jeudi 20 décembre 2012 - par leon et paulette

L’Etat-Hollande

Regardons ce qu’il advient de l’État depuis le printemps. Il suffirait de se lancer à l’assaut du pouvoir pour le transformer croyait-on ? Bien sûr, il fallait d’abord le prendre, pour transformer la société d’aujourd’hui, par une alternative politique. C’était la moindre des choses et le passage obligé pour combattre l’État tel qu’il fonctionnait, machine à laminer au service d’intérêts de classe.

De « classe » ? Oh la vilaine expression, vieillotte et dénudée ! Un jour qu’il parlait plus, l’orateur du Bourget se laissa aller à dire que son adversaire principal était la finance qui prenait trop bien ses aises, utilisant l’État et le façonnant en fonction de ses seuls intérêts.

Il fallait prendre le pouvoir d’État. L’entreprise fut réussie. Le candidat vainqueur allait donc devoir se coltiner un État et une société civile également hégémoniques, où les conflits se développent et s’entrechoquent. Il n’avait pas promis grand chose, mais il était là. C’était mieux que rien. Nous ne savions pas qu’un jour on l’aimerait moins, mais l’aimer plus n’était déjà pas imaginable : il n’avait pas prévu d’augmenter le poids de la puissance publique qui seule aurait la capacité de résister à l’évolution néo-libérale développée par le capitalisme.

Aujourd’hui avec lui quelques mois plus tard, on ne sourit plus, on courre, on s’enfuit. Se préparent des demain où les résidents de la République se regarderont à peine.

Tout n’est pas que dans le regard. Des mises en place lourdes sont dressées sur les tréteaux, sans débat politique. Toute honte bue, on ne touche pas au SMIC en décembre 2012 alors que pourtant un joyeux drille, le 8 juin 2006, le voulait à 1500 euros … (à partir de 0h33′ sur la vidéo).

On travaille à nous persuader, on normalise les comportements : c’est la fatalité, mon bon monsieur, c’est la faute à la crise. Aujourd’hui, l’originalité de l’Etat-Hollande, même dans l’enfance de ses effets, offre à nos regards suspendus le spectacle de la félicité radieuse de ceux d’en-face qui n’en demandaient pas tant.

La musique jouée sous le kiosque ne diffère en rien – compactage du service public, gommage de l’intérêt général – de celle que jouait le chef de la fanfare précédente, qui démantela les acquis sociaux et économiques dont l’État avait été des décennies durant, directement ou par détours, le garant. « Le rose a des reflets de bleu  ». L’épisode de « la négociation sur l’emploi » en sera la marque partagée de la marginalisation massive d’une grande partie de la population et de sa précarisation.

Sur la partition des hommes « responsables », une portée de bombes à fragmentation avec les mêmes notes, la même régression démocratique dont celle, grandissante, du pouvoir du Parlement, de celles qui conduisent à une régression sociale bornée par la seule recherche du « consensus » – que les médias domestiqués promeuvent – pour noyer toute résistance et dépolitiser les résidents de la République.

Un jour, ceux-là ne parleront plus.

Car sous Hollande aussi le pouvoir continue sa personnalisation hyper-centralisée qui fonde sa force sur l’anesthésie du plus grand nombre. Les fonctions de l’État mutent pour un ré-agencement qui garantira durablement l’hégémonie de l’oligarchie financière.

La Cinquième République est encore et toujours un système virtuellement totalitaire.

 

Léon

léonetpaulette.fr
http://leonetpaulette.blogspot.fr/

 

 



4 réactions


  • colza 20 décembre 2012 17:40

    Ben oui, Léon,
    On savait bien que ce ne serait pas Arcole, mais on ne pensait quand même pas que ce serait Waterloo.
    Pourtant, nous y sommes.
    Du temps de l’Infâme, nous avions un ennemi bien clair, bien de droite, bien oligarchique, c’était un vrai salaud, mais après tout, on l’avait élu et il défendait son camp.
    Tandis que là... on l’a aussi élu et il défend le camp adverse.
    On appelle ça : trahison, non ?


  • Captain Marlo Pilou Camomille 20 décembre 2012 18:03

    Il n’y a plus d’Etat, puisque les pouvoirs ont été transférés à Bruxelles, à une Commission de gens non élus, presque tous issus de Goldman Sachs....

    Un Etat se caractérise par 5 pouvoirs :
    * Le droit de battre monnaie, qui a été transféré aux banquiers.
    * Le droit de faire des lois, elles sont à 80 faites par Bruxelles.
    * Le droit de rendre la Justice, avec des Lois votées ailleurs.
    * le droit de décider de la paix et de la guerre, nous faisons ce que décide l’ OTAN
    * le droit de gérer son budget, disparu avec le TSCG et le MES.

    Les pouvoirs des Etats européens sont des coquilles vides tenus par des « fonctionnaires provisoires » des 2 partis désignés pour appliquer, pas pour décider.

    En attendant de remplacer les marionnettes par des Mario Monti non élus, si ceux là échouent, Bruxelles est très contente que les Français n’y voient que du feu et croient que ce gouvernement a des pouvoirs...

    Vidéo de François Asselineau : « La mise en place de la dictature européenne » sur le site de
    l’ UPR.


  • ZEN ZEN 20 décembre 2012 19:10

    Et Paulette, qu’en pense-t-elle ?


  • Jean-Louis CHARPAL 21 décembre 2012 11:04

    Pendant la Révolution, Danton a proclamé : « De l’audace, enore de l’audace, toujours de l’audace ! ».

    Maintenant qu’en ultra libéralie on marche sur la tête et que toutes les valeurs sont inversées, c’est le mot d’ordre du MEDEF.

    Quant aux sociaux libéraux leur devise est fièrement revendiquée : « De la lâcheté, encore de la lâcheté, toujours de la lâcheté ».


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