samedi 1er août 2009 - par Caleb Irri

L’école pour ouvrir, pas pour fermer

Lorsque l’on est enfant, les adultes nous laissent croire à nos rêves. Père noël, contes de fées, magie et compagnie, tout est autorisé pour développer l’imaginaire. Certains rêvent d’être cosmonautes ou médecins, d’autres d’être pompiers ou policiers, et d’autres encore de vivre l’aventure, d’aller chasser le dragon ou de découvrir des tombeaux égyptiens.

Tout ceci est bien beau, mais en grandissant le champ des possibles se rétrécie, et l’imaginaire est vite frustré : les dragons n’existent pas, les pompiers ne gagnent pas des millions, les archéologues doivent avant tout creuser la terre avec des pinceaux… et pour être cosmonaute ou médecin, il faut se farcir un paquet de mathématiques et des études interminables. Rapidement, le discours parental se précise.

Avant de réaliser ses rêves, il faut de toute façon passer par l’école, et y réussir. Mais qu’est-ce que réussir à l’école ? réussir à obtenir les meilleures notes ou réussir à trouver sa voie ?

Tout découle de cette question, qui remet en cause la fonction de l’école dans la réalité : il faut aller à l’école pour « réussir » dans la vie, c’est à dire obtenir les meilleures notes pour avoir l’opportunité de choisir sa voie. 

Alors que l’école devrait être le moyen d’ouvrir au maximum les perspectives de l’enfant, le système de notations mis en place il y a fort longtemps ne fait que sélectionner les meilleurs éléments, en fermant les portes aux autres, et ce sans la moindre considération des volontés et des désirs de l’enfant. Et encore, même les meilleurs éléments sont sujets à des fermetures : d’une part en fonction des moyens des parents, et d’une autre part en imposant un choix, une direction à laquelle il faut se résigner bien avant d’avoir la maturité suffisante pour le faire. Finis les rêves de gosse, l’argent devient très vite l’objectif à atteindre, le symbole suprême de la « réussite ». Et c’est avec cet objectif qu’il faut composer pour faire son choix. Pour être riche il ne faut faire ni policier ni ouvrier, il faut faire des « affaires ». Petit à petit, ce qui ne venait même pas à l’esprit pur de l’enfant vient comme une évidence : il faut faire une école de commerce, et travailler dans la finance. Peu importe en quoi consiste le métier choisi, il faut gagner de l’argent.

Bien sûr, certains ouvriers sont devenus de grands chefs d’entreprise, les médecins ne sont pas à plaindre, et les policiers peuvent monter en grade. Mais à une condition, celle d’avoir réussi à faire correspondre ses désirs avec une volonté inébranlable. Car en réalité c’est là que se trouve la différence entre un bon médecin et un grand chef d’entreprise : il n’est pas là par défaut de réussite scolaire mais par choix délibéré, par volonté.

Mais combien de bons éléments sont ainsi écartés de leurs désirs par la sélection scolaire ? combien de volontaires ayant la vocation de guérir les autres en sont empêchés pas des résultats mathématiques désastreux (qui en plus ne leur serviront jamais par la suite) ? combien de financiers travaillant à rebrousse-poil auraient pu être de grands chefs d’entreprise, ou même d’excellents ouvriers ?

Pourtant, des siècles de philosophie, de psychologie, d’étude des hommes, ont montré clairement que l’on ne fait bien que ce que l’on aime.

Voilà à quoi devrait servir l’école : apprendre à découvrir ce que l’on aime. Peu importent les résultats, ou le temps qu’il y faut passer pour trouver sa voie. L’essentiel est le bonheur, pas l’argent. Il faut que l’école soit en mesure d’ouvrir un maximum de portes, et le rôle des professeurs devrait être non pas de noter, mais d’orienter, de comprendre les désirs, parfois secrets, des enfants qui recherchent leur voie. Et de les y accompagner, de les motiver, non pas de les sanctionner. De leurs donner les clefs, pas de leur fermer la porte au nez.

Si un enfant n’y arrive pas mais que le désir lui reste, il faut lui donner la possibilité de recommencer, et s’il ne se dégoûte pas de lui-même, il y arrivera.

Voilà l’école comme je l’aurais rêvé. Pourquoi n’existe-t-elle pas, me demanderez-vous ?

Et bien je vous répondrais alors par une autre question : qui voudrait alors être financier ??



2 réactions


  • c.d.g. 1er août 2009 17:23

    Pourquoi n’existe-t-elle pas ?
    parce qu on a pas besoin de milliers de cosmonautes

    Le second probleme est qu il faut malgre tout une selection. Vous voudriez monter dans un avion pilote par quelqu un de passionne par son metier mais qui est incapable de lire les instruments correctement ? (idem pour un chirurgien qui a eut son diplome « a l anciennete »)

    Je ne sais pas pour la generation d ecolier actuel, mais il y a 20 ans les choix se faisait plus par le prestige (ou la voie naturelle) qui par le montant des revenus
    On allait en Terminale C parce qu on etait bon eleve (par forcement matheux). On faisait une ecole d ingenieur parce qu on etait parmi les meilleurs de sa classe et que math sup c etait la voie normale.
    C est sur que la perspective de trouver facilement un travail jouait, mais pas le montant des revenus. Maintenant le trader a certainement plus la cote (ce qui est a mon avis une bonne chose car l industrie est en train de mourir en France et la R&D ne va pas tarder a faire pareil)

    Reste a savoir ce qu on va faire de tant de financier smiley


  • Surya Surya 1er août 2009 21:54

    J’adhère en grande partie à vos idées, mais pas sur tout, et je voudrais aussi faire remarquer que des écoles alternatives existent, qui ont essayé, et essayent toujours, de mettre l’accent sur l’épanouissement plus que sur les performances et la compétition. C’est une bonne chose, le seul problème, c’est que beaucoup ont été (vont) trop loin dans cette voie du « radicalement différent ». Comme quoi...

    Par exemple, je trouve que l’expérience de Vitruve telle qu’elle a été menée dans les années 70 a poussé le bouchon trop loin dans la négation des méthodes « traditionnelles » : fini les cahiers, les gamins n’écrivaient plus, et en plus ils étaient politisés par les enseignants, si j’en crois un documentaire vu l’année dernière (ou celle d’avant je sais plus) sur Arte, qui montrait ces faits, le discours archi révolutionnaire des enseignants, et les enfants jouant des sketches politiques mettant en scène un patron et un ouvrier, censés faire leur éducation... Je ne sais pas comment fonctionne Vitruve aujourd’hui.

    J’ai également rencontré des directeurs ou fondateurs d’écoles alternatives (hors contrat) qui pensent que le savoir académique n’a pas d’importance du moment que le gamin s’éclate. Les contenus dans leurs écoles sont réduits au strict minimum, et je ne saurais pas vous dire pourquoi, mais à chaque fois la personne que j’ai rencontrée attachait une énorme importance à l’activité de jardinage. Je sais pas pourquoi, mais il fallait absolument que le gamin jardine, qu’il plante chaque jour des trucs dans le potager derrière l’école. C’est bien de jardiner, mais là ça semblait vraiment excessif.

    On voit de tout, du bon, du moins bon, mais en tout cas, ce genre d’écoles différentes existe bel et bien.

    Pour les notes, c’est vrai que ça induit un stress et un esprit de compétition qui sont à mon avis aussi complètement inutiles. L’enseignant en a peut être besoin pour lui, pour visualiser le parcours et l’évolution d’un élève, mais les communiquer à l’élève (et en plus souvent devant toute la classe !) est en effet néfaste et stigmatiseur.

    Pour la sélection scolaire artitraire, je suis également d’accord avec vous. On aiguille une bonne fois pour toutes un gamin sur une voie, et ensuite c’est quasi impossible d’en changer, meme si soudain une vocation nait chez le jeune et qu’il souhaite se reconvertir vers d’autres études.

    Ce problème serait résolu si nous adoptions le système de bac anglais (un bac par matière) qui permet des reconversions si l’on se trompe de voie, en repassant simplement le ou les matières nécessaires. D’autant plus que les vocations sont parfois longues à se manifester. Tout le monde ne sait pas encore à 14 ou 15 ans à quoi il veut consacrer sa vie, et c’est bien normal.


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