l'importance de l'affaire. Certes, je n'ai pas oublié vos trois réponses "langue de bois" publiées au journal officiel (1), ni la sévère remontrance de M. le Secrétaire d'État à la Culture (2), mais tout de même...

Mon histoire commence il y a 40 ans, à l'époque où les médias ne manquaient pas d'éloges pour les particuliers qui consacraient leur vie à sauver de vieux châteaux menaçant ruines. Quand, avec mon épouse, nous avons acheté celui de Taisey sur un coup de coeur, nous ignorions que la commune, droite et gauche confondues, avait un projet caché d'urbanisation qui l'aurait fait disparaître. Je ne regrette toutefois pas mon achat. En revanche, je regrette de n'avoir pas été compris, ni par les archéologues, ni par le pouvoir politique, ni par les élus de ma région, et pour mes travaux de sauvegarde, et pour mes travaux de recherche historique ?

Au sujet de l'Atlantide.

L'Atlantide est une merveilleuse histoire. Elle serait encore plus merveilleuse si on acceptait de la voir telle que je pense elle fut.

Le passage important du Timée est la localisation de l'île. Luc Brisson donne la traduction suivante : C'est que, en ce temps-là, on pouvait traverser cette mer lointaine . Une île s'y trouvait en effet devant le détroit qui, suivant votre tradition, est appelé les Colonnes d'Héraclès. Victor Cousin a traduit par "au devant". 

 Je suis très surpris. Si la traduction littérale de l'expression "πρό τοῦ στόματος" par "avant le détroit" paraît s'imposer, elle pose néanmoins problème quant à la position de l'observateur. En effet, pour un grec d'Athènes, cela aurait signifié que l'île se trouvait, en réalité, "avant le détroit" - avant de le franchir - ce qui est en contradiction avec ce que le texte veut dire par ailleurs. Pour être en accord avec le texte, il faudrait situer l'observateur de l'autre côté... alors qu'il ne s'y trouve pas encore. Il est très surprenant que Platon se soit permis une telle ambiguité. Je pense avoir trouvé l'explication. Après quelques recherches dans d'autres écrits, il apparaît en effet qu'il n'existe pas de contexte où le mot "πρό" aurait pu signifier devant ou en avant pour indiquer un lieu ou une position comme les traducteurs le pensent. En revanche, c'est bien dans le sens temporel qu'on le trouve, par exemple pour dater un événement : avant la peste. On trouve dans le dictionnaire l'expression "προ μεσημβρίας", l'avant-midi. La traduction que je propose pourrait être la suivante : Une île s'y trouvait avant (qu'existe) le détroit qui, suivant votre tradition, est appelé les Colonnes d'Héraclès. À cela s'ajoute, en confirmation, l'incohérence du texte qui suit, sauf si l'on comprend que, dans l'esprit de Platon, l'île atlantide est l'Espagne et la Gaule réunies avant qu'elles ne ressuscitent sous ces deux noms après le cataclysme platonicien. C'est la seule explication qui s'accorde avec la thèse politique que Platon veut mettre en exergue. Tout cela, je l'ai expliqué dans des précédents articles.

Madame la Ministre, ne laissez pas disparaître les derniers vestiges de notre capitale atlante ! Pensez à notre dette qu'il faudra bien combler un jour ! Pensez aux ressources du tourisme !

Au sujet de Gergovie.

Car ces vestiges atlantes sont aussi ceux de notre antique capitale arverne ! Madame la Ministre, ne laissez pas se perdre les illustres origines de notre nation ! Pensez à Vercingétorix qui fut le premier homme politque à proclamer le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes !

Gergovie, d'après César (DBG VII, 36-52), était une ville posée sur un mont particulièrement haut et partout difficile d'accés (1)...Vercingétorix (2) avait installé ses camps autour de lui, sur le mont, en avant de l’oppidum (3) ... tous les versants (4) de la ligne de crête (5) étaient tenus... sur quelque côté qu’on pouvait observer (6), le spectacle était terrifiant... le dos de la ligne de crête (5) était à peu près plat mais étroit et boisé... (jusqu' à) l'autre bout de l'oppidum (7). La distance entre la muraille de l’oppidum et la plaine était à vol d’oiseau de mille deux cents pas -1,776 km - comptés à partir de l’endroit où la montée commençait (8). Il fallait ajouter à cette distance celle des détours qui rendaient la montée plus facile mais augmentaient la longueur du chemin (8). Le chemin est toujours là avec ses contours et la distance concorde... Il y avait face à l'oppidum, au pied du mont, une colline en pente particulièrement bien fortifiée (9), la colline de la Roche blanche.

Au sujet de Bibracte

4 000 ans avant J.C., la Bourgogne émerge de l'histoire sur le site chasséen de Chassey-le-Camp. Nous sommes à l'âge de la pierre taillée. La découverte de cette civilisation révolutionne l’histoire ancienne. Les Chasséens commencent à élever des animaux et à cultiver. Une occupation quasi militaire sur ce site rocailleux ne s'explique pourtant que s'il a pour fonction de garder l'entrée du couloir de la Dheune. Cette entrée s'ouvre sur une région de paturages et de cultures relativement facile à protéger. Le horst de Mont-Saint-Vincent s'impose comme position centrale de surveillance et de défense. Nous aurions donc ici la première image d'une société organisée.

Entre 1220, date de la guerre de Troie, et 1 000 ans avant J.C., peut-être, un oppidum ovale y est construit dont l'enceinte cyclopéenne est identique au contour de la muraille de la ville d'Homère - Nous sommes à la fin de l'âge du bronze - puis, vers - 965, un temple s'y élève à l'image du temple de Salomon. En 312 , le rhéteur Eumène lui donne le nom de "temple d'Apollon". L'église est toujours là.

Pendant la guerre des Gaules, le horst est le "haut-lieu" où vit la famille régnante éduenne d'Éporédorix. Sous le nom de Bibracte, César le qualifie d'oppidum de beaucoup le plus riche et le plus important du pays éduen. Strabon le désigne comme la forteresse des Eduens. 

En l'an 21, ayant changé de nom pour prendre celui d'Augustodunum, Sacrovir y soulève contre Rome la jeunesse des écoles moeniennes. En 68, c'est Vindex, gouverneur de la Lyonnaise, qui y soulève presque tout l'empire contre Néron

En 269, l'empereur gaulois Victorinus y trône.

En 312, Constance-Chlore y a son palais. Eumène remercie les empereurs d'avoir relevé la cité de ses ruines. La ville d'Autun est magnifiquement reconstruite. Elle porte le même nom que la capitale dans le cadre d'une cité double. Constance-Chlore y élève une basilique pour promouvoir le futur règne de son fils Constantin. La notitia dignitatum y voit ensuite une fabrique de boucliers et de cuirasses.

En 360, Magnence y est empereur. 

En 437, les rois burgondes y sont appelés pour renforcer la défense de la cité. Mais c'est un comte Attale qui la dirige au nom de l'empire romain s'il en croit une correspondance échangée avec Sidoïne Apollinaire en 471. Ces rois burgondes sont vaincus et chassés de la position en 534 par les rois francs qui s'y installent. Après la mort du roi Gontran en 593, les maires du palais y siègent puis les comtes de Chalon. Frère de Charles le Martel, Childebrandt est comte d'Augustodunum. Son fils, Nibelung, charge l’abbaye de Fleury d’écrire “les gestes des Francs". Les comtes de Chalon cèdent la place aux représentants du duc de Bourgogne en 1237. 

1977 : Construction d'un hospice sur les ruines de l'ancien oppidum.

Au sujet de l'Alésia de Diodore de Sicile à Taisey.

Bien que probable vu la proximité de Bibracte, seules des fouilles archéologiques pourront indiquer s'il existait une occupation permanente du site à l'époque des Chasséens. J'y suis favorable n'étant intéressé que par le savoir qu'elles peuvent apporter.

Comme je l'ai expliqué dans de précédents articles, c'est sa position qui a fait de Taisey une étape privilégiée sur la voie de l'étain, sur une petite hauteur aux larges vues, à l'extrémité du couloir Rhône/Saône, dans une cuvette étendue fertile où le fleuve s'étale.

Quelle était en Méditerranée orientale la place centrale du commerce de l'étain entre un monde oriental ancien demandeur et un monde nouveau fournisseur depuis la (Grande) Bretagne ? il s'agit d'Alashiya, l'île de Chypre, alias Alasiya, alias Alasia (2), ainsi nommée à l'âge du bronze, mots très proches de l'Alésia d'Alise-Sainte-Reine, et encore plus de l'inscription qui y a été trouvée : ALISIIA, avec ses deux i.

Chypre/Alashiya, point de départ logique des voies de l'étain et point de retour. Le marchand naviguait jusqu'à Marseille, remontait le Rhône et la Saône, s'arrêtait à Cabillodunum/Taisey - l'Alésia de Diodore de Sicile (voir mes articles) - remontait jusqu'à Aluze, autre Alésia, puis s'engageait dans la vallée luxuriante de la Cosane pour rejoindre, par la Brenne, Alise-Sainte-Reine, l'Alésia des Mandubiens, lieu de la bataille de César... et ainsi de suite jusqu'à la (Grande) Bretagne et à ses mines d'étain.

Car l'Alésia de Diodore de Sicile ne peut évidemment pas être la modeste Alésia des Mandubiens qui n'était qu'une cité vassale des Lingons. Où faut-il la situer ? La logique veut que cela soit Cabillodunum/Taisey sur la voie de la Saône. 

Lorsque Diodore de Sicile évoque la légende de la fondation de cette Alésia par Hercule au cours de sa course errante, il faut comprendre que c'est une colonie venue de Tyr qui s'est établie sur la colline de Taisey. Cet Hercule, ajoute Diodore - c'est-à-dire : cette colonie herculéenne - tomba amoureux d'une princesse indigène, ce qui signifie que les nouveaux colons mêlèrent leur sang étranger au sang des belles autochtones. De leur union naquit Galatès. C'est lui - ce sont les descendants de ces premiers colons - qui a donné au pays son nom de Galatia. Ce sont ces descendants qui tentèrent de civiliser la Gaule en interdisant les injustices et les meurtres rituels que les indigènes commettaient sur les étrangers. Mais la population indigène était plus nombreuse que les soldats d'Hercule ; et les Barbares reprirent le pouvoir. Et Diodore termine par cet étonnant témoignage : Alésia, c'est-à-dire Taisey, était le foyer et la métropole de toute la Celtique.  » (Livre IV, XIX et Livre V, XXIV).

Diodore spécifie par ailleurs qu'un grand nombre d'indigènes vinrent s'y établir, et comme ils étaient plus nombreux que les autres habitants, il arriva que toute la population adopta les moeurs des Barbares" Je ne vois pas les indigènes affluer vers le horst de Mont-Saint-Vincent, en pleine zone montagneuse, mais dans les terres fertiles de la région chalonnaise, oui ; et cela explique l'apparition, plus tard, de la nouvelle ville des bords de Saône, l'actuelle ville de Chalon.

Je terminerai enfin par ce témoignage du VI ème siècle avant J.C.. Évoquant notre région "barbare", Hécatée de Millet, historien et géographe grec ne cite que trois villes : Narbonne, Marseille qu'il situe en Ligurie et, au-delà de Marseille, Nuerax, habitée par les Keltoï. Il s'agit de la première mention connue des Celtes. Or, Keltoï est très proche du mot Kaldaï désignant les Chaldéens (2). Une Nuerax - nouvelle forteresse - au delà de Marseille, c'est-à-dire à l'extrémité du couloir rhodanien, avant que le fleuve bifurque, je ne vois que la position de Taisey qui satisfasse à cette condition. Métropole religieuse d'après Diodore, il s'agit sans aucun doute du site le plus important et le plus significatif de la Gaule. C'est de là que, venant d'Orient, va rebondir pour se répandre sur l'Europe et le monde une étonnante civilisation : la civilisation chrétienne. 

Emile Mourey 
[email protected]
www.bibracte.com
17 rue du château
71100 SAINT REMY

Renvoi 1. JO du 19/4/99, pp.2337-2338 
JO du 2/07/01 page 3835 
JO du 11/06/13 page 60777

Renvoi 2. Lettre du 27/10/2000 de M. Michel Duffour, secrétaire d’Etat à la Culture : ... Il ne paraît pas utile que le ministère de la culture et de la communication entretienne une polémique avec une personne, qui comme beaucoup de passionnés de son espèce, se place dans la posture de l’homme seul face au poids de la « science officielle ».

Copie à Drac Bourgogne et Drac Auvergne
Conseil régional
Conseil général
Presse 
etc.



18 réactions


  • alain_àààé 5 février 2016 15:53

    excusé moi colonel mais étant un archéologue amateur participant a des fouilles que se soient en picardie et aujourdhui en bretagne ,je n ai jamais entendu lors des réunions ou colloques parlé de la civilisation dont vous parlez et qui aurait habité la gaule et qui remonterais 4000ans avant J C.que se soit avec des archeologues profesionnelles avant J C c est plutot les populations du bassin mediterranée dont l égypte.

    MEME au college on étudiait l egypte etc...

  • Antenor Antenor 9 mai 2016 17:46

    Une autre sorte d’Atlantide :

    http://www.20minutes.fr/sciences/1841915-20160509-william-gadoury-jeune-canadien-15-ans-decouvre-nouvelle-cite-maya

    L’étude du ciel passionnait tous les prêtres de la planète ! Nul doute que pour les Arvernes, la Montagne de la Serre était la transposition terrestre de la constellation du Dragon.


    • Emile Mourey Emile Mourey 9 mai 2016 18:35

      @Antenor

      Oui, c’est tout à fait logique. Suite à la découverte de ce jeune homme astucieux, il apparaît donc que dans le cas des temples mayas, les constructeurs n’ont eu pour objectif que de projeter sur terre l’image du ciel, dans ses constellations, sans tenir compte d’autres contingences.

      En revanche, c’est différent pour la Gaule où il y avait la contingence du terrain, l’obligation d’implanter les oppidum et ses temples sur les points forts du terrain. D’où, par exemple, à Alésia/Taisey, la seule projection de la petite et de la grande Ourse, et seulement l’oppidum ovale à Gergovie/le Crest et à Bibracte/Mont-Saint-Vincent. Et il faut aussi remonter en Égypte où j’ai montré le système des trois pyramides, projection des trois étoiles de la queue du petit chariot, auxquelles on accédait par des rampes en venant du Nil, image de la voie lactée.

      « Ignores-tu, ô Asclépios, que l’Égypte est l’image du ciel et qu’elle est la projection ici-bas de toute l’ordonnance des choses célestes ? Hermès Trismégiste, trad. de L. Ménard, P. 147

      La question qu’il faut se poser, c’est qui a apporté cela aux Mayas ?

    • Antenor Antenor 10 mai 2016 18:13

      @ Emile

      La disposition de ces villes mayas sur le modèle céleste en dehors de toute considération pratique posent effectivement la question de leur viabilité. Peut-être ne s’agit-il que de grands sanctuaires religieux et que les capitales économiques mayas sont toujours enfouies sous les villes actuelles. Par exemple, la capitale des Aztèques se trouve sous l’actuelle Mexico City https://fr.wikipedia.org/wiki/Mexico-Tenochtitlan.

      Cela n’est pas sans rappeler notre problématique gauloise, où des sites à forte valeur symbolique comme Corent et le Mont-Beuvray coexistaient avec des villes classique comme Bourges et Besançon.

      On aurait trois principaux types de sites gaulois :

      - les citadelles purement militaires (Le Crest, Mont-Saint-Vincent, Montmélian en Savoie...) qui ont conservé leur importance jusqu’à la fin du Moyen-âge.

      - les villes commerciales (Bourges, Paris, Besançon, Orléans...) qui sont toujours là

      - les grands sanctuaires (Corent, Malain, Javols, Nanterre...) qui remplissaient aussi sans doute une fonction de chef-lieu de pagus/ cité lorsque les citadelles sont devenus trop petites pour jouer se rôle. Ils ont périclité à la fin du 3ème siècle, au moment des réformes de Dioclétien.


    • Emile Mourey Emile Mourey 10 mai 2016 21:16

      @Antenor


      Je ne pense pas qu’on puisse établir des règles en la matière. La seule chose qu’on peut essayer de comprendre, c’est comment telle ou telle cité est née et s’est développée. Voyez le horst de Mont-Saint-Vincent que les vestiges de Chassey-le-Camp font remonter au chasséen. Voyez Besançon qui a été implanté dans un boucle du Doubs, pour pouvoir mieux se protéger mais aussi pour la navigation. Logique militaire, commerciale, et autres, tous les facteurs jouent. Voyez Le Crest, position unique, observation, défense, symbolisme, et surtout une source abondante. Les Anciens auraient été des imbéciles de ne pas y installer leur capitale. De même, les archéologues qui doutent encore. Et ils n’ont même pas honte de leur aveuglement.

    • Antenor Antenor 11 mai 2016 20:29

      @ Emile

      En fonction de l’emplacement à l’échelon régional de chaque site, on peut tout de même deviner quelle était sa vocation première : militaire pour Mont-Saint-Vincent, commerciale pour Chalon. Après, cela n’empêche pas qu’au niveau micro-local l’emplacement exacte d’une ville commerçante réponde à des critères de défense. Ce dernier point est particulièrement visible à Paris et à Besançon.

      Pour les Arvernes, on doit avoir la chronologie suivante :

      Premier temps, une citadelle au Crest dont le rôle militaire remonte sans doute au fin fond du Néolithique voir à l’époque des chasseurs-cueilleurs cherchant à contrôler leur territoire de chasse de la manière la plus efficace possible. Cette citadelle a sans doute longtemps joué le rôle de capitale politique.

      Second temps, quand vers la fin du second âge du fer, la citadelle du Crest est devenue trop petite pour servir de capitale à une cité de plus en plus importante et développée, le site de Corent a pris le relais. Il n’est pas impossible que ce site ait possédé un caractère religieux particulier bien avant cette époque. La capitale militaire demeure au Crest.

      Troisième temps, vers la fin du IIIème siècle, Corent est abandonné et c’est Clermont/Arvernis, la grande ville commerçante qui devient capitale politique et administrative. La capitale militaire est toujours au Crest.

      Je me pose la question de l’existence d’un site similaire à celui de Corent dans le Chalonnais. Il devrait logiquement se trouver quelque part entre Chalon et le Mont-Saint-Vincent.


    • Emile Mourey Emile Mourey 12 mai 2016 04:14

      @Antenor


      Oui, jusqu’au Moyen âge compris, on peut dire que la géographie conditionne l’histoire... dans une certaine mesure, les points forts du terrain sur le plan militaire, les terrains cultivables et les cours d’eau pour l’économie et le commerce. Mais il y a aussi les rivalités, les conflits, ce qu’Aristote appelle « la politique », bref l’histoire des cités, chose humaine et complexe qui donne un sens, chaque cas étant un cas particulier même s’il y a des ressemblances.

      Il me semble que vous sous-estimez la permanence des points forts du terrain (nous parlons de l’origine jusqu’au Moyen âge). Contrairement à ce qu’on croit, Sidoïne Apollinaire n’est descendu à demeure, ni à Aydat, ni à Clermont, mais dirigeait toujours la cité depuis Le Crest. Et vous avez montré la perdurance des seigneurs du Crest. En Bourgogne, le Mont-Saint-Vincent était toujours capitale historique des Burgondes et des Francs jusqu’aux comtes de Chalon, puis tenu par un représentant du duc. Mais Chalon, à Taisey, au bord de la Saône, était aussi un point fort du terrain, bien que de hauteur moindre. Déjà, à l’époque de César, il y avait rivalité militaire entre l’éduen Liitavic et l’éduen Éporédorix. De même sur le plan religieux : Mt-St-Vincent avait son temple à l’image de celui de Salomon, mais Taisey/Cabillodunum/Alésia est dit métropole religieuse de la Celtique par Diodore de Sicle. De même sur le plan commercial ; le second est près de la Saône mais le premier est sur la bretelle qui fait passer de la Saône à la Loire.

      Corent est un cas particulier. À mon avis, c’est une intrusion dans le déroulement de notre histoire qui est venue de l’extérieur et qui n’a pas perduré, probablement colonie juive. À l’époque de Sidoïne, Le Crest et Clermont existent toujours mais Corent a disparu. En Bourgogne, il y a eu aussi intrusion d’une colonisation juive dans les tout derniers siècles avant JC, mais, après les fresques judaïques de Gourdon, elle s’est fondue principalement dans la ville de Chalon d’où elle a rayonné.

    • Emile Mourey Emile Mourey 12 mai 2016 09:53

      @Antenor


      De même, concernant les ressources alimentaires, Mont-Saint-Vincent/Bibracte avait ses champs cultivés, certes, remontant au chasséen, mais surtout ses pâturages, ce qui explique que César y ait passé ses quartiers d’hiver « avec sa cavalerie ». Quant à Cabillodunum/Taisey, il avait les poissons de la Saône, et était riche en blé, ce qui explique que César y ait installé une légion.

    • Antenor Antenor 12 mai 2016 17:56

      @ Emile

      Pour ce qui est des ressources alimentaires, rares sont en effet les endroits en Gaule qui en sont vraiment dépourvus.

      Je vous rejoins complètement sur la permanence des points forts mais je pense qu’il est justement importer de démontrer en quoi ils sont forts. Chalon est le plus important carrefour commercial éduen. Il permet de faire vivre l’économie de la Cité alors qu’à Mont-Saint-Vincent se trouve le centre du dispositif militaire de contrôle du territoire de la Cité. Mont-Saint-Vincent est certes placé au bord d’un axe commercial majeur mais c’est également le cas de beaucoup de sites de moindre importance. Ce qui rend Mont-Saint-Vincent si stratégique, c’est sa position dominante, idéale pour articuler autour de lui la défense du territoire alentour. Du point de vue militaire, on peut dire que Mont-Saint-Vincent est au centre alors que Chalon est à la périphérie. Mont-Saint-Vincent contrôle (entre autres) l’axe Chalon-Digoin mais ce sont les villes qui font vivre la cité. Pour avoir voix au chapitre à Mont-Saint-Vincent, les nobles éduens possédaient forcément de grands biens dans les villes.

      Par contre, je ne suis pas d’accord concernant Corent. Ce site est loin d’être une exception. On trouve des agglomérations du même type (occupées grosso-modo de -150 à + 250) un peu partout en Gaule. Et elles se trouvent systématiquement à proximité des plus puissantes citadelles régionales. Par exemple : l’agglomération Mâlain/Médiolanum à côté de Lantenay (citadelle des Ducs de Bourgogne), Javols/Anderitum à côté du Roc de Peyre (citadelle des plus importants barons du Gévaudan) ou encore Bram/Eburomagus à côté de Montréal (citadelle des vicomtes de Carcassonne).

      Pour moi les agglomérations du type de Corent sont à considérer comme des extensions des citadelles. Elles ont accueilli les bâtiments qui ne tenaient pas dans ses dernières (théâtre, fanum, atelier divers...). Elles ont disparu vers 250 lorsque ce rôle a été repris par les villes commerçantes (qui préexistaient).

      A l’époque de Sidoine Apollinaire où se réunissait le sénat arverne ? A Clermont, à mon avis. Pour ce qui est de l’implantation juive, cela me semble très difficile à déterminer précisément. Les indices sont maigres.


    • Emile Mourey Emile Mourey 12 mai 2016 19:42

      @Antenor


      Pour moi, c’est très simple. Les premières implantations humaines se sont faites sur des points forts du terrain d’où l’on pouvait surveiller, alerter et se défendre, points forts pas forcément très élevés mais renforcés par des constructions défensives en bois, de préférence en pierre. L’extension de la cité s’est faite par essaimage de colonies, ralliement, conquête, ou immigration étrangère, tout cela selon les aléas de l’Histoire sans que rien ne soit déterminé à l’avance.

      Ma thèse est que la Gaule a beaucoup reçu du Proche-Orient, plus que de Rome et bien avant, et qu’elle a connu, principalement dans les derniers siècles d’avant JC, une immigration juive conséquente de pensée essénienne, ce qui explique la christianisation qui suivra.

      Concernant Corent, il est impossible de lui attribuer un rôle de capitale vu que le site ne s’est jamais entouré d’un rempart de protection. En revanche, vous avez raison d’y voir siéger le conseil arverne avant que Clermont devienne capitale. Quant à Mont-Saint-Vincent, les vestiges de son théâtre sont à rechercher sur son flanc Sud-Est.

    • Antenor Antenor 13 mai 2016 18:27

      @ Emile

      Pour être tout à fait précis, disons que Corent était la capitale politique pendant les quelques siècles où le sénat arverne y siégeait. C’est ici qu’on prenait les grandes décisions. Bien évidemment, Corent doit ce rôle à la proximité de la forteresse de Gergovie au Crest qui a toujours été la capitale militaire et donc la clef de voûte de l’organisation de la cité. La présence ou non de remparts à Corent n’est donc à mon avis pas un critère à prendre en compte, la sécurité étant assurée par Le Crest.

      En ce qui concerne les points forts de manière générale, je pense qu’il est important de bien définir l’échelle où on se place. Mont-Saint-Vincent est le principal point fort à l’échelle de toute la côte chalonnaise alors que Taisey ne domine que les environs de Chalon. L’importance militaire de Taisey est directement proportionnelle à celle de la puissance économique de Chalon tandis que la puissance du Mont-Saint-Vincent est entièrement due à son emplacement stratégique. Si Chalon décline, Taisey décline mais le Mont-Saint-Vincent demeure le phare de la région.

      Pour ce qui est de l’influence orientale en Gaule, nous sommes déjà tombés d’accord sur une lutte d’influence permanente entre Egéens et Levantins. Rome est naturellement plus proche des premiers, l’Espagne des seconds et la Gaule est au milieu.

      L’exil en Gaule des Hérode et autre Pilate ainsi que tous les mythes des Saintes Maries de la Mer plaident plutôt en votre faveur de votre vision sur les liens entre les Juifs et la Gaule. Sans vouloir faire un « Rennes le Château bis » vous ne vous êtes jamais demandé si des disciples du Jésus des Evangiles avaient trouvé refuge à Bibracte ? Vu les liens étroits que vous décrivez entre les Eduens et les Esséniens, ce serait assez logique.


    • Emile Mourey Emile Mourey 13 mai 2016 22:29

      @Antenor


      Corent, capitale arverne ? C’est l’utopie de l’archéologue Matthieu Poux. Corent n’était qu’un lieu de rassemblement et de fêtes. Luern y organisait de grands festins où le peuple était convié. On y célébrait les funérailles, on y faisait les sacrifices. L’histoire platonicienne des dix rois chassant le taureau dans l’enceinte sacrée trouve certainement ici sa source, mais c’est tout. Il suffit de lire le poliorcétique d’Énée de Stymbale pour comprendre que déjà au IVème siècle avant J.C., les citoyens se retranchaient derrière de solides murailles - Le Crest - à l’intérieur desquelles le petit peuple et les étrangers n’avaient pas droit d’entrée (voyez mon "Histoire de Gergovie, chapitre 19). Les vestiges d’un théâtre à Corent indiquent que c’est très certainement là que se réunissaient les chefs de district de la plaine de la Limagne pour gérer son exploitation, là aussi que les Arvernes convoquaient les représentants des cités vassales ou étrangères, mais c’est tout. Que le théâtre se soit trouvé là depuis des temps très anciens, c’est probable. Quand au village, il ne peut être que beaucoup plus récent et probablement d’une durée éphémère.

      Concernant le pays éduen, je vous ai dit qu’il y avait rivalité entre Alésia/Cabilodunum/Taisey et Mont-Saint-Vincent/Bibracte. Ce sont les seigneurs qui s’y trouvent qui font de l’un ou de l’autre la capitale du pays. L’économie et la hauteur de la position ne sont pas déterminantes, bien qu’importantes. Pour Strabon, c’est Cabillodunum qui est la cité, Bibracte n’est que la forteresse (refuge). Pour César, c’est Bibracte qui, de son temps, est le siège de l’autorité suprême ; mais pour Diodore de Sicile, c’est Alésia./Taisey qui est la métropole de toute la Celtique.

      Au sujet de la christianisation de la Gaule, il est clair, comme, notamment, les fresques de Gourdon et le bas-relief de Mont-Saint-Vincent le montrent, que c’est une immigration juive de pensée essénienne qui a apporté à la Gaule la croyance en un Christ du ciel espéré, mais que c’est la croyance en un Christ venu que les apôtres des évangiles ont cherché à imposer, d’abord sans succès (saint Marcel martyr) puis avec succès (empereur Constantin).

    • Paediplomatie 23 juillet 2017 20:20

      @Emile Mourey

      Quelle pouvait être la langue que les Atlantes ( Poseidon ) parlaient ? Et par conséquent, quelle pouvait être la langue que les Gaulois ( Atlas ) parlaient ? Cette langue pouvait elle provenir de langue très ancienne comme le Sanskrit, ou a-t-elle influencé le sanskrit ? Cette langue atlante et gauloise pouvait elle faire naître le phrygien ? Merci.


    • Emile Mourey Emile Mourey 23 juillet 2017 21:11

      @Paediplomatie

      Les colons parlaient certainement le grec, koïné, les colonisés un dialecte local.


Réagir