La conspiration du silence face aux viols systématiques infligés aux Palestiniens

Des Palestiniens, hommes et femmes, décrivent de brutales violences sexuelles infligées par les gardiens de prison, les soldats, les colons et les interrogateurs israéliens.
Nous traduisons ci-dessous un article du New York Times qui a fait couler beaucoup d’encre, simplement parce qu’il levait enfin le voile sur un secret de Polichinelle : les viols systématiques et atroces infligés aux milliers d’otages palestiniens, hommes, femmes, enfants, détenus arbitrairement par Israël, et que la presse mainstream a ignorés aussi longtemps qu’elle le pouvait. Si les accusations de viols imputées au Hamas, largement démenties par les observateurs sérieux (voir notamment Norman Finkelstein pulvérise les accusations contre le Hamas), ont occupé des mois entiers nos rédactions, les traitements inhumains et dégradants infligés aux Palestiniens, assumés, documentés, filmés, et même publiquement défendus par la société israélienne (qui proclame le “droit au viol” et célèbre les violeurs comme des stars) n’ont droit, eux, qu’au silence, à l’instar des horreurs de l’affaire Epstein. Sans surprise, cet article, pourtant jonché de propagande anti-Hamas grotesque, d’atténuations et de non-dits, a suscité l’indignation : des manifestants pro-génocide se sont rassemblés devant le New York Times pour dénoncer un journaliste qui avait osé le crime suprême : humaniser des Palestiniens et demander des comptes au “peuple élu”.
Mediapart, en particulier, ne cesse de se draper de l’étendard palestinien tout en relayant la propagande israélienne la plus abjecte : Une après Une consacrée aux rapports indigents sur les violences sexuelles alléguées du 7 octobre (1, 2, 3, 4, 5), silence de plomb sur les rapports accablants documentant les viols dans les geôles israéliennes. Le blog d’Alain Marshal, qui documentait précisément cela, a été censuré par Mediapart (lire Comment Mediapart censure les voix anti-impérialistes et anti-sionistes), comme l’avait été, 5 années plus tôt, Le Cri des Peuples (lire Censure stalinienne sur Mediapart).
Signez cette pétition pour démasquer les tartuffes sionistes et atlantistes du gang d’Edwy Plenel, censeurs staliniens qui se proclament pourfendeurs de l’autoritarisme et de la bollorisation des médias !
Par Nicholas Kristof
New York Times, 11 mai 2026
Traduction : lecridespeuples.substack.com

C’est une proposition simple : quelles que soient nos opinions sur le conflit au Moyen-Orient, nous devrions pouvoir nous rassembler pour condamner le viol.
Les soutiens d’Israël ont fait valoir cet argument après les agressions sexuelles brutales [imaginaires] commises contre des femmes israéliennes lors de l’attaque menée par le Hamas contre Israël le 7 octobre 2023. Donald Trump, Joe Biden, Benyamin Netanyahou et de nombreux sénateurs américains, dont Marco Rubio, ont condamné ces violences sexuelles, et Netanyahou a eu raison d’appeler « tous les dirigeants civilisés » à « s’exprimer ».
Et pourtant, dans des entretiens déchirants, des Palestiniens m’ont rapporté l’existence d’un schéma répandu de violence sexuelle israélienne à l’encontre d’hommes, de femmes et même d’enfants — perpétrée par des soldats, des colons, des interrogateurs du Shin Bet, l’agence de sécurité intérieure, et surtout par des gardiens de prison.
Rien ne prouve que les dirigeants israéliens ordonnent des viols [sans blague]. Mais ces dernières années, ils ont bâti un appareil sécuritaire dans lequel la violence sexuelle est devenue, comme l’a formulé un rapport des Nations unies l’an dernier, l’une des « procédures opérationnelles standard » d’Israël et « un élément majeur des mauvais traitements infligés aux Palestiniens ». Un rapport publié le mois dernier par le Euro-Med Human Rights Monitor, un groupe de défense des droits basé à Genève souvent critique envers Israël, conclut qu’Israël pratique une « violence sexuelle systématique », « largement pratiquée dans le cadre d’une politique d’État organisée ».
Lire le rapport d’Euro-Med Human Rights Monitor en français : « Un autre génocide derrière les murs » : viols et violences sexuelles dans les prisons israéliennes
À quoi ressemble cette procédure opérationnelle standard ? Sami al-Sai, 46 ans, journaliste indépendant, raconte qu’alors qu’on le conduisait vers une cellule après son arrestation en 2024, un groupe de gardiens l’a jeté au sol.
« Ils me frappaient tous, et l’un d’eux m’a marché sur la tête et le cou », a-t-il raconté. « Quelqu’un a baissé mon pantalon. Ils ont baissé mon caleçon. » Puis l’un des gardiens a sorti une matraque en caoutchouc utilisée pour battre les prisonniers.
« Ils essayaient de me la forcer dans le rectum, et je me raidissais pour l’empêcher, mais je n’y arrivais pas », a-t-il dit, parlant avec une anxiété croissante. « C’était tellement douloureux. » Les gardiens riaient de lui, a-t-il dit. « Puis j’ai entendu quelqu’un dire : “Donne-moi les carottes” », se souvient-il, ajoutant qu’ils ont ensuite utilisé une carotte. « C’était extrêmement douloureux », a-t-il dit. « Je priais pour mourir. »
Al-Sai avait les yeux bandés, a-t-il dit, et il a entendu quelqu’un dire en hébreu, qu’il comprend, « ne prenez pas de photos ». Cela lui a suggéré que quelqu’un avait sorti un appareil photo. L’un des gardiens était une femme qui, dit-il, l’a saisi par le pénis et les testicules, et a plaisanté « celles-là sont à moi », puis a serré jusqu’à ce qu’il crie de douleur.
Les gardiens l’ont laissé menotté au sol, et il a senti une odeur de fumée de cigarette. « J’ai compris que c’était leur pause cigarette », a-t-il dit.
Après avoir été jeté dans sa cellule, il en a conclu que l’endroit où il avait été violé avait déjà servi auparavant, car il y a trouvé du vomi, du sang et des dents cassées d’autres personnes, incrustés dans sa peau.
Al-Sai a dit qu’on lui avait demandé de devenir informateur pour les services de renseignement israéliens, et il pense que le but de son arrestation et de son emprisonnement dans le cadre du système de détention administrative était de le pousser à accepter. Parce qu’il était fier de son professionnalisme journalistique, dit-il, il a refusé.
J’ai fait carrière en couvrant la guerre, le génocide et les atrocités, y compris le viol, parfois dans des lieux où l’ampleur de la violence sexuelle est bien plus grande que tout ce qui a été commis [dans l’imagination sordide des propagandistes génocidaires] par les militants du Hamas ou [bien réellement] par les gardiens et colons israéliens. Dans le conflit du Tigré, en Éthiopie, il y a quelques années, jusqu’à 100 000 femmes auraient été violées. Un viol de masse est en train de se dérouler actuellement au Soudan.
Pourtant, nos impôts américains subventionnent l’appareil sécuritaire israélien — ce qui fait des États-Unis un complice de cette violence sexuelle.
Je me suis intéressé au reportage sur les agressions sexuelles contre les prisonniers palestiniens après qu’Issa Amro, un militant non-violent parfois surnommé « le Gandhi palestinien », m’a confié lors d’une précédente visite qu’il avait été sexuellement agressé par des soldats israéliens, et qu’il pensait que cela était courant mais sous-déclaré, par honte.
Selon un décompte, Israël a détenu 20 000 personnes rien qu’en Cisjordanie depuis les attaques du 7 octobre, et plus de 9 000 Palestiniens étaient encore détenus au moment de la rédaction de cet article. Beaucoup n’ont pas été inculpés mais ont été détenus pour des motifs de sécurité mal définis, et depuis 2023, la plupart se sont vu refuser les visites de la Croix-Rouge et d’avocats.
« Les forces israéliennes emploient systématiquement le viol et la torture sexuelle pour humilier les détenues palestiniennes », indique le rapport Euro-Med. Il cite le cas d’une femme de 42 ans qui a raconté avoir été enchaînée nue à une table métallique tandis que des soldats israéliens la violaient de force pendant deux jours, tandis que d’autres soldats filmaient les agressions. Ensuite, dit-elle, on lui a montré des photos d’elle en train d’être violée, en lui disant qu’elles seraient publiées si elle ne coopérait pas avec les services de renseignement israéliens.
Il est impossible de savoir à quel point les agressions sexuelles contre les Palestiniens sont répandues [elles sont tout simplement systématiques]. Mon reportage pour cet article s’appuie sur des conversations avec 14 hommes et femmes qui ont déclaré avoir été agressés sexuellement par des colons israéliens ou des membres des forces de sécurité. J’ai également parlé à des membres de leurs familles, des enquêteurs, des responsables et d’autres personnes.
J’ai trouvé ces victimes en interrogeant des avocats, des groupes de défense des droits humains, des travailleurs humanitaires et de simples Palestiniens. Dans de nombreux cas, il a été possible de corroborer en partie les récits des victimes en parlant à des témoins ou, plus fréquemment, à ceux à qui les victimes s’étaient confiées, comme des membres de leur famille, des avocats et des travailleurs sociaux ; dans d’autres cas, cela n’a pas été possible, peut-être parce que la honte a laissé certaines personnes réticentes à reconnaître les sévices subis, même auprès de leurs proches.
Save the Children a commandé l’an dernier une enquête auprès d’enfants de 12 à 17 ans ayant été détenus par Israël ; plus de la moitié ont déclaré avoir été témoins ou victimes de violence sexuelle. Save the Children a indiqué que le chiffre réel était probablement plus élevé, car la stigmatisation a laissé certains réticents à reconnaître ce qui leur était arrivé.
Le Committee to Protect Journalists, une organisation américaine respectée, a interrogé 59 journalistes palestiniens ayant été libérés par les autorités israéliennes après les attaques du 7 octobre. Trois pour cent ont déclaré avoir été violés, et 29 pour cent ont déclaré avoir subi d’autres formes de violence sexuelle.
Le gouvernement israélien rejette les suggestions selon lesquelles il agresserait sexuellement des Palestiniens, tout comme le Hamas a nié avoir violé des femmes israéliennes. Israël a salué un rapport des Nations unies documentant les agressions sexuelles commises contre des femmes israéliennes par des Palestiniens [battu en brèche par Norman Finkelstein], mais a rejeté l’appel du rapport à enquêter sur les agressions israéliennes contre des Palestiniens. Netanyahou a dénoncé des « accusations infondées de violence sexuelle » portées contre Israël.
Lire Norman Finkelstein : les accusations de crimes sexuels contre le Hamas sont infondées
Le ministère israélien de la Sécurité nationale a refusé de faire des commentaires avant la publication de notre article. Le service pénitentiaire « rejette catégoriquement les allégations » d’abus sexuels, a déclaré un porte-parole ayant refusé d’être nommé, ajoutant que les plaintes sont « examinées par les autorités compétentes ». Le porte-parole a refusé de dire si un membre du personnel pénitentiaire avait déjà été renvoyé ou poursuivi pour agressions sexuelles. [Le journaliste du NYT mentionne plus loin que suite à la divulgation d’une vidéo de soldats israéliens violant en groupe un Palestinien à Sde Teiman, et à leur inculpation, des manifestations massives ont forcé la justice à abandonner le dossier, tandis que les violeurs allaient se pavaner de plateau TV en plateau TV, acclamés par la société la plus dépravée de l’histoire].
Les Palestiniens que j’ai interrogés ont rapporté divers types de sévices au-delà du viol. Beaucoup ont rapporté qu’on leur tirait souvent les parties génitales ou qu’ils étaient battus aux testicules. Des détecteurs de métaux portatifs étaient utilisés pour sonder entre les jambes nues des hommes, puis écrasés contre leurs parties intimes ; certains hommes ont dû se faire amputer les testicules par des médecins après des passages à tabac, selon l’Euro-Med Monitor.
L’une des raisons pour lesquelles ces sévices ne reçoivent pas plus d’attention réside dans les menaces des autorités israéliennes, qui avertissent périodiquement les prisonniers libérés de garder le silence, selon des Palestiniens libérés. Une autre raison, m’ont dit des survivants palestiniens, est que la société arabe décourage d’aborder ce sujet, par crainte de nuire au moral des familles des prisonniers et de saper le récit palestinien de détenus défiants et héroïques.
Les normes sociales conservatrices freinent également le discours : deux victimes m’ont dit qu’un prisonnier reconnaissant avoir été violé nuirait à la capacité de ses sœurs et de ses filles à trouver un mari.
Un agriculteur a d’abord accepté que j’utilise son nom dans cet article. Libéré au début de cette année après des mois de détention administrative — sans inculpation — il a raconté ce qui s’était passé, selon lui, un jour de l’année dernière : une demi-douzaine de gardiens l’ont immobilisé en lui tenant les bras et les jambes tout en baissant son pantalon et ses sous-vêtements, et en insérant une matraque métallique dans son anus. Les violeurs riaient et applaudissaient, a-t-il dit.
Plusieurs heures plus tard, dit-il, il s’est évanoui et a été conduit à l’infirmerie de la prison. Après son réveil, dit-il, il a été violé une nouvelle fois, de nouveau avec la matraque métallique.
« Je saignais », se souvient-il. « Je me suis complètement effondré. Je pleurais. »
Après avoir été ramené dans sa cellule, dit-il, il a demandé à un gardien un stylo et du papier pour rédiger une plainte concernant les agressions. La demande a été refusée. Et ce soir-là, un groupe de gardiens est venu dans la cellule.
« Qui est celui qui veut déposer plainte ? » a raillé un gardien, dit-il, et un autre gardien l’a désigné. « Les coups ont commencé immédiatement », se souvient-il. Puis ils l’ont violé avec la matraque une troisième fois ce jour-là, a-t-il dit.
Il se souvient que l’un d’eux a dit : « Maintenant tu as encore plus de choses à mettre dans ta plainte. »
Quelques jours après notre entretien, l’agriculteur a appelé pour dire qu’il ne voulait finalement pas que son nom soit utilisé. Le Shin Bet venait de lui rendre visite et de l’avertir de ne pas causer de problèmes, et il craignait aussi que sa famille ne réagisse mal à cette attention.
« Les abus sexuels généralisés sur les prisonniers palestiniens, c’est une réalité ; c’est devenu normalisé », a déclaré Sari Bashi, une avocate israélo-américaine des droits humains, directrice exécutive du Public Committee Against Torture in Israel. « Je ne vois pas de preuve que cela ait été ordonné. Mais il existe des preuves persistantes que les autorités savent que cela se produit et ne l’arrêtent pas. »
Un autre avocat israélien, Ben Marmarelli, m’a dit que, sur la base des expériences des détenus palestiniens qu’il a représentés, le viol de prisonniers palestiniens avec des objets « se produit de manière massive ».
Bashi a déclaré que son organisation a déposé des centaines de plaintes détaillant des sévices horribles contre des détenus palestiniens — et que dans aucun cas cela n’a débouché sur des poursuites. L’impunité, dit-elle, crée un « feu vert » pour les agresseurs.
Un prisonnier palestinien de Gaza aurait été hospitalisé en juillet 2024 avec une déchirure du rectum, des côtes fêlées et un poumon perforé. Les enquêteurs ont obtenu une vidéo de prison montrant prétendument les sévices. Les autorités ont détenu neuf soldats réservistes — mais la droite israélienne s’est enflammée d’indignation, une foule de manifestants furieux, incluant des politiciens, faisant irruption dans la prison pour manifester leur soutien aux gardiens. Les dernières charges contre les soldats ont été abandonnées en mars, et le mois dernier, l’armée a approuvé le retour en service des soldats.
Lire Institutionnalisation du viol des détenus Palestiniens : le vrai visage d’Israël
Netanyahou a salué l’abandon des charges comme la fin d’une « accusation de sang » [blood libel, référence au trope antisémite historique du « libelle de sang »]. « L’État d’Israël doit pourchasser ses ennemis — pas ses combattants héroïques », a-t-il déclaré.
Bashi a décrit ainsi le résultat : « Je dirais que l’abandon des charges — c’est donner la permission de violer. »
Ce prisonnier, qui aurait par la suite eu besoin d’une poche de stomie pour recueillir ses selles, a été renvoyé à Gaza, et une de ses connaissances a dit qu’il avait passé des mois à l’hôpital à se remettre de ses blessures internes. Cette connaissance a dit que l’ancien prisonnier avait refusé d’être interviewé.
Les poursuites judiciaires et l’attention publique peuvent freiner ce type de violence. En 1997, des policiers de New York ont violé un immigré haïtien, Abner Louima, avec un bâton, si brutalement qu’il a dû être hospitalisé et subir des opérations. Les New-Yorkais ont été outrés, le maire Rudy Giuliani a rendu visite à Louima à l’hôpital, et des policiers ont été poursuivis dans une affaire qui a fait jurisprudence. Cela a envoyé un message puissant à travers toute la police : ceux qui agressent des détenus peuvent être punis. Et c’est le message qui doit être envoyé à travers toutes les forces de sécurité israéliennes [le journaliste continue à les considérer comme une armée normale, après plus de deux ans de génocide en 4K, et d’atrocités qui feraient rougir les nazis].
Si l’administration Trump insistait pour la reprise des visites de la Croix-Rouge aux prisonniers, si l’ambassadeur américain rendait visite aux survivants de viol accompagné de caméras, si nous conditionnions les transferts d’armes à la fin des agressions sexuelles, nous pourrions envoyer un message moral et pratique selon lequel la violence sexuelle est inacceptable, quelle que soit l’identité de la victime. Pour commencer, l’ambassadeur pourrait s’assurer que les Palestiniens qui ont osé s’exprimer pour cet article ne soient pas de nouveau brutalisés pour leur courage.
Comment ce type de violence se produit-il ? Des décennies passées à couvrir les conflits m’ont appris qu’une combinaison de déshumanisation et d’impunité peut précipiter les gens dans un état de nature hobbesien. J’ai rencontré cette dérive vers la sauvagerie dans des champs de tuerie allant du Congo au Soudan en passant par le Myanmar, et je pense que cela explique aussi, à peu près, comment des soldats américains en sont venus à agresser sexuellement des prisonniers à Abou Ghraib, en Irak.
La réalité brute est que, lorsqu’il n’y a pas de conséquences, nous, êtres humains, sommes capables d’une immense dépravation envers ceux qu’on nous a appris à mépriser comme sous-humains.
Itamar Ben-Gvir, ministre israélien de la Sécurité nationale, a qualifié les détenus de « racaille » et de « nazis », et s’est vanté d’avoir rendu les conditions carcérales plus dures pour les Palestiniens. Lorsque de telles attitudes prévalent, les abus sexuels peuvent devenir un outil supplémentaire pour infliger douleur et humiliation aux Palestiniens.
Ben-Gvir a refusé, par l’intermédiaire d’une porte-parole, de commenter les agressions sexuelles commises par les services de sécurité.
B’Tselem, une organisation israélienne de défense des droits humains, a documenté « un schéma grave de violence sexuelle » à l’égard des Palestiniens. Elle a cité le témoignage d’un prisonnier de Gaza, Tamer Qarmut, qui a déclaré avoir été violé avec un bâton. La torture, selon B’Tselem, « est devenue une norme acceptée ».
Un ancien officier israélien en poste à l’infirmerie d’une prison a décrit, dans un témoignage recueilli par le groupe israélien Breaking the Silence, ce que signifie concrètement cette acceptation : « On voit des gens normaux, plutôt ordinaires, en arriver à agresser des gens pour leur propre amusement, pas même pour un interrogatoire ou quoi que ce soit. Pour s’amuser, pour avoir quelque chose à raconter aux copains, ou par vengeance. »
La plupart des viols et autres violences sexuelles ont visé des hommes, ne serait-ce que parce que les prisonniers palestiniens sont à plus de 90 pour cent des hommes. Mais j’ai parlé à une Palestinienne qui avait été arrêtée à l’âge de 23 ans après l’attaque du Hamas en octobre 2023. Elle a dit que les soldats qui l’ont arrêtée avaient menacé de la violer, elle, sa mère et sa jeune nièce. Son calvaire carcéral a commencé par une fouille à nu menée par des gardiennes, « mais ensuite un soldat homme est entré, alors que j’étais complètement nue », a-t-elle ajouté.
Pendant les jours suivants, dit-elle, elle a été à plusieurs reprises déshabillée de force, battue et fouillée par des équipes de gardiens hommes et femmes confondus. Le schéma était toujours le même : plusieurs gardiens, hommes et femmes ensemble, venaient dans sa cellule, la déshabillaient de force, lui menottaient les mains dans le dos et la penchaient en avant à la taille, parfois en lui forçant la tête dans les toilettes. Dans cette position, elle était battue et pelotée partout, dit-elle.
« Ils avaient les mains partout sur mon corps », a-t-elle dit. « Pour être honnête, je ne sais pas s’ils m’ont violée », dit-elle, car elle perdait parfois connaissance sous les coups.
Le but de ces sévices était double, pense-t-elle : briser son moral, et aussi permettre à des hommes israéliens de tripoter en toute impunité une femme palestinienne nue.
« On me déshabillait et on me battait plusieurs fois par jour », a-t-elle dit. « C’était comme s’ils me présentaient à tous ceux qui travaillaient là. Au début de chaque relève, ils amenaient les gars pour me déshabiller. »
Alors qu’elle était sur le point d’être libérée de prison, dit-elle, elle a été convoquée dans une pièce avec six responsables et a reçu un sévère avertissement de ne jamais donner d’interviews.
« Ils ont menacé que si je parlais, ils me violeraient, me tueraient et tueraient mon père », a-t-elle dit. Sans surprise, elle a refusé d’être nommée dans cet article.
Lire Jouets piégés : le « coup de génie » d’Israël que Mediapart n’ose pas mentionner
Certains des pires abus sexuels semblent avoir visé des prisonniers venus de Gaza. Un journaliste de Gaza m’a fait part de son récit des sévices subis après son arrestation en 2024.
« Personne n’a échappé aux agressions sexuelles », a-t-il dit. « Tout le monde n’a pas été violé, dirais-je, mais tout le monde a subi des agressions sexuelles humiliantes et immondes. » À une occasion, dit-il, les gardiens ont attaché ses testicules et son pénis avec des colliers de serrage pendant des heures tout en frappant ses organes génitaux. Pendant des jours après, dit-il, il a uriné du sang.
À une occasion, dit-il, il a été maîtrisé, déshabillé de force, et alors qu’il avait les yeux bandés et était menotté, un chien a été convoqué. Encouragé en hébreu par un maître-chien, dit-il, le chien l’a violé.
« Ils utilisaient des appareils photo pour prendre des clichés, et j’entendais leurs rires et leurs gloussements », a-t-il dit. Il a tenté de repousser le chien, dit-il, mais celui-ci l’a pénétré.
D’autres prisonniers palestiniens et observateurs des droits humains ont également rapporté des cas de chiens policiers dressés pour violer des prisonniers. Le journaliste a dit qu’à sa libération, un responsable israélien l’avait averti : « Si tu veux rester en vie à ton retour, ne parle pas aux médias. »
Alors, pourquoi a-t-il accepté de parler ?
« Il y a des moments où se souvenir devient insupportable », a-t-il dit. « J’ai senti que mon cœur pouvait s’arrêter en vous en parlant à l’instant. Mais je me souviens qu’il y a des gens encore là-bas. Alors je parle. »
De multiples témoignages indiquent que la violence sexuelle a même visé des enfants palestiniens, typiquement emprisonnés pour avoir jeté des pierres. J’ai retrouvé et interrogé trois garçons ayant été détenus, et tous ont décrit avoir subi des abus sexuels.
L’un d’eux, un garçon timide vêtu d’un t-shirt Hilfiger, âgé de 15 ans au moment de son arrestation, a refusé de dire s’il avait également été témoin de viols proprement dits. Mais il a dit que les menaces étaient routinières : « Ils disaient : “Fais ça ou on te met ce bâton dans les fesses.” »
Les autres garçons ont raconté des histoires très similaires de violence sexuelle intégrée aux passages à tabac, et ont noté que les menaces de viol visaient non seulement eux, mais aussi leurs mères et leurs frères et sœurs.
Les colons israéliens ne constituent pas un bras officiel de l’État de la même manière que le système pénitentiaire, mais l’armée israélienne protège de plus en plus les colons lorsqu’ils attaquent des villageois palestiniens, et utilise la violence sexuelle pour pousser les Palestiniens à fuir. « La violence sexualisée est utilisée pour faire pression sur les communautés » afin qu’elles quittent leurs terres, selon un nouveau rapport du West Bank Protection Consortium, une coalition de groupes d’aide internationaux dirigée par le Conseil norvégien pour les réfugiés.
Le consortium a interrogé des agriculteurs palestiniens et a constaté que plus de 70 pour cent des foyers déplacés ont indiqué que les menaces visant les femmes et les enfants, en particulier de violence sexuelle, avaient été la raison décisive de leur départ. « La violence sexuelle », a déclaré Allegra Pacheco, de la coalition, « est l’un des mécanismes qui chassent les gens de leurs terres. »
Dans un hameau isolé d’agriculteurs bédouins de la vallée du Jourdain, j’ai rencontré un agriculteur de 29 ans, Suhaib Abualkebash, qui a raconté comment une bande d’environ 20 colons a saccagé les maisons de sa famille, battant adultes et enfants indifféremment, volant des bijoux et 400 moutons — et lui a également découpé ses vêtements avec un couteau de chasse, avant de lui attacher fermement le pénis avec un collier de serrage et de tirer dessus.
« J’avais peur qu’ils me coupent le pénis », m’a confié Abualkebash. « J’ai cru que c’était la fin pour moi. »
Certains pourraient se demander si les Palestiniens ont fabriqué ces accusations d’agressions sexuelles pour diffamer Israël [ce genre de phrase abjecte ne serait jamais formulée à l’encontre des Israéliens, alors même que leurs mensonges ignobles et pathologiques sont documentés depuis des décennies]. Cela me paraît difficile à croire, car aucune des personnes que j’ai interrogées ne m’a sollicité, ni ne savait à qui d’autre je parlais, et elles étaient réticentes à s’exprimer. Pourtant, certains éléments indiquent que les abus sexuels israéliens sont devenus si fréquents que les normes évoluent, et que les victimes palestiniennes deviennent un peu plus disposées à en parler.
« Pendant six mois je n’ai pas pu en parler, même à ma famille », a déclaré Mohammad Matar, un responsable palestinien qui m’a raconté que des colons l’avaient déshabillé, battu et piqué avec un bâton dans les fesses tout en parlant de le violer. Pendant l’agression, les assaillants ont publié sur les réseaux sociaux une photographie de lui, les yeux bandés et déshabillé jusqu’au caleçon.
Avec le temps, Matar a décidé de s’exprimer pour tenter de briser la stigmatisation. Il conserve désormais un agrandissement de la photo prise par les colons accroché au mur de son bureau.
Pour tenter de donner du sens à ce que j’avais découvert, j’ai appelé Ehud Olmert, Premier ministre de 2006 à 2009. Olmert m’a dit qu’il ne savait pas grand-chose de la violence sexuelle contre les Palestiniens, mais qu’il n’était pas surpris par les témoignages que j’avais recueillis.
« Est-ce que je crois que cela se produit ? » a-t-il demandé. « Certainement. »
« Des crimes de guerre sont commis chaque jour dans les territoires », a-t-il ajouté.
Nous revenons donc au point que j’ai noté au début de cette chronique : les soutiens d’Israël avaient raison en 2023 de dire que, quelles que soient nos opinions sur le Moyen-Orient, nous devrions pouvoir répudier le viol, tous ensemble.
« Où diable êtes-vous ? » demandait alors Netanyahou à la communauté internationale, exigeant qu’elle condamne la violence sexuelle commise par ce que le gouvernement israélien a appelé le « régime violeur du Hamas » [à vomir : un article qui dénonce les viols israéliens commence et conclut en dénonçant les viols palestiniens imaginaires ; le racisme est dans l’ADN !].
Le Hamas a effectivement violé brutalement les droits humains. Les responsables israéliens devraient également se pencher sur leurs propres violations — en particulier sur ce qu’un rapport des Nations unies de 49 pages, publié l’an dernier, a appelé la soumission « systématique » des Palestiniens par Israël à une « torture sexualisée », commise avec, à tout le moins, « un encouragement implicite de la part de la plus haute direction civile et militaire ».
Envisagez-le ainsi : les sévices horrifiants infligés aux femmes israéliennes le 7 octobre se produisent désormais aux Palestiniens, jour après jour. Cela perdure à cause du silence, de l’indifférence, et de l’échec des responsables américains comme israéliens à répondre à la question de Netanyahou : “Où diable êtes-vous ?”






