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L’invisibilisation persistante du militantisme sur l’égalité parentale : quand la revendication de coparentalité est réduite au masculinisme - AgoraVox le média citoyen
samedi 18 juillet - par Défendre les enfants

L’invisibilisation persistante du militantisme sur l’égalité parentale : quand la revendication de coparentalité est réduite au masculinisme

L’invisibilisation persistante du militantisme pour l’égalité parentale : quand la revendication de coparentalité est réduite au « masculinisme »

« Toute revendication portée par des pères n’est pas nécessairement masculiniste, de la même manière que toute revendication portée par des femmes n’est pas nécessairement féministe. Pourtant, dans le débat public français, la défense de l’égalité parentale se voit de plus en plus enfermée dans une grille de lecture idéologique qui empêche souvent l’examen de son contenu réel. »


Une égalité parentale proclamée mais inachevée

Depuis la réforme de l'autorité parentale, le droit français affirme que l'enfant a vocation à conserver des liens avec ses deux parents après une séparation. L'article 373-2 du Code civil rappelle ainsi que chacun des parents doit maintenir les relations personnelles de l'enfant avec l'autre parent.

Pourtant, plus de vingt ans après l'introduction de la résidence alternée dans le droit français, celle-ci demeure minoritaire.

Selon la dernière étude de l'INSEE publiée le 16 juillet 2026, seuls 14 % des enfants de parents séparés vivent en résidence alternée en France métropolitaine, contre 18 % en Bretagne, région où ce mode de résidence est le plus développé. L'étude souligne également que ce dispositif est davantage pratiqué dans les catégories sociales favorisées, chez les parents diplômés et disposant de conditions matérielles plus favorables. 

Source INSEE : Enfants en résidence alternée, une situation plus courante dans les familles plus aisées

Ces chiffres révèlent une réalité souvent absente du débat public : malgré sa reconnaissance légale, la coparentalité équilibrée reste loin d'être devenue la norme.

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Une mobilisation citoyenne souvent ignorée

Contrairement à l'image parfois véhiculée, la question de l'égalité parentale mobilise un nombre important de citoyens.

La proposition de loi n°819, déposée à l'Assemblée nationale le 21 janvier 2025, vise à permettre à l'enfant de maintenir des liens équilibrés avec ses deux parents lorsqu'un désaccord existe sur sa résidence. Elle prévoit que la résidence alternée devienne le principe de référence, sauf démonstration contraire de l'intérêt supérieur de l'enfant. 

Texte de la proposition de loi : Proposition de loi n°819 visant à permettre à l'enfant de maintenir des liens équilibrés avec ses deux parents

Selon les associations mobilisées autour du texte, cette réforme a suscité plusieurs milliers de signatures citoyennes et reçu le soutien d'un nombre important de parlementaires issus de sensibilités politiques diverses. 

Pourtant, cette mobilisation demeure largement absente des grands médias nationaux. Lorsqu'elle est évoquée, elle l'est souvent sous l'angle de polémiques annexes plutôt qu'à travers l'examen de ses arguments de fond.


Le rapport 2026 du HCE : un tournant dans la perception institutionnelle

Cette difficulté à faire entendre les revendications liées à la coparentalité s'est renforcée avec la publication du rapport 2026 du Haut Conseil à l'Égalité (HCE), intitulé :

« Rapport 2026 sur l'état des lieux du sexisme en France : la menace masculiniste ».

Rapport officiel du HCE : Rapport 2026 sur l'état des lieux du sexisme en France : la menace masculiniste

Le rapport indique notamment que :

« 17 % des personnes de 15 ans et plus adhèrent à des formes de sexisme hostile » et souligne la diffusion de discours masculinistes sur les réseaux sociaux.

La lutte contre les discours misogynes, les violences faites aux femmes ou les idéologies de haine constitue évidemment un objectif légitime.

Cependant, plusieurs associations de défense de l'égalité parentale ont exprimé leur inquiétude face à ce qu'elles perçoivent comme un risque de confusion grandissante entre la critique du fonctionnement actuel de la justice familiale et l'adhésion à une idéologie masculiniste.

Ainsi, l'association Jamais Sans Papa estime que le débat sur l'égalité parentale tend désormais à être abordé sous un prisme essentiellement idéologique, au détriment des réalités vécues par de nombreuses familles. 

Analyse critique publiée par Jamais Sans Papa : Rapport 2026 du HCE : quand l'égalité devient un discours à sens unique


La réduction systématique au « masculinisme »

Le principal reproche formulé par les militants de l'égalité parentale concerne ce qu'ils considèrent comme une mécanique d'étiquetage.

L'étiquetage consiste à discréditer une revendication non pas en répondant à ses arguments, mais en l'associant à une catégorie perçue comme négative.

Dans ce schéma, la défense de la résidence alternée, la dénonciation de certaines décisions judiciaires ou la revendication d'une coparentalité plus équilibrée se retrouvent parfois assimilées au masculinisme sans distinction préalable.

Cette pratique produit un effet redoutable : le débat ne porte plus sur le contenu des propositions mais sur l'identité supposée de ceux qui les défendent.

Dès lors, il devient inutile de discuter des statistiques de résidence, de l'intérêt de l'enfant ou du maintien des liens familiaux : l'accusation suffit à elle seule à délégitimer l'interlocuteur.


Quand les faits divers servent de raccourci idéologique

Cette tendance s'est illustrée de manière particulièrement frappante après le double meurtre d'Angela et Audrey en mai 2026.

Dans un communiqué publié le 31 mai 2026, le collectif Défendre les Enfants a exprimé sa compassion envers les victimes et leurs proches tout en dénonçant l'utilisation quasi immédiate de ce drame pour discréditer des bénévoles et des associations engagés dans la défense des droits de l'enfant et de la coparentalité.

L'association dénonce explicitement :

« la méthode rhétorique classique de l'étiquetage »,

ainsi que

« la sur-généralisation consistant à attribuer à tout un groupe les actes d'un individu »

Article du collectif Défendre les Enfants : Davantage de respect après un effroyable double meurtre

La question soulevée est fondamentale : peut-on considérer qu'un crime commis par une personne ayant connu un conflit familial permet de caractériser l'ensemble des mouvements qui défendent le maintien des liens parent-enfant ?

Pour les collectifs concernés, la réponse est non.


La souffrance parentale : l'angle mort du débat

Cette invisibilisation se retrouve également dans le traitement médiatique de certaines détresses parentales.

Le 17 juillet 2026, un homme est monté au sommet de la grue Titan à Nantes en menaçant de mettre fin à ses jours. Selon les informations rapportées par Ouest-France, il demandait à pouvoir revoir sa fille adolescente. 

Article Ouest-France : Un père monte en haut de la grue grise et menace de mettre fin à ses jours à Nantes

Évidemment, personne ne peut tirer de conclusion générale à partir d'une situation individuelle, et aucun désespoir parental ne saurait justifier un passage à l'acte mettant sa vie en danger.

Cependant, ce fait divers met en lumière une réalité rarement évoquée : l'existence d'une souffrance psychologique profonde chez certains parents séparés qui vivent une rupture ou une restriction de la relation avec leurs enfants. 

Or cette souffrance apparaît souvent comme un sujet secondaire dans le débat public, voire comme un sujet suspect lorsqu'elle est portée par des pères.

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Une confusion qui empêche le débat démocratique

Le problème majeur de cette assimilation systématique réside dans son caractère réducteur.

Elle empêche de distinguer :

  • les mouvements réellement misogynes 
  • les discours de haine 
  • les revendications de coparentalité 
  • les propositions de réforme de la justice familiale 
  • les demandes visant à renforcer le maintien des liens parent-enfant

Cette confusion nuit à tous :

  • elle brouille l'identification des véritables mouvements extrémistes 
  • elle fragilise les espaces de dialogue 
  • elle rend plus difficile la prise en compte de certaines situations familiales 
  • elle éloigne encore davantage le débat de sa question centrale : l'intérêt de l'enfant

Recentrer le débat sur l'enfant plutôt que sur les étiquettes

« L'enfant a-t-il intérêt à pouvoir conserver des liens équilibrés avec ses deux parents lorsque les conditions le permettent ? »

Voilà la question essentielle.

Ni les faits divers, ni les procès d'intention, ni les étiquettes idéologiques ne devraient dispenser la société de l'examiner sereinement.

L'égalité parentale ne constitue pas nécessairement une revendication masculine contre les femmes. Pour ses défenseurs, elle représente avant tout une revendication au bénéfice de l'enfant, visant à reconnaître pleinement la place de chacun de ses parents après une séparation.

Le véritable débat ne devrait donc pas opposer féminisme et paternité, mais rechercher comment concilier simultanément :

la protection des femmes, les droits des enfants et l'exercice effectif de la coparentalité.



1 réactions


  • sylvain sylvain 18 juillet 15:08

    Ce sujet est effectivemment monopolise par les campistes feministes ou masculinistes. Avec derriere des millions de personnes, de gamins qui se retrouvent pris dans cette conflictualite.

    Et ce serait bien que ca change, nos enfants meritent mieux


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