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L’Occident, le « dindon de la farce monétaire » ? L’explication par analogie avec la biologie humaine - AgoraVox le média citoyen
jeudi 30 avril 2015 - par Hamed

L’Occident, le « dindon de la farce monétaire » ? L’explication par analogie avec la biologie humaine

(14ème partie)

 

 La Banque centrale de Chine a annoncé dimanche 19 avril 2015 une nouvelle baisse du taux de réserves obligatoires imposé à l'ensemble du secteur bancaire, la deuxième mesure de ce type en deux mois, dans le but d'injecter des liquidités supplémentaires dans l'économie pour soutenir le crédit et la croissance.
 La Banque populaire de chine (PBoC) a réduit aussi le taux de réserves obligatoires de 100 points de base à 18,5%, qui prend effet dès lundi, a-t-elle précisé dans un communiqué. L'annonce de la PBoC intervient quatre jours après la publication des chiffres officiels du produit intérieur brut (PIB) du premier trimestre, qui ont montré un nouveau ralentissement de la croissance à 7% en rythme annuel, son plus bas niveau depuis six ans.
 Il faut rappeler que le 4 février 2015, la banque centrale avait abaissé le taux de réserves obligatoires de 50 points de base, sa première réduction pour l'ensemble du secteur depuis mai 2012. Cette nouvelle baisse, la plus forte depuis 2008, au plus fort de la crise mondiale, reflète la volonté de la banque centrale chinoise de prendre des mesures plus radicales pour prévenir un ralentissement brutal de l'économie chinoise. « L'ampleur de la baisse est plus importante qu'attendu », dit Chen Kang, analyste chez Shenwan Hongyuan Securities. « Elle va libérer au moins 1.000 milliards de yuans (150 milliards d'euros). »
 Plombée par une crise de son marché immobilier, par des surcapacités de production et par un endettement excessif des collectivités locales, la Chine devrait voir sa croissance retomber à 7% sur l'ensemble de cette année, ce qui constituerait sa plus mauvaise performance depuis 25 ans, contre 7,4% en 2014, malgré les mesures de soutien attendues.
 La PBoC a également réduit à deux reprises ses taux d'intérêt depuis novembre, mais alors que les taux du marché monétaire ont baissé, la distribution de crédit aux entreprises ne semble pas avoir beaucoup augmenté pour autant.
 La baisse du taux de réserves annoncée dimanche pour l'ensemble du secteur bancaire est complétée par une réduction supplémentaire de 100 points de base pour les coopératives de crédit rurales et les banques agricoles, et de 200 points pour la China Agricultural Development Bank, l'un des principaux acteurs du marché bancaire en Chine. (1)

 Il faut remarquer « que les mesures prises par la Chine, dans un certain sens à la hâte, s’inscrivent comme réponse à la politique économique et monétaire de la première puissance mondiale ». L’Occident a commencé à réagir, depuis l’été 2014 qui a vu les prix du pétrole décélérer avant même la fin des quantitative easing lancée par la Réserve fédérale américaine (Fed). Une politique d’assouplissement monétaire non conventionnelle qui consiste à procéder à un programme de rachats d’actifs (dettes publiques et privées) à raison de 85 milliards de dollars par mois. En décembre 2013, la Fed a commencé à réduire le programme de rachats de dettes, à raison de 10 milliards de dollars par mois. En décélérant depuis cette date, le QE3 a pris fin en octobre 2014. Aujourd’hui, la Fed est en train d’attendre le moment propice pour commencer à relever le taux d’intérêt directeur. (2)
 On comprend les retentissements que la politique monétaire américaine a eus sur l’économie de la deuxième économie mondiale. Ne parvenant pas jusqu’à présent à enrayer la décélération, les dirigeants chinois s’efforcent de multiplier des mesures de soutien à la croissance. Selon des données occidentales, les mesures prises par la Banque de Chine devraient permettre aux banques d’injecter plus de 1300 milliards de yuans (194 milliards d’euros), signifiant par là que, si ces mesures seraient insuffisantes, Pékin se verrait forcé de procéder à un nouvel assouplissement de sa politique monétaire.

 Evidemment cette décélération économique qui est mondiale touche tous les pays du monde. Les pays émergents et exportateurs de pétrole qui sont dépendants des grandes monnaies surtout américaine et européenne (dollar et euro) sont confrontés aujourd’hui à la crise. Et pour ne prendre que l’Algérie qui est un pays pétrolier, elle enregistre, selon les données de l’APS, un déficit commercial de 1,73 milliard de dollars au premier trimestre 2015, alors qu’à la même période de 2014, elle enregistrait un excédent de 1, 83 milliard de dollar. Soit, pour le premier trimestre de 2015, une perte sèche de 3,56 milliards de dollars, si on cumule gain précédent et déficit aujourd’hui. Ce qui est appréciable pour son économie. Evidemment, cette baisse de revenu est directement liée à la chute du prix du baril de pétrole depuis l’été 2014.

 Les indicateurs économiques fournis par le Centre national de l’informatique et des statistiques (CNIS) des Douanes algériennes font état que l’Algérie a perdu 5 milliards de dollars en exportations. En effet, selon les chiffres statistiques, l’Algérie n’a enregistré que 10,62 milliards de dollars de recettes pétrolières au premier trimestre 2015 au lieu des 15,56 milliards de dollars pour le premier trimestre 2014. Quant aux exportations hors hydrocarbures, elles sont toujours très faibles, environ 683 millions de dollars.

 

  1. Assimiler « l’économie mondiale à un grand corps, à l’instar d’un corps humain »

 Que peut-on dire de l’Algérie ? Etant un pays pétrolier, « son économie qui est dépendante des fluctuations des cours du pétrole ressemble un peu à la Chine ». En effet, bien que la Chine ne soit pas un pays exportateur de pétrole, mais un importateur net de pétrole, en tant qu’« atelier du monde », elle reste dépendante de la demande mondiale. Et si la ressemblance s’arrête là, les deux pays ayant des profils différents, il reste que « les deux pays sont dépendants de la demande mondiale ». Le premier a son économie basée sur le tout pétrolier, le second sur le tout exportation de produits manufacturiers. Cependant la Chine comme l’Algérie sont des acteurs interdépendants dans l’économie mondiale puisqu’ils concourent à la croissance mondiale.

 Cependant, « on ne peut ignorer l’acteur principal dans l’économie mondiale, l’Occident » qui détient les grandes monnaies mondiales, et que les liquidités qu’ils injectent peuvent être assimilées à du sang qui irrigue l’économie mondiale. Sans le « sang monétaire occidental », toutes les transactions économiques et financières se retrouvent bloquées. Et c’est ce qui s’est passé au plus haut de la crise financière de 2008. Il a fallu le plan américain Paulson (du nom du secrétaire d’Etat américain au Trésor Paul Paulson à l’époque) et différents plans aux États-Unis et en Europe pour irriguer le système financier pour que l’économie occidentale reparte. Et, en repartant, elle a charrié avec elle l’économie mondiale. Se rappeler ce qui a suivi depuis cette crise et les formidables injections monétaires dans le cadre des politiques d’assouplissement monétaire non conventionnel « ou Quantitative easing ». Et ces politiques se sont étalées dans le temps, (2008 à 2014).

 Le sang monétaire était nécessaire pour «  réanimer » une économie occidentale malade. « Et les liquidités monétaires injectées au système financier international s’assimilent à des perfusions de sang à juste raison parce que celles-ci véhiculent ce dont a besoin ce grand corps qu’est l’Occident, et qui par ses monnaies, influe sur les pays du reste du monde. »

 Précisément pour comprendre les phénomènes économiques, financiers et monétaires et les conséquences qu’ils induisent en termes d’endettement, de croissance et de décroissance économique, de créations et de destructions d’emplois, d’excédents et de déficits budgétaires, utiliser le langage des économistes serait inapproprié pour comprendre ce qu’il retourne exactement de la crise économique qui sévit depuis 2008. Aussi « assimile-t-on l’économie mondiale à un grand corps permet de mieux expliquer et situer les blocages qui font que l’économie mondiale stagne plus qu’elle ne croît pas ».

 Il y a une analogie entre le le sang humain qui apporte force et protection à un être biologique et des liquidités internationales qui irriguent les économies et luttent contre les aléas des conjonctures économiques de crise. La circulation monétaire dans le monde s’assimile bien à une circulation sanguine où le sang monétaire joue le même rôle que le sang humain dans la bonne tenue de l’économie mondiale. Plus la répartition du sang monétaire est équilibrée, plus le système financier et monétaire international est fonctionnel.

 Dans un corps humain, c’est le cerveau qui commande les organes et régit la bonne circulation sanguine. « Et qui est le cerveau qui commande les organes et régit la bonne marche de la circulation monétaire ? » Tout d’abord qui sont les organes dans ce grand corps qu’est l’économie mondiale ? Ce sont les Etats, les systèmes bancaires nationaux, les entreprises nationales et multinationales, etc., ensuite viennent les humains que compte l’humanité, qui interagissent entre eux via les transactions commerciales. (3)

 Et dans toute cette multitude d’organes dans le monde, il n’y a que quelques organes qui se comptent sur les doigts de la main à qui incombe « la direction et donc la régulation de la circulation monétaire à l’échelle mondiale  ». A l’instar du du cerveau humain qui règle la circulation du sang dans le corps, ce sont «  les grandes Banques centrales du monde, essentiellement occidentales, qui règlent les flux monétaires dans le monde ». Au nombre de quatre, ces Banques centrales (américaine, zone euro, Japon et Royaume-Uni) sont les principaux fournisseurs de monnaies de réserves de change du monde, et sur lesquelles s’ancrent toutes les monnaies du reste du monde. C’est dire l’importance de l’Occident dans la bonne marche de l’économie mondiale.

 Partant de cette approche, le fonctionnement de l’économie mondiale peut mieux être appréhendé. En effet, combien même l’humanité est diversifiée et complexe, qu’une multitude de force agissent en son sein, à regarder la diversité des peuples et nations, leur organisation, leurs unions monétaires, leurs zones de libre-échange, leurs divisions sur le plan racial, ethnique et géographique, il reste que si tous concourent à l’activité économique à l’échelle mondiale, la compréhension des phénomènes financiers et monétaires dans le monde continue à être mal appréhendée.

 Sinon comment comprendre la situation économique mondiale aujourd’hui ? Pourquoi la régulation macroéconomique internationale que seules les grandes Banques centrales occidentales remplissent reste encore déficiente aujourd’hui ? Et elle n’est pas équilibrée entre les nations du monde. Pourquoi, depuis la crise financière de 2008, la situation économique mondiale évolue encore mal ? Malgré toutes les mesures financières prises par les Banques centrales occidentales, beaucoup de pays n’arrivent pas à renouer avec la croissance en Occident et dans le reste du monde. Plus grave encore, on assiste à des « plans d’austérité partout dans le monde ». Il y a certainement des réponses à ces phénomènes.

 

  1. Le champ fertile d’études futures. Un penseur précoce : le physiocrate François Quesnay »

 Dans cette approche originale, il faut mentionner le passage d’un texte de Howard Davies, qui est révélateur de l’esprit dans lequel se sont trouvés les banquiers centraux occidentaux face à la crise de 2008. (4)

 - 1 « Dans un éclat exaspéré, juste avant de quitter la présidence de la Banque Centrale Européenne, Jean-Claude Trichet s'est plaint : « En tant que décideur durant la crise, j'ai trouvé les modèles disponibles [économiques et financiers] d'une aide limitée. En fait, j'irais plus loin : face à la crise, nous nous sommes sentis abandonnés par les outils conventionnels. »

 Trichet a cherché l'inspiration dans d'autres disciplines : physique, ingénierie, psychologie et biologie, pour trouver une explication aux phénomènes qu'il avait éprouvés. C'était un remarquable appel à l'aide et un grave acte d'accusation à l'encontre de la profession économique, sans parler de tous ces extravagants professeurs de finance récompensés dans les écoles de commerce de Harvard à Hyderabad.

Mode de propagation des maladies infectieuses...

  Jusqu'à présent, relativement peu d'aide a été fournie par les ingénieurs et les physiciens à qui Trichet a accordé sa confiance, même s'il a reçu quelques réponses. Robert May, un expert éminent du changement climatique, a fait valoir que les techniques de sa discipline pouvaient aider à expliquer l'évolution des marchés financiers. Des épidémiologistes ont suggéré que l'étude du mode de propagation des maladies infectieuses pouvait éclairer les types inhabituels de contagion financière auxquels nous avons assisté au cours des cinq dernières années.

  Ce sont des champs fertiles pour des études futures, mais qu'en est-il des disciplines de base de l'économie et de la finance elles-mêmes ? Ne peut-on donc rien faire pour les rendre plus utiles en expliquant le monde tel qu'il est, plutôt que tel qu'on le conçoit par l'intermédiaire de leurs modèles stylisés ?

  George Soros a consacré un financement généreux à l'Institut pour la Nouvelle Pensée Economique (INET). La Banque d'Angleterre a également essayé de stimuler de nouvelles idées. Les actes d'un colloque qu'elle a organisé au début de cette année ont été édités sous le titre provocateur de : What's the Use of Economics ? (A quoi sert l'économie ?) »

 Et cette quête de Jean-Claude Trichet ne surprend pas. Souvent les économistes se retrouvent confrontés à des difficultés de compréhension des crises qui surviennent et bouleversent tout l’ordre préétabli. Et les théories économiques basées sur des analyses statistiques et économétriques censées éclairer n’apportent rien.

 Il est bon de citer un économiste français, de surcroît un médecin, François Quesnay, qui a essayé en son temps de connaître les phénomènes économiques et monétaires. Penseur du roi Louis XV, il est cité comme l’un des fondateurs de la première école en économie, « l’école des Physiocrates ». Il est l’auteur du « Tableau économique » (1758).

 Cet auteur a vu il y a plus de 250 ans les analogies entre la circulation des flux financiers dans l’économie et la circulation du flux sanguin dans le corps humain. Bien que l’approche développée dans cet article ne doive rien à François Quesnay, si ce n’est la curiosité que j’ai eue de voir sur la toile si quelque auteur a pu remarquer quelque similitude entre la circulation sanguine dans le corps humain et la circulation monétaire en économie, il demeure néanmoins utile de souligner que la physiocratie est une doctrine intéressante à plus d’un titre puisqu’elle met en avant l’évolution d’un ordre naturel des choses en économie. Ce qui est très important pour la compréhension des phénomènes.

 Tout ce qui est et doit à être ne peut qu’arriver parce qu’il est nécessaire pour la viabilité du système. Si une pomme tombe, c’est qu’elle doit tomber parce qu’il y a une force qui l’attire vers le bas. Qu’on l’appelle force de pesanteur ou autre ne change rien à sa place dans le « métabolisme naturel du monde ». Tout est en transformation en fonction du temps. De la même façon, l’économie mondiale n’est pas statique et change avec ses changements forcés en son sein. Sauf qu’il faut comprendre ces changements dans leurs sources, et bien entendu, à leur échelle humaine.

 François Quesnay a raisonné à partir de la situation de production de son époque. Des producteurs qui étaient essentiellement des agriculteurs, des propriétaires terriens qui ne produisaient pas de biens mais avaient une part du revenu et une une classe sociale intermédiaire qu’il a qualifié de stérile capable uniquement de transformer les biens sans les multiplier. Les classes productives et stériles définies par Quesnay sont assimilées aujourd’hui aux secteurs primaire et secondaire d’une économie, c’est-à-dire l’agriculture et l’industrie. Le secteur tertiaire était très faible à l’époque. Donc cet économiste a opéré de grandes avancées dans la compréhension de l’économie-monde.

 

  1. L’Occident, le « dindon de la farce monétaire » ?

 Il est évident que l’économie mondiale qu’on assimile à un grand corps à l’instar d’un corps humain, n’est évidemment pas un corps humain même si elle est constituée d’acteurs humains. Cependant son organisation reflète dans un certain sens la biologie humaine non comme le corps humain mais de ce qui ressort globalement des actions de la biologie humaine puisqu’elle est l’émanation d’une volonté biologiquement humaine. En d’autres termes, l’économie mondiale qui reflète bien l’humain est organisé selon un processus qui est non seulement régi historiquement par l’évolution de l’humanité mais produit aussi un dépassement dans le sens qu’il produit un devenir. « L’économie mondiale doit donc être appréhendée comme un processus historique supra-humain en devenir. »

 Ce qui explique les difficultés de compréhension de la crise financière de 2008 et ses conséquences sur le plan mondial. L’économiste n’arrive pas à situer cette économie mondiale en devenir. Aussi doit-on poser la question. « Ce marasme mondial depuis 2008 revient-il à une mauvaise régulation macroéconomique ? Où revient-il aux acteurs qui sont parties prenantes dans ce grand corps qu’est l’économie mondiale. » On sait que les acteurs non seulement interagissent commercialement entre eux mais sont aussi complémentaires. Si un acteur, surtout les grands acteurs, est déficient, forcément il déteint négativement sur les autres. Posons la question. Qui sont les principaux acteurs dans ce grand corps vivant qu’est l’économie mondiale ? En premier, prenons ceux qui fournissent les matières premières et l’énergie. La plupart de ces pays sont des pays en développement, ils exportent des matières premières et du pétrole nécessaires à l’industrie des pays développés.

 Ces pays peuvent-ils provoquer des dysfonctionnements économiques à l’échelle mondiale ? Improbable ! On peut même dire impossible ! Ils comptent peu dans la décision mondiale d’autant plus que les prix des matières de base, du pétrole et gaz et leurs dérivés, leur sont imposés par les cours qui sont établis dans les grandes Bourses de commerce implantées principalement aux États-Unis et au Royaume-Uni (Chicago, New York et Londres). Leurs économies dépendent des fluctuations des prix des matières premières et du pétrole. Ils sont donc vulnérables lorsque les prix baissent. Comme aujourd’hui l’OPEP et, à leur tête, les pays monarchiques arabes du Golfe, n’arrivent pas à influer pour faire remonter le cours du pétrole qui a chuté de moitié. Donc « cet acteur est à écarter puisqu’il subit la politique des grandes puissances ».

 Si ce ne sont pas les pays exportateurs de pétrole et de matières premières, les responsables des dysfonctionnements financiers et économiques reviennent forcément aux autres acteurs. Qui alors des pays développés ? L’Occident ou les pays émergents (ces derniers ont pratiquement procédé à leur rattrapage technologique) ? Ou les deux ?

 Les pays occidentaux, dès lors qu’ils sont détenteurs des monnaies internationales et de réserves, dominent le monde sur le plan monétaire. On peut penser que ce sont les manipulations monétaires de leurs Banques centrales occidentales qui sont responsables de ce marasme économique mondial. Mais le problème est que l’Occident connaît justement de graves difficultés sur le plan économique et financier. Il perd en compétitivité face aux pays émergents, en particulier la Chine. Les manipulations monétaires ne lui profitent guère puisqu’elles ne font que produire périodiquement des bulles et son endettement ne fait qu’augmenter. La plupart des pays occidentaux ont des ratios de dette publique proches de 100% du PIB et pour certains pays, les dépassent largement.

 D’autre part, combien même la crise immobilière est partie des États-Unis et s’est muée en crise financière en 2008, elle a atteint certes l’Europe et le reste du monde. Mais qui a beaucoup souffert de la crise ? « C’est surtout l’Occident qui en a souffert, et il continue d’en souffrir  ». Qui a utilisé les remèdes pour sauver le système monétaire international de la la plus grave crise depuis 1929 ? « C’est l’Occident ».

 En utilisant des politiques monétaires extrêmes (non conventionnelles) pour sauver son système bancaire, et donc son économie, « il a sauvé par ricochet l’économie mondiale. Par les injections massives de liquidités et combien même ces injections ont été opérées ex nihilo (planche à billet), il demeure que « les États-Unis et l’Europe ont injecté du sang monétaire neuf » pour sauver leurs économies et, dans le sillage, l’économie des pays du reste du monde.

 D’autre part, rappelons que ces injections monétaires américaines ex nihilo étaient adossées aux contreparties physiques qui se traduisaient par une hausse des prix de pétrole et des matières premières que nous avons explicitées dans une analyse précédente (3) et pondéré par la duplication monétaire par l’Europe et le Japon, ce qui maintenait les fluctuations du dollar, de l’euro, de la livre sterling et du yen dans des fourchettes tolérables. Ce qui explique la faible inflation en Occident.

 Ceci étant, force de constater que l’Occident qui détient les monnaies mondiales n’a pour autant gagner dans cette économie mondialisée. On peut même dire de manière populaire, malgré toute sa puissance économique, qu’il est en quelque sorte le « dindon de la farce monétaire ». On déduit donc que ni l’Occident ni les pays exportateurs de pétrole ne sont responsables des dysfonctionnements économiques et financiers dans le monde.

 

  1. Le « sang monétaire mondial » est réexpédié à l’Occident pour financer ses déficits extérieurs

  Et dans ce déversement de liquidités de 2008 à 2014, tous les pays du monde ont gagné. L’Occident, combien même victime de sa puissance monétaire, a néanmoins sauvé son économie, en limitant la casse. Les pays européens qui ont été fortement touchés relèvent de la fragilité de la nature même de leurs économies. Les pays émergents et exportateurs de matières premières et de pétrole ont tiré leur épingle du jeu monétaire occidental, en enregistrant des excédents commerciaux substantiels, qui, de surcroît, ont fait augmenter leurs réserves de changes, malgré la crise mondiale.

 Ce qu’on peut relever dans ce processus, « c’est la consommation occidentale via ces injections massives de sang monétaire neuf qui a dopé les exportations de matières premières, de pétrole et de produits manufacturés des pays hors-Occident ». La consommation occidentale et par ricochet son endettement a été le fer de lance de la croissance mondiale.

 Les pays qui ont profité de cette manne financière et accumulé des réserves de change sont en premier la Chine qui compte aujourd’hui plus de 4 trillons, le Japon plus de 1100 milliards de dollars, l’Arabie saoudite 600 milliards de dollars. Les chiffres qui sont donnés sont approchés.

 Viennent ensuite Taiwan avec environ 400 milliards de dollars, la Russie 350 milliards de dollars. L’Inde, le Brésil et la Corée du Sud autour de 300 milliards de dollars. Hong Kong et Singapour autour de 250 milliards. L’Allemagne ne vient qu’après ces pays avec 220 milliards de dollars. L’Algérie avec environ 200 milliards de dollars et, en mars 2015, ses réserves ont fortement baissé avec la chute du prix du baril de pétrole. Elles se situent autour de 170 milliards de dollars.

 Ces chiffres montrent qu’à part l’Arabie saoudite et l’Algérie, « toutes les réserves de sang monétaire sont stockées en Asie ». Nous avons donc un processus de création monétaire qui s’opère en Occident mais le produit de la création monétaire s’oriente vers les pays hors-Occident. Evidemment, « par stockage on doit comprendre qui en a la propriété et à quel usage le destinent-ils ceux qui les détiennent ». En d’autres termes, ce qu’ils en font de ces liquidités qui n’appartiennent plus à l’Occident.

 Et justement, c’est là que le bât blesse, ceux qui les détiennent, c’est-à-dire la Chine, le Japon, la Russie, les pays asiatiques, sud-américains et arabes exportateurs de pétrole réexpédient ce « sang monétaire » sous formes de bons de Trésor américain, européens… pour irriguer l’économie occidentale, c’est-à-dire lui permettre de financer les déficits de sa balance courante avec ces pays. Autrement dit de consommer. Ironie de l’Histoire ?

 

Medjdoub Hamed
Auteur et chercheur spécialisé en Economie mondiale,
Relations internationales et Prospective.

www.sens-du-monde.com

 

Note :

1. « Pékin baisse encore le taux de réserves obligatoires des banques », Pékin (Reuters), 19 avril 2015. Site : http://fr.reuters.com/article/businessNews

2. « Les États-Unis et l’Europe cherchent-ils à imposer une austérité au monde ? Un processus de guerre monétaire en marche entre les puissances ? » (12ème partie), par Medjdoub Hamed, le 8 avril 2015. www.lequotidien-oran.com, www.agoravox.frwww.sens-du-monde.com,

3. « Une déflation en Occident nécessaire nonobstant les souhaits des économistes et prix Nobel  », (11ème partie), par Medjdoub Hamed, le 30 mars 2015. www.lequotidien-oran.com, www.agoravox.frwww.sens-du-monde.com,

4. « Crise : les économistes dans le déni », par Howard Davies, le 27 août 2012
www.latribune.fr




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