vendredi 22 mai - par ddacoudre

L’éternel recommencement politique

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Pourquoi le vote ne change plus la structure devrait interroger les médias et les partis ?
 
 
Tous dans la même boucle.
Les élections présidentielles approchent.
Chaque parti à peaufiné son programme, qui n'est qu'une énième reprise de ceux qu'ils proposent aux citoyens à chaque élection reformulée par des communicants pour ne pas sentir le recuit. Ce n'est point là une moquerie c'est une caricature d'une réalité que nous vivons depuis 1983 et qui nous a apporté le pire, le fascisme, dont tout le monde à peur d'en parler bien que les critères soient connus de tous les commentateurs qui le cachent sous le vocable de la droite décomplexée. J'espère que le communicant qui a trouvé cette nouvelle appellation du fascisme a grassement était récompensé.

Nos médias vont donc s’emparer de ces programmatiques politiques et les porter aux nues, organiser des débats pour corser le spectacle, comme si l'une d'entre elles était de nature à changer quoi que ce soit. Il n'y a rien d'irrespectueux envers ceux qui s'investissent de bonne foi dans la croyance de la vision de leur solution. L'on peut les dénigrer comme nous l'entendons souvent, mais ils assument encore la démocratie dans une période devenue critique par désillusion et lassitude.

Cet article a pour objet de faire connaître par sa lecture les raisons essentielles de la mort de l’espérance réelle au-delà du masque des communicants et du spectacle des médias, qui n'ont que du ressassé à ce mettre dans les mots, et dont certains avec, font la course aux casseroles comme l'on faisait la course au sac. Comment comprendre que des milliers d'économistes, des milliers de tink tank, des milliers de doctorants en économie ou ressources humaines recherchent ou proposent des solutions qui ne changent rien, et ce n'est pas faute de manquer d’intelligence et de savoirs.

Pour changer un système, il faut voir ce qui nous enchaîne.

Depuis plus de quarante ans, les citoyens français votent pour changer leur condition. Ils votent à gauche pour plus de justice sociale, à droite pour plus d’ordre économique, au centre pour plus d’efficacité, à l’extrême droite pour plus de protection nationale. Mais malgré l’alternance des mots, des partis et des promesses, une réalité demeure : aucun de ces blocs ne remet en cause l’architecture fondamentale du système.

Ils ne changent pas le moule. Ils se disputent seulement la manière de l’administrer.

La gauche veut redistribuer davantage. La droite veut rendre le travail plus compétitif. Le centre veut fluidifier l’économie. Le RN veut nationaliser la protection de la boucle. Mais tous restent enfermés dans la même structure : la vie continue d’être financée par le travail, les prix, la consommation, la fiscalité, l’endettement et la croissance.

Autrement dit, les citoyens changent de gestionnaires, mais pas de système.

Le point de bascule historique peut être situé, symboliquement, autour du tournant de la rigueur de 1983. La gauche arrivée au pouvoir en 1981 promettait une rupture ; dès 1983, elle accepte les contraintes monétaires, européennes, financières et concurrentielles qui vont progressivement la conduire vers une social-démocratie de gestion. Ce moment reste interprété, notamment à gauche et à l’extrême gauche, comme une trahison ou un renoncement à une rupture réelle avec l’économie dominante.

À partir de là, la gauche institutionnelle (PS) ne sort plus vraiment du capitalisme. Elle cherche à le corriger. Elle veut limiter les dégâts, redistribuer davantage, protéger les salariés, taxer les riches, augmenter les salaires, défendre les services publics. Mais elle ne modifie pas la structure qui oblige chacun à financer sa vie par le travail et rendre son salaire au capital pour acheter comme client ce qu'il a produit.

L’effondrement de l’URSS a ensuite laissé un vide idéologique immense. Le communisme réel s’étant effondré, l’imaginaire de rupture a perdu son support historique. Une partie des classes populaires, autrefois structurée par le mouvement ouvrier, s’est retrouvée disponible pour d’autres récits : nation, identité, frontières, sécurité, déclassement, immigration. C’est dans ce vide que le RN a pu progressivement occuper l’espace d’une colère sociale privée de modèle économique alternatif crédible que n'ont pu porter les sociaux-démocrates de droites ou de gauche non anti-capitaliste.

Le Nouveau Front populaire, constitué en 2024 autour de LFI, du PS, des Écologistes et du PCF, a bien proposé une rupture politique avec le macronisme : hausse du SMIC, blocage des prix de première nécessité, abrogation de la réforme des retraites, taxation des hauts revenus et des grandes entreprises. Mais, dans la lecture du Modèle Joule, ces mesures restent dans la boucle ancienne : elles augmentent ou redistribuent le pouvoir d’achat, sans sortir la vie des prix et empêcher le salarié de rendre son salaire majoré de la marge au capital quand il rachète comme client sa production.

C’est là que se situe le point décisif.

Augmenter les salaires dans le système actuel peut soulager immédiatement. Mais cette augmentation revient ensuite dans les prix, dans les marges, dans les coûts répercutés, dans les taxes, dans les loyers, dans les intérêts, dans l’accumulation du capital. Le salarié reçoit davantage, mais il rachète ensuite plus cher ce qu’il contribue à produire.

La gauche croit libérer par la redistribution. Mais si la redistribution ne sépare pas production et vie, elle reste une correction interne du système. Elle augmente temporairement la respiration sociale, mais ne change pas l’appareil respiratoire.

La droite, elle, ne cherche pas à redistribuer la boucle. Elle cherche à la rendre plus efficace. Les Républicains parlent de baisse du coût du travail (charges = vie des salariés), d’incitation à l’activité, de compétitivité et de valorisation du travail ; leur propre communication de 2026 critique les politiques qui “affaiblissent le travail” et “financent l’illusion du pouvoir d’achat par toujours plus de dettes”. Renaissance / Ensemble insiste sur le plein-emploi, la réindustrialisation, le pouvoir d’achat et la suppression des obstacles qui décourageraient les augmentations de salaire. Horizons, autour d’Édouard Philippe, se place dans une logique d’ordre, d’efficacité publique, de travail, d’autorité et de refonte du modèle social ( une refonte à la baisse).

Mais là encore, la structure demeure : travailler, produire, consommer, financer la vie dans les prix, rechercher la croissance, maintenir l’accumulation.

La droite ne sort pas de la boucle. Elle veut l’optimiser.

Le RN, enfin, propose une autre narration : défendre les Français, protéger le pouvoir d’achat, contrôler les frontières, restaurer l’autorité, nationaliser la colère sociale. Mais son programme économique reste lui aussi inscrit dans le même cadre : prix, salaires, taxes, État, consommation, protection nationale. Certaines analyses soulignent même que ses mesures fiscales peuvent favoriser les plus aisés tout en parlant au nom des classes populaires.

La RN ne sort donc pas de la boucle non plus.

Il promet de la réserver prioritairement aux nationaux.

On peut alors résumer ainsi :

La gauche veut mieux répartir la boucle.
La droite veut optimiser la boucle.
Le centre veut fluidifier la boucle.
Le RN veut nationaliser la boucle.
Seul Le Modèle Joule propose d’en sortir.

C'est toujours à tort que la population invective le pouvoir ou les partis ou les hommes politiques indépendamment de faits personnels. Cette impasse ne vient pas seulement de la mauvaise foi des acteurs politiques. Elle vient d’un enfermement plus profond vieux de millénaires. Les partis pensent encore avec les catégories héritées de la rareté : emploi, salaire, pouvoir d’achat, croissance, compétitivité, redistribution, dette, fiscalité. Ils déplacent les curseurs, mais ne changent pas le tableau de bord.

Même LFI, qui prétend incarner une rupture, se retrouve prise dans cette contradiction. Pour accéder au pouvoir, elle doit composer avec des forces sociales-démocrates comme le PS et les Écologistes, avec des traditions marxistes plus anciennes comme le PCF, le NPA ou Lutte ouvrière, et avec des appareils dont la culture politique reste fondée sur le salaire, l’État, la redistribution et la lutte contre le capital. Elle manie donc des mots de rupture, mais dans une structure comptable ancienne.

Elle n’a pas eu, ou pas pris, le temps de construire un modèle économique réellement nouveau : un modèle qui ne se contente pas de taxer, redistribuer ou nationaliser, mais qui change la manière même dont la valeur est formée, comptée et distribuée.

C’est dans cet espace vide que le fascisme peut se développer.

Quand les partis promettent depuis des décennies que “cette fois, tout va changer”, et que rien ne change dans la condition vécue des populations, le citoyen finit par ne plus chercher une solution rationnelle. Il cherche une force. Il cherche une figure d’ordre. Il cherche un récit simple qui désigne un responsable visible.

Or le fascisme prospère précisément dans ce moment : quand la structure réelle reste invisible, il offre des coupables visibles pour compenser une boucle invisible qu'ils ne perçoivent pas, mais dont ils subissent les effets

Umberto Eco rappelait que les formes fascisantes ne se présentent pas toujours sous les mêmes signes historiques, mais qu’elles reviennent par certains traits : culte de la tradition, rejet du modernisme, action pour l’action, désaccord assimilé à une trahison, peur de la différence, boucs émissaires. Ces six traits suffisent à comprendre le danger : lorsque la société ne comprend plus son propre mécanisme économique, elle peut se réfugier dans l’identité, la force, la nostalgie, l’ennemi intérieur et le chef, ce qui caractérise la RN, car sur le plan économique elle reste dans la voie de l’inefficacité.

Le fascisme ne naît pas seulement de la haine. Il naît aussi de l’échec répété des systèmes ordinaires à produire une issue.

Quand la gauche redistribue sans sortir de la boucle, elle déçoit.
Quand la droite optimise sans libérer, elle durcit.
Quand le centre modernise sans transformer, il épuise.
Quand l’extrême droite protège sans comprendre, elle enferme.

Alors le citoyen est placé devant un faux choix permanent : choisir le gestionnaire de sa dépendance.

Le Modèle Joule pose une autre question : non pas “qui doit gérer la boucle ?”, mais “pourquoi devons-nous rester dans la boucle ?”

La rupture ne consiste donc pas à promettre plus de salaire, plus de taxes, moins de charges, plus de frontières ou plus d’ordre. Elle consiste à sortir la vie du prix, à séparer production et existence, à rendre visible l’énergie humaine réelle, à empêcher que la richesse produite par les populations leur revienne sous forme de prix majorés, de marges, de dettes et de dépendance envers les plus riches.

Tant que cette séparation n’est pas faite, les citoyens pourront voter autant qu’ils le voudront : ils changeront les mots, les visages, les coalitions, parfois les priorités budgétaires. Mais ils ne changeront pas leur sort structurel.

Parce que leur sort n’est pas seulement politique.

Il est comptable.
Il est anthropologique.
Il est psychique.
Il est inscrit dans une économie qui fait croire à chacun qu’il travaille pour vivre, alors qu’il travaille surtout pour racheter la vie intégrée dans les prix.

Et c’est précisément cette illusion que le Modèle Joule cherche à rendre visible.

Tous dans la même boucle.


11 réactions


  • Durand Durand 22 mai 14:16

    … Et pas un mot à propos de nos souverainetés égarées entre Francfort, Bruxelles et Washington via les traités européens…

    Ça en devient obscène !…

    ..


    • ddacoudre ddacoudre 24 mai 21:55

      @Durand

      bonjour quelle place crois-tu qu’elles ont dans le concert mondial, , à part les usa les deux autres ont des strapontins, il n’occupe ,qu’une place médiatique et font surtout vivre la presse et les amateurs de storytelling et les archéologues des petites phrases polémiques cordialement ddacoudre overblog


  • La Bête du Gévaudan 23 mai 00:35

    « Augmenter les salaires dans le système actuel peut soulager immédiatement. Mais cette augmentation revient ensuite dans les prix, dans les marges, dans les coûts répercutés, dans les taxes, dans les loyers, dans les intérêts, dans l’accumulation du capital. Le salarié reçoit davantage, mais il rachète ensuite plus cher ce qu’il contribue à produire. »...

    c’est bien... ça s’appelle l’inflation... faudra expliquer ça à vos amis gauchistes...


    • La Bête du Gévaudan 23 mai 00:45

      ajoutons d’ailleurs à votre réflexion qu’une part importante de la « stagnation du pouvoir d’achat populaire » actuelle provient précisément du fait que les prix répercutent le poids général de la redistribution sociale...

      en clair, l’assistanat se répercute dans les prix généraux à la consommation...

      Un peu de charité publique c’est bien et naturel... c’est un coût qu’on assume... quand la charité tourne au collectivisme, alors c’est le prolétariat travailleur qui est lésé... car le ratio productifs / assistés devient intenable...

      quand vous comprendrez cela alors vous commencerez à comprendre pourquoi les classes actives et populaires sont massivement parties au RN... parce-qu’elles sont « contributrices nettes » du système... et elles en ont marre de payer pour les assistés divers et variés.

      Si la gauche avait quelques notions élémentaires d’économie, elle serait à même de comprendre ce qu’il se passe...


    • OJBA 23 mai 14:11

      @La Bête du Gévaudan

      peut soulager immédiatement. ? même pas ! Dans notre société de communication il faut annoncer ce que l’on va faire. A partir du moment où une augmentation des salaires sera annoncée, pour dans 6 mois, la chaine de production/distribution va augmenter ses prix, pour ???


    • ddacoudre ddacoudre 24 mai 19:54

      @La Bête du Gévaudan

      bonjour tu confonds inflation et système d’exploitation capitaliste. le ,système capitaliste revient à s’approprier le travail des autres pour s’enrichir et cela se fait par le processus que je décris et non par l’inflation, où c’est qu’il y a plus d’argent disponible de bien accessible tu devrais reprendre tes cours d’économie au lieu de croire les gauchistes idiots, et utiliser un concept totalement nul si l’on ne dit pas que ce sont des anti capitalistes, parce que l’on a honte de dire que l’on est d’accord avec tous les partis de droite néolibéral du centre et sociaux démocrate qui soutiennent cette exploitation. si tu es de ceux qui vote pour l’un deux, même la RN en fait partie ce qui est ton droit d’appartenir à l’économie dite anciennement de pillage. Avec des savoirs comme les tiens ils ne sont pas encore parti du pouvoir. cordialement ddacoudre overblog va lire ce lien https://ddacoudre.over-blog.com/


    • ddacoudre ddacoudre 24 mai 20:17

      @La Bête du Gévaudan

      je travaille actuellement sur une analyse qui dément ce que tu dis je la copierai une fois fini cordialement. je crois comprendre que tu n’as pas lu mon essai que j’ai mis en ligne. les chercheur de science Po le lisent mais les citoyens en savent trop. je te le copie tout de même si l’envie t’en prends mais surtout ne le qualifie pas de gauchiste tu ferais rire. bien amicalement pour toutes les méchancetés que je t’ai écrite. https://ddacoudre.over-blog.com/2026/04/la-republique-de-l-energie-humaine-vers-u-ne-economie-pour-devenir-adulte-et-remuner-er-les-hommes-pour-apprendre-dedicace-cet-essai-s-inscrit-dans-un-chemin-qui-ne-s-est-pas-construit-seul-a-fernand-pelloutier-qui-comprit-que-l-emancipation-ne.ht


  • Thot Thot 24 mai 14:55

    Il suffit simplement de voir Mélenchon faire des mamours à Macron après avoir dit devant ses militants qu’il était le pire président de la France, pour comprendre que la corruption mène la vie politique d’aujourd’hui.

    On attend toujours les vrais résistants à cette mafia institutionnelle. Ce n’est pas une question de haine ou pas haine, mais de résistante ou pas résistante.


    • ddacoudre ddacoudre 24 mai 20:10

      @Thot

      bonjour ce serait bien si c’était la corruption qui mener le monde toi et moi serions corrompus, mais ce n’est pas ce que tu penses, comme tous les français tu penses que ce sont les autres. ce serait bien que tu m’explique contre quoi tu veux résister et si tu ne vois pas la différence entre la programmatique de Macron et de Mélenchon c’est que tu fais de piètre analyse. ceux qui mènent le monde s’appelle les dominants systémiques que tu es loin de connaitre car ce ne sont pas des personnes mais des systèmes fondateurs qui cooptent par leurs électeurs ceux qu’ils choisissent pour diriger et aux quel nous participons tous en voulant faire de la plus value pour vendre plus cher que son prix et racheter moins cher que le travail que ça vaut. tu devrais donc arrêter de colporter une image d’Épinal qui n’explique rien si ce n’est sa rancœur contre ce que l’on ne comprend pas. cordialement si tu veux en savoir un peu plus je t’invite à la lecture https://ddacoudre.over-blog.com/2026/04/la-republique-de-l-energie-humaine-vers-u-ne-economie-pour-devenir-adulte-et-remuner-er-les-hommes-pour-apprendre-dedicace-cet-essai-s-inscrit-dans-un-chemin-qui-ne-s-est-pas-construit-seul-a-fernand-pelloutier-qui-comprit-que-l-emancipation-ne.ht courage si tu veux lire.


    • Thot Thot 24 mai 23:14

      @ddacoudre

      Bsr, « si tu ne vois pas la différence entre la programmatique de Macron et de Mélenchon c’est que tu fais de piètre analyse. »

      On peut dire le contraire : si vous ne voyez pas la similarité paradigmatique entre Macron et Mélenchon -et d’autres d’ailleurs, Mélenchon n’est pas le seul à être les complices implicites avec le l’extrême-centre qui nous gouverne-, c’est que vous faites de piètre analyse.


    • ddacoudre ddacoudre 25 mai 21:09

      @Thot

      complice de quoi thot, on ne peut pas objectivement être opposé sur tout alors il faut préciser cordialement.


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