jeudi 13 novembre 2014 - par Chloé

L’Azerbaïdjan, une éducation en construction

Il y a quelques jours, le représentant de l’Ambassade d’Azerbaïdjan en Finlande, Adish Mammadov, rencontrait le Secrétaire d’État au ministère de l’Éducation et de la Culture finlandais Kari Antilla. Cette rencontre avait pour objectif de développer les relations entre les deux pays et de renforcer notamment leur coopération sur plusieurs dossiers, dont l’éducation. Indépendante depuis plus d’une vingtaine d’années, l’Azerbaïdjan n’a eu de cesse depuis de tisser des liens étroits avec l’Europe et l’Occident afin de mettre en place un dispositif éducatif à la hauteur de ses ambitions. 

Des progrès freinés par le conflit du Haut-Karabagh

Soustraite aux directives de Moscou depuis 1991, l’Azerbaïdjan a dès lors décidé d’entamer un processus de développement ambitieux, avec pour objectif une ouverture vers le socle européen et vers l’Occident lui permettant de se détacher de l’image de nation archaïque, trop encombrante pour un pays qui souhaite s’imposer dans la communauté internationale. Pour ce faire, le pays a particulièrement cherché à diversifier son économie, majoritairement basée sur le pétrole, mais également à avancer sur certaines questions sociales comme l’éducation.

Afin d’instaurer un système éducatif viable et crédible, l’Azerbaïdjan n’a pas hésité à adopter les normes européennes et internationales en vigueur mais aussi à nouer des partenariats avec de grandes écoles de l’UE. Seulement, les nombreuses années de guerre ont meurtri le pays et ont considérablement ralenti le dispositif éducatif mis en place. En 2001, un groupe de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe recensait les dommages causés par le conflit qui opposait l’Azerbaïdjan à l’Arménie et les résultats sont à la mesure des événements.

On comptait alors les destructions d’établissements scolaires par centaines (616 établissements d’enseignement secondaire, 234 centres préscolaires, 12 écoles professionnelles ou encore 3 instituts universitaires, tous localisés sur des territoires occupés) pour un total des dégâts estimé à 1,5 milliards de dollars. Ces conflits ont poussé plus de 20.000 salariés du secteur de l’éducation et 130.000 élèves à se déplacer dans des écoles disséminées sur tout le territoire azerbaïdjanais.

Loin d’être apaisées, les tensions entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan sont toujours d’actualité. Cependant, le pays a su depuis une dizaine d’années concentrer ses efforts pour réinstaller l’éducation dans son processus de développement.

Faire de l’éducation une fenêtre vers l’international

Afin de parfaire son attirail de démocratie moderne et attractive, l’Azerbaïdjan a compris l’importance de l’éducation. Véritable baromètre diplomatique, le dispositif éducatif d’un pays en dit long sur la société qui l’occupe. Des progrès sont certes remarqués mais l’Azerbaïdjan souffre encore de traditions trop présentes qui mettent souvent à mal l’éducation, particulièrement celle des jeunes filles.

« C'est un fait malheureux mais certaines filles sont si déprimées de l'éducation qu'elles reçoivent, qu'elles envisagent sérieusement de se marier et de renoncer à leur scolarité ou de faire n'importe quoi d'autre plutôt que de terminer leurs études », déclare Mark Hereward, représentant de l’UNICEF en Azerbaïdjan, avant d’ajouter : « C'est pourquoi l'UNICEF travaille avec le ministère de l'Éducation pour s'assurer que les écoles soient aussi inclusives que possible ».

C’est ainsi que depuis trois ans l’ONG travaille de concert avec des associations sportives pour encourager les filles azerbaïdjanaises à utiliser le sport comme un moyen de « prendre le contrôle de leurs vies et de leur avenir, y compris à travers l’éducation ». La société civile n’hésite donc pas à prêter renfort au gouvernement azerbaïdjanais pour faire avancer les mentalités et libérer peu à peu la femme du poids du passé et d’un mariage précoce encore admis et répandu.

Pour renforcer l’interaction souhaitée entre l’Occident et l’Azerbaïdjan et accentuer les échanges internationaux entre élèves, le président Ilham Aliev n’hésite pas à allouer des budgets conséquents chaque année afin de pouvoir permettre à des milliers d’étudiants azerbaïdjanais de partir faire leurs études à l’étranger.

Ils étaient seulement 3.000 à avoir la chance de vivre cette expérience en 2007 et seront 15.000 en 2015 grâce à l’initiative du gouvernement qui souhaite en échange de ce petit coup de pouce que les élèves partis reviennent séjourner trois ans en Azerbaïdjan une fois leurs études terminées. Ce processus permet au pays de profiter du savoir faire des meilleures écoles du monde entier et de pallier un manque de main d’œuvre locale dans des secteurs aussi variés que l’informatique ou l’économie.

Autre signe d’ouverture sur le monde, l’Azerbaïdjan vient d’ouvrir le Lycée français de Bakou, sa capitale. Cet établissement français est une grande première et répond à un accord passé entre la France et l’Azerbaïdjan en 2011. C’est également un moyen pour les deux pays de nourrir des relations étroites, entamées il y a déjà plusieurs années. Relations qui devraient prendre de l’épaisseur avec la rencontre entre le ministre de l’Education azerbaïdjanais Mikayil JABBAROV et Najat Vallaud-Belkacem, prévue en novembre lors de la venue du ministre en France.

L’Azerbaïdjan a compris que pour trouver sa place sur l’échiquier mondial, elle devait pouvoir offrir à sa population un système éducatif à la hauteur des grandes démocraties internationales. Pour mener à bien cette mission, le pays devra cependant se pencher sur les coûts de scolarité souvent trop élevés comparés au salaire moyen perçu par les azerbaïdjanais. Un problème qui empêche aujourd’hui 20.000 étudiants de poursuivre leurs études universitaires et qui pousse certains à réclamer la gratuité des universités comme elle est pratiquée dans de nombreux pays.

Pour l’heure, le ministre de l’Éducation prévoit de mettre en place un crédit pour venir en aide aux étudiants en difficulté, mesure qui, si elle ne répond pas complètement aux désirs des étudiants, démontre la volonté du gouvernement azerbaïdjanais de faciliter l’accès de sa jeunesse à l’éducation. 




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