jeudi 13 janvier - par Serge-André Guay

L’autoédition dans le cadre des loisirs littéraires

Plusieurs auteurs amateurs profitent de la période des Fêtes pour offrir en cadeau à leurs proches des exemplaires de leurs livres autoédités. Souvent, c'est la surprise générale, car l'entourage ne savait pas que la personne s'adonnait à un tel loisir littéraire.

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La plupart des guides et autres écrits au sujet de l'autoédition situent cette dernière en réaction aux refus des manuscrits proposés par les auteurs aux éditeurs. L'autoédition se présente alors comme une alternative à l'édition traditionnelle avec des buts similaires. L'auteur, dit-on, tente une percée dans le cadre d'une éventuelle carrière littéraire. Il attend de sa démarche d'autoédition des avantages pécuniaires. Et à ce titre, il sera qualifié d'« auteur entrepreneur ».

Il en va tout autrement avec l'autoédition dans le cadre des loisirs littéraires. L'auteur n'a aucune visée pécuniaire et se reconnaît comme un « auteur amateur ». L'autoédition s'ajoute comme une finalité de son travail personnel d'écriture, de révision et de correction. Grâce à l'autoédition, l'auteur amateur partagera ses écrits sous la forme d'un livre sur support papier et/ou numérique avec son entourage et son milieu de vie.

Autrefois, les loisirs littéraires d'un auteur amateur se limitaient à l'écriture, avec ou sans le support d'ateliers d'écriture. Aujourd'hui, grâce aux outils de l'informatique domestique, les loisirs littéraires d'un auteur amateur incluent de nouvelles activités. La correction et la révision assistée par un logiciel dédié, la mise en page grâce au traitement de texte, le tout dans le respect des règles typographiques désormais accessibles sur le web, la production des maquettes des couvertures avec des logiciels de composition graphique et la production de la maquette de l'intérieur du livre destinées à l'imprimeur, la production d'une version numérique à l'aide de logiciels spécialisés. L'auteur amateur profite aussi des nombreux tutoriels pour franchir chaque étape de ses activités d'écriture et de production de son livre. Toutes ces activités s'inscrivent désormais comme des pratiques culturelles en amateur.

Malheureusement, rares sont les offres en loisirs littéraires ciblant les auteurs amateurs et leurs projets d'autoédition dans les programmes des organismes commu¬nautaires et municipaux.

On trouve un bel exemple d'intégration des loisirs littéraires des auteurs amateurs dans le programme de la bibliothèque Françoise-Bédard de Rivière-du-Loup (Québec - Canada) sous le thème « Du manuscrit à l’édition – Une expérience locale » :

« Suite à une demande du milieu littéraire louperivois, la Bibliothèque a réalisé deux outils. Du manuscrit à l’édition, offre aux auteurs qui le souhaitent une boîte à outils pour les aider dans la publication de leurs oeuvres. Quant au site Web Nos auteurs, son objectif est de faire la promotion des auteurs locaux et de les mettre en valeur. » Source : Bibliothèque Françoise-Bédard / Rivière-du-Loup (Québec).

L'initiative répond à une demande du « milieu littéraire ». Ainsi, encore faut-il que la communauté soit dotée d'un « milieu littéraire ». Si plusieurs bibliothèques muni¬cipales accordent une certaine importance aux auteurs amateurs, entrepreneurs et écrivains professionnels locaux, il n'est pas dit que toutes ces personnes forment un « milieu littéraire » au sein de leur communauté locale. En effet, de l'écriture à l'édition, les loisirs littéraires demeurent avant tout des activités en solitaire. Même lorsque le programme offre des ateliers d'écriture, les participants retournent à leur solitude pour mettre en pratique leur apprentissage. La rencontre de l'auteur amateur avec sa communauté, moment où il sort de sa solitude, se tient soit lors du lancement de son livre, soit lors de la couverture de presse locale.

Aussi, l'auteur amateur n'entend pas répéter d'emblée son expérience d'écriture et de publication. Il a tenté l'expérience et ce fut une belle aventure, mais il s'adonnera à un autre loisir dans l'avenir. Cette situation s'ajoute à la difficulté de constituer un « milieu littéraire » pérenne au sein de la communauté. Et sans un « milieu littéraire », aucune demande suffisante n’émergera pour justifier la mise en place d'activités en loisir littéraire destinées aux auteurs amateurs.

Il apparaît tout de même impératif de mettre en place un tel programme, de le promouvoir et d'accueillir les auteurs amateurs, ne serait-ce qu'un à un. Par exemple, une bibliothèque municipale pourrait fort bien organiser trois ou quatre fois par année des séances d'information pour les auteurs amateurs. Constituer une banque de ressources locales ou régionales vers laquelle orienter ces auteurs amateurs.
Une rencontre annuelle de tous les auteurs amateurs de la localité ou de la région trouverait un certain succès, surtout si on ajoute à la liste des invités les écrivains professionnels de la région et tous les lecteurs intéressés.

Peut-on se contenter d'observer l'absence d'un « milieu littéraire » au sein de sa communauté ou une demande insuffisante pour des activités en loisirs littéraires ? Non, il faut faciliter l'émergence d'un « milieu littéraire », être le lien entre les auteurs amateurs et la communauté. Ce rôle revient aux bibliothécaires. Au Québec, les bibliothèques proposant des loisirs littéraires qux auteurs amateurs, de l'écriture à la publication, sont très rares.

 




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