L’Imposture du Théologico-politique
Note de lecture de la thèse de Géraldine Muhlmann
Peut-on dire en ouverture, qu’il n’y a pas de sacré sans support – et que ce support est la religion (ou la secte, l’église de... etc.) ; et qu’il n’y a pas de religion sans Dieu ou une puissance supérieure, métaphysique plus ou moins définie ; et peut-on dire aussi que la mythologie a été une réponse proto-religieuse qui c’est réinvestie au cours des siècles depuis l’antiquité, dans les religions ; que le divin ne peut se concevoir et se manifester sans support de la religion, et/ou sans le sentiment religieux : il est là... en back office pour répondre à l’angoisse existentielle, à ce besoin de métaphysique qui accompagne consciemment ou inconsciemment tout homme. Le divin sans ces supports n’est qu’un état d’âme... un voile de sensibilité. Ces supports ne sont rien d’autre que mythologies – on reprendra dans ce qui suit ce mot, un mot générique.
La mythologie (ou le religieux) revient dans l’espace publique, plus ou moins cachée, mais relookée pour être « moderne-compatible » – c’est le théologico-politique. Mais que peut-on enlever à cette mythologie, si lentement et habilement construite au cours des âges sans la réduire en cendre ?
– D’abord l’Anthropomorphisme qui est présent à tous les étages – et d’abord dans l’image ( !) de Dieu et de son entourage (seul le Saint-Esprit en réchappe).
– Il faut ensuite interroger la Foi – qui n’est pas génétiquement implantée ni une obligation ou la mise d’un pari (Pascal est un bookmaker !). Sans la Foi, la religion et le sacré n’ont pas le ciment nécessaire pour tenir.
Ces deux conditions étant satisfaites on peut analyser les différentes composants de la religion :
– Le point fort du christianisme c’est la Résurrection ; Résurrection* de Jésus qui exprime sa nature divine ; mais aussi résurrection de tous les fidèles à « la fin des temps ». C’est contraire aux lois physiques, à l’entropie, mais si on retire ceci du dogme, il n’y a plus de religion catholique, elle est réduite à une secte parmi les sectes...
– On peut poursuivre : quid de l’Incarnation ? ; de la réalité de la « Mère de Dieu » ? (avec Annonciation, par un Ange nommé Gabriel ( !) : test de grossesse si on le fait disparaître ! ; Assomption, comme Mahomet) ; des miracles de Jésus ? de sa résurrection suivie de sa « montée au ciel » ? de la Trinité ?... (comme Mahomet !) Tout ça fait un peu péplum.
Que reste-t-il du christianisme si on range dans les archives de « l’Histoire Sainte » ces faits et données merveilleux ? Rien ! Il n’y a que des cendres et les valeurs qu’on récupère... et que l’on retrouve dans les « droits de l’homme », les constitutions etc., càd dans la sphère laïque la plus large. Il s’est produit une « hybridation » des valeurs et du langage entre ce « paquet religieux, mais mythologisé », et la philosophie et les institutions de l’Etat, qui se sont cristallisés dans « la Gauche », avec notamment le marxisme comme ciment, et un langage dérivé et spécifique pour se reconnaître (esprit Club !) ;. La Droite n’ayant qu’à suivre puisqu’elle est restée attachée (plus ou moins, mais suffisamment) à la religion et ces valeurs. Vous apportez mobiles et indices produits par vos confrères philosophes (avec quelques coups de griffes). Toute religion est un bloc : on doit croire à tout ou renoncer à croire. Pas de milieu... Dénoncer l’imposture des clercs n’est pas nécessaire, d’autant qu’ils sont dans l’ensemble sincères.
Je trouve chez Voltaire la juste expression – Référ. : Pléiade Voltaire, Mélanges, pages 1019 à 1117 : Examen important de « Milord Bolingbroke ou Le tombeau du fanatisme » & page 1456 (Notes et variantes) P. 1109 (ça vaut la Bastille !).
Un point de départ en ouvrant L’imposture... ne serait-ce pas d’avoir assimilé les religions aux mythologies antiques : égyptienne, mésopotamienne... et autres – où l’on trouve des événements bien connus : vierge qui accouche, déluge, Pythagore plus qu’un homme mais pas tout à fait dieu, du fantastique et de la poésie.
Considérer cette construction comme une métaphore dont chacun peut faire son miel revient à formuler autrement la disparition de la religion, et la renommer autrement aussi, par exemple mythologie. Reste « le dieu de créateur » de Voltaire qui a échappé à son entreprise de démolition religieuse qui lui aurait valu la Bastille s’il n’avait pas opportunément quitté Paris pour Genève. Avec les connaissances scientifiques actuelles on comprend encore moins ce « dieu créateur de l’Univers ». Il est légitime de faire des hypothèses : 1- Il y est forcément extérieur... le Big bang suppose un avant... 2- Il ne faut pas exclure un Univers incréé... Wait and see... plutôt que de faire du flash-back vers Lui, en lui demandant pardon (mais de quoi au fait ?)..
On peut appliquer l’analyse critique à toutes les religions pour arriver à cette unique conclusion : la Foi seule cimente les croyances et il n’y a pas de demi-mesures. Et ce qui se diffuse dans la société aujourd’hui, ce ne sont que des valeurs partagées par l’humanité dont l’émergence et la formation doivent certes beaucoup aux religions, mais cela ne les sanctifie hélas pas (quoiqu’on fasse pour...). Il peut en résulter une croyance diffuse – sous le voile de l’ignorance – qui satisfait un besoin métaphysique, un besoin de croire à quelque chose qui nous surplombe... etc., mais c’est aller un peu vite d’y voir le retour du religieux... sans religion ! (La Foi du charbonnier n’est plus d’actualité depuis qu’il a été remplacé par le livreur de fioul -qui n’a pas repris cette Foi sur ses épaules.)
Que bien des valeurs que ces religions portent se retrouvent dans nos sociétés contemporaines, cela va de soi me semble-t-il, du fait qu’elles ne sont souvent rien d’autre que des règles de bonne conduite pour vivre ensemble, avec des références à Aristote et d’autres. Mais ce qui ressort de votre ouvrage c’est le retour d’une part de croyances sur lesquelles les religions sont fondées, qui en sont l’origine et la substance. Part qui laisserait de côté le falbala des pratiques et de manifestations... mais pas tant que ça !
Pour conclure la phrase de Camus : « heureux celui qui vit sans mythes », qui ne s’est pas planté comme beaucoup d’autres philosophes (si je vous ai bien lue), faux croyants malgré eux, dans le sentiment plus que dans la raison. J’imagine un chapitre supplémentaire pour mettre en avant les philosophes qui ne sont pas tombés dans le piège, ainsi que des auteurs qui font le lien de cette pensée athée avec la littérature : par ex Sartre, Camus et l’inimitable Cioran accompagné de son ami Ionesco... peut-être de Beaumarchais, Diderot ( ?).
En (faux) résumé. Le besoin de transcendance propre à chaque homme, s’est cristallisée dans l’histoire longue au niveau des groupes sociaux, dans la magie, les mythologies, les religions, les sectes... et autres entités plus ou moins visibles et durables, en développant des croyances et une religiosité « institutionalisées » par un pouvoir d’Eglise et/ou d’Etat. Le pouvoir retient ce qui est compatible avec le plus petit dénominateur commun. L’expression d’un « besoin croire à quelque chose », donc de transcendance, est reconnue par certains philosophes, qui disent à demi-mot la nécessité du retour d’un religieux (aménagé). Et si ce n’est ni Athéna ni Vierge Marie..., c’est bien le mythe qui est appelé dans la cause. Et il n’est pas inutile de classer les philosophes en deux groupes : ceux qui sont athées, qui raisonnent en dehors du schéma voltairien, et ceux qui ne le sont pas, croyants ou pas, mais avec une démarche téléologique (Hegel et Descartes). Et de choisir son camp.

