mercredi 12 octobre 2022 - par Patrice Bravo

L’UE est confrontée à la recherche difficile d’une indépendance énergétique

Après une canicule durant l'été, le froid soudain enveloppe la France et l'Europe. De nombreux pays européens vont avoir des débats houleux sur la question des énergies fossiles. La Russie est traditionnellement un important fournisseur de pétrole et surtout de gaz et de charbon. Pour l'UE, se passer de ces énergies, c'est un défi herculéen. Même, si il existe des alternatives, aucune ne donne pleinement satisfaction. Il y va de la question de la sécurité des pays d’Europe.

L'UE est totalement dépendante. Plus de 70 % de l'énergie disponible européenne est d'origine fossile. Le pétrole (36%), le gaz (22%) et le charbon (11%) dominent à eux trois les autres sources d'énergie, même si leur part dans le mix en Europe a diminué de 11 points depuis 1990, fait savoir le site Touteleurope. En raison des infrastructures nécessaires pour les échanges énergétiques, les fournisseurs sont essentiellement des pays voisins.

L'énergie nucléaire et les énergies renouvelables sont deux autres sources d’énergie en théorie porteuses d’indépendance pour les Européens. Elles sont faiblement polluantes, voire pas du tout et peuvent être produites localement sans dépendre de fournisseurs étrangers. Elles ne pèsent, cependant, que 15,5% (pour les énergies renouvelables) du mix énergétique européen et 13% (pour le nucléaire) représentant moins d’un tiers de la production totale. C'est en servant d’appui qu'elles peuvent agir pour une politique d’indépendance énergétique. Mais, elles ne peuvent actuellement en être la base énergétique.

Le conflit en Ukraine a mis en lumière la question de la dépendance européenne par rapport aux énergies fossiles produites par le pays se trouvant bombardé de sanctions massives par l'Occident. La Russie fournit près du quart des importations de pétrole de l’UE et près de la moitié des importations de gaz et de charbon. Elle est, de fait, le premier partenaire énergétique de l'UE. Les gazoducs et oléoducs russes tissent une toile sur le réseau européen à travers trois grandes voies de passage : l’Ukraine, au centre ; la mer Baltique, au nord, avec les projets dit North Stream 1 et 2 à destination de l’Allemagne ; et la mer Noire, au sud, à travers notamment le gazoduc Turk Stream, qui fait de la Turquie une plaque tournante énergétique vers l’Europe du Sud. La Norvège - à une échelle bien moindre - intervient comme second fournisseur de l’UE en énergies fossiles. Elle représente environ 20% des achats en gaz et 18% des achats en pétrole.

Les élites européennes réalisent que la dépendance des Européens à l’égard des énergies fossiles russes n’est pas seulement une menace pour leur souveraineté économique, mais aussi un frein à leur capacité à agir sur le terrain géopolitique. N'ayant pas les moyens matériels et politiques à sortir de cette situation, ils se sont retrouvés dans un cul-de-sac en prenant brutalement conscience des difficultés à pouvoir effacer la Russie comme fournisseur. 

La recherche de fournisseurs alternatifs est un combat dur. Le pétrole russe ne constitue, certes, que 25% des importations de l’UE mais il fait quand même de Moscou son premier fournisseur et il apparaît difficile de remplacer à court terme la carte russe. Il faut réaliser que la somme des réserves de l’Agence internationale de l’énergie et des réserves inutilisées de l’OPEP - si les pays membres acceptent de les débloquer - avec la production possible de l’Iran et du Venezuela - si dans l’hypothèse d’un accord permettant de rétablir leurs relations commerciales avec l’Occident - ne représente que les trois quarts des exportations russes globales. Seulement en partie, il semble possible de les remplacer. Cependant, cela suppose des conditions politiques et économiques plutôt favorables. Le remplacement des livraisons de gaz est d'autant plus sensible. A partir de 2018, la Russie avait tendance à augmenter ses exportations de GNL pendant que la production européenne était à la baisse. L'UE s'est trouvée dans une accentuation de sa dépendance envers les exportations russes.

En adoptant des sanctions massives, l'UE a été obligée dans l'urgence de chercher des solutions de remplacement. Les alternatives au GNL russe au sein de l’UE ou bien à ses frontières sont, en réalité, assez limitées. Au sein des pays de l'UE, les Pays-Bas ou la Roumanie pourraient augmenter en théorie leur production. Ces pays font face à des difficultés politiques. L’exploitation de leurs réserves de gaz soulève des problématique sécuritaires, juridiques et écologiques. 

La Norvège, l’Azerbaïdjan, l’Algérie, sont envisagés comme des solutions pour obtenir de l'énergie. Encore, une fois, ces alternatives paraissent, également, limitées. Le niveau des volumes fournis et la capacité d'exportation vers l’espace européen sont limités. Ces trois pays pourraient fournir au mieux un volume supplémentaire cumulé de 10 milliards de mètres cubes. Cela représente à peine 10% du volume de gaz russe que les Européens tentent de remplacer. A noter que ce chiffre est valable dans le cas où ces trois fournisseurs exporteraient à leur maximum. Si l’achat de gaz norvégien ne devrait pas poser de difficultés, les solutions algérienne et azerbaïdjanaise paraissent plus incertaines. L’Algérie est en proie depuis plusieurs années à de sérieux troubles politiques qui menacent sa stabilité. Le pouvoir en place pourrait être tenté de fournir l’énergie en priorité à son développement intérieur au lieu de l’exporter. Pour l'Azerbaïdjan, de loin le plus gros producteur potentiel dans ce groupe des trois pays, il manque le raccord direct aux réseaux européens. Pour exporter son gaz, il faudrait passer, soit par la Russie, une solution peu envisageable ou via par la Turquie qui mettrait l’UE dans une situation de dépendance vis-à-vis d’Ankara. Les tensions actuelles entre Arméniens et Azerbaïdjanais risquent de faire sauter la lune de miel avec Bakou. 

D'autres fournisseurs comme les Etats-Unis, étant en bonne position pour jouer ce rôle, peuvent intervenir. Cette possibilité ne paraît pas être optimale pour les Européens. Le transport de GNL sur de longues distances augmente mécaniquement son coût d’achat. La facture énergétique va donc augmenter de manière mathématique. L'ensemble des volumes fournis par ces producteurs externes ne semble pas pouvoir excéder 40 milliards de mètres cubes, soit même pas la moitié du volume russe.

Le remplacement des stocks de charbon semble plus simple à réaliser. A contrario du gaz et du pétrole, c'est plus facile de les transporter. Il est, donc, ici, possible de s’approvisionner chez des fournisseurs lointains. Divers Etats européens ont réussi à déjà diversifier leurs approvisionnements pour avoir des stocks importants. Ici, le risque est de voir le charbon -source d’énergie fortement polluante- prendre la place du gaz qui est, lui, plus écologique.

Des Etats européens confrontés aux réalités. Face à la réalité, les pays européens n'arrivent pas à tomber sur un accord. On a les Etats d’Europe centrale et orientale qui n’ont pas accès aux énergies nucléaires ou hydrauliques et qui dépendent de la Russie alors que ceux d’Europe occidentale subissent beaucoup moins cette pression. L'Espagne -tout en recevant du GNL des Etats-Unis- est directement raccordée au réseau des gazoducs algériens. La nature du mix énergétique de chaque pays crée des situations différenciées. Les Etats européens fonctionnant avec l’énergie nucléaire ou avec d’autres sources non-fossiles, comme l’hydraulique avec les barrages ou les parcs éoliens, ont plus de choix face aux exportations russes. Pour la France, à titre d'exemple, le gaz ne représente que 15% du mix énergétique français, pour plus de 40% concernant le nucléaire qui est sa première source énergétique. Ainsi, la dépendance énergétique de la France est beaucoup plus faible que pour l’Allemagne qui a décidé d'en finir avec l’énergie nucléaire en 2010.

 Ayant des situations différentes en Europe, des tensions relatives à la politique à adopter vis-à-vis de la Russie vont surgir. La Hongrie, par exemple, fortement dépendante de la Russie, connaît la tentation de voir à la baisse les sanctions ou de les refuser. La marche de manœuvre des pays possédant des accès aux énergies non-fossiles est plus élevée. Et, c'est à ce moment que les autres Etats membres pourraient demander un effort solidaire en redistribuant leur manne énergétique. Cela n'est pas du tout certain que la cohésion européenne demeure solide alors que le froid de l'hiver arrive avec des menaces de pénuries et de révoltes sociales. 

En raison des erreurs politiques passées des élites de l'UE, l'entité politique européenne doit trouver dans l'urgence plus d’indépendance énergétique. L'UE ne peut répondre à cette question sur le court terme car diversifier ses fournisseurs ne règle pas totalement le problème et cela ne retire pas les difficultés liées à la dépendance énergétique. La crise, qui a opposé l'Espagne et l'Algérie en 2021-2022, a bien montré cette limite. La stratégie de l'UE se heurte au facteur temps dans la faisabilité. La réalisation rapide de nouveaux partenariats ne peut que partiellement remplacer le fournisseur russe. L'exploitation des hydrocarbures de schiste reste une option et d'en importer des Etats-Unis, comme en augmentant l'emploi du charbon dans le mix énergétique. 

Ce n'est que sur la durée que l'UE peut trouver une solution pour remplacer l'énergie russe. La question est de savoir si l’UE pourra résister à cette crise historique qu'elle a décidé si rapidement et donc si elle pourra effectuer ses réformes écrites sur le papier.

Pierre Duval

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Source : http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=4285



17 réactions


  • Julian Dalrimple-sikes Géronimo howakhan 12 octobre 2022 09:10

    Salut, L’UE c’est aucune ressources pour ce genre de société..donc aucune indépendance possible...

    solutions ? comme par le passé, tuer et voler

    ou passer à autre chose..

    Ne pas oublier cet absolu fondement de nos vies : naître = mourir..


    • Clark Kent Clark Kent 12 octobre 2022 10:00

      @Géronimo howakhan

      Il reste pas mal de charbon à extraire, mais ça revient plus cher que de piller celui des autres, alors les compagnies minières ont préféré le commerce à la production (et les verts leur rendent un grand service). Le but de ce système économique n’est pas la satisfaction des besoins (qui n’est considérée par les stratèges que comme un moyen), mais la réalisation des profits aux plus forts rendements (ratio de "retour sur investissement"). La question n’est pas celle des ressources énergétiques, mais celle du « choix » d’un système économique. Mais qui fait ce choix sion ceux qui en profitent, ne serait-ce qu’à court terme. De plus en plus court, d’ailleurs.



    • Julian Dalrimple-sikes Géronimo howakhan 12 octobre 2022 10:08

      @Clark Kent

      Mes salutations, tout à fait, notre choix depuis des millénaires est la compétition par appât du gain, pourquoi ? est hélas une non question , dommage c’est LA CLÉ, COMPÉTITION QUI ÉLIMINE DONC COMBAT entre tous à tous niveaux, la compétition élimine donc et ne produit uniquement ce que cela doit produire...
      nous sommes submergés par les effets d’une cause majeure que nous voulons...plus con tu meurs..

      Jacques Bénigne Bossuet :
       : "Mais Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je ? Quand on l’approuve et qu’on y souscrit."

      je cite : Mais qui fait ce choix sion ceux qui en profitent

      lapsus ou message subliminal. ?

      respects..et bon vol..dans les airs bien sur..


    • Et hop ! Et hop ! 12 octobre 2022 18:51

      @Géronimo howakhan

      L’UE n’est qu’une partie de l’Europe.

      L’Europe comprend la Russie, par conséquent l’Europe est indépendante au point de vue énergétique.


  • Attila Attila 12 octobre 2022 10:05

    Le nucléaire aussi est une énergie fossile : j’apprends à l’auteur qu’une centrale utilise l’uranium comme combustible. Un de nos fournisseurs d’uranium est le Niger. Or, la France est de plus en plus contestée en Afrique, résultat de dizaines d’années de relations détestable de la part de nos « élites » dirigeantes.

    Après la France expulsée du Mali, le Niger ?

    De plus, la soumission de nos « élites » dirigeantes au nouvel ordre néolibéral a entraîné un défaut de maintenance des centrales qui doivent être réparées maintenant, entraînant leur arrêt au plus mauvais moment.

    Solution : que les français se sortent les doigts du cul et foutent dehors ces fausses élites. En sommes-nous capables ? Et pour les remplacer par qui et par quoi ?

    . 


    • Florian LeBaroudeur Florian LeBaroudeur 12 octobre 2022 12:21

      @Attila

      Un de nos fournisseurs d’uranium est le Niger

      Et l’autre grand fournisseur est le Kazakhstan, très rassurant aussi...


    • Attila Attila 12 octobre 2022 12:26

      @Florian LeBaroudeur
      Oui, membre de l’Organisation de Coopération de Shangaï aux côtés de la Chine et de la Russie.

      .


    • sirocco sirocco 12 octobre 2022 13:37

      @Attila
      « Après la France expulsée du Mali, le Niger ? »

      Ça fait déjà un moment que les manifestations s’enchaînent au Niger pour réclamer le départ des Français.
      On va voir combien de temps pourra encore tenir le président nigérien qui n’est qu’une marionnette corrompue de la macronie.

      Au fait : les Français se barrent de la République Centrafricaine, la queue (avec laquelle ils ont abusé de tant de mineur-e-s depuis tant d’années) entre les jambes.
      Nos merdias n’en ont pas parlé ?... Ça alors !  smiley


    • Et hop ! Et hop ! 12 octobre 2022 18:55

      @Attila

      Il y a de l’uranium dans beaucoup de pays, y compris en Russie et en Australie.

      Les stocks d’uranium dont dispose la France sont de plus de 10 ans, donc ça laisse le temps de changer de fournisseur.

      C’est pas comme le gaz où il y a 3 mois de stock.

      Les surgénérateurs comme Superphénix permettent de recycler l’uranium des centrales normales.


    • Attila Attila 12 octobre 2022 19:22

      @Et hop !
      « Les surgénérateurs comme Superphénix permettent de recycler l’uranium des centrales normales. »
      Le Phénix renaît de ses cendres mais Superphénix n’a pas résisté aux magouilles électorales de Jospin.
      L’arrêt de Superphénix fut un désastre humain

      .


    • Attila Attila 12 octobre 2022 23:04

      @Et hop !
      « Les stocks d’uranium dont dispose la France sont de plus de 10 ans, donc ça laisse le temps de changer de fournisseur. »
      Il faudrait se méfier quand même car nous ne connaissons pas la situation mondiale dans dix ans. Il y aura probablement plus de demande, quelle sera l’offre ?
      A propos de l’Afrique, il est toujours intéressant d’écouter Docteur Yamb.

      .


    • OJBA 15 octobre 2022 14:18

      @Attila « Le nucléaire aussi est une énergie fossile » ? 

      Vous pourriez préciser ? Je vois trois formes d’énergies :

      1. mécanique (hydraulique, éoliennes),
      2. thermique,
      3. chimique (batteries, encore que le terme soit impropre).

      Les centrales nucléaires sont des centrales thermiques, elles utilisent la chaleur produite dans le réacteur pour faire de la vapeur qui entrainera une turbine qui entrainera un alternateur. Donc thermique mais pas fossile (issu de la décomposition d’organismes vivants).

      On a donc un enchainement thermique > mécanique > électrique. Comme pour les centrales dites thermiques (gaz, fioul, charbon, … ) D’ailleurs, et c’est passé sous silence, ce qui serait intéressant, ce serait de connaître le rendement global de cet enchaînement. Car, à chaque changement, il y a déperdition d’énergie.

      Les centrales « mécaniques » (hydraulique et éoliennes) passent directement du mécanique à l’électrique. On pourrait penser que les chimiques ont un meilleur rendement : elles produisent directement de « l’énergie électrique » Mais l’énergie électrique produite n’a pas la bonne forme pour le réseau (continue VS alternatif)

      Enfin encore un mauvais terme, l’électricité n’est pas une énergie, mais seulement le vecteur d’une des 3 formes précédemment citées. Il faudra, pour pouvoir l’utiliser, la transformer en chaleur, mouvement, … .


  • adeline 12 octobre 2022 10:33

    L’énergie nucléaire sont faiblement polluantes, voire pas du tout et peuvent être produites localement sans dépendre de fournisseurs étrangers.

    Vous rêvez tout debout vous, le nucléaire nous sommes 100% dépendants et c’est un gros problème de stockage des déchets


    • Et hop ! Et hop ! 12 octobre 2022 19:00

      @adeline

      Quand vous avez de 10 à 20 ans de stocks d’uranium, et une douzaine de pays fournisseurs potentiel, vous n’êtes pas dépendant de fournisseurs étrangers.

      C’est pas comme les éoliennes et les panneaux solaires qui dépendent de fournisseurs étrangers, en plus de dépendre du vent et du soleil qui sont imprévisibles.

      Avec les Superphenix, l’uranium consommé peut être recyclé et éliminé comme déchet.


    • mmbbb 13 octobre 2022 08:46

      @adeline Le stock ? Ce sont les ecolos qui s opposent à tout 

      En France les déchets hautement radio actifs ( le plus faible volume ) peut etre entérés ’ ( solutions reversibles ) dans des terrains argileux de 100 millions d années . A priori cela pose un probleme moral aux ecolos alors que les oceans devienent des dépotoirs sans que ces derniers s alarment 

      Les m^mes écolos qui ont eu le pouvoir d arrêter les recherches sur les réacteurs à neutrons rapides .

      En revanche les allemands brûlent de la lignite du gaz et du charbon mais cela ne pose aucun problème 

      La Pologne brûle du charbon

      et l Inde en développement dont les réserves de charbon sont importante utilisera son charbon ainsi que la Chine .

      La tranistion energetique a montre que c est un leurre .


  • Astrolabe Astrolabe 12 octobre 2022 13:47

    Bravo à notre propagande putinienne quotidienne !

     

    À propos :

    Sur Twitter, une armée de bots propulse au sommet le sujet de la pénurie de carburants

  • zygzornifle zygzornifle 12 octobre 2022 16:36

    L’UE est comme une grosse merde molle, quand on marche dedans on ne sait plus comment nettoyer ses chaussures ....


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