lundi 10 décembre 2018 - par Bruno Hubacher

L’obsolescence programmée des modèles de société

Le système féodal du capitalisme occidental et le capitalisme d’état à la sauce chinoise se donnent en spectacle pendant que le prolétariat français, et bientôt européen, descend dans la rue pour exiger « autre chose ».

Aéroport de Vancouver, le 1er décembre 2018. Sur instigation du Département de justice américain, les autorités canadiennes arrêtent la citoyenne chinoise, Meng Wanzhou, directrice financière et vice-présidente du géant chinois des télécoms « Huawei », fille de son fondateur Ren Zengfei, en transit, attendant une correspondance à destination du Mexique. Le premier ministre canadien, Justin « pretty face » Trudeau, réfute tout motif politique, ce qui a bien fait rire tout le monde. 

Selon la presse canadienne Mrs. Wanzhou serait accusée d’avoir aidé « Huawei » à contourner l’embargo américain contre l’Iran, mais, comme dans le cas du journaliste australien, Julian Assange, la justice américaine cherche encore.

Cet acte de piraterie pourrait bien porter la signature du pire va-t-en-guerre de l’administration Trump, celle du conseiller à la sécurité nationale depuis le 22 mars 2018, John Bolton, supporteur inconditionnel de l’invasion américaine en Iraq, fervent avocat d’un changement de régime en Iran, en Corée du Nord et en Syrie, instigateur de la sortie des Etats-Unis de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, signé par l’administration Obama.

En effet, le « rapace » républicain déclare sur le réseau de la radio publique américaine que « cela fait des années que nous sommes préoccupés par la pratique déloyale des chinois en matière de commerce et, en effet, le vol de propriété intellectuelle et de transfert technologique, dont le gouvernement chinois se sert pour étendre son hégémonie. »

Contrairement au modèle « démocratique » du capitalisme populaire occidental, « Huawei » est officiellement détenu, à 64%, par ses 61'000 employés chinois et ses employés étrangers, sans qu’ils aient un droit de regard sur la conduite des affaires ni le droit d’éligibilité toutefois. L'ensemble des actions de la société est détenu par la « Shenzen Huawei Investment Holding Company », une entité contrôlée par un « comité syndical national », l’état somme toute. En cas de départ, les actions des employés, dont par ailleurs son fondateur Ren Zengfei détient un modeste 1,42%, reviennent à la firme, moyennant une compensation.

L’inquiétude de l’establishment américain, pour lequel John Bolton voyage, est compréhensible. Fondée en 1987 par un ancien fonctionnaire de « l’armée rouge chinoise », le modèle d’affaires de la société « Huawei », réside dans l’investissement à long terme, un anathème au capitalisme occidental, dont le crédo est basé sur le profit à court terme.

En effet, plutôt que de compter sur des joint-ventures avec des firmes étrangères, dans le but de profiter de leur avancement technologique, « Huawei » applique, depuis sa création en 1987, ce qu’on appelle la rétro-ingénierie, qui consiste à « étudier un objet pour en déterminer le fonctionnement interne ». 

Ainsi, « Huawei », qui occupe 170'000 employés, a investi, en 2017, 13,8 milliards USD dans le domaine de la recherche et le développement (5 milliards USD en 2013), domaine qui occupe 76'000 collaborateurs, dont 20 à 30% spécialisés dans la recherche fondamentale, un domaine que les compagnies occidentales, obsédées par le profit à court terme, préfèrent laisser aux universités publiques, auxquelles, par ailleurs, la doctrine néolibérale continue à couper les vivres.

Ainsi, « Huawei » est actuellement le deuxième constructeur mondial de smartphones derrière la société sud-coréenne « Samsung ».

Les gouvernements européens, empêtrés dans de luttes désespérées de survie, assistent, impuissants, à la désagrégation de leur modèle de société, auquel ils n’ont rien à opposer, ainsi qu’à la descente aux enfers de leur allié historique, sur le point de jouer ses dernières cartes.



2 réactions


  • leypanou 10 décembre 2018 12:36

    Beaucoup à dire sur cette affaire Huawei, dont la CFO (Chief financial Officer) Ms Meng Wanzhou a été arrêtée au Canada, sous le prétexte d’avoir enfreint l’embargo états-unien sur l’Iran.

    Sur l’illégalité de cette arrestation, lire ici.

    Sur le traitement dont elle a été victime, lire ici.

    J’ai déjà écrit plus d’une fois sur l’erreur grave de la Russie et de la Chine en validant les sanctions scandaleuses contre la Corée du Nord sur les armements nucléaires initiées par l’empire et ses laquais : ce qui arrive maintenant contre la Russie, la Chine et l’Iran, n’est que la conséquence du sentiment d’impunité dont jouit l’empire dont l’arrogance est sans limite (le politologue PCR est de cet avis).

    Il faut maintenant espérer que les pays de l’axe de a résistance trouvent une solution appropriée à ces actes de voyou.

    PS la CFO a été menottée, traitée comme une criminelle ordinaire (cf traitement des prisonniers à Guantanamo).


  • zzz'z zzz’z 10 décembre 2018 12:49

    Il y a le problème de leur routeurs aussi qui font concurrence aux Cisco. Comme le veut le protocole de contrôle de TCP/IP, ces routeurs sont adressables ; des backdoors alimentant des programmes comme Prism, et, autres saloperies ne peuvent être implantés sur du matériel non-américain par les amères loques.

    Ensuite faudrait être cons comme la mort pour ne pas comprendre que les chinetoques font la même chose avec Huawei…


Réagir