L’inconscient collectif des dirigeants occidentaux, face à une situation bloquée, évoluant vers une fin de guerre en Ukraine plus réaliste
Comment comprendre la guerre en Ukraine ? La guerre en Ukraine dure depuis près de quatre ans, aujourd’hui, nous sommes le 4 janvier 2026. La question qui se pose : « Comment cette guerre se terminera-t-elle ? » La fin de la guerre paraît « insoluble » tant l'opposition est radicale entre les parties : l'Ukraine exige l'intégrité de son territoire, tandis que la Russie revendique les régions de l'est de l’Ukraine qu’elle a annexées, acceptant toutefois à rendre certains petits territoires nouvellement occupés à l’Ukraine.
Il y avait, cependant, un espoir avec l’élection du président américain, Donald Trump. Depuis son investiture le 20 janvier 2025, il a déclaré qu’il mettra fin à la guerre en Ukraine ; alors qu’au cours des élections présidentielles, il avait affirmé « qu’il la règlera en vingt-quatre heures. »
Le président Donald Trump tranche avec les présidents américains passés ; il est d’une autre stature ; il se présente comme un homme d'action, qui prend des risques, qui est moins préoccupé par la défense des droits de l’homme, et donc de la liberté, de la démocratie. Il cherche à rendre la grandeur des États-Unis ; comme il le dit : « And we will make America great again. » Traduit en français, il le dit avec emphase : « Nous allons rendre sa force à l'Amérique. Nous allons rendre sa fierté à l'Amérique. Nous allons rendre sa sécurité à l'Amérique. Et nous allons rendre sa grandeur à l'Amérique ».
Dès son investiture, il avait promis les « 100 premiers jours les plus extraordinaires de toute présidence dans l'histoire américaine » et ils n'ont en effet laissé personne indifférent. Jugé imprévisible ou machiavélique, Donald Trump n'a cessé de bousculer l'ordre mondial, entre guerre commerciale, dossier ukrainien et dossier palestinien (Gaza).
Donald Trump, dans ses déclarations d’une prétention inouïe, inquiétante, a affirmé sa volonté « d’acheter le Groënland », un vaste territoire riche en minéraux, en matières premières, combustibles et appartenant au Royaume du Danemark, qui fait partie des Nations-Unies et qui est un des membres fondateurs de l’OTAN. De même, Trump a affirmé vouloir « prendre le contrôle » de la bande de Gaza pour la transformer en « Riviera », mais après avoir déplacé les Palestiniens ailleurs.
Dans le Nouvel Observateur, un article du 26 février 2025 qui a pour titre « Trump partage une vidéo générée par l’IA de son projet clinquant et mégalomane pour Gaza », donne le plan pensé par Trump :
« Ce clip montrant le territoire palestinien en station balnéaire est rapidement devenu viral ce mercredi.
Une statue géante en or massif à son effigie au centre d’un rond-point, son acolyte Elon Musk dansant sous une pluie de dollars, des gratte-ciel, des yachts et même des danseuses du ventre barbues : telles sont les images visiblement générées par l’intelligence artificielle partagées par Donald Trump sur son réseau social, mardi 25 février, pour illustrer son projet pour Gaza. Voyez-en des extraits dans notre vidéo en tête d’article.
« Donald vient vous libérer pour apporter la lumière », disent les paroles de la chanson accompagnant ce clip en total décalage avec la situation humanitaire et sanitaire désastreuse dans le territoire palestinien.
Postée d’abord sur la plateforme de Donald Trump, Truth Social, la vidéo a ensuite été partagée sur son compte Instagram où elle comptait plus de 16 millions de vues ce mercredi après-midi. Si des internautes s’interrogeaient sur un possible piratage des comptes du président américain, elle n’a fait l’objet jusqu’ici d’aucun démenti.
Dans ce clip de 33 secondes intitulé « Gaza 2025 - What’s next ? », des enfants émergent d’un paysage en ruines pour ressortir sur une plage bordée de gratte-ciel où Elon Musk déguste une spécialité locale en toute décontraction.
« Riviera du Moyen-Orient »
Le leader de la première puissance économique mondiale est omniprésent dans cette station balnéaire, avec notamment la mention d’un palace nommé « Trump Gaza ». Au bord de la piscine de cet hôtel, son avatar en maillot de bain sirote un cocktail en compagnie d’un Benyamin Netanyahou tout aussi virtuel.
Cette vidéo surgit trois semaines après la première évocation par le président des Etats-Unis de sa volonté de prendre le contrôle du territoire palestinien dévasté par plus de quinze mois de guerre entre Israël et le Hamas palestinien, et par le déplacement de ses 2,4 millions d’habitants en Jordanie et en Egypte.
Donald Trump dit vouloir faire de ce territoire, dont la reconstruction est estimée à plus de 53 milliards de dollars par l’ONU, la « Riviera du Moyen-Orient ».
Soutenu par Israël, le projet du locataire de la Maison-Blanche a suscité une volée de critiques internationales, notamment des pays arabes qui ont rejeté unanimement toute perspective de déplacement des Palestiniens hors de Gaza.
Alors qu’un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 19 janvier dans le territoire palestinien, l’Egypte, la Jordanie et des pays du Golfe ont tenu vendredi un sommet « informel » à Ryad, pour discuter d’un plan alternatif à ce projet. » (1)
Que peut-on dire du caractère de Donald Trump ? Force de dire que son caractère étonne, mais Trump est ainsi. Sur la psychologie de l’être, le caractère conscient se rapporte à la capacité de l’être à se connaître, ce qu’il est et donc son identité, sa situation, ses actions, et sur ce plan, Trump est tout à fait normal ; et surtout il se sait qu’il est à la tête de la première économie du monde, dotée du plus imposant appareil militaire au monde, incluant le plus important arsenal nucléaire. Dans un certain sens, par cette fonction présidentielle, il se sent l’homme le plus puissant du monde. Et si ses déclarations étonnent dans les décisions qu’il prend, ce qu’il ne sait pas, c’est son caractère qui est ainsi et qui agit sur sa conscience en rapport ce qui lui vient du monde.
Si nous parlons de psychologie de profondeur, sur le plan psychique humain, on peut dire que le conscient de Trump dépend de son inconscient que non seulement Trump ne connaît pas mais échappe à sa conscience ; cet inconscient contient tout ce qui a trait à son existence, et donc tous les souvenirs enfouis, ses désirs refoulés, ses pulsions qui le caractérisent spécialement lui et qui influencent ses comportements et ses pensées.
Comme l’a défini Freud, l'inconscient est une vaste partie du psychisme, inconnue de la conscience, qui influence fortement nos pensées, et donc nos désirs et comportements. Il est le réservoir des pulsions et des désirs refoulés, agissant comme une force dynamique qui détermine en grande partie notre vie psychique, et c’est par lui que le conscient en grande partie a prise sur soi et sur son existant. Précisément les pulsions et désirs refoulés, émanations de l’inconscient, parviennent à la conscience selon le contexte du vécu.
Aussi, si Trump est extravagant, ou considéré mégalomane, il le doit à son inconscient ; Trump, en réalité, ne prend pas conscience pourquoi il affirme cette promesse que les « 100 premiers jours seraient les plus extraordinaires de toute présidence dans l'histoire américaine » ; il le dit simplement et il en est convaincu. Cela relève de sa conscience qui est directement dépendante de son inconscient.
Quand il déclare « d’acheter le Groënland », ou de faire de la bande de Gaza la « Riviera du Moyen-Orient », en fait, il affirme une volonté de puissance qui est innée en lui. La volonté de puissance ne vient pas de la conscience ; elle se situe au-delà du vouloir conscient. C’est son inconscient qui souffle à Trump ses idées de volonté puissance selon ce que l’inconscient est en lui ; Freud l’appelle le « ça ».
Le « ça », selon l’approche freudienne, est la source inconsciente des pulsions, désirs et besoins primitifs, opérant selon le principe de plaisir pour une satisfaction immédiate, une force psychique incontrôlable qui pousse l'individu à satisfaire ; contrairement, Nietzsche voit la volonté de puissance comme l'essence même de la vie, cherchant l'augmentation de soi, une force créatrice animant l'inconscient nietzschéen.
En réalité, pour Freud comme pour Nietzsche, le ça ou la volonté de puissance sont la partie primitive inconsciente de la psyché de l’être, ignorant la morale ; la recherche inconsciente est la satisfaction immédiate des pulsions de puissance, que l’on constate dans la vie de l’être. Ces pulsions inconscientes fondées sur le principe du plaisir sont naturelles ; elles constituent l’énergie fondamentale qui anime tout être ; une énergie qui veut la vie et cherche à s’accroître ; et la « pensée » est à la fois le véhicule principal de cette énergie fondamentale en l’être et aussi par elle que l’être humain « prend », « commande » son existence ; c’est elle qui lui transmet « le faire » dans son existence ; tout passe par la pensée humaine.
On comprend pourquoi Trump, conscient de lui-même, i.e. ce qu’il est en tant qu’humain et « personnalité » dans la hiérarchie du monde, sa position, sur le plan mondial, en tant que président de la première puissance mondiale, et cette situation dans la hiérarchie mondiale conjuguée à son caractère et son psyché englobant conscient et inconscient le poussent, par la volonté de puissance très forte en lui, « innée » il faut le souligner, à l’accroissement, au dépassement dans sa vision du monde ; on comprend alors l’excès dans ses sorties et déclarations sur le plan politique international et mondial ; et c’est parce qu’il est ce qu’il est.
Par exemple, une déclaration de Trump qui étonne. Il affirme que, s’il met fin à la guerre en Ukraine, il espère aller au Paradis. Le Figaro sur ce propos :
« Le président américain avait déjà laissé entendre qu’il voulait mettre fin au conflit qui oppose la Russie et l’Ukraine pour se voir décerner le prix Nobel de la paix, qu’il pense mériter.
Donald Trump a estimé ce mardi 19 août qu'obtenir un accord de paix en Ukraine pourrait « l'aider à aller au Paradis », plaisantant sur le fait que ses chances d'y accéder sont actuellement faibles. Le président américain, âgé de 79 ans, avait déjà laissé entendre qu'il voulait mettre fin à la guerre en Ukraine pour se voir décerner le prix Nobel de la paix, qu'il pense mériter.
Mais au lendemain de la visite à la Maison-Blanche du président ukrainien, Volodymyr Zelensky, et de plusieurs dirigeants européens pour trouver une issue au conflit avec la Russie, il a confié avoir aussi des motivations moins prosaïques. « Je veux essayer d'aller au Paradis si possible », a-t-il déclaré à « Fox & Friends », une émission de Fox News, chaîne qui a les faveurs des conservateurs américains. « J'entends dire que je ne suis pas bien placé, que je suis vraiment au bas de l'échelle ! Mais si j'arrive à aller au Paradis, ce sera l'une des raisons », a-t-il jugé.
Un ton mystique après avoir survécu à une tentative d’assassinat
Marié trois fois et mis deux fois en accusation par le Congrès américain (« impeachment »), Donald Trump n'a rien d'un saint. Le milliardaire républicain a été impliqué dans un certain nombre de scandales au fil des ans et est le premier président américain à avoir été condamné au pénal, pour des paiements dissimulés à une star de films X.
Mais il a adopté un ton de plus en plus mystique après avoir survécu l'an passé à une tentative d'assassinat. Lors de son investiture en janvier, il avait ainsi affirmé avoir été « sauvé par Dieu pour rendre sa grandeur à l'Amérique ». Bénéficiant du plein soutien de la droite religieuse américaine, Donald Trump cherche à apparaître plus pieux que lors de son premier mandat.
Il a nommé une conseillère spirituelle officielle, Paula White, qui a dirigé plusieurs prières collectives au cours desquelles les participants posaient leurs mains sur lui lors d'événements à la Maison-Blanche. La porte-parole de la Maison-Blanche a estimé ce mardi que « le président était sérieux » quand il a fait cette déclaration sur l'Ukraine. « Je pense que le président veut aller au Paradis comme, j'espère, nous le voulons tous dans cette salle », a déclaré aux journalistes Karoline Leavitt, qui elle-même organise des prières avant ses conférences de presse. » (2)
Donc « sauvé par Dieu pour rendre sa grandeur à l'Amérique, acheter le Groënland, faire de Gaza une Riviera du Moyen-Orient, mettre fin à la guerre en Ukraine lui vaudrait peut-être d’aller au Paradis », ces affirmations relèvent de son inconscient qu’il ne commande pas. Et c’est précisément là l’intérêt de Trump dans sa réélection dans la marche de l’histoire. Un espoir pour qu’il mette fin à la guerre en Ukraine qui a trop duré et qui est dans l’impasse.
Enfin, un point essentiel à souligner, l’inconscient peut être parfaitement rationnel comme il peut ne pas l’être, selon le contexte, selon les désirs refoulés et les pulsions irrationnelles. Mais il reste que des mécanismes inconscients qui, bien qu'automatiques, peuvent être « rationnels » dans le sens, où s’adaptant à la situation sociale ils contribuent au bon fonctionnement du psyché de l'individu ; et c’est ce qui importe dans ces mécanismes inconscients qui sont impératifs dans la vie communautaire et sociale.
Justement, dans l’élection de Donald Trump, en novembre 2020, le président russe Vladimir Poutine y a vu un présage positif pour la fin de la guerre en Ukraine. Poutine est convaincu que « Trump, comme il l’a annoncé, veut mettre fin à la guerre en Ukraine ». Point besoin de parler de l’inconscient de Poutine, par sa conscience confortée par son inconscient, il est convaincu que Trump, depuis son élection, travaille pour mettre fin à la guerre en Ukraine, et ne cesse de planifier des rencontres, d’imposer ses vues bien qu’il se heurte à ses alliés européens, qui eux veulent que la Russie quitte les régions de l’Est de l’Ukraine qu’elle occupe.
Les dirigeants européens sont aussi mus par leurs inconscients respectifs mais leur inconscient, au sens jungien, est « collectif ». Les pays d’Europe ont une longue histoire, depuis les empires coloniaux qui ont duré plusieurs siècles jusqu’aux aux deux guerres mondiales. Et ce que les pays d’Europe sont devenus après 1945, et la décolonisation du monde en marche, ils ont tissé des liens entre eux, créant l’Union européenne. Un processus d’union pour les pays d’Europe est tout à fait naturel, compte tenu de l’émergence de nouvelles grandes puissances, URSS, Chine, Inde, comme on le voit aujourd’hui.
L’Europe parfois qualifiée de « Vieux continent », malgré son Union européenne à 28 puis à 27, pèse dans le balancier des grandes puissances malgré que ce soient les États-Unis qui, à travers l’Organisation Atlantique Nord (OTAN), la soutiennent militairement.
Aussi l’Europe d’aujourd’hui reste toujours l’Europe de naguère ; des anciennes puissances qui ont dominé le monde, et en fait ont donné le monde d’aujourd’hui. Les États-Unis tirent leur origine de l’Europe ; de même, l’Union soviétique, la Chine aussi, ce sont les idées venues d’Europe (Marx, Proudhon, Engels…) qui ont imposées le communisme en Russie et en Chine. Ce sont donc les pays d’Europe qui ont été dans l’avènement des grandes puissances.
L’Europe des 27 représente une puissance économique et commerciale de premier plan, rivalisant avec les États-Unis et la Chine, des superpuissances dominantes ; la Russie cherche à conserver sa position d'ancienne superpuissance ; l'Inde émergeant comme une puissance potentielle. L’Europe n’en continue pas moins de tenter de peser, par des alliances, des sanctions et des stratégies économiques, sur le comportement des autres ; ce qui est normal au regard de l’héritage de l’histoire. Mais, en faisant front par leur inconscient collectif, les dirigeants européens, s’ils n’ont pas le soutien des États-Unis, ne peuvent peser sur le cours de la guerre en Ukraine.
Cependant, malgré cette situation de dépendance, les pays d’Europe peuvent s’interposer et exiger des conditions plus favorables dans le dénouement de la guerre en Ukraine, ce qui est normal, naturel, sinon à quoi aura servi le soutien européen à l’Ukraine durant presque quatre années de guerre. De même pour les États-Unis qui ont soutenu l’Ukraine, depuis le début de la guerre. Sur le plan de l’inconscient collectif des dirigeants européens, ils sont globalement unis, et ils cherchent à peser sur la guerre en Ukraine.
Mais il y a le réalisme de la situation de guerre en Ukraine. Le problème pour l’Europe, c’est que Donald Trump sait que l’Ukraine n’est pas de taille avec la Russie, même avec les armements que lui livrent les États-Unis et l’Europe. Et comme l’inconscient de Trump lui interdit d’entrer en guerre avec la Russie, une superpuissance nucléaire, de même pour les forces de l’OTAN, et c’est là où entre l’intérêt du rapprochement Trump-Poutine.
Il émane surtout de Donald Trump, de son fort caractère et de son réalisme malgré les excès de son caractère sur ce qu’il pense de l’issue de la guerre en Ukraine. Et comme Donald Trump sait que seuls les États-Unis peuvent contrer la Russie en guerre contre l’Ukraine, et il n’a été élu qu’en 2025, et après trois années de guerre et la quatrième année qui suit, la situation n’étant pas favorable à l’Ukraine, certes les forces armées ukrainiens résistent, mais le constat est là. Même avec tous les moyens accordés à l’Ukraine, les chances sont presque nulles pour qu’un retournement de la situation s’opère en faveur de l’Ukraine.
Donc, l’inconscient de Trump soufflait en quelque sorte à sa conscience d’agir, de « bouger les choses », et c’est ce qui explique les rencontres répétées des parties en guerre et des médiateurs essentiellement américains, et les échanges téléphoniques que Trump a déclarés maintenir avec le président russe. Il est évident que le maintien des échanges téléphoniques entre Trump et Poutine relèvent du réalisme du président américain sur la situation de guerre en Ukraine qui se prolonge et reste dans l’impasse.
Même la Russie qui poursuit toujours son offensive peine pour vaincre, et rien ne vient confirmer que la Russie remportera la victoire ; certes elle pourrait la remporter mais ce serait au prix d’une longue guerre, surtout si l’Occident augmenterait son soutien en armements à l’Ukraine, et aussi en argent et même en moyens humains non déclarés. La Russie a à ses côtés des forces armés nord-coréennes.
Donc seul le réalisme des inconscients collectifs de part et d’autre des parties en guerre qui aura à dicter la fin de la guerre. La question principale est comment ? Tout ce que l’on peut avancer sur cette guerre, c’est qu’après près de quatre années de guerre, la situation ne pourrait que s’empirer si une prise de conscience des parties en guerre ne vient pas mettre fin au conflit.
Il est vrai que l'« inconscient collectif des dirigeants européens » évoque le schéma de pensée, de peurs et d’aspirations partagées, souvent inconscients, sur ce qui risque d’advenir si la fin de la guerre en Ukraine est mal négociée par les États-Unis. Ce qui influence leurs décisions, se manifestant par des tensions avec les États-Unis, craignant que leur grand allié ne les lâche.
Mais, ce que l’on ne peut pas oublier, c’est que toute guerre qui arrive a un sens ; elle a des causes et une finalité que laisse entrevoir les origines de la guerre. En clair, l’invasion de la Russie ne s’est pas faite sur un coup de tête dans l’inconscient collectif des dirigeants russes ; elle s’est faite sur une réalité liée au contexte politique qui a commencé en 2014 et bien avant 2014 ; un contentieux historique en fait lié à l’après dislocation de l’ex-Union soviétique.
Si la guerre a éclaté en février 2022, c’est qu’elle relève d’un cours logique de l’histoire. Et tout cours logique de l’histoire englobant une guerre est rationnel. Prenons la guerre du Vietnam, la guerre d’Algérie, les deux guerres en Afghanistan, la guerre en Irak, la guerre récente à Gaza. Malgré les pertes considérables qu’ils ont subies, ces pays ont pour eux la cause juste et donc, en défendant leurs territoires, et la population qui y vit est majoritaire, la victoire forcément leur revient comme un présent arraché à l’envahisseur, et celui-ci a cherché à les soumettre, les coloniser par la force.
Et cela a été le cas des peuples : nord-vietnamien, algérien, irakien, afghan, palestinien (celui-ci est en cours) et d’autres peuples à travers le monde. A Gaza, malgré l’appui total en armements pour les forces terrestres, aériennes et maritimes israéliennes, après deux ans de guerre, Israël n’est pas parvenu à mettre fin au mouvement armé du Hamas. Aujourd’hui, après la trêve du 10 octobre 2025, c’est toujours le Hamas qui régit Gaza ; Israël bien que son armée campe sur une partie du territoire gazaoui n’est pas parvenu à éradiquer le Hamas.
Ce que l’histoire ne cesse de témoigner, les peuples face à l’occupation, à la colonisation, tôt ou tard, par la lutte armée, sortiront vainqueurs. Le monde humain n’est pas lancé dans une trajectoire sans but prédéfinis ; il y a un sens dans la marche de l’histoire de l’humanité ; ce sera toujours la cause juste qui l’emportera ; en clair, la lutte du bien contre le mal.
Précisément, la guerre en Ukraine relève du même principe, « une cause juste sur une cause injuste ». Et ses implications mondiales laissent tous les observateurs presque dans l’impossibilité de donner une réponse tant les dimensions de ce confit soulèvent un questionnement complexe ; le tissu des événements est tellement enchevêtré qu’il est difficile à délier.
En réalité, il y a une métaphysique dans cette guerre qui n’est pas pressentie, et cela en raison de « manque de réalisme » de l’Occident ; celui-ci n’aide l’Ukraine que pour des raisons stratégiques contre la Russie et non pour des raisons d’éthique, de morale ; l’objectif des pays d’Europe avec le soutien des États-Unis cherchent à englober toute l’Europe d’Est en Ouest, et donc intégrer les pays qui ne le sont pas encore. A commencer, à l’est, par l’Ukraine, la Moldavie, la Biélorussie, et au sud, l’Albanie, la Serbie, la Bosnie-Herzégovine, Macédoine…
L’objectif de la stratégie occidentale est, par l’intégration tous les pays d'Europe orientale et des Balkans, de constituer un bloc géopolitique fort face à la Russie et la Chine. Et vient la Russie qui, en entrant en guerre en Ukraine, vient fausser les plans occidentaux, ce qui n’est pas acceptable pour l’Occident.
Sauf que si la Russie a faussé les plans de l’Occident, c’est qu’elle avait une carte maîtresse qui relève du cours historique de la région de l’Ukraine. En effet, une population russophone qui vit dans la région du Donbass, et en Crimée, est majoritaire ; sans ces populations russophones qui sont majoritaires à l’est de l’Ukraine, la Russie n’aurait pu arrêter l’intégration de l’Ukraine à l’Union européenne et à l’OTAN. L’Ukraine aurait suivi comme cela a été pour les trois pays baltes, l’Estonie, Lettonie et Lituanie ; donc quatre pays membres de l’ex-URSS qui rejoignent l’Union européenne et l’OTAN.
Et l’histoire a décidé autrement ; cela s’est mal passé pour l’Ukraine ; et aujourd’hui, la guerre est dans l’impasse. Il est évident que, devant l’impasse d’une situation de conflit où deux causes se disputent la cause juste, ce sera la cause la plus juste qui prévaudra. Dès lors, sur cette réalité qui parle d’elle-même, le réalisme viendra forcément à s’affirmer. La question est comment ?
Tout ce qu’on peut dire, avec près de quatre années de guerre, la réalité d’impasse est de plus en plus présente dans l’inconscient collectif des décideurs des deux parties en conflit. Et que constate-t-on ?
Ce n’est pas la Russie mais l’Occident, i.e. les États-Unis et l’Europe, qui multiplie les réunions et sommets des dirigeants et propose des plans de paix, qui passent par des négociations qui se répètent sans aucune atteinte pour mettre fin à la guerre. Et tout relève de l’inconscient collectif des décideurs occidentaux, tant aux États-Unis qu’en Europe, qui les poussent à agir, à chercher une « solution » sauf que cette solution ne vient pas.
Sur le plan de la psychologie, leurs inconscients leur imposent l’action à l’inaction, ce qui explique ces réunions sans fins en Occident. Cependant, leur « inconscient collectif » est tiraillé entre le soutien à l'Ukraine et le réalisme d'une situation bloquée. En clair, les dirigeants occidentaux tant américains qu’européens, malgré leurs différences de vue, cherchent un chemin vers la paix sans sacrifier les principes fondamentaux, notamment face à une potentielle réduction de l'aide à l’Ukraine.
Devant l’inflexibilité de la Russie sur les lignes rouges à savoir les territoires de l’est de l’Ukraine annexés et non négociables, ces réunions incessantes et ces sommets clamés sans cesse dictés par leurs inconscients collectifs qui sont certes d’une nécessité absolue et légitiment même la poursuite de la guerre n’empêchent pas une frustration occidentale qui se fait jour. Et dans l'impasse des négociations en Ukraine, cette frustration est palpable ; elle se manifeste par l' exaspération des dirigeants américains, comme Donald Trump, face à l'absence de progrès malgré les discussions, et par un sentiment de « déclin stratégique » de l'Occident, incapable de maîtriser les événements, menant à des divisions et à des appels pour des solutions concrètes plutôt que de simples réunions.
Le problème pour l’Occident, c’est que si l’impasse se prolonge et ces négociations et réunions sans fins n’apportent rien, la lassitude y jouant pourra pousser les inconscients collectifs des dirigeants occidentaux vers plus de pragmatisme, et une prise de conscience soufflée par leurs inconscients les mènera à la fin à négocier sérieusement la fin de la guerre en Ukraine avec la Russie. Certes, la Russie disposera des régions annexées. Mais ce sera le prix à payer. Et tout laisse supposer que la fin de la guerre va s’opérer ainsi.
On peut même penser que Donald Trump, en attaquant par surprise le Venezuela et en enlevant son président et en menaçant le Danemark pour s’emparer du Groenland, il veut simplement donner le change, marquant qu’il est le plus fort. Alors qu’en réalité, il est dans une position de faiblesse dans la guerre en Ukraine face à la Russie ; de même face à la Chine qu’il ménage comme il le déclare.
Medjdoub Hamed
Chercheur
Note :
1. « Trump partage une vidéo générée par l’IA de son projet clinquant et mégalomane pour Gaza », par le Nouvel Observateur. Le 26 février 2025
https://www.nouvelobs.com/monde/20250226.OBS100803/trump-partage-une-video-generee-par-l-ia-de-son-projet-clinquant-et-megalomane-pour-gaza.html
2. « Guerre en Ukraine : Donald Trump affirme qu'un accord de paix l'aiderait à « aller au Paradis » », par le Figaro. Le 20 août 2025
https://www.lefigaro.fr/international/guerre-en-ukraine-donald-trump-affirme-qu-un-accord-de-paix-l-aiderait-a-aller-au-paradis-20250820

