La chasse aux prix
Nous pratiquons tous, les uns et les autres, en tant que
consommateurs, la chasse aux bas prix. Nous y sommes aidés par les médias et les
pouvoirs publics qui n’hésitent pas à clouer au pilori telle ou telle industrie, tel ou tel secteur économique pour des hausses qu’ils pensent indues, à se plaindre de
la hausse du coût de la vie, par essence indue également, du manque de pouvoir
d’achat. Toutes ces actions conditionnent le consommateur à faire de manière
permanente "la chasse au prix" dans tous les domaines, en oubliant
parfois les conséquences sur l’emploi de son comportement d’acheteur.
Et en même temps, nous demandons tous, les uns et les autres, des
augmentations de salaire, parce que "nous le méritons bien", en
oubliant que le phénomène de la fixation des prix n’a rien à voir avec le
mérite réel ou supposé de celui qui produit ou qui vend. Et que la notion du
"c’est trop cher" repose sur le rapport à ce que l’on gagne, et pas
sur une véritable estimation de la valeur de fabrication du produit. Comment
peut-on dire, en effet, d’un produit qu’il est trop cher, alors que l’on ignore
tout de comment et à partir de quoi il est fabriqué, et quel degré de
raffinement technologique il recouvre ?
Pris en tenaille entre la hausse des coûts de fabrication et la
baisse des prix permanente exigée par le consommateur et l’environnement
médiatico-politique, que peut faire d’autre le producteur que la chasse aux
pays à bas coût de fabrication ?
Le consommateur est un des responsables, par son comportement
d’achat, du haut niveau de chômage que nous vivons, en voulant ignorer dans son
acte d’achat qu’il impacte la pérennité du travail de son voisin, voire parfois du sien propre.
Comment résoudre ce dilemme, je ne sais ? Mais le simple
fait que le consommateur prenne conscience de ce que son comportement d’achat
provoque, ou au moins favorise, serait déjà un grand pas en avant pour atténuer
autant que faire se peut la tendance à la délocalisation. Je ne sais si dans
l’Europe d’aujourd’hui c’est encore possible, mais une campagne "Achetez français" pourrait peut-être inciter certains à recommencer à acheter des
produits marginalement plus chers mais fabriqués en France.
En espérant que cette idée puisse faire son chemin...
