L’opacité de la gestion du patrimoine français
Le 8 Février dernier, le ministère du Budget a officiellement annoncé la vente du siège de Météo France à l’Etat russe. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette vente s’est réalisée dans l’opacité la plus totale directement entre le Kremlin et l’Elysée.
Tout commence en 2008 lorsque Vladimir Kojine, directeur du département patrimonial du Kremlin entend parler du siège de Météo France, quai Branly, que l'Etat français envisage de vendre. En coopération directe avec Vladimir Poutine, il décide de mobiliser les réseaux russes en France afin de construire enfin une grande cathédrale orthodoxe russe à Paris et fait appel à un grand cabinet français d'intelligence économique et de lobbying, ESL & Network. La firme emploie d'anciens hauts fonctionnaires et est dirigée par Alexandre Medvedowsky, un énarque de 50 ans. Le patron d'ESL France est bien introduit auprès de l’Elysée. Son maître de stage à l'ENA était l'actuel directeur de cabinet du président de la République, Christian Frémont, que le chef de l'Etat a justement chargé de suivre l'affaire de la cathédrale.
L’affaire a donc abouti et la Russie obtient un lieu idéal pour symboliser le retour de son influence. L’ancien siège de Météo France est situé au coeur du quartier des ministères, près du Palais de l’Alma. Ces anciennes écuries de Napoléon III sont aujourd'hui des dépendances de l'Elysée. Sur 5 000 mètres carrés, on y trouve le siège du Conseil supérieur de la Magistrature, le service courrier du président de la République et surtout seize appartements de fonction, réservés aux collaborateurs du chef de l'Etat. Malgré les réserves du Quai d’Orsay et de la DCRI, la Russie a donc réussi ce magnifique hold-up.
D’ici quelques années, cinq bulbes dorés, un immense jardin et un léger voile de verre s’élèveront aux pieds de la Tour Eiffel. On ne peut qu’être sceptique devant un tel projet respectant, certes, la tradition orthodoxe russe, mais assez peu conforme à l’architecture parisienne. Or, aucune association ni aucun historien ou spécialiste de la défense du patrimoine français n’a protesté, comme ils ont pu protester face au projet de location de l’Hôtel de la Marine, par exemple. Pourtant, l’Hôtel de la Marine conserverait pleinement son architecture originale, tandis que la future église orthodoxe devrait très peu respecter l’environnement du VIIe arrondissement. Il faut croire que la nature des intéressés soit davantage en cause et qu’on s’indigne plus facilement contre des partenaires privés français, plutôt que contre l’Etat russe…

