L’Atlantide, Gergovie, Bibracte, Alésia. Mme la Ministre, rebonjour...
Bien que vous n'ayez pas répondu à mon article du 5 janvier que je vous ai adressé en prenant la précaution de le confirmer par un envoi postal, je me permets d'insister étant donné l'importance de l'affaire. Certes, je n'ai pas oublié vos trois réponses "langue de bois" publiées au journal officiel (1), ni la sévère remontrance de M. le Secrétaire d'État à la Culture (2), mais tout de même...
Mon histoire commence il y a 40 ans, à l'époque où les médias ne manquaient pas d'éloges pour les particuliers qui consacraient leur vie à sauver de vieux châteaux menaçant ruines. Quand, avec mon épouse, nous avons acheté celui de Taisey sur un coup de coeur, nous ignorions que la commune, droite et gauche confondues, avait un projet caché d'urbanisation qui l'aurait fait disparaître. Je ne regrette toutefois pas mon achat. En revanche, je regrette de n'avoir pas été compris, ni par les archéologues, ni par le pouvoir politique, ni par les élus de ma région, et pour mes travaux de sauvegarde, et pour mes travaux de recherche historique ?
Au sujet de l'Atlantide.
L'Atlantide est une merveilleuse histoire. Elle serait encore plus merveilleuse si on acceptait de la voir telle que je pense elle fut.
Le passage important du Timée est la localisation de l'île. Luc Brisson donne la traduction suivante : C'est que, en ce temps-là, on pouvait traverser cette mer lointaine . Une île s'y trouvait en effet devant le détroit qui, suivant votre tradition, est appelé les Colonnes d'Héraclès. Victor Cousin a traduit par "au devant".
Je suis très surpris. Si la traduction littérale de l'expression "πρό τοῦ στόματος" par "avant le détroit" paraît s'imposer, elle pose néanmoins problème quant à la position de l'observateur. En effet, pour un grec d'Athènes, cela aurait signifié que l'île se trouvait, en réalité, "avant le détroit" - avant de le franchir - ce qui est en contradiction avec ce que le texte veut dire par ailleurs. Pour être en accord avec le texte, il faudrait situer l'observateur de l'autre côté... alors qu'il ne s'y trouve pas encore. Il est très surprenant que Platon se soit permis une telle ambiguité. Je pense avoir trouvé l'explication. Après quelques recherches dans d'autres écrits, il apparaît en effet qu'il n'existe pas de contexte où le mot "πρό" aurait pu signifier devant ou en avant pour indiquer un lieu ou une position comme les traducteurs le pensent. En revanche, c'est bien dans le sens temporel qu'on le trouve, par exemple pour dater un événement : avant la peste. On trouve dans le dictionnaire l'expression "προ μεσημβρίας", l'avant-midi. La traduction que je propose pourrait être la suivante : Une île s'y trouvait avant (qu'existe) le détroit qui, suivant votre tradition, est appelé les Colonnes d'Héraclès. À cela s'ajoute, en confirmation, l'incohérence du texte qui suit, sauf si l'on comprend que, dans l'esprit de Platon, l'île atlantide est l'Espagne et la Gaule réunies avant qu'elles ne ressuscitent sous ces deux noms après le cataclysme platonicien. C'est la seule explication qui s'accorde avec la thèse politique que Platon veut mettre en exergue. Tout cela, je l'ai expliqué dans des précédents articles.
Madame la Ministre, ne laissez pas disparaître les derniers vestiges de notre capitale atlante ! Pensez à notre dette qu'il faudra bien combler un jour ! Pensez aux ressources du tourisme !

Au sujet de Gergovie.
Car ces vestiges atlantes sont aussi ceux de notre antique capitale arverne ! Madame la Ministre, ne laissez pas se perdre les illustres origines de notre nation ! Pensez à Vercingétorix qui fut le premier homme politque à proclamer le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes !

Gergovie, d'après César (DBG VII, 36-52), était une ville posée sur un mont particulièrement haut et partout difficile d'accés (1)...Vercingétorix (2) avait installé ses camps autour de lui, sur le mont, en avant de l’oppidum (3) ... tous les versants (4) de la ligne de crête (5) étaient tenus... sur quelque côté qu’on pouvait observer (6), le spectacle était terrifiant... le dos de la ligne de crête (5) était à peu près plat mais étroit et boisé... (jusqu' à) l'autre bout de l'oppidum (7). La distance entre la muraille de l’oppidum et la plaine était à vol d’oiseau de mille deux cents pas -1,776 km - comptés à partir de l’endroit où la montée commençait (8). Il fallait ajouter à cette distance celle des détours qui rendaient la montée plus facile mais augmentaient la longueur du chemin (8). Le chemin est toujours là avec ses contours et la distance concorde... Il y avait face à l'oppidum, au pied du mont, une colline en pente particulièrement bien fortifiée (9), la colline de la Roche blanche.

Au sujet de Bibracte
4 000 ans avant J.C., la Bourgogne émerge de l'histoire sur le site chasséen de Chassey-le-Camp. Nous sommes à l'âge de la pierre taillée. La découverte de cette civilisation révolutionne l’histoire ancienne. Les Chasséens commencent à élever des animaux et à cultiver. Une occupation quasi militaire sur ce site rocailleux ne s'explique pourtant que s'il a pour fonction de garder l'entrée du couloir de la Dheune. Cette entrée s'ouvre sur une région de paturages et de cultures relativement facile à protéger. Le horst de Mont-Saint-Vincent s'impose comme position centrale de surveillance et de défense. Nous aurions donc ici la première image d'une société organisée.
Entre 1220, date de la guerre de Troie, et 1 000 ans avant J.C., peut-être, un oppidum ovale y est construit dont l'enceinte cyclopéenne est identique au contour de la muraille de la ville d'Homère - Nous sommes à la fin de l'âge du bronze - puis, vers - 965, un temple s'y élève à l'image du temple de Salomon. En 312 , le rhéteur Eumène lui donne le nom de "temple d'Apollon". L'église est toujours là.
Pendant la guerre des Gaules, le horst est le "haut-lieu" où vit la famille régnante éduenne d'Éporédorix. Sous le nom de Bibracte, César le qualifie d'oppidum de beaucoup le plus riche et le plus important du pays éduen. Strabon le désigne comme la forteresse des Eduens.
En l'an 21, ayant changé de nom pour prendre celui d'Augustodunum, Sacrovir y soulève contre Rome la jeunesse des écoles moeniennes. En 68, c'est Vindex, gouverneur de la Lyonnaise, qui y soulève presque tout l'empire contre Néron
En 269, l'empereur gaulois Victorinus y trône.
En 312, Constance-Chlore y a son palais. Eumène remercie les empereurs d'avoir relevé la cité de ses ruines. La ville d'Autun est magnifiquement reconstruite. Elle porte le même nom que la capitale dans le cadre d'une cité double. Constance-Chlore y élève une basilique pour promouvoir le futur règne de son fils Constantin. La notitia dignitatum y voit ensuite une fabrique de boucliers et de cuirasses.
En 360, Magnence y est empereur.
En 437, les rois burgondes y sont appelés pour renforcer la défense de la cité. Mais c'est un comte Attale qui la dirige au nom de l'empire romain s'il en croit une correspondance échangée avec Sidoïne Apollinaire en 471. Ces rois burgondes sont vaincus et chassés de la position en 534 par les rois francs qui s'y installent. Après la mort du roi Gontran en 593, les maires du palais y siègent puis les comtes de Chalon. Frère de Charles le Martel, Childebrandt est comte d'Augustodunum. Son fils, Nibelung, charge l’abbaye de Fleury d’écrire “les gestes des Francs". Les comtes de Chalon cèdent la place aux représentants du duc de Bourgogne en 1237.
1977 : Construction d'un hospice sur les ruines de l'ancien oppidum.
Au sujet de l'Alésia de Diodore de Sicile à Taisey.
Bien que probable vu la proximité de Bibracte, seules des fouilles archéologiques pourront indiquer s'il existait une occupation permanente du site à l'époque des Chasséens. J'y suis favorable n'étant intéressé que par le savoir qu'elles peuvent apporter.
Comme je l'ai expliqué dans de précédents articles, c'est sa position qui a fait de Taisey une étape privilégiée sur la voie de l'étain, sur une petite hauteur aux larges vues, à l'extrémité du couloir Rhône/Saône, dans une cuvette étendue fertile où le fleuve s'étale.
Quelle était en Méditerranée orientale la place centrale du commerce de l'étain entre un monde oriental ancien demandeur et un monde nouveau fournisseur depuis la (Grande) Bretagne ? il s'agit d'Alashiya, l'île de Chypre, alias Alasiya, alias Alasia (2), ainsi nommée à l'âge du bronze, mots très proches de l'Alésia d'Alise-Sainte-Reine, et encore plus de l'inscription qui y a été trouvée : ALISIIA, avec ses deux i.
Chypre/Alashiya, point de départ logique des voies de l'étain et point de retour. Le marchand naviguait jusqu'à Marseille, remontait le Rhône et la Saône, s'arrêtait à Cabillodunum/Taisey - l'Alésia de Diodore de Sicile (voir mes articles) - remontait jusqu'à Aluze, autre Alésia, puis s'engageait dans la vallée luxuriante de la Cosane pour rejoindre, par la Brenne, Alise-Sainte-Reine, l'Alésia des Mandubiens, lieu de la bataille de César... et ainsi de suite jusqu'à la (Grande) Bretagne et à ses mines d'étain.
Car l'Alésia de Diodore de Sicile ne peut évidemment pas être la modeste Alésia des Mandubiens qui n'était qu'une cité vassale des Lingons. Où faut-il la situer ? La logique veut que cela soit Cabillodunum/Taisey sur la voie de la Saône.
Lorsque Diodore de Sicile évoque la légende de la fondation de cette Alésia par Hercule au cours de sa course errante, il faut comprendre que c'est une colonie venue de Tyr qui s'est établie sur la colline de Taisey. Cet Hercule, ajoute Diodore - c'est-à-dire : cette colonie herculéenne - tomba amoureux d'une princesse indigène, ce qui signifie que les nouveaux colons mêlèrent leur sang étranger au sang des belles autochtones. De leur union naquit Galatès. C'est lui - ce sont les descendants de ces premiers colons - qui a donné au pays son nom de Galatia. Ce sont ces descendants qui tentèrent de civiliser la Gaule en interdisant les injustices et les meurtres rituels que les indigènes commettaient sur les étrangers. Mais la population indigène était plus nombreuse que les soldats d'Hercule ; et les Barbares reprirent le pouvoir. Et Diodore termine par cet étonnant témoignage : Alésia, c'est-à-dire Taisey, était le foyer et la métropole de toute la Celtique. » (Livre IV, XIX et Livre V, XXIV).
Diodore spécifie par ailleurs qu'un grand nombre d'indigènes vinrent s'y établir, et comme ils étaient plus nombreux que les autres habitants, il arriva que toute la population adopta les moeurs des Barbares" Je ne vois pas les indigènes affluer vers le horst de Mont-Saint-Vincent, en pleine zone montagneuse, mais dans les terres fertiles de la région chalonnaise, oui ; et cela explique l'apparition, plus tard, de la nouvelle ville des bords de Saône, l'actuelle ville de Chalon.
Je terminerai enfin par ce témoignage du VI ème siècle avant J.C.. Évoquant notre région "barbare", Hécatée de Millet, historien et géographe grec ne cite que trois villes : Narbonne, Marseille qu'il situe en Ligurie et, au-delà de Marseille, Nuerax, habitée par les Keltoï. Il s'agit de la première mention connue des Celtes. Or, Keltoï est très proche du mot Kaldaï désignant les Chaldéens (2). Une Nuerax - nouvelle forteresse - au delà de Marseille, c'est-à-dire à l'extrémité du couloir rhodanien, avant que le fleuve bifurque, je ne vois que la position de Taisey qui satisfasse à cette condition. Métropole religieuse d'après Diodore, il s'agit sans aucun doute du site le plus important et le plus significatif de la Gaule. C'est de là que, venant d'Orient, va rebondir pour se répandre sur l'Europe et le monde une étonnante civilisation : la civilisation chrétienne.

Emile Mourey
[email protected]
www.bibracte.com
17 rue du château
71100 SAINT REMY
Renvoi 1. JO du 19/4/99, pp.2337-2338
JO du 2/07/01 page 3835
JO du 11/06/13 page 60777
Renvoi 2. Lettre du 27/10/2000 de M. Michel Duffour, secrétaire d’Etat à la Culture : ... Il ne paraît pas utile que le ministère de la culture et de la communication entretienne une polémique avec une personne, qui comme beaucoup de passionnés de son espèce, se place dans la posture de l’homme seul face au poids de la « science officielle ».
Copie à Drac Bourgogne et Drac Auvergne
Conseil régional
Conseil général
Presse
etc.

