samedi 4 octobre 2025 - par Franck ABED

L’usure et la Révolution

Franck-Abed-Prêt

 

Le 2 octobre 1789, en pleine effervescence révolutionnaire, alors que la France subissait une métamorphose politique et sociale aux effets incalculables, l’Assemblée nationale constituante adopta une mesure qui échappa à l’attention du grand public. Cette décision provoqua une rupture fondamentale dans l’histoire économique et morale du pays : la légalisation du prêt à intérêt.

Le 3 octobre 1789, le texte de loi fut rédigé et publié sous forme de décret que nous citons : « L’Assemblée nationale a décrété que tous particuliers, corps, communautés, et gens de main-morte, pourront à l’avenir prêter l’argent à terme fixe, avec stipulation d’intérêt suivant le taux déterminé par la loi, sans entendre rien innover aux usages du commerce ». Cet écrit, bref et radical, renversait l’interdit ancestral de l’usure en établissant une logique nouvelle où l’argent pouvait légalement produire de l’argent.

Ce changement financier et juridique ne surgissait pas de nulle part. Il s’inscrivait dans une évolution lente mais profonde des mentalités, amorcée bien avant la Révolution. Les travaux de Jean-Yves Grenier, L’économie d’Ancien Régime, ou encore ceux de Jacques Le Goff, La Bourse et la Vie, rappelaient que le Moyen Âge ne fut pas étranger aux pratiques financières. En revanche, celles-ci se voyaient rigoureusement encadrées par une morale chrétienne.

Pendant plus d’un millénaire, l’usure – entendue comme la perception d’un intérêt sur un prêt – fut condamnée. Ce jugement reposait sur l’enseignement de l’Ancien comme du Nouveau Testament. Le Deutéronome (23,19) interdisait de prêter avec intérêt à son frère : « Tu ne prêteras pas à intérêt à ton frère, ni en argent, ni en nourriture, ni en quoi que ce soit qui se prête à intérêt ». Jésus, dans l’Évangile selon saint Luc (6,35) déclara : « Prêtez sans rien espérer en retour ». Cette condamnation biblique fut reprise et développée par les Pères de l’Église, notamment saint Ambroise et saint Augustin, puis codifiée par plusieurs conciles (Nicée, 325 ; Latran II, 1139 ; Latran III, 1179 ; Latran IV, 1215). 

Saint Thomas d’Aquin, dans la Somme théologique (IIa-IIae, q. 78), déclara que prêter à intérêt était un acte contre nature : l’argent, étant un instrument d’échange, ne pouvait produire de fruit légitime par lui-même. Thomas estimait qu’une compensation pouvait être juste dans certains cas, mais pas sous la forme d’un intérêt imposé contractuellement. Si le prêteur subissait une perte ou un dommage en consentant le prêt, il pouvait être indemnisé, notamment par l’acceptation d’un don spontané en reconnaissance du service rendu, à condition toutefois que ce geste demeurât libre et non exigé

Cependant, un tel système ne pouvait fonctionner que dans une société chrétienne, ou du moins dans un monde où les hommes étaient guidés par l’honnêteté et la morale. Dès lors que cette base éthique se délitait, il devenait inévitable que la logique contractuelle, écrite et juridiquement contraignante, se substituât à la confiance volontaire et à l’esprit évangélique.

Le décret du 3 octobre 1789, en abrogeant les ordonnances royales contre l’usure et en écartant le droit canonique, introduisit un principe nouveau : la liberté contractuelle. Désormais, si deux individus acceptaient librement les termes d’un prêt à intérêt, nul n’avait le droit de s’y opposer. Le contrat s’imposa à la morale, la signature à la poignée de main. L’intérêt excessif n’était plus regardé comme un abus. Effectivement, il devenait le prix du temps, du risque et de l’opportunité. Ce fut une victoire du libéralisme qui institua l’économie en une sphère autonome, affranchie de toute transcendance…

Il convient, néanmoins, de ne pas confondre deux réalités : d’une part, le prêt avec un intérêt raisonnable, justifié par le risque encouru, la perte d’usage du capital ou un service rendu et d’autre part, l’usure proprement dite, c’est-à-dire la pratique de taux excessifs, exploitant la détresse ou l’ignorance du débiteur. Aux Temps Médiévaux, cette distinction apparaissait déjà sous la plume des moralistes, théologiens et intellectuels.

Dans Rerum Novarum, Léon XIII condamna l’usure comme « vorace  », mettant en garde contre les pratiques financières qui exploitaient les travailleurs et portaient atteinte aux petites économies. Il rappela que nul ne devait nuire aux plus faibles, ni par violence, ni par fraude, ni par intérêts excessifs, soulignant la responsabilité morale des riches et des prêteurs. Pie XI, avec Quadragesimo Anno, élargissait la réflexion économique à la justice sociale, dénonçant le profit comme fin ultime et l’impérialisme de l’argent, tout en réaffirmant la nécessité de structures économiques justes. 

Ces textes – et bien d’autres – expliquent sans réserve que la richesse sert le Bien Commun, faute de quoi les sociétés humaines s’exposent à la désorganisation et au déclin. L’Église identifiait clairement l’usage licite de l’argent et l’usure, offrant un repère éthique pour les pratiques financières. Ces enseignements magistériels restent fondamentaux pour comprendre la position doctrinale de l’Église vis-à-vis de l’économie et de la finance contemporaines. 

Les répercussions juridiques et philosophiques du vote de l’Assemblée nationale du 2 octobre 1789, ainsi que du décret publié le lendemain, furent analysées en profondeur par l’historien Pierre Dockès dans Le capitalisme et ses rythmes. Il montra comment la sécularisation des pratiques économiques s’accompagna d’une véritable transformation anthropologique  : l’homme moderne commença par se définir selon la propriété, l’échange et la quête du profit.

Cette décision révolutionnaire entraîna des effets majeurs et désastreux, touchant bien plus que la seule sphère économique En légalisant le prêt à intérêt, la Révolution rendit possible la naissance du système bancaire moderne, la créditocratie. Elle permit également l’accumulation du capital. De fait, elle inaugura une logique de dette perpétuelle et de financiarisation de l’existence. Elle scella la déconnexion croissante entre l’argent et le monde réel, manifeste depuis plusieurs décennies. Le capital ne se conçoit plus comme un moyen, mais comme une fin. L’homme s’affirme comme agent économique, créateur et consommateur de valeurs abstraites, plutôt que comme un être voué à la sainteté.

L’Église, fidèle à sa doctrine sociale, ne se laissa pas séduire par l’élévation du capital au rang de valeur suprême. Par exemple, Benoît XVI, dans Caritas in veritate (2009), dénonça les systèmes financiers déconnectés de l’éthique : « De plus, la conviction de l’exigence d’autonomie de l’économie, qui ne doit pas tolérer d’influences de caractère moral, a conduit l’homme à abuser de l’instrument économique y compris de façon destructrice ». Il plaida pour une refondation de l’économie reposant sur des bases solides et saines : «  Il est urgent de promouvoir une économie à visage humain »…

Les 2 et 3 octobre 1789 ne marquèrent pas seulement un changement législatif : ils consacrèrent une véritable inversion de civilisation. On passa de l’ordre chrétien, où la richesse restait subordonnée à la morale et au bien commun, à un nouvel ordre économique marqué par l’autonomie absolue du Marché. Les Révolutionnaires, en conférant une autonomie totale à l’économie et à la finance, réduisirent l’homme à sa seule fonction économique, le coupant de sa vocation spirituelle. L’Argent s’érigea en Tyran. Et l’Homme, au lieu d’être considéré comme un frère à aimer, fut réduit à n’être qu’un débiteur à pressurer sans fin

Ce que la Révolution légalisa, il nous appartient aujourd’hui de l’analyser afin d’en mesurer pleinement les conséquences. Non pour revenir à un passé idéalisé ou fantasmé, mais pour rétablir une hiérarchie juste des biens : replacer l’Argent à sa juste mesure ; restaurer l’Homme et la Femme dans leur pleine dignité. La question de l’usure ne se résume pas à un simple enjeu technique : elle engage un véritable choix de civilisation…

 



13 réactions


  • L'apostilleur L’apostilleur 4 octobre 2025 09:32

    @ l’auteur 

    Excellent. 

    Les révolutionnaires étaient guidés par l’abolition de la monarchie et de l’empreinte spirituelle chrétienne.

    Certains comme Robespierre avaient compris qu’avec la religion chrétienne disparaissait la caution morale, il fallut inventer l’Être suprême toujours dans notre Constitution. 

    Juifs et protestants bénéficiaires des effets de la Révolution s’étaient éloignés depuis longtemps de ses contingences morales, les premiers pratiquaient « la morsure » (Maïmonide), les seconds le prêt à intérêts aussi depuis Calvin.

    Les révolutionnaires avaient rompu des liens pour en créer d’autres.

    Les princes avaient le pouvoir depuis toujours (Mésopotamie) de renier leurs dettes excessives devenues obstacles à leur pouvoir ou causes de révoltes populaires, les révolutionnaires ont créé les conditions de l’asservissement de l’Etat à la dette.

    Une dette dont le paiement de ses intérêts monopolise les ressources du débiteurs est vouée à la perpétuité. Est-elle morale Mr Robespierre ?


    • La Bête du Gévaudan 5 octobre 2025 01:21

      Le problème est qu’on n’invente pas l’Etre suprême ! C’est là toute l’erreur et l’orgueil des modernes. Et c’est la clef de la tyrannie des génocidaires mégalomanes comme Robespierre. « Qui veut faire l’ange fait la bête », a écrit Blaise Pascal... Au lieu d’inventer des êtres suprêmes (en attendant l’homme nouveau bolchévique et le surhomme nazi), M. de Robespierre eut été bien inspiré de se retourner humblement vers le véritable être suprême... 

      La dette insolvable des princes est généralement la dette des mauvais princes. Les bons princes font des bonnes dettes et les honnorent. La France de la IIIème république a remboursé rubis sur ongle les 5 milliards de francs-or des réparations de guerre, et De Gaulle revenant au pouvoir apura de même la dette. 

      Les princes qui renient leurs dettes lèsent les prêteurs... ni plus ni moins... ils n’hésitent pas à les tuer pour faire taire leurs réclamations... comme Philippe Le Bel fit tuer les Templiers, ou certains Juifs médiévaux qu’on préférait jeter au puits que de rembourser. La honte n’est alors pas sur le prêteur mais sur le débiteur indigne ! Quant à la dette publique actuelle, elle est largement détenue (directement ou indirectement) par de braves épargnants populaires via leurs assurances-vies. La dénoncer c’est voler les économies du peuple. Tout ça pour payer l’incurie des politiciens et de leurs clientèles ? Où est la morale ?


    • L'apostilleur L’apostilleur 5 octobre 2025 08:40

      @La Bête du Gévaudan
      « ..La France de la IIIème république a remboursé rubis sur ongle les 5 milliards de francs-or des réparations de guerre.. »
       
      Israël versera combien aux palestiniens de Gaza ?


    • L'apostilleur L’apostilleur 5 octobre 2025 10:09

      @La Bête du Gévaudan
      « ..Le problème est qu’on n’invente pas l’Etre suprême ! C’est là toute l’erreur.. »
      Ce n’était pas une erreur, Robespierre l’a imaginé suite au vide moral provoqué par l’abolition du catholicisme.
      L’Être suprême était un palliatif en attendant la réhabilitation religieuse de Napoléon 


  • Étirév 4 octobre 2025 13:45

    L’usure, c’est bien avant la Révolution. Explication :
    Le premier pays à avoir intégré la caste des « puissances d’argent » en tant que nouvel acteur politique est l’Angleterre. Le choix d’Oliver Cromwell (1599-1658) de développer l’Empire britannique en adossant la puissance des armes à celle des banques a créé un nouveau paradigme politique. Dire cela ne signifie pas que l’Angleterre porte l’acte de naissance de cet acteur géopolitique nouveau, anonyme. Sa naissance est plutôt à rechercher dans les Républiques commerçantes de Gênes, de Florence ou de Venise.
    Après l’Italie, l’acte de naissance de ces « puissances d’argent » est aussi à rechercher dans le premier État à avoir donné une réalité institutionnelle à ces banquiers, la Hollande, via la création en 1609, de la banque d’Amsterdam. Rappelons qu’au Moyen Âge, les Pays-Bas sont au cœur de l’élite commerçante, dite ligue hanséatique. Cette ligue, composée d’associations de commerçants, a prévalu en Europe à l’époque précédent l’avènement de l’Empire britannique. Cette précision permet de donner un aperçu du rôle des Pays-Bas dans l’évolution du système de l’impérialisme financier.
    Certains auteurs d’ouvrages sur les Templiers ouvrent certaines perspectives sur le rôle que les rivalités financières du capitalisme naissant ont pu jouer dans la destruction de l’Ordre du Temple au XIVème siècle. Les Templiers étaient, à certains égards, des sortes de rivaux des banquiers italiens qui, de ce fait, les voyaient d’un mauvais œil. Régine Pernoud, dans son ouvrage « Les Templiers », souligne le fait que, déjà, en Palestine, les Templiers avaient eu affaire avec les intrigues des banquiers de Venise, de Gênes et de Pise. En effet, le pouvoir des Templiers contrebalançait celui de Rome, ils avaient avec eux des rois et des puissants. Les Templiers cherchaient à centraliser, dans le Temple de Londres, les annates (taxe « papale »). Ils auraient aussi centralisé les encaisses métalliques qui constituaient la richesse mobilière de la France ; s’ils avaient atteint ce but, la puissance de Rome aurait été remplacée par celle de Londres, et le « Catholicisme Jésuiste » aurait sombré devant le « Christianisme Johannite ». Ce furent les hauts barons anglais qui firent échouer ce projet. Aussi, l’origine des barons d’Angleterre doit être rappelée : Quand, en 1066, Guillaume le Conquérant amena avec lui, du continent, des aventuriers et des mercenaires, il y eut, parmi ses compagnons, des gens pratiques et rusés qui, pour spolier les biens des Saxons d’une façon qui semblait leur donner un caractère d’honnêteté, demandèrent simplement à épouser une Saxonne ; ainsi ils prenaient possession de la femme et des châteaux. C’est l’escroquerie au mariage ; leurs enfants légitimes par ces mariages se virent possesseurs du sol, et dès lors ces nouveaux barons rendirent inaliénable, dans leurs familles, la propriété de ces biens fonciers. L’origine de ces barons nous les montre donc comme des gens peu scrupuleux, ne voyant dans la femme qu’un moyen d’arriver à leurs fins, instituant des privilèges monstrueux, c’est-à-dire des gens qui étaient en tout l’opposé des Templiers, qui gardaient le principe de la Justice, de l’honnêteté et du respect de la Femme. Il devait donc y avoir lutte entre eux. Ces barons établirent donc, dans l’Angleterre traditionnelle, le régime masculiniste, c’est-à-dire l’asservissement de la femme par le mariage, qui laissait à l’homme l’administration de ses biens et tous ses droits.
    Rappelons encore que (métahistoriquement) la monnaie, dans le régime masculin, contribua à changer complètement les mœurs, On créa le régime que Fabre d’Olivet appelle « Emporocratique », mot nouveau pour exprimer une idée nouvelle. Il est tiré du grec et signifie « marchand » et « force », c’est-à-dire la prédominance des intérêts économiques considérés comme mobiles de gouvernement. C’est le régime dans lequel tout se vend ; l’homme est un marchand, il se vend lui-même, c’est-à-dire vend ses services et vend tout ce dont il peut disposer. Notons au passage que les pays d’Europe où l’Emporocratie a dominé ont été successivement l’Italie, les Pays-Bas et l’Angleterre.
    Les auteurs qui ont envisagé l’origine de la monnaie n’ont envisagé que cet aspect de la question. Ils font tout commencer au régime masculin et ne nous disent rien du régime antérieur. Cependant, tout existait déjà avant ce régime, et faisait partie des lois naturelles, « Jus naturale », qui contiennent l’explication de toutes les origines. Sans ces lois, nous ne pouvons pas comprendre le premier régime économique.
    Rappelons enfin que c’est lorsque les Templiers furent supprimés de l’échiquier politique que l’Église romaine cessa d’excommunier ceux de « ses enfants » qui pratiquaient l’« usure », c’est-à-dire le prêt à intérêt, dont on sait aujourd’hui les conséquences que la liberté ainsi accordée devait avoir sur l’évolution du monde Occidental.
    Cette première « dégénérescence de la monnaie » fut bien le début du « règne de Mammon ».
    Dans « René Guénon et les destins de la Franc-Maçonnerie », Denys Roman nous rappelle également que c’est lors des premières années du XIVème siècle que, dans l’Occident chrétien, d’autres « tournants » se produisirent : dislocation de la chrétienté, éveil du nationalisme, laïcisation de la pensée ou déclin des campagnes et essor des villes.
    Valérie Bugault dans « Les raisons cachées du désordre mondial », écrit que « La City de Londres, qui acquiert dès 1319 une autonomie politique (c’est-à-dire à peine 5 ans après la destruction de l’Ordre des Templiers), peut être considérée comme étant historiquement le premier paradis fiscal des temps modernes. Elle abrite les plus riches commerçants anglais qui ont obtenu d’Édouard II (souverain faible et/ou corrompu) un statut dérogatoire au droit public. La City est, depuis cette époque, une ville dans la ville, son activité financière échappe à la magistrature de l’État britannique tout en faisant bénéficier l’empire thalassocratique des largesses financières nécessaires à son propre développement. La City a opéré comme une sorte de poste de pilotage de l’Empire britannique conférant aux dirigeants britanniques qui se sont succédé les moyens financiers de développer leur autorité sur le reste du monde. ». Gardons néanmoins à l’esprit que l’argent n’est jamais qu’un moyen et non une fin. Aussi, Caché derrière d’immenses intérêts financiers et géopolitiques, l’enjeu réel est peut-être ailleurs.
    Lien


  • Rinbeau Rinbeau 4 octobre 2025 17:49

    En effet les bourgeoisies Européennes se sont fait les anciens régimes féodaux à l’usure..

     smiley


  • La Bête du Gévaudan 5 octobre 2025 00:37

    L’intérêt consiste à payer l’achat d’un service. Il est donc entièrement légitime, juste, moral et mutuellement bénéfique. L’emprunteur paye au prêteur le service qu’il lui achète. Ce service consiste dans l’achat de l’usufruit momentané d’un capital. Tout simplement. 

    L’opération comporte donc trois aspects : le prêt, l’achat, les frais. 

    Les frais concernent les frais de travail pour l’opération (la paperasse, le secrétariat, etc.). Ils ne constituent pas l’intérêt proprement dit, mais une dépense annexe supplémentaire.

     Le prêt, étymologiquement, concerne le principal, qui va être prêté et restitué. 

     L’achat concerne l’usufruit momentané. Il représente le but fondamental recherché par l’emprunteur, « l’intérêt » de la chose si je puis dire. C’est cela qui constitue l’intérêt. C’est un achat pur et simple, qui doit, comme tout achat, être payé à son juste prix par l’accord des deux parties. 

    C’est exactement ce que nous payons quand nous louons quelque chose (une maison, une place de camping, une tondeuse-à-gazon, une place en terrasse d’un café sympa, etc.). C’est la même chose quand nous empruntons une somme d’argent. Le prêt d’argent porte donc mal son nom : on devrait parler de location d’argent. 


    • La Bête du Gévaudan 5 octobre 2025 00:48

      Comme toute libre opération marchande mutuellement consentie, le prêt à intérêt est mutuellement bénéfique. Par le jeu des avantages comparatifs, chacun en retire un bénéfice. Il y a création de valeur absolue. Et accumulation historique de richesse. 

      L’accumulation historique du capital n’est rien d’autre que l’accumulation historique de richesse. C’est un bienfait pour l’humanité. C’est grâce à cela que nous évitons de plus en plus les souffrances évitables. C’est un ressort providentiel placé dans la nature par la volonté du Créateur. Il serait absurde de revenir à l’âge des cavernes par haine du capital. 

      C’est aussi grâce à l’augmentation du capital que les taux peuvent baisser (plus de prêteurs face à moins d’emprunteurs). L’accumulation historique du capital permet donc d’emprunter à des taux tendanciellement plus faibles. Encore un bienfait. 

      Ce qui est délétère, c’est d’emprunter de l’argent pour de mauvaises raisons. Mais cela n’a rien à voir avec l’intérêt. C’est là que l’exhortation morale doit intervenir. 

      De même, la morale chrétienne invite à ne pas faire payer l’intérêt « à son frère »... c’est à dire à ne pas confondre le prêt (dans le cadre amical, fraternel, informel, familial, secourable, etc.) et la location (dans le cadre professionnel). De même qu’on ne se fait pas rémunérer quand on répare la voiture ou la plomberie d’un ami, et qu’on ne lui fait payer que les matériaux. 


    • La Bête du Gévaudan 5 octobre 2025 01:02

      L’économie, pas plus que la politique ou la science, n’entre en contradiction avec la philosophie, la foi et la morale religieuse. L’économie n’englobe pas l’homme, contrairement à ce que prétendent les matérialistes socialistes. Elle n’éteint pas la philosophie ni la quête du bien, du bon, du vrai. Si l’homme contemporain paraît aliéné par sa richesse, il doit quêter la pauvreté du coeur (éventuellement même faire voeux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance au sein des ordres). Mais sombrer dans la famine et le sous-développement n’est pas une vertu chrétienne ! L’évangile nous invite aussi à faire fructifier nos talents ! Ecoutons le grand économiste catholique Frédéric BASTIAT (in Harmonies économiques) :

      L’économie politique a pour sujet l’homme. Mais elle n’embrasse pas l’homme tout entier. Sentiment religieux, tendresse paternelle et maternelle, piété filiale, amour, amitié, patriotisme, charité, politesse, la morale a envahi tout ce qui remplit les attrayantes régions de la sympathie. Elle n’a laissé à sa sœur, l’économie politique, que le froid domaine de l’intérêt personnel. C’est ce qu’on oublie injustement quand on reproche à cette science de n’avoir pas le charme et l’onction de la morale. Cela se peut-il ? Contestez-lui le droit d’être, mais ne la forcez pas de se contrefaire. Si les transactions humaines, qui ont pour objet la richesse, sont assez vastes, assez compliquées pour donner lieu à une science spéciale, laissons-lui l’allure qui lui convient et ne la réduisons pas à parler des Intérêts dans la langue des Sentiments. Je ne crois pas, quant à moi, qu’on lui ait rendu service, dans ces derniers temps, en exigeant d’elle un ton de sentimentalité enthousiaste qui, dans sa bouche, ne peut être que de la déclamation. De quoi s’agit-il ? De transactions accomplies entre gens qui ne se connaissent pas, qui ne se doivent rien que la justice, qui défendent et cherchent à faire prévaloir des intérêts. Il s’agit de prétentions qui se limitent les unes par les autres, où l’abnégation et le dévouement n’ont que faire. Prenez donc une lyre pour parler de ces choses. Autant j’aimerais que Lamartine consultât la table des logarithmes pour chanter ses odes.


  • Jean Keim Jean Keim 5 octobre 2025 07:46

    Est-il sain que l’argent puisse légalement produire de l’argent ?

    Celui qui prête de l’argent avec intérêts est quelqu’un qui a trop d’argent, mais qui néanmoins en veut encore plus, et qui pour en obtenir plus fait travailler les autres à son profit ; tous nos maux économique viennent de ce constat, dans une société où le prêt avec intérêts est légalisé, on peut affirmer que la cupidité et son double l’égoïsme ne sont jamais loin.

    L’acmé du système (en passant par l’actionnariat) est que des gens qui portent le nom de financier, prêtent moyennant des intérêts, de l’argent qu’ils ne possèdent pas, simplement en le créant à l’aide de qq. instructions tapées sur un clavier d’ordinateur. On peut dire que depuis la révolution française, le système a singulièrement évolué ; il sera très difficile de le changer tant la supercherie est devenue une chose qui va de soi, surtout dans l’esprit de ceux qui détiennent les rênes du pouvoir.


  • L'apostilleur L’apostilleur 5 octobre 2025 15:19

    « ..replacer l’Argent à sa juste mesure.. »

    Aristote avait décelé cette déviance une accumulation irrésonnée d’argent, la chrématistique.

    Des milliardaires américains demanderont à être taxés davantage. Une repentance ? 

     

    « ..La question de l’usure ne se résume pas à un simple enjeu technique.. »

    Oui, l’usure est amorale comme l’enrichissement sans cause.

    L’usure, prêt à taux excessif, est cousine de l’avarice, un quasi vol.



    • Jean Keim Jean Keim 6 octobre 2025 10:52

      @L’apostilleur

      La chrématistique est avant tout l’art de créer les richesse, l’accumulation de richesses serait plus exactement la thésaurisation.


    • L'apostilleur L’apostilleur 7 octobre 2025 13:35

      @Jean Keim
      Aristote donnait plusieurs acceptions à sa chrématistique dont celle détestable de l’accumulation d’argent au delà des besoins du noyau familial. 
      La thésaurisation c’est plutôt la conservation des richesses.
      Pas facile de voir de l’art ici. smiley


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