mercredi 22 juillet - par Jules Seyes

L’esclavage dû à l’Occident ?

La récente déclaration votée à l’ONU a repris toutes les thèses des études en victimologie pour accuser les blancs d’avoir perverti les sociétés africaines. Si l’historiographie établit ces conséquences, pouvons-nous en venir à justifier les revendications d’indemnisations ? La question dépasse le simple cas de la traite atlantique, car l’impact d’une demande solvable dévoie d’autres communautés dans le monde.

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Alternative économique1 ayant jugé intelligent de s’insurger contre l’abstention sur la résolution 80/250 de l’ONU sur la traite atlantique, l’occasion est bonne de revenir sur le sujet déjà commenté2. Cette critique étant faite, il est temps d’établir les fondements de celle-ci.

La résolution aborde deux aspects : celui des populations ayant souffert l’esclavage avant les abolitions et les États africains fournisseurs de ce que l'on a surnommé le bois d'ébène.

Les dommages sont acquis et reconnus, puisque les territoires africains ont subi une saignée démographique et leurs sociétés sont considérées comme ayant été déformées par l’esclavage. Rappelons que les Africains vendus le furent largement par des groupes avoisinants, que ce soit par l’enlèvement, le pillage de guerre, la dette ou des processus judiciaires dévoyé sans que l’on puisse déterminer la part exacte de chaque source.

Ces procédés violents eurent de lourdes conséquences sur le développement des communautés africaines. Dans un papier de mars 20093, THE SLAVE TRADE AND THE ORIGINS OF MISTRUST IN AFRICA, Nathan Nunn et Leonard Wantchekon expliquent que les sociétés africaines souffrent encore d’une plus faible confiance dans leurs semblables en raison de l’esclavage. Cette conclusion est assez évidente au vu de l’ampleur du commerce triangulaire.

Ils localisent cette perte de confiance dans le dévoiement des structures sociales. Au fil du temps, les institutions se pervertissent pour fournir davantage de condamnés. Au début, l’enlèvement joue un rôle important, même si, sur la base des législations locales, il reste un crime il brise les liens sociaux et la confiance. Plus tard, on assistera donc à un glissement vers des "guerres" conçues en réalité comme un prétexte pour faire des prisonniers, "légitimement" transformés en esclaves, puisque le captif se voit épargner son existence biologique contre l’acceptation de son asservissement.

De même, les systèmes d’endettement furent avivés et les institutions judiciaires perverties pour produire davantage de captifs. Ainsi, la légitimité des institutions fut consommée pour nourrir la traite au prix d’un affaiblissement des structures étatiques et sociales en Afrique. La colonisation, la corruption et l’affaiblissement sociétal actuel auraient au moins une source dans ces faits dramatiques.

L’offre de biens européens pour payer les esclaves est jugée responsable de ces évolutions destructrices pour les peuples africains, elle fonde donc la réclamation d’une justice réparatrice.

 

Tous ces torts sont bels et bons, mais oserons-nous le rappeler : l’esclavage existait déjà en Afrique4. L’Occident se greffe sur des systèmes déjà en place auxquels il donne une ampleur nouvelle en raison de sa demande. Chose étrange, cet aspect demeure rarement pris en compte dans les analyses. Or, il joue un rôle, car, face aux pays occidentaux, bien des sociétés ont opté pour des politiques différentes.

Ainsi, la Chine, le Japon ferment leurs ports aux Occidentaux. Par racisme, peut-être, mais surtout, car leurs dirigeants perçoivent le potentiel déstabilisateur de l’arrivée des marchands occidentaux. Ceux-ci sont suivis de missionnaires, d’armes qui changent les rapports de force. Exactement comme en Afrique !

Certes, ces blocus seront brisés par l’intervention des marines occidentale. Les canons du commodore Perry forcent le Japon à s'ouvrir, tandis que la Grande-Bretagne, aidée de la France, impose l’ouverture du marché chinois lors des guerres de l’opium.

Ce précédent invite à réviser l’analyse de l’innocence africaine ! Loin de fermer leurs ports, les chefs africains accordent des comptoirs, des privilèges commerciaux. Ils désignent des hommes pour négocier avec les marchands européens et capter ainsi les profits de la traite.

Certes, un navire occidental armé représente une menace, mais l’histoire militaire montre les limites de portée des pièces de cette époque. À peine quelques centaines de mètres. Autrement dit, les Occidentaux ne pouvaient pas dépasser le littoral sauf à accepter d’engager de lourdes campagnes sur des territoires hostiles au sens naturel.

Non pas l’hostilité des populations, mais celle du milieu5. Terre de maladie endémique, l’Afrique ne saurait être conquise de manière pérenne. L’Afrique est d’ailleurs considérée du temps de Louis XIV comme la tombe de l’homme blanc. Aucun hasard d’ailleurs, si la colonisation est contemporaine de l’invention de la quinine6 en 1820.

Avant, entrer en Afrique suppose d’accepter une insoutenable attrition. Ce facteur géographique confère à l’Afrique un redoutable avantage défensif.

Sur cette base, la menace militaire peut être exclue. La question se pose alors : qu’offraient les Européens de si irrésistible pour justifier la vente de ses voisins ?

L’histoire mentionne essentiellement les biens suivants : des armes, du fer, de l’alcool et des tissus. Donc des produits qui exigent un investissement assez lourd pour établir des fonderies, des distilleries ou des manufactures. La Chine, le Japon qui disposaient de secteurs artisanaux développés et connaissaient la poudre pouvaient plus facilement s’en passer.

Cependant, notons que les royaumes africains n’ont jamais fait d’efforts pour substituer leurs propres fabrications à celles des Européens. Pire, une large partie de la demande est menée par les entreprises d’augmentation de l’exploitation d’esclaves. Les armes donnent de la puissance aux armées pour piller les royaumes voisins. Le fer fourni les outils pour étendre les champs, mais, et la précision compte : souvent pour cultiver du maïs ou du manioc, des plantes obtenues d’Amérique du Sud. Elles permettent la réduction en farine qui nourrit les armées en campagne et les colonnes d’esclaves. En clair, une partie de la demande sert l’investissement initial pour augmenter les prises.

Les royaumes africains auraient pu tenter d’établir des accords de protection mutuelle, pour diminuer la menace ; ils ont préféré se battre, piller les voisins (donc développer l’insécurité) au lieu de faire bloc pour défendre les leurs !

En moins bonne position économique que l’Asie aujourd’hui7, l’Afrique collabore davantage sur le lobbying et les bons sentiments. Seulement, ses plaintes d’aujourd’hui doivent aussi être pesées à la hauteur des options non exercées par ses dirigeants qui ont, systématiquement, opté en faveur des commerçants européens !

 

En ce sens, le cas africain est pertinent pour fournir un outil d’analyse. De nos jours encore, beaucoup accusent les Blancs de favoriser la prostitution en Asie du Sud-Est. Le même débat dans les mêmes termes : cette prostitution existait avant l’arrivée de nos touristes et les États concernés pourraient prendre des mesures pour la restreindre. Si des responsabilités peuvent être imputées à certains Occidentaux8, nous n’avons pas à porter celle de la faiblesse des vendeurs !

La victimisation est certes un art qui exige un méchant coupable de tout ; la réalité demeure pourtant nettement plus complexe et bien moins agréable pour les plaignants.

 

7L’Afrique fut longtemps pénalisée par une transition démographique plus tardive qu’en Asie. Celle-ci a dilué la croissance de la richesse par tête. Toutefois, forte de ses richesses, avec une transition démographique désormais avancée, l’Afrique a probablement des perspectives plus radieuses que l’Asie d’ici un siècle.

8Ce qui n’empêche pas de leur offrir un séjour carcéral chez nous pour prolonger leurs vacances.



26 réactions


  • sylvain sylvain 22 juillet 19:13

    Ce qu’il faudrait bien comprendre, c’est que tout le monde est arrive dans l’empire par cette porte la. En fait l’afrique n’est pas un cas particulier, elle l’est seulement par l’ampleur de la population a assimiler, et bien souvent directement d’un état tribal àla modernité. Le decalage est enorme.

    A son epoque, Rome convertit l’ensemble de l’europe precisement de la meme maniere et ce n’est pas tres different ailleurs, car tous les empires fonctionnent sur ces bases.


    • sylvain sylvain 22 juillet 19:24

      @sylvain

      Mais si on demande des indemnites a l’Italie, pas sur qu’ils soient chauds.


    • Jules Seyes Jules Seyes 22 juillet 21:46

      @sylvain

      Oh, mois je suis trés chaud pourtant : avec les intérêt composés, ils nous devront des centaines de milliers de milliards. Seul problème, ils seront incapable de payer.

      Aprés, l’enjeu est de faire payer l’européen auquel le bobo veut inpute son mal être personnel. Les africains en profitent, ils ont raison, mais nous devons remettre de l’ordre chez nous. Ca passe par un contre argumentaire


    • Louis 23 juillet 12:53

      @Jules Seyes

      je vois mon cher monsieur que vous êtes un angliciste distingué pour vous un article c’est un papier (paper) .on connait la chanson les arabes , les africains ont participé à la traite. Que rapportait donc Christophe Colomb dans ses soutes au retour de sa deuxième expédition ? La traite a connu un petit coups d’accélérateur pour remplacer les « travailleurs » « amérindiens » exterminés par les massacres , les mauvais traitements et l’esclavage . votre fond de commerce c’est mélanophobie et islamophobie


    • Louis 23 juillet 13:30

      @sylvain

      « Rome convertit l’ensemble de l’europe » convertit à quoi ?


    • Jules Seyes Jules Seyes 23 juillet 16:33

      @Louis

      Cher monsieur,

      Que de phobies. N’avez-vous que ce mot à la bouche ?

      Que Colomb ait asservi, et d’autres sans doute. Seulement, dans votre volonté de vous en prendre à l’Occident, vous refusez d’intégrer la réalité : tout le monde a asservi et, je vous rassure, asservira. Comme le disait Gérard Chaliand : « Quand je vois la capacité des victimes à devenir des bourreaux, j’augure bien de l’avenir de l’humanité. »

      L’argumentaire est donc simple : il n’y a aucune raison d’accepter une réclamation en réparation portant sur un épisode historique particulier plutôt que sur un autre. Surtout quand l’agentivité existait du côté africain, ce qui est le fond de mon article.

      Quant à mes anglicismes, je vous invite à ouvrir un dictionnaire. Larousse, « papier » : article rédigé et destiné à un journal — faire un papier sur un fait divers.

      Après, si vous désirez payer pour les « crimes des Blancs », personne ne vous interdit d’aliéner votre patrimoine si vous vous haïssez. Évitez juste de l’imposer aux autres, car je dois admettre une violente phobie de l’Occidental à la conscience fragile qui soigne son mal-être aux dépens de ses concitoyens.


    • sylvain sylvain 23 juillet 16:48

      @Louis

      Elle les convertit a l’empire, le terme est mal choisi. Quoique si au debut l’empire romain respectait la religion des colonises, il a cesse a mesure de sa conversion au catholiscisme


    • sylvain sylvain 23 juillet 16:50

      @Jules Seyes

      oui je vois bien. L’ennui est qu’il faudrait pour etre juste que l’empire dedommage un peu tout le monde. Bah on a qu’a tout prendre aux ultra riche mais je suppose qu’il y en a qui vont chipoter.


    • Jules Seyes Jules Seyes 23 juillet 18:31

      @sylvain

      Chipoter est le mot. Les réformes agraires ont souvent échoué sur des chipotages du temps ou la terre fondait la richesse.


    • Louis 25 juillet 15:47

      @Jules Seyes

      je ne suis pas l’Heautontimoroumenos ;il ne faut pas non plus évoquer le passé pour relancer les mauvais discours et les pensées malsaines d’aujourd’hui .


    • Louis 25 juillet 15:55

      @sylvain

      quelle étaient les origines ethniques des empereurs ? c’est les colonisés qui ont christianisé l’empire. vous avez entendu parler de l’édit de Constantin ?


    • Jules Seyes Jules Seyes 28 juillet 09:39

      @Louis

      Vous êtes ce que vous êtes. Pour le reste, je fais un travail sur la qualité historique d’une créance qui m’est présentée. Votre pseudo « argumentaire » de phobie est une imputation assez malsaine sur mes pensées. Et vu le faible nombre d’arguments founit comme leur qualité cette conversation s’achéve.


  • Octave Lebel Octave Lebel 22 juillet 22:52

    A part l’extrême-droite qui entretient l’idée que l’esclavage est une spécialité de l’occident ? Ceux qui en ont souffert le plus récemment en parlent en se réappropriant leur histoire, est-ce si étonnant ? Surtout s’ils font l’objet de racisme volontaire ou inconscient à l’occasion. Qui cela dérange, ceux qui se sentent coupables ? Personne de vivant actuellement n’est coupable sauf de dire éventuellement que cela n’a pas existé ou de jouer bêtement à qui est plus raciste que l’autre.Les enfants d’armateurs négriers et de roi nègres ayant fait des affaires ensemble, les enfants des propriétaires de plantation qui assument cette histoire en la condamnant ne sont pas coupables de ce qu’ont fait leurs ancètres.


    • Louis 23 juillet 13:09

      @Octave Lebel

      « A part l’extrême-droite ? » je ne suis pas responsable de ce qu’ont pu faire mes ancêtre ,mais je me comporterais en salaud si je feignais d’ignorer le génocide des palestiniens qui se poursuit aujourd’hui à la vue du monde entier avec le soutien de mon pays la France .si vous avez quelques doutes à ce sujet lisez les déclarations 1er ministre d’Israël


    • Jules Seyes Jules Seyes 23 juillet 16:37

      @Octave Lebel

      Ca dérange des petits occidentaux qui vivent mal d’être nés à la période la plus riche de l’histoire et de faire si peux de leur existence. Ces âmes sensible autour d’un machiato chez Starbucks.

      Alors, faute de comprendre les causes de l’éffondrement du niveau de vie dans l’Afrique d’après les indépendance, leur petit coeur saignant désire expier. Hèlas, ces individus sont libres de s’égarer dans leur délires. Qu’ils aillent construire des autouroutes, fassent des choses utiles au lieu d’imposer au reste de la population la charge de leurs chagrins mal gérés. Hélas, nos société manquent des anticorps necessaires, qui commencaient par une bonne fessées administrée par leurs parents !


  • Mustik E-Z 2027 23 juillet 10:17

    l’Esclavage :

    et un marronnier de plus ! Un !


    • Jules Seyes Jules Seyes 23 juillet 10:52

      @Mustik E-Z 2027

      Comme je l’ai dit, je réagit à un article d’alternatives économmiques. Faut-il accorder à ces gens un monopole de la parole ?


    • Mustik E-Z 2027 23 juillet 12:21

      @Jules Seyes

      Sais-tu, un’ fois !

      Dès que quiconque ouvre sa gu-bouche c’est pour dire des mensonges...

      Plus ça vient de haut plus ils sont gros ( les mensonges)

      Je me suis rendu compte que même ma chaîne préférée CJews ne fait pas exception...

      Alors, les billevesées d’Alternatives Économiques... perso, je relèverais pas !

      PS : Même le Diplo pour qui j’avais la + grande estime avait diffusé un Auteur évoquant le « 11 Septembre » V. Officielle.

      Toutes les parties ont organisé leur « Narratif » smiley autour de la VO de Washington...

      Aucun de nos candidats n’est libre de ses propos ni de ses analyses

      Je suis dégoûté !!!


    • Louis 23 juillet 13:33

      @Mustik E-Z 2027

      bravo *****


    • Jules Seyes Jules Seyes 23 juillet 15:45

      @Mustik E-Z 2027

      Toutes les parties ont organisé leur « Narratif » smiley autour de la VO de Washington..

      Tout à fait. Vous m’excuserez de tout de même objecter dans la mesure de mes moyens.


  • Jean Keim Jean Keim 25 juillet 07:08

    Verser des indemnités... ! Mais dans quelles poches tomberont-elles ?

    L’Afrique est de tout temps pillée par ses propres despotes.


    • Mustik E-Z 2027 25 juillet 08:53

      @Jean Keim

      « L’Afrique est de tout temps pillée par ses propres despotes. »

      Despotes aidés par des potes occidentaux smiley

      Un cas d’espèce inoubliable :

      site : le Gabon pétrolifère à l’époque d’Omar Bongo et de la Mitte

      événement : soulèvement populaire contre le Dictateur Châtelain en île de France,

      Témoignage : interview d’un manifestant gabonais, quadra, à une TV parisienne

      ’ que les Français quittent le Gabon, pendant qu’on coupe les oreilles de Bongo, ensuite, ils pourront revenir. Sinon, nous couperons aussi les Oreilles de Mitterrant... "

      Réponse de La Mitte ( socialisse vénéré de la Gowche ), envoi du Contingent français pour mâter la Révolte !

      NB : je suppose que l’INA ou la Chaine TF1 ou France 2 dispose des extraits de l’interview mémorable


  • toto toto 26 juillet 13:01

    Comme il est dit,tous les empires ont fait profit de l’esclavage mais les masses ne voient que celui de l’occident,donc des blancs car c’est le plus récent et le plus visible,celui qui a dégénéré en colonisation et néo... Accepter les demandes de réparation serait la porte ouverte a toutes les fenêtres.....


    • Jules Seyes Jules Seyes 28 juillet 09:42

      @toto

      Voyons n’avez-vous pas appris que q’est le pire des crimes, car il permettrait à certains blanc bien « moraux » de se positionner pour organiser le prélévement et la distribution ? Ils en vivraient très bien ce qui serait mieux que de travailler. Bien sur que si ca marche, ces gens trouverons d’autres dettes pour en vivre, mais, que voulez-vous, lescrologie ne rapporte pas assez.


  • SilentArrow 26 juillet 13:46

    @Jules Seyes

    Pourquoi ce sont toujours les Occidentaux qui sont accusés d’esclavagisme (ou de toutes les misères du monde) ?

    Parce que ce sont les seuls qui ont été dressés à dire « mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa ».

    Tout le monde sait que cela ne servirait à rien de demander aux Arabiques, par exemple, de reconnaître leurs torts historiques.


    • Jules Seyes Jules Seyes 28 juillet 09:43

      @SilentArrow

      Je vous renvoie à ma réponse au commentaire précédent. Une certaine catégorie de petite racaille sous bourgeoise se verrait bien gérer les dites réparations. Une forme comme un autre d’aide sociale qu’un autre société n’accepterais pas.


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