L’Etat-Hollande
Regardons ce qu’il advient de l’État depuis le printemps. Il suffirait de se lancer à l’assaut du pouvoir pour le transformer croyait-on ? Bien sûr, il fallait d’abord le prendre, pour transformer la société d’aujourd’hui, par une alternative politique. C’était la moindre des choses et le passage obligé pour combattre l’État tel qu’il fonctionnait, machine à laminer au service d’intérêts de classe.
De « classe » ? Oh la vilaine expression, vieillotte et dénudée ! Un jour qu’il parlait plus, l’orateur du Bourget se laissa aller à dire que son adversaire principal était la finance qui prenait trop bien ses aises, utilisant l’État et le façonnant en fonction de ses seuls intérêts.
Il fallait prendre le pouvoir d’État. L’entreprise fut réussie. Le candidat vainqueur allait donc devoir se coltiner un État et une société civile également hégémoniques, où les conflits se développent et s’entrechoquent. Il n’avait pas promis grand chose, mais il était là. C’était mieux que rien. Nous ne savions pas qu’un jour on l’aimerait moins, mais l’aimer plus n’était déjà pas imaginable : il n’avait pas prévu d’augmenter le poids de la puissance publique qui seule aurait la capacité de résister à l’évolution néo-libérale développée par le capitalisme.
Aujourd’hui avec lui quelques mois plus tard, on ne sourit plus, on courre, on s’enfuit. Se préparent des demain où les résidents de la République se regarderont à peine.
Tout n’est pas que dans le regard. Des mises en place lourdes sont dressées sur les tréteaux, sans débat politique. Toute honte bue, on ne touche pas au SMIC en décembre 2012 alors que pourtant un joyeux drille, le 8 juin 2006, le voulait à 1500 euros … (à partir de 0h33′ sur la vidéo).
On travaille à nous persuader, on normalise les comportements : c’est la fatalité, mon bon monsieur, c’est la faute à la crise. Aujourd’hui, l’originalité de l’Etat-Hollande, même dans l’enfance de ses effets, offre à nos regards suspendus le spectacle de la félicité radieuse de ceux d’en-face qui n’en demandaient pas tant.
La musique jouée sous le kiosque ne diffère en rien – compactage du service public, gommage de l’intérêt général – de celle que jouait le chef de la fanfare précédente, qui démantela les acquis sociaux et économiques dont l’État avait été des décennies durant, directement ou par détours, le garant. « Le rose a des reflets de bleu ». L’épisode de « la négociation sur l’emploi » en sera la marque partagée de la marginalisation massive d’une grande partie de la population et de sa précarisation.
Sur la partition des hommes « responsables », une portée de bombes à fragmentation avec les mêmes notes, la même régression démocratique dont celle, grandissante, du pouvoir du Parlement, de celles qui conduisent à une régression sociale bornée par la seule recherche du « consensus » – que les médias domestiqués promeuvent – pour noyer toute résistance et dépolitiser les résidents de la République.
Un jour, ceux-là ne parleront plus.
Car sous Hollande aussi le pouvoir continue sa personnalisation hyper-centralisée qui fonde sa force sur l’anesthésie du plus grand nombre. Les fonctions de l’État mutent pour un ré-agencement qui garantira durablement l’hégémonie de l’oligarchie financière.
La Cinquième République est encore et toujours un système virtuellement totalitaire.
Léon
léonetpaulette.fr
http://leonetpaulette.blogspot.fr/

