jeudi 11 janvier 2007 - par Nicolas Cadène

L’échec de Nicolas Sarkozy en Corse

Pour faire suite au bon article de Laurent Watrin, je souhaitais rédiger en tribune libre une analyse succincte de la politique de Nicolas Sarkozy en Corse après sa visite de vendredi dernier.

Le bilan politique du ministre d’Etat, président de l’UMP et candidat, y est marqué à la fois par le rejet de la proposition de réorganisation administrative pour laquelle il s’était engagé, après le référendum local en date du 6 juillet 2003, et par l’inquiétante augmentation des actes de délinquance.

Dernièrement, le ministre a pourtant cru bon de se féliciter en rappelant qu’il y avait eu 150 interpellations de poseurs de bombes en 2006.

C’est bien maigre, au regard des chiffres de la délinquance corse : 1497 attentats ont été perpétrés entre 1998 et 2005, avec une augmentation de plus de 72 % des actes de délinquance entre 2002 et 2005 (période à laquelle il était aux responsabilités).

Pour couronner le tout, on a dénombré 232 attentats et actes de dégradations en Corse l’année dernière (2006), soit 38% de plus qu’en 2005.

Le président de l’UMP est venu officiellement en tant que ministre de l’Intérieur. Mais c’est bel et bien en candidat à l’élection présidentielle que Nicolas Sarkozy a arpenté vendredi la Corse à l’occasion de sa 22e visite dans l’île de beauté depuis 2002, entretenant un scandaleux mélange des genres. C’est en effet aux frais du contribuable que M. Sarkozy fait aujourd’hui campagne.

Sans doute souhaitait-il par ce voyage effacer son échec de 2003, quatre mois avant l’élection présidentielle.

En effet, le résultat du référendum local a illustré la défiance des insulaires à l’égard du traitement de la question corse mais aussi à l’égard des politiques nationales, menées par Nicolas Sarkozy et le gouvernement. Les Corses étaient aussi des fonctionnaires mécontents de la réforme des retraites, des enseignants meurtris par une décentralisation qui fragilise l’école.

On objectera que le référendum local n’avait explicitement rien à voir avec le malaise social. Certes. Mais on sait que toute consultation de ce genre est, pour partie au moins, un plébiscite. Nicolas Sarkozy piaffait trop ostensiblement d’aller rechercher cette reconnaissance personnelle.

Quelle que soit la question posée, les électeurs expriment toujours une approbation ou un rejet de l’équipe en place. Cette composante plébiscitaire est d’autant plus forte que la question est complexe ou abstraite. Et en l’occurrence, on ne pouvait guère faire mieux que cette réforme administrative qui consistait à remplacer des conseils généraux par des « conseils territoriaux » ; où tout était confus, même l’argument séduisant de la simplification et de la décentralisation, brouillé par la rivalité entre Ajaccio et Bastia.

Pendant la campagne, on a même entendu les nationalistes dire que voter oui, c’était un pas vers l’indépendance alors que le chef de l’Etat affirmait que voter oui, c’était voter pour l’attachement de la Corse à la France...

La tentation était grande d’infliger un camouflet à Nicolas Sarkozy qui fit une fois de plus de la pure politique politicienne. Il voulait montrer plus d’habileté, plus d’activité que les autres, et fit huit fois le déplacement pour bien montrer à quel point ce vote serait le sien, et la victoire attendue, un succès personnel. Egalement, il s’est attaché à ménager les nationalistes et a organisé une couverture médiatique tonitruante.

Mais à la différence du processus de Matignon sous le gouvernement de Lionel Jospin, où l’on négociait avec tous les élus, de quelque bord qu’ils soient, sans traitement particulier pour tel ou tel, le processus « Sarkozy » était moins clair, moins « républicain ».

Autre différence majeure, Lionel Jospin avait bien dit que le processus n’irait à son terme que si les attentats cessaient. Or le référendum local de 2003 a eu lieu alors que la violence battait son plein. Finalement, Nicolas Sarkozy, trop pressé par le souci de son ego, a manqué de patience et de fermeté.

Nous traversons une crise du politique. M. Sarkozy doit cesser de prendre les citoyens pour des imbéciles. Une des significations du non corse - associé à un record de participation électorale - est que les citoyens veulent être consultés sur les grandes questions, mais pas manipulés.

On peut se demander s’ils ne le furent pas avec l’arrestation d’Yvan Colonna. Celle-ci a paru bien étrange, puisqu’ayant eu lieu l’avant-veille du scrutin. Si la manoeuvre pouvait paraître en tous points déraisonnable, ne serait-ce que pour les intérêts bien sentis de Nicolas Sarkozy (la colère prévisible des nationalistes ne pouvait que les pousser vers l’abstention, voire dans le camp du non), elle a cependant été accréditée par des gens proches du pouvoir comme le président de la collectivité territoriale, José Rossi, qui a parlé de la reddition d’Yvan Colonna, suggérant discrètement l’idée d’une négociation, et donc d’une arrestation mise en scène. Bref, ou bien M. Sarkozy s’est pris les pieds dans le tapis d’une manoeuvre trop machiavélique, même pour lui ; ou bien, sans rien faire de tel, il a réussi à éveiller les pires soupçons.

N’ayant visiblement rien retenu de la leçon, Nicolas Sarkozy croit aujourd’hui pouvoir « acheter » la paix civile (sa visite s’effectue après une série d’attentats) avec l’argent public : il a ainsi annoncé, vendredi à Ajaccio, l’octroi de 1,02 milliard d’euros pour un programme d’investissement (PEI) sur sept ans pour la Corse. Inutile de préciser qu’une telle annonce, jamais discutée au gouvernement et dont on ne connaît pas les modalités, relève de la pure démagogie.

M. Sarkozy se situe dans la droite ligne des méthodes du candidat Chirac, en promettant tout et n’importe quoi, sans s’y tenir. Il participe ainsi au discrédit de la politique et affiche un certain mépris des Corses.

Cette visite électoraliste, bien loin d’apaiser les tensions, aura surtout creusé davantage le fossé entre le pouvoir central et l’île. C’est pourquoi les élus corses de gauche ont boycotté cette visite.



19 réactions


    • parkway (---.---.18.161) 11 janvier 2007 14:16

      entre sarkolene et segozy, y’a pas photo, même combat !


  • sweetsmoke (---.---.241.2) 11 janvier 2007 12:16

    Assai intìngulu, ma pocu carne, mais bon article.

    Ah la corse, pays de rêves ou les radars automatiques contiennent la plus forte concentration de « plomb » en france


  • Algunet 11 janvier 2007 15:54

    Si j’ai bien compris, les attentats en Corse sont dus à l’incompétence politique de Nicolas Sarkozy et du gouvernement.

    Petit rappel, quelque soit l’homme politique français (UMPS) qui se déplace dans les départements corses, sa visite est toujours précédée de quelques attentats, (car il y en a toute l’année !) et les opposants politiques systématiquement de souligner l’erreur politique du gouvernement.

    C’est, comme qui dirait Duclos, avant sa déculottée aux élections et qui avait tout compris : bonnet blanc et blanc bonnet, ou si vous préférez, pour ceux qui ne comprennent pas :
    -  En allemand : « das ist Jacke wie Hose » (c’est veste comme pantalon)
    -  En français, qui en marre de se faire promener par les politiques : « C’est Sarkolène et Ségozky »
    -  Et pour ceux qui oseraient « c’est bonnet B et né bot »… bof

    Bon, c’est pas tout, mais la lecture de l’article, quoique qu’un tantinet partisan, était très intéressante et me rappelle, pour parler plus sérieusement, de très bons souvenirs de la Corse, des gens charmants et accueillants, des paysages magnifiques, l’odeur du maquis (l’été) et bien sur l’excellence des Figatelli fraîches au barbecue (celles de Bastia évidement !) et autres lonzi et coppe, le tout accompagné d’un Patrimonio, dans la vallée de la Restonica avec des amis corses, sous le soleil rasant de la fin de l’hiver…

    …du bonheur, « pace è salute a tutti per 2007 » ! smiley


    • LE CHAT LE CHAT 12 janvier 2007 09:36

      j’aime bien ton commentaire , Algunet j’aime bien les figatellis et la bière aux chataignes aussi ; non à l’uniformité et vive la france des régions smiley


  • Rage Rage 11 janvier 2007 17:11

    Une chose est certaine : Les Corses sont sans doute moins imbéciles qu’on veut bien le dire. Les attentats contre les biens ont été jusqu’alors le meilleur moyen de préserver leur île, et même si beaucoup condamne cela, j’y trouve personnelement une grande force pour résister à ceux qui veulent faire de la Corse une cour de récréation des parisiens les mois d’été.

    Pas étonnant qu’en venant en Corse 1 fois tous les 3 ans pour faire bonne figure, ceux qui se rendent sur cette île pauvre d’activités économiques s’en prennent plein la gueule. Sarkozy ou pas, c’est dans les actes que l’on prépare le mieux sa bienvenue ou non. En l’occurence pour lui, c’est bombe et promesses fiascos.

    Un bon aperçu de ce qu’il est et de ce qui nous attend si on a le malheur de céder à la machine médiatique décidemment en ordre de bataille pour nous lobotomiser le crâne jour et nuit.


  • Bill (---.---.10.25) 11 janvier 2007 17:23

    Pour bien discuter de la Corse et de ses problèmes, il ne faut pas y aller en Touriste...... et surtout ne pas être partisan comme l’auteur de cet article. Cela ne date pas d’hier et ce n’est pas Nicolas Sarkozy qui est responsable des attentats perpétrés sur l’Ile. Cela fait 35 ans que je connais cette situation explosive permanente. Conseils à l’auteur : Revoyez votre copie. Pace et Salute.


  • ea (---.---.9.37) 11 janvier 2007 23:01

    c est vrai qu il est cuisant l echec des politiques dans cette region, qu ils soient de droite ou de gauche. bon je ne vais pas me faire d amis mais tant pis. La corse est belle, on aimerai bien qu elle le reste, et ces habitants aussi non ? Il y a combien de « nationalistes » en corse ? 2-5% me dites pas qu ils y en a plus... ou alors je vais commencer a douter du nombre de cons la bas. Qu est ce qu ils defendent ces bandits de pacotilles, sans deconner. La corse jusqu a preuve du contraire fait parti de la france, avec ces forces et faiblesses comme tout pays, et les corses ne sont pas pour l independance... alors ou est le probleme, qu on laisse les poseurs de bombe se peter la gueule ou alors l etat mets fin a cette mascarade de nationalisme corse : des brigands d accord et encore, de 2 nde zone...a quand des frappes chirurgicales de l otan sur le maquis corse... ca changera pas bcp des feux de forets et ca sera plus calme apres, non ?


  • santudumenicu (---.---.18.194) 12 janvier 2007 09:13

    Arrêté les analyses sur la corse sans la connaître, vu uniquement par le prisme continentale, la situation corse est bien plus complexe que votre constat simplifié. Et commencez par ne plus jamais prendre de référence électorale ou référendaire pour vos observations. Il n’y a malheureusement que très peu de liberté de vote sur mon île, très peu de démocratie, toute tendance politique confondu. C’est un homme de gauche qui vous répond.


  • Yann (---.---.63.207) 12 janvier 2007 09:20

    Si sur le continent on avait eu l’intelligence de poser des bombes on aurait eu mois d’++++++ et de HLM pourris.


  • Sam (---.---.136.3) 12 janvier 2007 09:49

    M. Sarkozy se situe dans la droite ligne des méthodes du candidat Chirac, en promettant tout et n’importe quoi, sans s’y tenir. Il participe ainsi au discrédit de la politique et affiche un certain mépris des Corses.

    On ne saurait mieux dire.

    Mais évidemment qui sème le vent...SDNB est déjà fini avant de commencer.

    Note « grise » des RG : le favori du Parti de la Mort ne franchira pas le premier tour. La porte c’est par là.


  • ced (---.---.130.227) 12 janvier 2007 13:24

    he bien, au moins voilà un article tout à fait objectif... Un journaliste a 3 règles de base à respecter : contextualiser, recouper ses sources et rester neutre...

    Sûr qu’avec un lien pour adhérer au PS sur votre site vous respectez cette règle.....

    Pathétique


    • Nicolas Cadène Nicolas Cadène 12 janvier 2007 13:29

      Depuis quand un journaliste ne peut-il pas donner son opinion ? Quoi qu’il en soit, je ne suis pas journaliste.

      Votre propos est absurde pour ne pas dire plus !

      Ensuite, le lien dont vous parlez est sur mon site, pas sur AgoraVox !

      Enfin, cet article est classé en « tribune libre », saisissez-vous le sens que cela donne ???

      Navré de vous apprendre que tous ne soutiennent pas votre candidat : M. Sarkozy.


  • dwd2b (---.---.90.98) 12 janvier 2007 13:53

    Enfin pour parler de l’annonce du PEI « jamais discuté au gouvernement » (sic) : Le Plan Exceptionnel d’Investissement est prévu par la loi du 22 janvier 2002 relative à la Corse, et destiné à aider la corse à surmonter ses handicap naturels.... Renseignez vous !

    Par exemple ici, pour voir l’état d’avancement du PEI : http://www.corse.fr/moyens/planification/pei.php?id=7&id2=53&id3=64


    • Nicolas Cadène Nicolas Cadène 12 janvier 2007 15:21

      Désolé, mais vous confondez tout, sans doute volontairement...

      Il n’était pas prévu dans ce plan d’enveloppe de 1,02 milliard d’euros.

      « Renseignez-vous »...


  • A Corsica un hè micca a francia (---.---.81.254) 12 janvier 2007 20:21

    La corse jusqu a preuve du contraire fait parti de la france

    Bravo, voila comment l’état français à reussit son coup : plus les gens sont incultes, plus ils croient ce qu’on leur dit. La Corse fut souvent conquise et se fut après 6 siècles de domination génoise que la corse est devenue indépendante sous la direction de Pasquale Paoli. La Corse était beaucoup en avance sur la France : Vote universel (la femme a voté en Corse 200 ans avant que se ne soit le cas en France) la première constitution moderne : celle dont ce sont inspiré les états unis puis la france, était Corse.

    La France a acheté la corse a genes alors que les genois n’y était même plus !! La France est donc venu prendre la Corse par les armes et le sang... puis un politique collonialiste pendant deux siecles pour que les corses eux même en arrivent à dire que c’est normal, la corse c’est la france, nos ancetres c’était les gaulois... pfff ! Je vous le dit si notre histoire nous était enseignée, dans notre langue qui plus est, le nombre d’indépendantistes corses (et non colons français habitant l’ile) monterai à 90%...


  • titinu (---.---.38.235) 13 janvier 2007 14:09

    presque 2 heures pour aller de l’aéroport d’Ajaccio a Sainte Lucie de Tallano ... l’hélicoptère a du faire un sacré détour car il faut moins de temps en voiture ...

    un sacré trou dans son emploi du temps ... que cache-t-il en réalité ?


  • torvik (---.---.174.252) 13 janvier 2007 19:10

    votre article est très amusant : si les Corses posent des bombes ce serait bien entendu l’entière responsabilité de Sarkozy. Autre amusement à vous lire : Jospin a édicté un principe, dialogue ou violence, mais vous vous rappellerez que trois jours avant le lancement du processus, une bombe dévastait une trésorerie ..., ce qui n’empêcha nullement Yoyo de recevoir des terroristes ou leurs amis (un ami de Talamoni a été tué dans le dernier attentat raté) à Matignon. Quand on arrête Colonna, à vous écouter il faudrait presque le regretter & sans doute se féliciter de l’omerta générale en Corse. Quant aux petits fonctionnaires - je suis enseignant à partir de septembre 2007 & j’ai l’intention d’aller en Corse - meurtris, laissez-nous rire : travailler deux ans & demi de plus ne mettre pas un seul fonctionnaire en dépression ou en mort subite ! Un dernier amusement en passant : le score du référendum de 2003 marquerait la défiance des Corses : mais poursuoi ne pas le donner ce résultat ? Vous avez peur ? 60% d’exprimés, 50,99% pour le non, avec 2238 voix. Un mouchoir. Comme quoi les Corses ne doivent pas le haïr autant que vous. Au fait, de tribune libre on repassera : assumez vos opinions au lieu de jouer les saintes n’y touchent.


  • erik-geshom (---.---.105.20) 28 janvier 2007 11:40

    il y a une chose curieuse en France, c’est que lorsque des Islamistes posent des bombes ou détruisent on appellent cela des terroristes et quand les corses posent des bombes on appelle cela des indépendandistes. Pour moi les poseurs de bombe corse sont des terroristes au même titre que n’importe quel terroriste qui utilise la force brutale et stupide pour se faire entendre. Bien que j’ai des doutes la dessus car peut etre ne veulent ils pas se faire entendre mais tout simplement détruire du continental, car c’est un peu facile de détruire les habitations des continentaux ou de tuer des personnes car elles représentent l’état et d’un autre côté recevoir l’argent de cet état. Il faudrait un peu cesser de dire que c’est la faute à la droite qui n’a rien fait car que ce soit la droite ou la gauche cela n’a rien changé en corse. Il faut combattre le terrorisme ou qu’il se situe dans la société, et arrêtez de trouver des excuces à ces criminels. S’attaquer ou tirer dans les logements des familles des gendarmes ou abattre des gens dans la rue c’est effectivement faire preuve d’un grand courage au lieu de débattre sérieusement à une table, mais ce serait une honte qu’un gouvernement débatte avec des gens qui ont du sang sur les mains. Donc les politiques avant tout sont responsables de la dégradation qui durent depuis des décennies, ce n’est pas sarkozy qui est la cause du terrorisme corse. Aucune région en FRance (continental) ne bénéficie d’autant d’indulgence que la Corse. Aucune région sur le continent ne pourrait se permettre ce qui se passe en Corse. Il faudrait aussi que les journalistes cessent de dématriser et appelle ceux qui dynamite place des bombes ou tuent, des terroristes et non cette larmoyante platitude du mot indépendantistes, comme si ce mot simplement suffisait à excuser des actes ignobles.


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