La chasse aux canards est ouvertes
Ceci n’est pas un communiqué de Chasse, Pêche et Naturemais bien la dernière nouveauté communicante de l’Elysée. Nous croyions tous benoîtement que c’était Luc Chatel le porte-parole de Matignon, et depuis que Martinon avait raté son examen de passage aux municipales, mais récompensé par un consulat (enfin une autre promesse sarkozyaque. Pas sûr qu’elle soit tenue. Benamou en sait quelque chose) on l’avait remplacé par Jean-David Levitte (comme lévitation ?). Voilà maintenant que la politique du tout communicant se poursuit avec l’arrivée de Thierry Saussez comme trompette anti-couac. Une question : Guéant + Levitte + Chatel + Saussez est-ce que cela fera une seule voix ?
A mon avis Sarkozy devrait demander conseil au ministre des Transports (Bussereau) car de son ministère amer il sait tout (ou devrait tout savoir) des techniques aéroportuaires pour chasser les canards des abords des tarmacs. Je ne voudrais pas être mauvaise langue, mais j’aimerais rappeler à nos amis lecteurs que Fillon, pardon Sarkozy, nous avait dit que la France avait la chance d’avoir à sa tête pour la diriger un gouvernement d’une cohésion et d’une compétence jamais connues depuis Toumaï à nos jours. Un gouvernement au petit poil qui connaissait ses dossiers sur le bout des doigts et dont les missionnaires avançaient de conserve - comme disent les marins, ce qui est bon de rappeler en période de piratage maritime. La cohérence était portée à son summum. Une œuvre d’art ! Normal : celui qui avait choisi était notre guide bien-aimé.
Estrosi qui maintenant réclame que le secrétaire général de l’UMP soit élu par les militants et non plus nommé, comme le veut la tradition qui est née avec l’arrivée de Sarkozy en politique disait que lorsque l’omniscient et omniactif en avait la destinée en main, tout roulait comme sur des roulettes car il y avait un chef d’orchestre, un vrai. Pas une espèce de Mao à la Devedjian. Non un qui savait comme à la légion faire marcher tout le monde au pas et sans fausse note. Je disais que je ne voulais pas être mauvaise langue. Je ne serais qu’une petite langue de vipère. Quoique... Oui quoique, est-ce vraiment être une langue de vipère que de dire que ce mois d’avril est un peu fâcheux pour l’homogénéité gouvernementale ?
Le plaisir m’impose de rappeler que le désordre, de ce mois à ne pas se découvrir d’un fil, a commencé avec des déclarations tonitruantes de Rama Yade, contredite par elle-même bien qu’elle eut dit que on l’avait mal comprise. Une expression, nous allons le voir, assez à la mode en ces temps de temps gris et nuageux. Ne parlons même pas de la cacophonie magistrale de la flamme de l’Olympisme qui a joué à je t’allume/je t’éteins - je t’apparais/ je te disparais, ni même du courageux slogan "pour un monde meilleur" qui joue aux éclipses, mais nous ne pouvons pas passer à côté du mitraillage à tirs rapprochés des trois couacs successifs :
- il n’y a plus de carte de réduction SNCF, une carte qui disparaît, se transforme puis réapparaît, qui a disparu quand c’est Bussereau puis Fillon qui parlent, mais qui ressurgit quand c’est la Castafiore qui en pousse une, et qui [la carte] va se réfugier à l’Elysée car c’est au château que tout se passe ;
- il y a eu aussi ce moment rare de la politique où un ministre se lâche avant de s’aplatir, je veux parler de Mme Kosciusko-Morizet ;
- enfin voilà-t-y pas que notre Roselyne laisse entendre que ce seraient aux mutuelles dorénavant de payer vos montures et verres car elles font de trop gros bénéfices. Mais bien sûr nous avons tous mal compris. Comme aux vœux aux journalistes lors desquels Sarkozy n’avait pas enterré la retraite à 60 ans, comme il n’avait jamais dit "collaborateur" en parlant de Fillon. Nos sommes tous des malentendants ;
- il faut ajouter ce qui va devenir un nouveau couac : c’est un décret passé inaperçu qui promet moins d’allocation pour les adolescents. En effet, il y avait deux seuils d’augmentation : un à 11 ans et un autre à 17. Il n’y en aura plus qu’un à 14. C’est bon pour les économies moins pour les familles.
Il est vrai que s’il n’y a pas le feu au lac, il y a une certaine pagaille à l’exécutif. Le Figosky nous dit qu’il y a du tirage entre Matignon et l’Elysée. Il va falloir ramoner, moi je vous le dis. Entre l’Elysée et ses affidés qui disent : « Que se passe-t-il quand un dossier du gouvernement tourne mal ?C’est encore Sarko qui s’y colle ! »... et... où on se dit las d’être « les pompiers de service » . Et de citer le cas de la carte famille nombreuse : « une c..., voilà ce qui arrive quand la technostructure tourne à vide. On ne peut pas tout surveiller ». Voilà un autre dossier sur lequel Nicolas Sarkozy est intervenu en fin de semaine, pour démentir François Fillon. Le Premier ministre avait annoncé depuis le Japon qu’il était bien question de confier à la SNCF le financement de la carte famille nombreuse, dans le cadre de la révision des politiques publiques. Et Matignon avec un Fillon qui se tait et joue au Sphinx sûr de lui avec sa bande de branquignoles qui affirment : « Le président nous demande d’être interventionnistes. Soit. Mais alors qu’il ne se mêle pas de tout ! », ajoutant ce savoureux : au passage, on rappelle que le président est celui qui « fait des annonces à la place de ses ministres », en citant Christine Albanel qui apprit « un quart d’heure avant la conférence de presse du président qu’il voulait supprimer la pub de la télévision publique ». Ou encore les propositions « brouillonnes » du chef de l’État sur Arcelor.
A ce record du monde, ou tout au moins de France, dans le cafouillage ministériel - là, pour sûr, Sarkozy peut à la fois parler de rupture, à la fois dire que c’est la première fois, lui qui joue toujours et partout à je suis le premier qui : oui il est le premier à mettre un bazar tel que même une poule ne retrouverait pas ses petits selon la bonne expression de ma chère et disparue grand-mère, et dans le cas précis on peut parler de canes et de canetons, y compris les couacs - le roitelet de la force de frappe répond par un nouveau communicant "interministériel" ! Il nous avait fourgué (enfin pas à nous, mais à son parti qu’il dirige depuis le bureau de l’Elysée) trois porte-parole, voilà qu’il répond à un problème non par une solution concrète, mais par un étage supplémentaire de communication. Le Figosky nous le présente ainsi : « Ca va peut-être vous surprendre mais, c’est vrai, on met un communicant à la tête d’un service de communication. On essaie plutôt de trouver des professionnels pour remplir leur mission ». Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, a choisi l’ironie pour répondre aux questions des journalistes après la nomination, mercredi en conseil des ministres, de Thierry Saussez* comme délégué interministériel à la communication.
Un poste qu’il cumulera avec celui de directeur du Service d’information du gouvernement (SIG). « Le périmètre du service d’information du gouvernement n’est pas changé. Simplement, cette fonction est complétée par celle de délégué interministériel et donc l’objectif de Thierry Saussez sera de travailler sur toutes ces questions d’information, de pédagogie, d’action du gouvernement », précise Luc Chatel.
* J’ai changé le lien du Figosky concernant Saussez que j’ai remplacé insidieusement par celui de Wikipédia sans pour autant être sûr que cela améliore le CV du jeune homme.
Aux imbéciles qui penseraient que le savoir-faire passe avant le faire-savoir, aux diminués du cerveau qui penseraient que le rôle du Premier ministre est de vérifier la cohérence du gouvernement et agir de telle sorte qu’il n’y ait pas de cafouillage, Sarkochef répond par la formule magique de la communication, et nous fait du Saint-Exupéry. A dessine-nous une politique qui marche avec des ministres qui agissent et ne passent pas leur temps à bavasser dans le poste, il nous montre une belle boîte qui scintille avec un ruban bleu blanc rouge autour et nous impose un vendeur de montres à la sauvette sur les marchés qui va nous faire la réclame et nous demander d’acheter le chat dans le sac sans ne rien voir. Cela me fait plus penser à un cautère sur une jambe de bois qu’à une décision efficace. On ajoute un étage à la fusée médiatique, un cornet de plus à la trompette exécutive. Notre chef d’orchestre nous la fait cacophonie en sous-sol mineur.
Ce que l’on sait maintenant c’est que, définitivement, Fillon ne sert pas à diriger l’équipe ministérielle et que Chatel ne sert pas plus à parler au nom du gouvernement. Chacun a un beau titre qu’il peut graver sur son papier à en-tête, mais non la fonction. Je propose donc que leur salaire en soit diminué d’autant en raison de la mise en application de la RPP (Révision des politiques publiques).

