jeudi 7 mai 2015 - par Anthony Morel

L’école de la République n’est plus : nos enfants sont sacrifiés

Depuis deux ans, notre petit village (3000 âmes) doit se bouger et manifester contre la fermeture d'une classe. Cette année encore nous avons bloqué l'école (paradoxe, lorsqu'on se bat pour le maintien d'une classe) pour montrer notre désaccord avec une politique académique basée sur les seuls chiffres des effectifs.

Tous les intervenants de l'école (psychologues scolaires, instituteurs, intervenants externes suite à la mise en place de la réforme) sont d'accord sur le fait qu'énormément d'enfants sont en difficulté scolaire (souvent accompagné de difficultés sociales, psychologiques ou comportementales) et en grande souffrance.

Les hasards de la démographie font qu'effectivement les effectifs sont cette année en très légère baisse, mais les données de l'INSEE ne mentent pas et le village est en pleine croissance (locations, constructions), ce qui va inévitablement renverser la courbe des chiffres dans les prochaines années.

Les instances décisionnelles ne tiennent pas compte des particularités de notre école et nous nous battons, pour nos enfants, contre des personnes sourdes ou (pire peut-être encore) impuissantes.

Parce que la République doit tout mettre en œuvre pour le bien de nos enfants, parce que nous refusons que des chiffres et des effectifs prennent le pas sur la qualité de l'enseignement : nous, parents, grands parents et proches refusons de perdre à nouveau une classe à l'école primaire Jean Auzilhon de Quissac.

Les contraintes et particularités de notre école nécessitent des moyens ciblés et nous voulons donner toutes les chances aux enfants qui l'habitent au quotidien.

Plus qu'un lieu d'apprentissage, l’École est le terreau d'une société et nous devons tout mettre en œuvre pour que nos futurs citoyens s'épanouissent sereinement, et surtout, qu'ils ne viennent pas alimenter les futures statistiques du chômage, de la précarité et de la délinquance.

L'année passé nous avions déjà bloqué l'école, bloqué la circulation, été reçu par l'académie. Notre investissement est parfois épuisant mais nous refusons de plier devant une politique qui s'appuie uniquement sur des quotas, chiffres, données brutes et qui « déshumanise » l'école.

Cette année encore nos revendications n'ont pas été entendues et le cas se présente à nouveau où un enfant est en partie déscolarisé (12 heures de cours par semaine) parce qu'aucune place n'est disponible en institut spécialisé (SESSAD, I.M.E. …) et que les moyens attribués à l'école sont dérisoires.

Qu'il est facile de fermer une classe pour cause d'effectif mais, parallèlement, de ne pas en ouvrir dans les établissements spécialisés alors que la demande est pressante (plusieurs années d'attente, des files d'attentes croissantes).

Notre revendication ne tournent pas autour de notre seule école. Elle soulève des problèmes d'ordre national : notamment les zones rurales sont défavorisées parce que tous les moyens sont attribués à des zones urbaines (souvent mieux loties de part les structures associatives et médicales qui s'y localisent).

L'école de la république (j’ôte volontairement la majuscule) devient un terrain « darwiniste » où la loi du plus fort, du mieux adapté, n'est plus contrebalancée par le rôle d'un état qui se désengage progressivement. La plus froide logique administrative décisionnaire admettrait que le peu d'économie que nous réalisons aujourd'hui induira nécessairement un coût exorbitant dans l'avenir. L'absence de prévention aujourd'hui impliquera la mise en place de remèdes que nous ne pourrons pas même assumer dans l'avenir.



23 réactions


  • Séraphin Lampion P-Troll 7 mai 2015 13:19

    « la loi du plus fort, du mieux adapté, n’est plus contrebalancée par le rôle d’un état qui se désengage  »


    C’est vrai pour l’école comme pour le reste.
    La notion de service public recule pour être peu à peu remplacée par celle de services marchands.
    Non seulement l’état se désengage, mais il est appelé à disparaître dans une Europe des régions qui supprimera les nations et limitera les services contrôlés par le pouvoir à la police, l’armée, le fisc, une partie de la santé (celle qui n’est pas juteuse) et l’équipement.
    Tout ce qui peut être privatisé (dont l’école) le sera, et les « plus défavorisés » n’auront plus qu’à pleurer... ou faire la révolution, mais ça n’en prend pas le chemin.

    • Vipère Vipère 7 mai 2015 13:31

      @P-Troll


      L ’etat se privatise ! Voir le gouvernement au service des affairistes, Tapie, Dassault et consorts..
      ..

    • Mmarvinbear Mmarvinbear 7 mai 2015 13:49

      @P-Troll
      Arretez de vous plaindre, vous voulez ?


      Vous avez voté depuis plus de 10 ans pour des politiques qui vous promettent de baisser les impôts.

      Et qui finance les écoles ?

      Vos impôts.

      Vous vous êtes tiré une balle dans le pied à écouter le premier marlou venu qui vous a flatté dans le sens du poil.

      Pour réparer vos dégats, il faudra une décennie au moins.
      Assumez.

    • Séraphin Lampion P-Troll 7 mai 2015 14:25

      @Mmarvinbear

      vous ne savez ni qui je suis, ni pour qui je vote, si je vote, et vous parlez comme un donneur de leçons !
      Occupez-vous de vos affaires !
      Je suis sûr qu’elles ne sont guère florissantes ni reluisantes !

    • Mmarvinbear Mmarvinbear 8 mai 2015 01:24

      @P-Troll
      On a tort, je pense, de fustiger les donneurs de leçons.


      Regardez votre cas. Vous n’êtes pas content.

      Soit parce que vous avez participé à l’élection de candidats qui ont tenu leur promesse de baisser vos impôts. Bien entendu, vous aviez mis vos oeillères pour ne pas voir que cela allait forcément se traduire par du service public en moins. Tout ce que vous voyiez, c’était que vous pouviez mettre plus d’argent de côté par mois. Ou alors vous payer plus rapidement le plasma de 212 cm de vos rêves. 

      Forcément, le réveil est difficile. Et je le comprends.

      Autre cas de figure : vous ne votez pas ou plus pour des raisons x ou y. Ce qui est pire, car dans ce cas vous laissez la décision à d’autres. Et comme les autres ne sont pas du même avis que vous, eh bien le programme appliqué est le leur.

      Vous n’avez donc dans ce cas pas de droit objectif à vous plaindre.

      On peut être citoyen de deux façons. Soit en restant passif, et se contenter de consacrer une heure un dimanche ou deux de suite tous les 18 mois en moyenne à mettre un morceau de papier dans une urne, soit en étant plus actif, en participant à des partis, ou des associations, en donnant une heure ou deux par semaine. C’est selon les possibilités et les envies.

      Mais ne rien faire ? Et ensuite s’en plaindre ?



    • soi même 10 mai 2015 19:44

      @P-Troll « la loi du plus fort, du mieux adapté, n’est plus contrebalancée par le rôle d’un état qui se désengage » il est visible que l’auteur ne se rappel pas des premier prix de l’école public, ; encore un qui croit à la vertueuse état providence et qui ne soupçonnes pas un instant que l’école à été fondé pour avoir de la chair à canon à pas prix !

      Les hussards noir de la République visiblement inconnue au bataillon, et pourtant il y a un siècle, ces bouchés ont remplis les tranchés !


  • lsga lsga 7 mai 2015 17:42

    L’école de la République n’a jamais existé. La France a toujours été un pays profondément inégalitaire, avec une reproduction des classes et des élites plus importante que n’importe où d’autre en occident. 

     


    • soi même 10 mai 2015 19:28


      @lsga, oui, la seul époque où la France était égalitaire , c’est il y a longtemps, pendant la Terreur !


  • Le p’tit Charles 8 mai 2015 07:34

    Hollande continue le travail commencé sous Sarkozy..à savoir l’arabisation de la France tout simplement..Le « SAVOIR » n’étant pas la priorité chez ces gens il nomme Belkacem (algéro-marocaine) pour accomplir le boulot... !


  • Crab2 8 mai 2015 13:24

    Réforme du collège

    « La soumission au religieux est un désastre  »  ! - Élisabeth Badinter -

    http://laicite-moderne.blogspot.fr/2015/05/reforme-du-college.html

    ou sur

    http://laiciteetsociete.hautetfort.com/archive/2015/05/02/reforme-du-college-5614498.html


  • Jean J. MOUROT Jean J. MOUROT 8 mai 2015 14:00

    Question : après la suppression de cette classe, combien de classes reste-t-il dans l’école ?


    • Anthony Morel 8 mai 2015 14:07

      @Jean J. MOUROT
      Bonjour
      L’école passe de 11 classes (l’année passée) à 9 classes l’année prochaine. C’est un établissement qui accueille les enfants de plusieurs villages, sous forme juridique d’un SIRP (regroupement pédagogique).


    • Jean J. MOUROT Jean J. MOUROT 9 mai 2015 10:04

      @Anthony Morel
      Dans ce cas, je ne suis pas sûr que la suppression d’une classe détériore réellement la possible qualité de l’enseignement dispensé. (Mais apparemment, il s’agit de 2 classes). En revanche, cela complique évidemment le travail des enseignants. Les a-t-on formés à gérer l’hétérogénéité des classes ?

      J’ai enseigné pendant 21 ans (en campagne) dans une classe à 3 ou 4 niveaux avec des résultats apparemment satisfaisants. Quand je me suis retrouvé, par la suite, dans une classe à un seul cours, j’ai trouvé le moyen de le dédoubler pour ne pas condamner les plus « faibles » de mes élèves aux mauvaises notes et tenter de les faire progresser selon leur rythme propre. Parmi ces « faibles », j’en ai au moins un qui a réussi à passer un bac pro...


    • Anthony Morel 9 mai 2015 10:38

      @Jean J. MOUROT

      Si l’on considère une école comme un écosystème, on observe à quel point ces ouvertures/fermetures (d’année en année) sont des chamboulements qui déséquilibrent et viennent s’ajouter à d’autres facteurs d’instabilité. Je peux donner quelques exemples concrets :

      - les derniers instits sont sur la sellette et ne peuvent pas s’investir totalement avec l’équipe pédagogique et n’ont pas le temps de connaitre leurs élèves (ils arrivent et repartent, basculés d’école en école). J’ai le cas d’un instit en tête qui est resté un an, est parti sur une autre école dont une classe a fermé l’année suivante : et donc 3 écoles en 3 ans.

      - lorsque toutes les classes ont des enfants en difficultés (un, deux ou trois enfants qui peuvent facilement perturber un groupe de 25 ... et attention, je ne rejette pas la fautes sur des gosses). Il suffit d’une seule fermeture pour que la réorganisation implique de rassembler ces même enfants ... On en vient a faire les niveaux et les répartitions pour que justement on puisse séparer certains « élément » et cela devient quasiment impossible

      - quand on connait les difficultés pour remplacer des instits qui « craquent » littéralement ... et qu’une classe se retrouve, sur une années avec des postes de remplacement de 3/4 semaines : on se retrouve avec des élèves qui ont 3/4 instits différents sur une année.


    • Jean J. MOUROT Jean J. MOUROT 9 mai 2015 18:25

      @Anthony Morel
      Il est vrai que les fermetures de classes obéissent plus à des nécessités comptables que pédagogiques !


    • Aristide Aristide 9 mai 2015 18:44

      @Jean J. MOUROT


      L’utopie des moyens illimités est assez facile à démonter. Sur cette affaire, on ne sait rien, un article qui ne dit pas combien de classes, on le sait maintenant, mais combien d’élèves ? Combien de classes doubles ?

      L’adaptation au nombre d’élève est une obligation assez cohérente quand on sait que l’on doit utiliser les moyens et les ressources humaines au mieux. 


  • Pere Plexe Pere Plexe 10 mai 2015 12:05

    Le principal est que dans les collèges bourgeois l’enseignement du latin et du grec soient toujours offerts à notre futur élite.

    C’est du moins une opinion largement défendue sur Agoravox.

  • soi même 10 mai 2015 19:25

    Et oui c’est cela donné crédit aux molochs et bien l’on finie par être cocus !


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