L’impossible éveil des consciences
Nous sommes bien dans la logique de la valeur de la rareté. Plus quelque chose est rare et acquiert de la valeur, moins de personnes en bénéficient, et plus l’on consent de sacrifices pour l’obtenir.
la vie est la finalité, l’entreprise un moyen.
Dans cette logique les exclus ont bien évidemment un coût social, or l’Entreprise rechigne à participer au coût social de sa doctrine, et renvoie ce rôle à l’État (au citoyen), alors que celui-ci tient une partie de son budget qu’au travers des prélèvements obligatoires et taxes sur les ressources que redistribue l’entreprise aux individus, parce que c’est l’entreprise qui capitalise le produit du travail de tous.
L’entreprise agit aussi comme un attracteur (capitalise) et n’a donc de valeur que parce qu’elle peut redistribuer des biens, des services et des revenus. De là tous nos débats autour d’elle. A poursuivre l’analyse, nous retomberions dans celle de Karl Marx, mais celle de Durkheim est plus subtile et moins engagée. Elle stipule que tout individu trop fortement intégré dans un groupe, peut être amené au suicide altruiste s’il considère que la vie du groupe est plus importante que sa propre existence. (C’est le cas avec Copenhague)
Ainsi, si nous ne vivions que pour l’entreprise, elle finirait par conduire les salariés à travailler toute leur existence. Nous finirions par ne plus exister, de la même manière que le pendule qui voudrait devenir le clou qui crée son existence.
L’Entreprise est un moyen, la vie est la finalité. L’Entreprise est le produit d’une vie communautaire due à l’évolution de la solidarité organique plus ou moins bien « individuée », qui est capable de se définir des droits et besoins sociaux qui reflètent les exigences de la vie des individus comme finalité. Une finalité qui ne peut être atteinte que collectivement par des projets politiques.
Nous sommes donc en permanence dans la nécessité de transgresser les règles qui conduisent à une « liberté arbitraire », tout comme celles qui conduisent à une communauté univoque.
Or le rationalisme, issu de la performance « scientifique », mis au service de l’efficacité de la production qui a investi tous les domaines de la vie, ne peut pas conduire à cela, puisqu’il est arbitrairement normatif et ne laisse aucune marge de transgression. Il l’est à tel point que tous les désirs de droits sociaux doivent recevoir l’aval de la rationalité normative dans des domaines où, d’une utilité indicative, elle devient arbitraire (tel les débats actuels ou passés autour de la sécurité sociale ou des retraites ou encore les 3% de déficit budgétaire imposés par les critères de Maastricht).
Face aux découvertes scientifiques et aux vertus de l’hédonisme, la prospérité a fait croître la demande de soins, et dans le même temps les ressources qui y sont consacrées par les prélèvements obligatoires diminuent car elles sont normativement considérées comme des charges, l’écart entre les deux constitue ce que l’on nomme le « trou de
L’on assiste, de fait, à des boucles de rétroaction de l’instance de socialisation secondaire qu’est l’Entreprise, vers l’instance primaire qu’est la famille. Ceci parce que l’absence ou l’insuffisance de socialisation par la famille ne permet pas d’intégrer la socialisation par l’école. Par voie de conséquence l’intégration sociale dans l’entreprise et le monde du travail, est compromise. De telle manière que des valeurs humaines (même imparfaites) issues de la socialisation organique dont nous avons conscience et qui devraient conduire à une « intériorisation » des ensembles complexes que représentent nos relations, s’inhumanisent au contact d’une rationalité productive dans une recherche d’autonomie périmée, à tendance régressive, qui nous empêche de faire face au défi qui est : comment organiser la liberté des personnes au sein des nécessités collectives ?
Cela pour qu’elles ne deviennent pas des esclaves heureux, efficaces, mais stupides au point d’organiser leur déclin.
L´insécurité sociale source de profit.
Notre socialisation repose de plus en plus sur la recherche d’un intérêt privé individuel assis sur le principe « chacun doit payer pour soi » (au nom d’une pseudo responsabilité compensant l’effondrement d’une éducation civique citoyenne et l’effondrement d’une identité ouvrière) qui constitue un leurre car il cache de manière idéologique l’entraide intergénérationnelle ramenée à un coût d’exploitation rationnel « clientéliste ».
De cette manière l’on souscrit une assurance privée individuelle qui cache sous son discours individualiste que de toutes les manières vos aléas seront payés par les Autres, et non pas par la compagnie d’assurance qui ne sert que d’intermédiaire pour réaliser un résultat financier. Mais si ceci satisfait à l’idéologie dogmatique individualiste, çà fragilise et même déstructure ce qui fait la solidarité de toute société, la solidarité intergénérationnelle, et par-là aussi la socialisation car les individus ne perçoivent plus ce en quoi ils peuvent se sentir solidaires les uns des autres entre générations, y compris celles à venir.
Alors la solidarité d’entraide se formalise dans des actions caritatives plus ou moins aléatoires (dons) qui n’offrent pas une stabilité de structure capable de faire face aux inégalités, en offrant une stabilité sociale valorisante paralysant les effets inégalitaires. C’est la charité qui, si elle est valorisante pour ceux qui s’y adonnent, est le plus souvent humiliante pour ceux qui la reçoivent, car elle leur signifie qu’ils sont à l’écart de l’activité de la société. Par contre la solidarité d’entraide organisée intergénérationnellement signifierait que les citoyens ont la connaissance pleine et entière que toute organisation économique produit des effets désocialisations qu’il convient de paralyser structurellement et sociologiquement.
Pour maintenir les citoyens concernés dans une activité sociale valorisante tout ce différentiel lié à l’évolution de toute société ou aux mutations économiques produisant des situations d’exclusions, doit faire l’objet de traitement « artificiel » (endettement créateur de monnaie) par rapport à l’organisation économique en vigueur, si celle-ci n’est pas suffisante pour les annihiler. Or, cette forme de solidarité est perçue par « l’ultra libéralisme » comme paralysant les motivations créatrices, et nous attendons généralement du système qui génère les inégalités désocialisantes que celui-ci les supprime. Le plus souvent en mettant en avant l’augmentation nécessaire de la croissance. Pourtant dans un secteur comme celui de la santé ou la demande de soin est exponentielle, donc susceptible de générer une croissance basée sur la recherche d’une qualité des soins, il n’est de cesse que l’on nous répète qu’il nous faut réduire cette consommation génératrice d’emplois (industrie pharmaceutique et service médicaux et para médical). Alors que dans le même temps les conditions stressantes d’emploi entraînent des pathologies auxquelles s’ajoutent les maux liés à la désocialisation et l’ensemble ne fait que croître.
Ainsi pour des raisons financières nous acceptons un paradoxe de plus : celui où les conditions globales d’emplois engendrent des troubles qu’il faut soigner, et justifient la demande de soins, et d’un autre côté il est menée une politique qui n’a de cesse d’en restreindre les moyens collectifs, sauf quand chacun se les offre par les « assurances privées à but lucratif ».
Ainsi le système ultra libéral non content de ne pas les supprimer les inégalités désocialisantes utilise les conséquences de l’insécurité sociale qu’il engendre pour proposer ses services et offrir par l’intermédiaire d’assurances privées une garantie contre ses propres effets néfastes tout en réalisant de nouveaux bénéfices (tels les assurances privées contre le chômage). En d’autres termes c’est comme si un pompier mettait le feu à votre maison et vous proposait ensuite ses services payants pour éteindre l’incendie qu’il a allumé. Dans un cas, aussi évident, chacun crierait au scandale.
Alors pourquoi l’acceptons-nous sans rien dire ? Parce que nous sommes dans le temps de l’impossible éveil des consciences

