lundi 19 février - par hamid zanaz

L’équipe nationale, l’arbre qui cache la misère du foot algérien !

 

La passion des Algériens pour le football, notamment pour les matchs de leur équipe nationale, n'est plus seulement une recherche de divertissement, mais plutôt la recherche d’une certaine transparence et d’une réussite absente de leur vie politique, économique et culturelle. Les autorités recourent au football pour remplir ce vide existentiel, exploitent la victoire de l'équipe nationale dans n'importe quel match pour tenter de détourner les Algériens de leurs besoins réels et ainsi les noyer de plus en plus dans l'illusion de victoires et de réalisations virtuelles.

Depuis l'indépendance en 1962, les autorités ont tenté, et réussi à de nombreuses occasions footballistiques, à transformer de larges segments d'Algériens en un bloc de masse et créer l'individu satisfait, dépourvu de facultés critiques, victime des tromperies constantes des médias. En investissant dans la victoire de l’équipe nationale de football, les autorités ont travaillé à hypnotiser les gens en semant des illusions à travers des médias domestiqués qui commentent les matchs jour et nuit et continuent d’ignorer les problèmes fondamentaux du pays.

 

En réalité, l'équipe nationale algérienne est l'arbre qui cache la forêt morte du football algérien qui, malgré le nombre impressionnant de pratiquants et les centaines de jeunes talents, ce football ne produit plus de joueurs capables de porter les couleurs nationales, et cela en raison de la négligence du joueur local par les instances de football. La faillite est visible dans le domaine de la formation, dans la capacité à organiser des championnats respectables, ainsi que dans la dépendance à l'égard de ce que propose l'école française. On importe des joueurs de foot comme on importe les biens de consommation.

 

Certes, elle représente l’Algérie, mais c’est une erreur majeure de dire que l’équipe nationale algérienne représente le football algérien. Elle n’en émane pas du tout, et il est trompeur de considérer ses victoires ou ses défaites comme l’expression de l’état du football en Algérie.

Si l'équipe algérienne est l'une des équipes les plus riches présente à la dernière CAN, avec d’importants moyens - voyage en avion privé , hôtel privé à côté du stade, dirigée par un entraîneur qui gagne 208 000 euros par mois, meilleur salaire en Afrique et parmi les dix meilleurs au monde - on constate que la plupart des clubs algériens sont pauvres et incapables d'offrir les moyens les plus rudimentaires aux jeunes joueurs locaux.

Jusqu’en 2022, il n’existait pas un seul stade aux normes internationales en Algérie. Tous les spécialistes s’accordent sur le fait que si les lois étaient strictement appliquées, tous les stades algériens sans exception auraient été fermés parce qu'ils ne remplissaient pas les conditions stipulées par la loi. Ils ne sont tout simplement pas en mesure d'assurer les conditions minimales de sécurité pour les joueurs, les arbitres et le public. Quant au rectangle vert, il a perdu sa couleur depuis longtemps en Algérie. L’ex-sélectionneur national Djamel Belmadi a menacé à plusieurs reprises de ne plus organiser les stages et même les matchs de l'équipe nationale en Algérie, en raison des pelouses locales inadaptées et du manque de structures sportives modernes.

 La Fédération algérienne de football (FAF) n'a pas réussi à organiser un championnat local respectable, car ces dernières années, la discipline a atteint un niveau effroyable de violence et de manipulation des résultats. Mais la chose la plus dangereuse qui menace l'avenir du football algérien est la dépendance et le recours systématique à des joueurs issus de l’immigration, même dans les catégories de jeunes, en plus du terrible manque de formation et d'intérêt pour les joueurs locaux, qui ont été découragés car convaincus qu'il n'y aurait pas de place pour eux dans l'équipe nationale, aussi talentueux soient-ils, car l'équipe de leur pays dépend des joueurs venant d’ailleurs, sous prétexte qu'ils soient mieux formés.

Les responsables du football algérien, les médias sportifs et même le public dans sa majorité, n’ont pas saisi que la performance dans les compétitions africaines ne peut être atteinte que par des joueurs formés localement. En 2019 par exemple, malgré l’éloge des médias pour les joueurs formés à l'étranger dans l’obtention de la coupe d’Afrique des nations en Egypte, la clé de cette victoire de fennecs revenait essentiellement à quatre joueurs formés en Algérie. Ils ont défendu les couleurs avec une force folle. Pendant les matchs, ils mettaient leurs têtes là où les joueurs venus d’ailleurs n’auraient même pas le courage de mettre leurs pieds.

 

Nous ne voulons pas dire qu’ils sont moins patriotes que les joueurs locaux, mais plutôt qu'ils sont psychologiquement éloignés de l'ambiance de la compétition en Afrique, notamment dans les tournois fermés comme la Coupe d'Afrique des nations, et ne sont pas prêts à supporter la pression physique et climatique difficile.

 

Alors, que peut-on faire pour que l’équipe nationale algérienne représente véritablement le football algérien ?

 

 Primo, organiser la maison du football algérien en s'intéressant d'abord à la formation, puis en organisant de vrais championnats, toutes catégories confondues, et en ne se précipitant pas pour obtenir des résultats. Secundo, cesser progressivement de dépendre des joueurs expatriés et renforcer l'équipe nationale avec seulement deux ou trois joueurs qui amèneraient un véritable avantage, comme cela a été le cas par le passé, et fermer la porte à tous ceux qui souhaitent rejoindre l'équipe nationale algérienne seulement pour avoir le statut de ‘joueur international’. Tertio, la gestion du football algérien doit revenir à ses enfants, notamment aux joueurs et professionnels du sport marginalisés en Algérie ou exerçant dans de nombreux pays, notamment du Golfe. Quarto, reconsidérer le football comme un sport et non pas un moyen de canalisation des frustrations populaires.

 

Le revers d’une deuxième élimination consécutive dès le premier tour de la Coupe d’Afrique des nations sera-t-il l’occasion de revoir le système footballistique en Algérie, de fond en comble ?

 



5 réactions


  • zygzornifle zygzornifle 19 février 16:33

    Le foot ne calme pas la délinquance dans nos merveilleuses cités de non droit ....

    La fRance a divorcée de l’Algérie mais elle a gardé ses enfants ....


  • saint louis 19 février 20:38

    Finalement, dans beaucoup de pays du monde, l’élite ne favorise pas le développement des forces qui font grandir une nation que ce soit sur le plan sportif ou économique et que le peuple attends de ses élus.

    C’est le cas en Afrique mais ailleurs aussi.


  • Areole Areole 19 février 21:07

    Le football comme le rugby sont des sports britanniques qui nécessitent un minimum d’abnégation, d’esprit de sacrifice, d’oubli de soi au profit de l’équipe voire de l’équipier, très loin de la loi du clan qui domine au Magreb.

    Tous les pays du golfe savent que leur seule chance de jouer (ne serais-ce comme simple faire-valoir) dans les compétitions internationales se limite à payer très cher des joueurs et des entraîneurs étrangers.

    Si l’Algérie, qui a la chance de pouvoir bénéficier des bi-nationaux formés en France sans débourser un seul dinar, veut s’en passer elle sera réduite à sa propre misère footbalistique...Incha’Allah !

    Karim Benzéma joue en Arabie Saoudite, paraît-il, gagne beaucoup d’argent et perd...son football.

    Seuls les français de papiers et la justice semblent le regretter en France.

    Si vous voulez former vos joueurs en Algérie, c’est très bien. nous n’aurons pas à le faire. 

    Et je vous l’assure, camarade, personne ici en Europe ne viendra vous les prendre.

    Le colonialisme a ses limites.


  • jymb 20 février 13:02

    Expliquons surtout à nos amis algériens que perdre sont temps avec ce néant absolu qu’est la course à la ba-balle est une imbécillité parfaite

    Et ceci d’un côté comme l’autre de la Méditerranée 

    Je leur conseille plutôt s’émanciper et développer leurs neurones en lisant les oeuvres de Kamel Daoud 


  • karim 22 février 07:26

    La priorité des citoyens c’est le logement, le travail, la santé et l’éducation et non le jeux et le spectacle.


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